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Full text of "Voyage a Buénos-Ayres et a Porto-Alègre par la Banda-oriental, les Missions d'Uruguay et la Province de Rio-Grande-do-Sul de 1830-1834 : suivi de considérations sur l'état du Commerce Français à l'extérieur et principalement au Brésil et au Rio-de-la-Plata"

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Tous  les  exemplairei  non  tref>étui  de  la  signature  de  V Auteur^ 
seront  saisis. 


«  Qmoonqiie  a  iMSucoup  me 
«  Peut  aToir  beaucoup  retenu.  » 
Là  FoNTiniB. 

«  Gnriosity  is  a  permanent  and  certain 
«  Gharacteristic  of  a  vigerous  intellect.  » 

JOHNSOir. 


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YOYAGE 


ET 


A  PORTO-ALEGRE  , 


El,  zaB  MISSZOV8  vnawLVOVAr 
ZT  AA  VaOTIHOX  i>x  azo-OHAjn>B>a>o-sitt. 

(de  1830  A  1834.) 

SaiTi  de 

CONSIDÉRATIONS 

Sur  Tétat  dn  Oommeroe  Français  à  reactérieur,  et  prinopalement 
an  Brésil  et  an  Rio-de-la-Plata. 

(Z)édté  au  GomuMXCfi   (kt    ^yomfte. 

PAR   ARSÈlfB   ISABELLE. 


HAVRE. 

mpanoERiB  de  j.  moulent,  place  de  la  gombbie. 

1835. 


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COMPOSANT  LE  «.'OlUMI-RCE    DU  HAVRE. 


ctinteut, 


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INTRODUCTION. 


J'ai  toujours  eu  un  penchant  irrésistible  pour 
les  Yoyages,  aussi  j'en  ai  dévoré  un  grand  nom- 
bre, à  commencer  par  les  Gulli^rs  traifels  jus- 
qu'au  Voyage  pittoresque   autour  du  Monde. 


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Ces  lectures  ne  pouvaient  manquer  de  faire 
naître  en  moi  le  désir  de  voyager  :  notez  en 
outre  que  je  suis  curieux  à  l'excès  !,,.. 

Je  faisais  ces  aveux  naïfs  à  Fun  de  nos  sa- 
vaus  les  plus  spirituels  qui  a  fait  une  étude 
approfondie  de  la  phrœnologie  et  de  la  pliy- 
siognomonie  ,  ces  sciences  si  célèbres  des  Gall , 
des  Lavater  et  des  Porta.  —  Il  me  répondit 
en  souriant  :  «  Je  n'avais  pas  besoin  de  cette 
confidence  pour  connaître  vos  penchans  et  la 
prédominance  de  votre  esprit  ;  lors-même  que 
vous  voudriez  dissimuler,  vous  avez  trois  bosses 
au  front  qui  vous  trahii*aient.  »  —  Je  partis , 
bien  involontairement  d'un  éclat  de  rire;  mais 
le  savant  phrœnologiste ,  sans  se  déconcerter, 
reprit  avec  plus  de  sérieux.  —  «  Ce  n'est  point 
une  plaisanterie!  Vous  avez,  d'abord,  la  bosse 
de  IjBi  mémoire  des  faits,  de  la  curiosité  et  de 
l'aptitude  à  vous  instruire;  puis  celles  de  la 
mémoire  des  lieux,  de  l'amour  des  voyages 
et  du  changement.  Ce  sont  des  proéminences 
qui  indiquent ,  à  ne  pas  s'y  méprendi'e,  le  siège 
et  la  prédominance  des  différentes  facultés  et 
aptitudes  de  votre  esprit.  J'ajouterai  qu'elles 
vous  tyranisent,  qu'elles  exercent  une  influence 
in^ésistible  sur  votre  volonté  et  qu'il  était  écrit 


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—  s  — 

là ,  dans  les  replis  de  votre  cerveau ,  et  non 
dans  le  Ciel ,  que  vous  voyageriez.  »  —  Vous 
croyez  donc  au  système  du  docteur  Gall?.... 
—  Certes  j'y  crois  !  et  comment  n'y  croirais- 
je  pas  ?  puisque  les  aveux  que  vous  venez  de 
me  Élire  viennent  confirmei*  l'opinion  quç  je 
m'étais  formée  de  vous  ?...  Allez,  vous  êtes  une 
colonne  vivante  ajoutée  au  monument  de  la 
gloire  de  Gall  *  !  » 

Donc  je  suis  né  curieux  et  cette  curiosité  m'a 
porté  à  voyager.  Comme  on  paraissait  me 
Élire  un  crime  de  cette  prédominance  de  mon 
esprit,  je  voulus  en  avoir  la  conscience  nette  ; 
je  me  mis  k  rechercher  quelle  avait  été  To- 
pinion  des  philosophes  et  des  moralistes  sur  ce 
point  :  j'avoue  que  je  lus  peu  flatte  de  cette 
pensée  de  Pascal  :  ((  La  curiosité  nest  que  vanité. 
Le  plus  souvent  on  ne  veut  savoir  que  pour 
en  parler.  »  —  C'est  je  crois  une  sentence  qui 
manque  de  justesse ,  une  définition  trop  abso- 
lue ;  elle  est  en  désaccord  avec  la  raison  et  la 
tendance  de  l'esprit  humain;  et,  d'ailleurs,  ne 
doit-on  pas  distinguer  les  penchans  qui  viennent 
de  la  nature,  de  ceux  qui  viennent  de  l'opinion  ? 

»  Vo^pz  la  noie  A. 


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—  6  — 

Pascal,  ou  a  feint  de  l'ignorer,  ce  qui  serait  une 
perfidie  »  ou  ne  le  savait  pas,  ce  qui  serait  par- 
donnable. Rousseau  vint  rétablir  le  cahne  d%DS 
mon  âme ,  en  donnant  un  but  plus  noble  à  la 
passion  qui  me  dominait;  au  livre  m  d'Emile  je 
trouvai  ce  baume  consolateur  : 

(c  II  est  une  ardeur  de  savoir  qui  n'est  fondée 
que  sur  le  désir  d'être  estimé  savant;  mais  il  en 
est  une  autre  qui  naù  d'une  curiosité  naturelle 
pour  tout  ce  qui  peut  l'intéresser  de  près  ou  de 
loin.  Le  désir  inné  du  Uen-être,  l'impossibi- 
lité de  contenter  pleinement  ce  désir,  lui  font 
rechercher  sans  cesse  de  nouveaux  moyens  d'y 
contribuer.  Tel  est  le  premier  principe  de  la 
curiosité;  principe  naturel  au  coeur  humain, 
mais  dont  le  développement  ne  se  ^t  qu'en 
pi'oportion  de  nos  passions  et  de  nos  lumières.  » 

Le  philosophe  de  Genève  a  peut-être  inspiré 
sou  digne  ami  Bemardin-de-Saint-Pierre ,  lors- 
que celui-ci  a  dit  dans  ses  Dialogues  philosophi- 
ques : 

<c  La  vérité,  qui  agrandit  et  fortifie  Tâme, 
excite  en  nous  cette  curiosité  naturelle  qui  nous 
porte  à  tout  connaître ,  à  tout  entreprendre   et 


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ii   tout  oser  ;   elle  est  un  besoin  pour  le  cœur 
humain.  » 

Mais  certes  il  ne  doit  pas  avoir   exercé  d'in 
fluence  sur  l'esprit  du  docteur  Johnson ,  exceUent 
moraliste;  or,  voici  ce  qu'on  lit  dans  Rambler  : 

n  Guriosity  is  oneof  the  permanent  and  certain 
«  characteristics  of  a  vigorous  intellect.  Every 
«  advance  into  knowledge  opens  new  prospects 
«  and  produces  new  incitments  to  further  pro- 
cc  gress.  » 

»  La  curiosité  est  un  des  signes  certains  et 
permanens  d'une  vigoureuse  intelligence.  Cha- 
que pas  que  l'on  fait  dans  les  connaissances 
ouvre  de  nouvelles  vues  et  produit  de  nouveaux 
encoiiragemens  à  de  plus  grands  progrès.  » 

Verf  ivell  !  m'écriai-Je,  ceci  soulage  diablement 
ma  conscience  !  Voilà  des  autorités  assez  respec- 
tables pour  moi  et  irrécusables  pour  d'autres  ; 
cela  me  suffit.  Allons  il  faut  voyager,  voir  par 
moi-même ,  voir  beaucoup  ; 

Quiconque   a    beaucoup  vu 
Peut  avoir  beaucoup  retenu. 


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—  8  — 

SI  ma  curiosité  ne  se  satisiait  pas,  mon  âme, 
du  moins,  se  fortifiera  par  l'adversité. 

Convaincu  de  plus  en  plus  de  Futilité  des  voya- 
ges, persuadé  avec  J.-J.  Rousseau  et  avec  M.  le 
comte  de  Laborde  qu'ils  sont  un  très-puissant 
moyen  de  perfectionner  notre  éducation,  de  dé- 
velopper notre  intelligence ,  je  me  suis  dit , 
comme  Usbeck  des  Lettres  Persanes  :  «  Nous 
sommes  nés  dans  mi  pays  florissant ,  mais  nous 
n'avons  pas  cru  que  ses  bornes  fiissent  celles 
de  nos  connaissances  et  que  la  lumière  orientale 
dût  seule  nous  éclairer.  » 

Je  choisis  alors  pour  satisfaire  mon  ardente 
curiosité ,  l'ancienne  vice-royauté  de  Buénos- 
Ayres ,  d'où  se  sont  formées,  depuis  Témancipa- 
tion,  la  confédération  du  Rio-de-la-Plata ,  qui 
compte  plus  de  républiques  que  la  vice-royauté 
ne  comptait  de  provinces;  la  Banda-Oriental 
ou  république  de  l'Uruguay  ,  appelée  aussi  Cisr 
Platina  par  les  Brésiliens,  qui  en  avaient  fait 
une  province  de  leur  empire  ;  la  république  de 
Bolivia,  formée  des  provinces  du  Haut-Pérou, 
et  enfin  le  Paraguay,  formant  un  état  tout 
particulier,  soumis  au  pouvoir  ^iclatorial  d'un 
chef  bizarre. 


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—  9  — 

Le  lustre  que  jetaient  au  loin  les  aimes  trîom^ 
phantes  de  ces  intrépides  républicains  pendant 
les  guerres  de  leur  indépendance,  et  surtout 
la  sagesse  tantj  prônée^  de  leurs  législateurs  , 
joints  au  désir  que  j'ayais  de  tirer  parti  de  quel- 
ques ÊûUes  connaissances  en  histoire  naturelle, 
me  faisaient  souhaiter  de  ^!  connaître  ces  vastes 
contrées,  déjà  parcoiuaies,^il  est  vrai,  mais  a 
des  époques  reculées.  Il  s'agissait  d'explorer  les 
745,000  miUes  carrés  de  superficie  compris  en- 
tre les  Andes  du  Chili,  Bolivia,  le  grand  pays 
du  Chaco,  le  Paraguay ,  le  Brésil  et  TOcéan-At- 
lantique,  jusqu'au  détroit  de  Magellan. 

Quand  je  me  disposai  à  partir,  vers  la  fin  de 

i8S9,  le  gouvernement  de  Buenos- Ayres  ve- 
nait de  fiore  la  paix  avec  celui  du  Brésil.  Les 

armées  victorieuses  de  la  république  argen- 
tine étaient  rentrées  dans  leur  patrie,  et  les 
différens  corps  distribués  dans  les  provinces  res- 
pectives. On  espérait  que  ,  libres  d'ennemis  à 
l'extérieur,  tous  ces  peuples  allaient  enfin  travail- 
ler activement  et  d'un  commun  accord  à  leur 
constitution  politique,  jusqu'alors  éludée  par  dif- 
férens motifs.  Une  nouvelle  révolution  avait 
éclaté  ,  il  est  vrai ,  à  Buénos-Ayres  même ,  à  la 
fin  de  1828;  mais  le  chef  militaire  qui  l'avait  di- 


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—  10  — 

rigée  ayant  été  Yaincu  par  les  milices  de  la  cank- 
pagne,  tout  paraissait  devoir  rentrer  dans  Tordre. 
Je  fis  nies  préparatiÊ  sans  aucune  crainte. 

Mon  itinéraire  était  tracé  ainsi  :  je  deyai^  d'a- 
bord débarquer  à  Buénos-Ayres,  puis  me  rendre 
de  suite,  par  terre,  à  M^idoza,  au  pied  de  la 
Cordillera  des  Andes,  où  j'avais  un  ami  dévoué  '. 
Mon  intention  étant  de  visiter  toutes  les  provin- 
ces du  Rio-de-la  Plata ,  je  voulais  commencer  par 
le  versant  oriental  des  Andes^  qui  comprend  cel- 
les de  Mendoza  ou  de  Cuyo,  de  San- Juan,  la 
Rioja,  Salta,  Jujui  et  Catamarca;  m'arréter  au 
Tucuman  .' ,  lequel  mérite  un  examen  plus  long^ 
par  la  variété  de  ses  productions  naturelles, 
puis,  redescendre  par  Santiago-del-Estero ,  Cor- 
dova  et  Santa-Fé  ;  de  là  remo^te^  le  majestueux 
Parana,  principal  affluent  de  la  Plata,  jusqu'aux 
frontières  du  dietarorat  du  Paraguay,  en  visitant 
l'Entre-Rios  et  Corrientes;  traverser  cette  der- 
nière province,  ainsi  que  les  anciennes  Missions 

(  Anatole  de  Ch y,  jeune  homme  dont  la  bravoure  héi-oïque  eC 

son  enthousiasme  pour  la  bonne  cause,  (devenus  trop  célèbres  dansées 
provinces),  excitèrent  Tanimosité  du  féroce  et  farouclie  Quiruga.  C'est 
un  terrible  exemple  pour  les  étrangers  qui  seraient  tentés  de  rimiter 
dans  un  pays  qui  n'est  pas  le  leur. 

s  Pi-ononcez  Toncoumann. 


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—  n  — 

pour  me  rendre  à  la  Banda  Oriental,  que  je  de- 
vais parcourir  jusqu'à  Mantévideo.  De  cette  capi- 
tale \e  pensais  me  rendre  par  mer  à  la  càte  de 
Patagonie,  et,  de  ce  point  intéressant,  revenir  k 
Baénas*Ayres  par  l'intérieur  de  sa  province. 

'  Cet  itinéraire  formait,  comme  on  le  voit,  un 
plan  d'exjdoration  assez  vaste,  hérissé  de  plu$ 
d'une  difficulté,  sans  compter  les  danger^,  lea 
privations,  les  &tigues  extrêmes  qui,  suivant  le$ 
romantiques,  font  tout  le  charme  d'un  voyage; 
je  croyais  avoir  tout  calculé,  tout  prévu  (j'étais 
à  Fàge  où  Ton  ne  doute  de  rien),  et  puis  j'espé* 

rais  décider  mon  brave  ami  de  Ch y  à  m'ac- 

compagner. 

Voulant  Êdre  une  collection  complète  des  pro- 
ductions naturelles  de  toutes  les  contrées  que  je 
parcourrais,  je  m'étais  pourvu  d'armes  excellentes, 
de  munitions,  d'instrumens  nécessaires,  tant  à  la 
chasse  qu'à  la  préparation  des  animaux,  de  dro- 
gues pour  leur  conservation,  d'étoupe  pour  les 
bourrer ,  de  papier  et  d'une  coquette  '  pour  sé- 
cher les  plantes,  etc.,  etc.  ;  jusqu'à  des  yeux  d'é- 
mail, afin  de  reproduire  avec  plus  d'exactitude 

1  Presse  A  herbier,  intentée  par  M.  Coquet. 


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—  12  — 

la  couleur  des  yeux  des  animaux.  J'avais,  pour 
m'aider,  emmené  à  mes  firais  un  jeune  'prépara- 
teur assez  babile  « ,  qui  s  était  engagé  par  contrat 
à  m'accon^agner  partout,  moyennant  un  double 
de  mes  collections.  Devant  aussi  fiiire  des  obser- 
vations météorologiques  et  déterminer  la  hauteur 
de  quelques  points  importans  sous  le  double  rap- 
port géographique  et  géologique ,  j'emportais  un 
baromètre,  un  thermomètre,  un  hygromètre, 
une  boussole  à  méridien  et  une  montre  à  secon- 
des. J'étais  aussi  pourvu  des  meilleurs  ouvrages 
d'histoire  naturelle  et  d'autres  livres  non  moins 
utiles  à  consulter. 

Jusque-là  tout  était  pour  le  mieux;  je  pouvais 
me  bercer  de  l'espoir  assez  flatteur  d'enrichir  le 
domaine  des  sciences  naturelles,  sinon  d'obser- 
vations bien  importantes  (à  cause  de  mes  trop 
faibles  connaissances),  du  moins  de  collections 
préparées  et  conservées  avec  un  soin  tout  parti- 
culier. 

Ce  voyage  aventureux  se  faisant  à  mes  frais, 
je  dus  emporter  les  fonds  dont  je  supposais  avoir 
besoin  pendant  une  absence  de  quatre  à  cinq  ans; 

t  Eugène  Gamblin  ,  dit  S^irnson ,  fiU  d'un  préparateur  bien  connu 
au  Havre. 


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—  13  — 

mais  au  lieu  de  convertir  ces  fonds  en  onces  d'or, 
(quadruples,  doublons),  ou  en  piastres  (gourdes, 
doUars),  je  commis  la  &ute  grave  de  faire  une 
pacotille  de  marchandises,  assez  convenables  à 
la  vérité,  pour  l'intérieur  des  Provinces-Unies, 
mais  détestables  pour  Buénos-Ayres* 

Or,  il  arriva  que ,  quand  je  débarquai  à  Buenos* 
Ayres,  en  mars  1830,  la  guerre  civile  venait  d'é- 
clater de  nouveau,  et  l'anarchie  la  plus  complète 
étant  sur  le  point  de  régner  dans  les  provinces- 
Unies,  toute  communication  devenait  impossible. 

Force  me  fiit  de  chercher  à  vendre  cette  mal- 
heureuse pacotille  qui  ne  convenait  nullement  à 
Buénos-Ayres.  D  n'y  avait  rien  à  gagner  à  atten- 
dre ,  me  disait-on.  —  J'eus  la  bonhommie  de  le 
croh'e.  —  Je  vendis.  Quand  je  vins  à  compter 
avec  mon  hâte ,  après  avoir  payé  fret ,  droits 
dédouane,  commissions,  magasinage,  etc.,  etc., 
je  me  trouvai  avoir  un  déficit  de  cinquante  pour 
cent!  —  Que  £iire?  impossibilité  absolue  de 
rejoindi^e  mon  ami,  quoiqu'il  me  pressât  de 
prendre  la  poste;  impossibilité  de  parcourir  même 
la   seule   province   de   Buénos-Ayres  ,    tant   la 

campagne  était  insurgée Devais-je  revenir 

en   France   sans   connaître   même   la   ville   où 


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—  n  ~ 

je  me  trmiyais ,  sans  avoir  appris  l'idiome  de 
ses  habitais ,  après  être  venu  perdre  la  moitié 

de  mon  patrimoine? J  avoue  que  cela  me 

parut  trop  bête!  Je  ne  pus  m'y  résoudre.  Jai- 
mai  mieux  chercher  à  former  un  établissement 
industriel ,  susceptible  de  me  récupérer  en  quel- 
ques années  des  pertes  que  je  venais  d'éprouver, 
ce  qui  me  permettrait  encore ,  la  tranquillité 
survenant  dans  la  république,  de  donner  suite 
à  mon  premier  projet. 

J'avais  eu  la  précaution ,  bonne  ou  mauvaise , 
de  me  munir  à  mon  départ  de  France ,  d'une 
nouvelle  méthode  chimique  poiu»  fondre  les  suife 
en  branche  et  les  rendre  propres  à  la  confec- 
tion d'une  chandelle  supérieure  à  celle  qui  se 
oblique  communémesct ,  en  ce  qu'elle  est  plus 
blanche,  qu'elle  a  plus  de  consistance,  ne 
porte  point  d'odeur  et  ne  &it  aucime  fiunée 
en  'brûlant.  Mais  c'était  surtout  de  la  tonte  des 
sui&  et  de  leur  épuration  que  j'attendais  le  meil- 
leur résultat ,  espérant  déterminer  le  commerce 
à  tourner  ses  vues  vers  cette  branche  assez 
importante  d'exportation. 

Un  grand  obstacle  se  présentait  :  les  acides 
suUurique   et  nitrique ,  disant  la  base  du  tra- 


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—  15  — 

yail^  manquaient  totalement  sur  place  ;  il  ftUait 
les  &ire  Tenir  d'Europe  ;  cela  demandait  du 
tenips  et  des  capitaux  plu^  oonsidërables  que 
ceux  qui  étaieiit  alors  à  ma  disposition.  Je  pro- 
posai à  un  jeune  homme  Allemand  ,  M.  J.  P.... 
de  Lubedk.  ,  yenu  par  la  voie  de  France  y  en 
même  temps  que  moi ,  et  avec  lequel  je  m'étais 
lié  assez  intimement ,  de  former  une  associa- 
tion pour  l'exploitation  d'un  établissement  tel 
que  j'en  avais  conçu  le  plan.  Il  entra  dans  n&es 
Yues,  approuva  mes  projets  et  se  chargea  im- 
médiatemeiit  defiûre  Tenir  d'Angleterre  une  cer- 
taine quantité  d'acides;  j'écrivis  aussi  en  France 
dans  le  même  but. 

Ayant  à  redouter  la  concurrence  dans  un 
genre  d'industrie  qui  demandait  de  fortes  avan- 
ces de  fonds ,  je  me  hasardai  à  solliciter  du  gou- 
Tcmement  de  Buenos- Ayres  un  privilège  de  cinq 
ans  pour  avoir  introduit ,  le  premier^  dans  la  ré^ 
pùMique  Argentine,  une  méthode  de  fonte  ca- 
pable de  fournir  de  nouveaux  débouchés  au  pay  s^ 
en  ofifrant  aux  spéculateurs,  ainsi  qu'à  l'exporta- 
tion, des  sui&  infiniment  supérieurs  à  ceiïx  mani- 
pulés jusqu'alors;  avantage  trop  peu  senti  par  le 
ministre  de  l'intérieur,  qui  ne  répondit  pas  à  ma 
pétition ,  bien  qu'elle  fût  suffisamment  forte  en 


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—  16  — 
raisons  et  qu  elle  eiit  été  appuyée  par  l'un  des 
citoyens  les  plus  considérables.  D  est  vrai  que  ma 
demande  était  en  opposition  avec  les  principes 
du  gouvernement  républicain  ;  mais  les  principes 
ne  peuvent-ils  pas  être  n&odi(iés  quand  il  s'agit 
d'un  intérêt  général,  d'une  innovation  utile  au 
pays? 


Sans  attendre  cette  réponse,  nous  nous  occu- 
pâmes de  chercher  un  local.  (Première Êiute.)  Lie 
hasard  fit  qu'un  &bricant  français,  voulant  s'en 
aller,  offrit  de  nous  vendre  le  sien ,  placé  au  cen- 
tre de  la  ville  :  bien  que  fort  peu  convenable  pour 
une  grande  usine,  la  position  du  local  prévalut 
à  nos  yeux  ;  nous  traitâmes  de  la  &brique  de  mon 
compatriote  dans  r état  où  elle  se  trouvait,  c'est-à- 
dire  en  très-mauvais  état.  (Deuxième  &ute.) 

Ces  détails  paraîtront  au  moins  inutiles  au  plus 
grand  nombre  de  mes  lecteurs,  je  le  conçois  assez; 
cependant  je  dois  les  donner,  ils  ont  leur  portée. 
Du  reste ,  qu'on  se  rassure,  je  n'entrerai  pas  dans 
le  détail  minutieux  des  difficultés  sans  nombre 
que  j'eus  à  vaincre  en  exerçant  une  industrie 
toute  nouvelle  pour  moi,  dans  un  pays  dont 
j'ignorais  encore  et  l'idiome  et  les  habitudes.  Qu'il 
sufiise  de  savoir  que  je  travaillais  autant  que  les 


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—  17  — 

nègres  que  j'employais,  que  je  m'imposai  de  dures 
privations  y  et  tout  cela  pour  ne  pas  réussir.  Bien 
des  causes  y  contribuèrent  sans  doute,  et  l'énu- 
mëration  de  ces  causes  dont  Fétat  déplorable  de 
Buénos-Ayres  à  l'époque  où  j'y  étais  (  indépen- 
damment de  mon  inexpérience),  est  une  des 
plus  puissantes,  suffirait  pour  former  un  yolume 
qui  ne  serait  peut-être  pas  sans  intérêt,  du  moins 
pour  les  personnes  qui  voudraient  tenter  de  sem- 
blables, ou  tout  autre  entreprise  dans  les  ancien- 
nes colonies  espagnoles. 

Bref,  je  conservai  pendant  trois  ans  mon 
établissement,  que  je  montai  sur  un  trop  grand 
pied  (troisième  et  plus  grande  £àute ,  commune 
aux  étrangers  nouvellement  débarqués);  il  ne 
cessa  pas  de  marcher  avec  activité.  Je  &briquaisà 
la  fois,  en  grande  quantité  ' ,  du  savon,  de  la  chan- 
delle moulée ,  de  la  chandelle  plongée,  dite  i^ela 
delpcpys,  et  je  fondais  du  suif  pour  l'exportation. 
Je  changeai  deux  fois  d'associés  durant  le  cours 
de  cette  période  industrielle;  ce  furent  hélas!  et 
bien  involontairement,  autant  de  compagnons 
d'infortune.  Enfin ,  comme  la  lampe  qui  manque 
d'huile  s'éteint  nécessairement,  de  même  ma  fa- 

•  Pendant  Vliiver  de  '1832  je  fabriquais  et  vendais  journellement 
douze  quintaux  d  '  ctiandelle. 


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—  18  — 

brique  cessa  de  marcher  quand  les  capitaux  et 
les  sui&  manquèrent.  Nous  liquidâmes  et  je  son- 
geai à  retourner  dans  ma  patrie  où  il  s'était  opéré, 
en  quatre  ans ,  autant  de  révolutions  dans  ma 
famille  que  dans  le  gouvernement. 

Il  m'en  coûtait  beaucoup  d'abandonner  mes 
projets  de  voyage,  mais  il  devenait  désormais 
impossible  d'y  donner  suite  :  mes  moyens  pécu- 
niaires ne  me  le  permettaient  plus;  mon  brave 

ami  de  Ch y  avait  été  victime  des  guerres  civiles 

de  rintériem'  ;  tout  s'y  opposait.  Pom'tant  je  pou- 
vais tirer  quelqu' avantage  de  ma  fâcheuse  posi- 
tion puisque  je  m'étais  trouvé  en  rapport,  en 
contact  direct  avec  toutes  les  classes  de  la  société  ; 
principalement  avec  ce  qu  on  appelle  la  hcisse 
classe^  qui  est  la  plus  nombreuse  partout,  celle 
qui  fournit  au  caractère  national  les  nuances  les 
plus  tranchantes.  Tavais  aussi  appris  la  belle 
langue  castillane  ;  je  m'étais  familiarisé  avec  le 
caractère  rusé,  ombrageux  et  défiant  de  l'habi- 
tant ;  le  préparateur  amené  à  mes  frais  se  trou- 
vait encore  là,  et  mon  goût  pour  l'histoire 
naturelle,  étude  si  douce,  qui  console  si  bien  des 
peines  du  coeur  et  de  l'âme,  n'avait  fiât  qu'aug- 
menter à  la  vue  d'une  foule  d'objets  nouveaux 
et  d'organisations  bizarres  :  il  me  vintTidée  d'em- 


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—  19  — 

ployer  mes  faibles  ressources  à  parcourir  un 
point  de  ces  contrées  beaucoup  plus  resserré  que 
le  premier,  mais  non  moins  intéressant  puisqu'il 
m'a  fourni  l'occasion  d'établir  une  sotte  de  paral- 
lèle entre  le  caractère  brésilien ,  celui  des  Orien- 
talistes *  et  des  Argentins ,  en  même  temps  qu'il 
m'a  mis  k  même  de  faire  mieux  connaître  quel- 
ques-unes des  productions  naturelles  de  ces  pa- 
rages. 

Occupé  depuis  mon  retour  à  mettre  en  ordre 
mes  nombreuses  notes ,  j'ai  toujoin^  eu  en  vue 
d'en  foire  profiter  mes  compatriotes  et  principa- 
lement le  Commerce  du  Havre,  qui  par  son  heu 
reuse  position  et  son  extension ,  parait  avoir  un 
intérêt  plus  direct  à  bien  connaître  des  lieux  des- 
tinés peut-être  à  augmenter  beaucoup  sa  prospé- 
rité. Les  préjugés  que  bien  des  personnes  conser- 
vent encore  k  l'égard  des  livres  qui  s'impriment 
en  province  y  l'espèce  de  dédain  avec  lequel  on 
les  regarde,  m'ont  fait  hésiter  quelque  temps 
pour  la  publication  du  mien  ;  mais  des  considé- 
rations d'un  ordre  plus  élevé  ont  prévalu  k  mes 
yeux;  mon  intérêt  privé  a  cédé  au  désir  d'en- 
courager  une  presse  qui  fait  honneur  au  Havre. 

1  Oïl  sait  déjà  quo  ce  nom  est  applitiiit'  aiiv  habilaiis  de  la  Baiida- 
Orinilal,  ou  répuhliqiir  de  ITniîriia> . 


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—  20  — 
Ce  petit  ouvrage ,  on  le  reconnaîtra  tout  de 
suite,  n  est  point  une  œuvre  littéraire  digne  de 
fixer  l'attention  des  savans,  ni  même  des  amateurs 
du  merveilleux  ;  c'est  un  exposé  simple  et  naïf, 
de  ce  qu'un  simple  voyageur  a  vu  et  observé 
avec  toute  la  simplicité  qui  le  caractérise.  Ce  qu'il 
a  vu  lui  a  suggéré  quelques  réflexions  philoso- 
phiques, sentimentales,  politiques  et  morales,  qui 
naissent  naturellement  de  Tétatde  choses  observé  : 
ce  sont  ces  observations  et  ces  réflexions,  que 
j'offi*e  aujourd'hui  à  l'indulgence  et  non  à  la  cri- 
tique de  mes  concitoyens. 

Le  désappointement,  les  pertes  énormes  éprou- 
vées par  beaucoup  d'étrangers,  de  français  par- 
ticulièrement, qui  s'étaient  ou  auxquels  on  avait 
exagéré  l'importance  de  ces  pays  m'ont  frappé 
vivement;  trompé  moi  même  à  cet  égard  aussi 
halourdement  que  d'autres,  j'ai  résolu  de  &ire 
un  sacrifice  d'amour-propre  en  publiant  les  ren- 
sçignemens  que  j  avais  acquis  à  mis  costUlas. 

Cinq  années  passées  dans  les  anciennes  co- 
lonies espagnoles  et  portugaises  m'ont  suffi- 
samment mis  à  même  de  juger  de  l'infério- 
rité du  commerce  fi*ançais ,  comparativement  à 
celui  des  autres  nations  maritimes  :  c'est  là  qu'il 


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—  2f  — 

fiiut  se  dépouiller  malgré  soi  de  toute  yanité,  de 
toute  prévention  nationale,  de  tout  préjugé  vul- 
gaire et  convenir  de  ce  qui  est  palpable. 

Affecté  désagréablement  par  ce  qui  m'a  frappé 
dans  le  cours  de  mon  voyage^  je  dis  franchement 
ce  que  f  en  pense  au  risque  de  blesser  un  peu  la 
susceptibilité  nationale  ;  mais,  fort  de  ma  cons- 
cience et  du  désir  d'être  utile ,  si  je  suis  blâmé , 
si'  je  suis  critiqué  avec  trop  d'amertume,  il  me 
restera  la  douce  conscdation  de  pouvoir  dire  avec 
Voltaire  :  a  Mon  amour  pour  ma  patrie  ne  ma 
jamais  fermé  lesyeux  sur  le  mérite  des  étrangers, 
au  contraire,  plus  je  suis  bon  citoyen  plus  je  cher- 
che à  enrichir  mon  pays  des  trésors  qui  ne  sont 
pas  nés  dans  son  sein.  »  Ou  bien  encore  avec  l'in- 
flexible Raynal  :  «  Puisse  ma  main  se  dessécher , 
s'il  arrivait  que,  par  une  prédilection  qui 
n'est  que  trop  commune  je  m'en  imposasse  à 
moi-même  et  aux  autres,  sur  les  fôutes  de  ma 
naiîoB.  » 

11  Êiut  convenir  d'une  triste  vérité  ;  c'est  que 
le  géve  du  commerce  est  un  de  ces  trésors,  dont 
parle  Voltaire ,  qui  n'est  pas  encore  naturalisé 
chez  nous  et,  certes,  on  ne  doit  s'en  prendre 
qu'aux  &utes  auxquelles  Raynal  fait  allusion. 


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^'M 


Je  iw  suis  attaché  à  faire  counaitre  Fétat  ac- 
tuel des  lieux  que  j'ai  visités.  J'ai  dû  cependant 
jeter  un  coup*d'ûeil  rapide  sur  leur  origine  ,  sur 
l'état  de  leur  prospérité  à  l'époque  de  la  domina- 
tion espagnole  et  portugaise  ;  mais,  les  détails  des 
vicissitudes,  des  guerres  de  la  conquête ,  de  l'é- 
tablissement des  premières  colonies  se  trouvant 
développés  longuement  dans  les  nombreux  ou- 
vrages publiés  sur  le  Brésil  et  le  Paraguay,  no- 
tamment dans  CharhiKHx,  Souihey  j  Félix  de 
Axara ,  Funes ,  Raynal ,  Mawe ,  Andrews  , 
Headj  etc.  je  me  suis  contenté  d'emprunter  à 
ces  auteurs  quelques  dates,  quelques  détails  his- 
toriques indispensables ,  et  le  bel  ouvrage  de 
M.  Alcide  d'Orbigny  m'a  fourni  les  noms  scien- 
tifiques de  quelques  productions  naturelles. 

Dans  tout  ce  qu'on  a  publié  sur  le  Brésil,  je 
n'ai  rien  vu  qui  fut  susceptible  d'attirer  l'atten- 
tion des  Européens,  et  surtout  des  Français,  sur 
l'importance  de  la  province  de  Rio-Grande-do- 
Sul ,  ou  de  Sao-Pet'ro.  M.  Auguste  Saint-Hilaire, 
savant  et  très- judicieux  voyageui',  en  a  donné  une 
esquisse,  mais  il  ne  s'est  pas  assez  étendu  et  ne 
pouvait  guère  s'étendre  sur  l'intérêt  commercial 
qu'offrent  de  nouvelles  villes,  de  Qouveaux  ports, 
qui,  fondés  depuis  peu  d'années,  ont  déjà  pris  et 


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—  23  — 

prennent  journellement  un  accroissement  «pîde  ; 
conséquence  toute  naturelle  de  Tafiluence  des 
étrangers,  des  Brésiliens  même  des  autres  provin- 
ces de  l'empire ,  qui  viennent  en  foule  partici- 
per aux  douceursdW  climat  salubre  et  tempéré , 
joints  aux  charmes  et  à  l'aisance  de  la  vie  agricole. 

Ainsi,  cette  graiide  province,  colonisée  la  der- 
nière ,  méprisée  en  quelque  sorte  par  les  Portu- 
gais ,  avides  d'or  et  de  pierreries,  souvent  dispu- 
tée par  lesEspagnols  du  Paraguay,  qui  la  connais- 
saient mieux;  ravagée  tour-à-tour,  et  même  à  la 
fois,  par  les  armées  portugaises  et  patriotes,  les 
hordes  sauvages  des  Charruas  et  des  Bougres, 
cette  belle  et  riche  province,  dis-je,  marche  enfin, 
malgré  tantd  entraves,  vers  un  état  de  prospérité 
bien  supérieur  à  celui  des  autres  provinces  du 
Brésil^  état  qui  ne  doit  éprouver  de  rivalité  que 
dans  la  Banda4)riental,  sa  voisine. 

Si  un  savant  naturahste  prussien  ,  moins  heu- 
reux que  les  La  Gondamine ,  les  Humboldt ,  les 
d'Orbigny  ;  si  le  docteur  Frédéric  Sillow  n'était 
pas  mort  récemment ,  comme  Mungo-Park ,  La 
Peyrouse  et  tant  d'autres  célèbres,  mais  infortunés 
explorateurs,  victime  de  son  ardent  amour  pour 
les  sciences  naturelles,  je  n'aurais  pas  eu  à  m  oc- 


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—  24  — 

cuper-de  la  description  que  )e  donne  de  la  par-' 
tie  la  plus  australe  du  Brésil ,  car  je  sais  positive- 
ment que  ce  savant  profond  s'occupait  d'un 
ouvrage  très  étendu  sur  ces  contrées.  U  en  avait 
dressé  une  carte  géographique  et  topographique  y 
dont  on  m'a  montré  une  copie ,  laquelle  eût  été 
d'autant  plus  utile  qu'il  n'en  existe  pas  une  seule 
véritablement  exacte.  Félix  de  Azara  même, 
Fun  des  voyageurs  méritant  le  plus  de  con- 
fiance par  un  grand  talent  d  observation  et 
son  exactitude  scupuleuse  dans  la  description  de 
ce  qu'il  a  pu  observer ,  s'en  est  trop  rapporté , 
pour  la  partie  de  cette  fipontière  Espagnole ,  aux 
travaux  des  ingénieurs  sous  ses  ordres. 

Jlndiquerai  les  erreurs  que  tous  les  géo- 
graphes ont  reproduites  d'après  une  priemîère 
carte  mal  dressée.  J'observe  néanmoins  que , 
n  étant  ni  ingénieur ,  ni  géographe ,  je  n'ai  pu 
signaler  que  les  fautes  sautant  aux  yeux  de 
tout  voyageur  de  bon  sens  qui  veut  se  donner  la 
peine  d  analyser  ce  qu'il  voit.  J'étais  muni  dune 
boussole  dont  j  avais  fait  déterminer  la  déclinai- 
son à  Buenos- Ayres,  et  ensuite  à  Porto-Alègre*; 

<  Déclin  :  à  fiuénos-Ayres,  12-  30  '  N.-E.  —  A  Porto-Alègre,  8*  N.:£. 
—  A  rembouchure  de  Rio-Grande,  8*  30'  N.-E.  —  A  Montevideo» 
14-  40  N.-E. 


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—  .25  — 

les  latitudes  et  longitudes  des  lieux  princi- 
paux j  indiquées  dans  le  texte  de  mon  voyage 
ainsi  que  sur  la  carte  dressée  d'après  les  no- 
tes de  mon  journal ,  ont  été  relerées  au  bureau 
topogaphique  de  Buénos-Ayres ,  pour  tous  les 
points  de  Tintérieur  ;  car  pour  ceux  des  côtes  de 
rOcéan  et  de  la  Plata,  j'ai  adopté  de  préférence 
celles  que  les  officiers  de  la  gabare  \ Emulation^ 
ont  déterminées  lors  de  leur  intéressante  explo- 
ration en  1831.  Voilà  tout  ce  que  je  peux  dire 
en  ma  &veur.  Je  sens  très-bien  que  cette  can- 
deur n'augmentera  pas  la  confiance  qu'on  pour- 
rait avoir  en  mes  rectifications  ,  aussi  je  me  hâte 
de  former  le  vœu  sincère  que  les  gouvememens 
brésilien  et  oriental  daignent  charger  un  ingénieur 
habile  de  la  mission  intéressante  de  donner  aux 
nations  éclairées  une  carte  exacte,  bien  détaillée 
de  leurs  territoires  limitrophes.  J'aurai  toujours 
gagné  quelque  chose  si  j'ai  pu  attirer  leur  atten- 
tion sur  ce  point. 

Quoique  dans  im  cadre  étroit,  je  tâche  de 
donner  la  description  physique  et  politique  des 
lieux  visités  par  moi. 

Je  fiûs  ressortir,  autant  que  mes  trop  faibles 
lumières  me  le  permettent,  les  avantages  que 


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—  26  — 

notre  industrie  manu&ctu|ière  pourrait  retirer 
d'un  système  commercial  bien  entendu,  conve- 
nablement approprié  aux  goûts  et  aux  besoins  de 
ces  peuples  pasteurs,  agriculteurs,  artisans  et 
fainéans. 

Je  ne  me  suis  pas  beaucoup  étendu  sur  Tbis- 
toire  de  ces  contrées  parce  qu'il  est  facile,  et  d'ail- 
leurs intéressant  de  consulter  les  auteurs  déjà 
cités  *. 

J'ai  Youlu  conserver  la  forme  d'un  journal  à  la 
parllie  de  mon  voyage  qui  comprend  l'exploration 
de  l'Uruguay  et  de  l'intérieur  delà  province  de 
Rio^Graude  ;  en  voici  la  raison  :  je  visitais  un 
pays  presque  désert,  oùles  moyens  de  transport  et 
d'existence  sont  conséquemment  fort  difficiles, 
où  des  inconvéniens  sans  nombre  se  présentent 
à  chaque  pas;  j'ai  cru  devoir  les  décrire  ,  non 
pour  le  plaisir  de  parler  de  moi,  mais  parce  que^ 
suivant  M.  de  Humboldt,  «  il  est  des  détails  de  la 
vie  commune  qu'il  peut  être  utile  de  consigner 


1  On  doit  encore  consulter,  pour  le  Rio  de  la  Plata ,  lea  EsquUsê» 
hùf toriques  cl  Hatisiiques  de  Buénos-Âyres ,  pvih^ées  par  M.  Yaraigne 
en  1S26.  —  Pour  le  Brésil,  les  Mémoires  de  Duguay-Trouin,  le  f^oyaye 
de  La  Gondamine,  ceux  de  MM.  Auguste  Saint-Hilatre,  Martius  et 
Spix  rt  du  prince  de  Neuwied. 


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—  27  — 

4ans  un  itinéraire  ;  * ■  }h  servent  à  régler  la  quu- 
duite  de  ceux  qiû  paroourent  le^  mêmes  contrées 
après  i^QUS.  y> 

a  Un  voyageur,  a  dit  M,  de  Gh^teai^hriand,  est 
une  espèce  d'historien  ;  son  devoir  est  de  r^oou- 
ter  iîdèlenieut  ce  qu'il  s^  vu  ou  ce  qu'il  a  euteudu 
dire  ;  il  \ie  doit  rien  inventer ,  mais  aiissi  il  ne 
doit  rien  omettre  * .  Et  quand  au  vieux  proverbe  : 
(c  ^  beau  mefUir  ifui  i^ierU  de  hin^  y>  devenu  ridi- 
cule à  force  de  vétusté,  M.  Alcide  d'Orbigny,  en 
&it  justice  par  cette  réllexion  très-sensée  : 

«  Les  voyageurs  se  trompent  toujoiu*s,  sans 
doute,  ou  peuvent  toujours  se  tromper,  car 
ils  sont  hommes....,  mais  les  voyageurs  ne  men- 
tent plus..,.  Et  commept  oseraient«-ils  mentir,  en 
présence  d'un  public  en  général  aussi  déliant 
qu'éclairé,  dune  critique  toujours  éveillée ,  d'une 
presse  toujours  prêteàrévéler  leurs  impostures'!'» 

Je  ne  pourrai  guère  compléter  les  descriptions 
physiques  saus  employer  quelques  mots  techni- 
ques; ne  vous  efl^yeâi  pas  trop,  je  nen  em- 
ploierai pasp]|us  que  je  n'eu  sais.  Songez  que  nous 

i   UituWaire  de  Paria  à  Jérusalem. 

»   Aie.  d'Oi'b.   f^oyotfe  fiatus  V Améiiifue  Mâridionafe. 


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—  28  — 

serons  dans  un  laboratoire  ^  la  nature  !  que  là 
tout  est  nature ,  rien  que  nature...  Les  hommes 
même  sont  naturels.  La  civilisation  est  pour  euxun 
travestissement  dont  ils  font  parade ,  mais  dont 
ils  se  dëpotiiUent  volontiers  eafamSle.  Tout  sera 
neuf  autour  de  nous  :  point  de  monumens  an- 
tiques à  exhumer  du  sol;  point  de  souvenirs 
glorieux  attachés  à  cette  terre  presque  vierge.... 
que  dis-je  !  ne  pouvons  nous  pas  exhumer  un 
fossile  ?  alors  !  que  de  méditations  !  que  de  poésie  ! 
demandez  plutôt  à  M.  de  Balzac,  qui  fait  un  si 
bel  éloge  de  l'immortel  Cuvier ,  tout  en  lappelant 
le  poète  par  excellence  de  notre  époque. 

Mais  pourquoi  appréhenderait-on  les  mots 
scientifiques  ;  ne  peut-on  pas  les  rendre  intelligi- 
bles ?  ne  sont  ils  pas  une  langue  universelle  ?  les 
sciences  naturelles  ont  &it  tant  de  progrès  en 
Europe  et  surtout  en  France,  où  elles  sont  deve- 
nues si  générales,  si  populaires,  qu  on  doit  lire  avec 
plus  d'intérêt  les  récits  qui  tendent  à  éclaircir  des 
points  obscurs ,  des  mystères  qui  ont  émerveillé 
trop  long-temps  le  commun  des  hommes.  Et  puis 
l'étude  de  la  nature  est  une  étude  si  douce ,  qui 
nous  conduit  si  &cîlement  de  la  vue  de  ses  ou- 
vrages au  sentiment  de  la  Divinité!  Grâces  soient 
rendues  à  Anstote,  à  Pline ,  à  Buffon ,  à  Cuvier  ! 


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— .  29  — 

Placés  comme  des  flaml>eauic  allumés  sur  la  route 
qu*ont  suivies  les  sciences  naturelles  ,  pour  eu 
montrer  les  progrès,  ces  grands  naturalistes  ont 
ouvert  une  nouvelle  ère  à  la  philosophie  en  for- 
çant les  peuples  à  interroger  les  fidts  classés 
par  eux. 

Grâces  soient  aussi  rendues  à  Bemardin-de- 
St-Pierre,  le  charmant  auteur  des  Études  de  la 
Nature ,  le  peintre  habile  de  ses  sublimes  har- 
monies! En  dépoiiiHant  la  science  de  ses  aspéri- 
tés ,  il  sait  nous  montrer  la  nature  Jtelle  qu'elle 
semble  avoir  été  £dte  pour  le  bonheur  du  genre 
humain  ;  il  est,  lui ,  le  vrai  poète  de  la  nature. 

Assez  heureux  pour  posséder  quelques  con- 
naissances générales  en  histoire  naturelle,  on  a  vu 
que  )*avais  résolu  d'en  tirer  parti  dans  le  voyage 
que  j'entreprenais.  Aidé  ensuite  des  conseils  et  des 
lumières  de  plusieurs  savans,  j'ai  pu  donner  une 
idée  des  productions  naturelles  de  ces  pays.  Mais 
à  mes  yeux ,  le  principal  avantage  des  &ibles 
connaissances  qui  m'ont  autorisé  à  prendre, 
pendant  mon  voyage ,  le  titre  (sans  doute  usurpé) 
de  natundistej  a  été  de  me  mettre  en  relation 
avec  des  personnes  instruites,  des  autorités  même 
qui  ont  pu  me  fournir  des  renseignemens  exacts. 


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—  50  — 

Je  divise  ce  voyage  en  trois  parties.  La  pre- 
mière traite  du  Rio  de  la  Plata ,  de  M ontëTideo 
et  de  Buénos-Ayi'es  ;  la  seconde  partie  contient 
Texploration  de  l'Uruguay  et  de  l'intérieur  de 
la  province  de  Rio-Grande  jusqu'à  Porto-Alègre  ; 
la  troisième  partie  traite  de  Porto-Alègre,  de  ses 
environs  et  de  la  province  en  général,  et  finale- 
ment, donne  une  idée  aussi  enacte  que  possible 
de  Tétat  du  commerce  français  tant  au  Brésil 
qu'au  Rio  de  la  Plata. 

Mes  observations  peuvent  être  considérées 
comme  une  sorte  d'appendice  à  celles  de  MM.  Au- 
guste Saint-Hilaire,  dans  l'intérieur  du  Brésil,  et 
Alcide  d'Orbigny  dans  YEntre-Rios  et  Corrien- 
tes ,  provinces  enclavées  par  le  Parana  et  l'Uru- 
guay- 

La  gratitude  dont  je  suis  animé  envers  les  per- 
sonnes qui  ont  bien  voulu  m' être  utiles  dans  le 
cours  de  mon  voyage,  m'impose  la  loi  bien  douce 
de  leur  donner,  à  mon  retour  dans  mes  foyers, 
un  témoignage  public  de  ma  profonde  reconnais- 
sance :  j'ose  donc  citer,  au  risque  de  blesser  leur 
modestie  et  d'encourir  leur  blâme  ,  les  noms  de 
ces  hommes  estimables  qui  resteront  gravés  dans 
ma  mémoire. 


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—  31  — 

M.  AiméBonpland,  le  botaniste  justement  cé- 
lèbre ,  le  collaborateur  de  M.  de  Humboldt.  Ua 
bien  voulu  m'accorder  l'hospitalité  ,  avec  cette 
bonté  toute  paternelle  qui  le  caractérise,  au  mi- 
lieu des  déserts  où  son  amour  potu*  les  sciences 
naturelles  le  tenait  encore  exilé  du  monde  sa- 
vant. 

M.  Faustino  Lezica,  négociant  de  Buénos-Ay- 
res  j  citoyen  des  plus  distingués  par  son  mérite , 
ses  connaissances  ,  sa  modération ,  et  l'amabilité 
de  ses  manières  toutes  françaises. 

M.  FabricioMossotti,  astronome  et  professeur 
de  Physique  expérimentale  à  Buénos-Ayres,  sa- 
vant trop  modeste  et  désintéressé. 

M.  José  Arenales,  lieutenant-colonel  d'artille- 
rie, ingénieur,  chargé  du  bureau  topographi(]ue 
à  Buenos- Ayres ,  auteur  de  plusieurs  ouvrages. 

M.  Cadnoio  Ferraris,  chargé  de  la  conservation 
du  Muséum  d'histoire  naturelle  deBuénos-Ayres; 
c'est  un  de  ces  vrais  philantropes  qui  ne  perdent 
jamais  l'occasion  d'être  utiles  à  l'humanité. 

M.   Casimir  Gauchard ,  négociant  français   à 


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—  32  — 

Buenos- Ayres ,  ancien  élève  de  l'Ecole  Polytech- 
nique. 

M.  Antoine  Thedy,  négociant  au  Salto  de  l'U- 
ruguay. Quoique  Suisse  de  nation ,  il  accueille 
indistinctement  tous  les  Français  malheureux  que 
leur  triste  sort  amène  dans  ces  lieux  reculés.  Le 
plus  bel  et  plus  juste  éloge  que  je  puisse  faire  de 
M.  Thedy  ,  est  de  dire  qu'il  a  acquis  au  Salto  , 
par  son  humanité ,  le  titre  bien  honorable  de 
Père  des  Français. 

M.  Joseph  Ingrès ,  fi^ère  du  célèbre  peintre 
de  ce  nom,  négociant  français  à  San-Borja ,  aux 
Missions  ;  c'est  un  de  ces  Français  comme  il  en 
existe  trop  peu  en  Amérique.  Si  tous  ceux  qui 
se  destinent  à  commercer  dans  les  pays  étran- 
gers ayaient  sa  rectitude ,  ses  connaissances  et  son 
inÊitigable  activité  ,  nos  manufactures  en  senti- 
raient bientôt  l'heureuse  influence. 

Le  colonel  José  da  Sylva  ,  commandant  mili- 
taire de  la  frontière  des  Missions  d'Uruguay  ; 
Brésilien  excessivement  bon  et  humain,  ac- 
cueillant de  la  meilleure  grâce  du  monde  tous 
les  étrangers ,  mais  particulièrement  les  Fran- 
çais. 


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—  53  — 
M.  le  docteur  Jean-Daniel  Hillebrand,  méde- 
cin alleniand  à  la  colonie  de  Sâo-Lëopoldo ,  près 
Porto- Alègre  ;  homme  aimable  et  obligeant ,  réu- 
nissant des  connaissances  variées  et  un  goût  près- 
cpie  passionné  pour  l'histoire  naturelle. 

M.  Modesto  Franco,  négociant  brésilien  à 
Porto- Alègre ,  patriote  distingué ,  à  même,  par 
sa  fortune ,  de  faire  beaucoup  de  bien  aux  mal- 
heureux. 

Enfin  mon  honorable  ami  le  comte  de  Zani- 
beccary,  philantrope  bolonais,  défenseur  en  tous 
lieux  de  la  cause  commune,  mais  infortuné 
comme  la  cause  elle-même  ' . 


Havre,  le  1^' Jirillel  1835. 


«  Ce  jeune  homme,  plein  de  connaissances  vraiment  utiles,  est  le  fils 
du  célèbre  aéronaute  de  ce  nom ,  sénateur  liolonais ,  contemporain 
des  Pilaire  du  Rosier,  des  Mongolfier,  des  Broschi ,  et  mort ,  comme 
les  premiers,  rictime  de  son  amour  pour  la  belle  science  des  aérostats. 


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yrmtère  Partie. 


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CHAPITRE  I«. 


9épmgtéamm9wc.  ^  Travenés.  ~  Arrivé*  mi Bw d*  U  VUU.. 


Tout  le  monde ^  en  France,  ne  partage  pas 
r(^[Mmon  de  Montesquieu ,  de  Rousseau  et  du 
comte  de  Laborde  sur  l'utilité  des  voyages  ;  je 
me  rappeHe  qu'au  moment  où  \%  fis  mes  visites 


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— .  38  — 

pour  prendre  congé ,  un  principal  de  collège , 
homme  docte  et  tcès-préponderanty  me  demanda 
d'un  air...  qui  laissait  percer  tout  le  sentiment  de 
sa  supériorité  ce  si  les  limites  delà  France  étaient 
trop  étroites  pour  un  voyageur  !  !  !  »  Je  ne  sais 
pas  trop  ce  que  je  balbutiai  dans  le  moment ,  car 
on  me  déconcerte  Ëicilement,  surtout  avec  de 
semblables  questions  ;  mais  il  me  parut  à  la  ré- 
flexion,  que  la  sollicitude  toute  apostolique  dont 
paraissait  animé  le  cher  principal,  lui  fidsait 
craindre  pour  moi  la  contagion  des  principes 
américains.  Cependant  ces  principes ,  cette  cause 
apiéricaine  ne  sont  que  le  résultat  des  idées  éla- 
borées en  Europe  ;  ce  sont  nos  théories  mises  en 
pratique;  on  ne  peut  donc  que  gagner  à  examiner 
de  près  ces  gouyememens  modèles;  car  s'ils  sont 
bons,  pourquoi  ne  pas  les  imiter?...  s'ils  sont 
mauvais ,  évitons  les  Êiutes  dans  lesquelles  leurs 
législateurs  sont  tombés.  Il  me  semble  que  là  où 
le  droit  naturel ,  le  droit  public  et  le  droit  des 
gens  sont  le  plus  respectés,  ce  doit  être  le  meil- 
leur gouvernement.  On  nous  a  long-temps  vanté 
celui  de  l'Angleterre  ;  on  croyait  les  Anglais  li- 
bres parcequ'ils  ne  se  plaignaient  pas  aussi  hau- 
tement que  nous,  ils  sont  pourtant  loin  de  jouir 
de  la  somme  de  liberté  dont  nous  jouissons 
dès-à-présent  en  France  !  La  belle  pensée  de  Fim- 


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—  39  — 

mortel  Canning.  «  Liberté  cwile  et  t^eligieuse  des 
deux  mondes  »  n  est  pas  réalisée  ' . 

Le  31  décembre  1829,  à  deux  heures  après- 
midi,  le  brick  français  VHermime^  capitaine  Soret, 
ayant  13  hommes  d'équipage  et  24  passagers^  mit 
à  la  voUe  du  Havre-de-Grâce  pour  Buenos- Ayres, 
par  une  fort  belle  brise  de  vent  de  N.  N.  E.  Le 
temps  ne  laissait  rien  à  désirer,  et  le  thermo- 
mètre de  Réaumur  marquait  10  degrés  au-des- 
sous de  zéro.  Tétais  du  nombre  des  passagers. 

Nous  fîmes  d'abord  route  au  nord-ouest ,  le 
navire  gouvernant  bien  ,  et  tout  le  monde  en 
bonne  santé. 

Cest  une  chose  vraiment  fort  étrange  que  les 
sensations^  d'un  individu  qui  se  hasarde  à  fran- 
chir ,  pour  la  première  fois ,  la  vaste  étendue 
des  mers  :  que  de  réflexions  à  Êiire  sur  un  avenir 
devenu  si  incertain  par  la  mobilité  d'un  élément 
indomptable ,  instrument  passif  des  vents  capri- 
cieux!... Combien  de  regrets  naissent,  assiègent 
et  oppressent  le  cœur  au  moment  du  départ  pour 
un  voyage  si  lointain^  si  périlleux!  Un  beau  pays 
abandonné ,  des  parens  des  amis  qu'il  faut  se  ré- 

i  Voyez  l**!  noie  fi. 


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—  40  — 

soudre  à  quitter  peut-être  pour  toujours...  De 
douces  habitudes  y  de  plus  douces  liaisons  qu'il 
faut  perdre  !  et  puis  cette  vie ,  si  calme  jusqu'a- 
lors j  qui  s'écoulait  sans  perplexités ,  sans  fati- 
gues j  Ta  devenir  désormais  une  vie  aventureuse, 
pleine  d'incidents  imprévus  qui  la  rendront  sou- 
vent pénible  et  quelquefois  très-orageuse  !  Adieu 
donc,  belle  patrie!  cités  florissantes,  cantons  fer- 
tiles ,  peuples  laborieux  !  Adieu  antique  Neustrie , 
province  &vorisée  de  la  nature  et  des  arts ,  sol 
privilégié  !  Toi  qui  as  fourni  jadis  des  rois  à  l'An- 
gleterre ,  toi  qui  fais  naître  tant  de  souvenirs  hé- 
roïques et  touchans,  patrie  des  Corneille,  des 
Fontenelle,  des  Duquesne,  des  Bemardin-de- 
Saint-Pierre ,  des  Boïeldieu,  des  Delavigne  et  de 
tant  d'autres  célébrités  ! 

Adieu  chaste  Seine\  fille  de  Bacchus,  nymphe 
de  Gérés.  Toi  dont  les  flots  d'émeraude  se  plai- 
sent à  baigner  les  lieux  que  j'afiTectionnais,  comme 
toi ,  avant  ta  métamorphose. 

Et  vous  ,  tendre  Héva ,  compagne  fidèle  et 
trop  infortunée  de  la  nymphe  de  Gères ,  adieu  ! 
Salut  au  tombeau  que  les  sensibles  Néréides  vous 
élevèrent  en  récompense  de  votre  dévouement  ! 
continuez ,  mânes  dHéva ,  continuez  à  guider  les 


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—  41  — 

marins  jusqu'à  leur  entrée  dans  ce  Neutre  aimé 
d'Amphitrite,  tandis  que  moi,  chétif  mortel, 
après  aToir  erré  sur  la  terre  comme  un  météore 
igné  j'irai  peut  être  m'ablmer  dans  quelque  coin 
du  monde. 


Cest  ainsi  que ,  les  regards  attachés  sur  la  terre 
natale,  disparaissant  sous  le  voile  vaporeux  de 
rhorizon,  je  me  livrais  mentalement  à  des  regrets 
intempestif.  Dans  un  moment  de  profonde  mé- 
lancolie j'avais  été  accablé  du  poids  de  mes  ré- 
flexions :  fatale  curiosité  !  me  disais-je  ,  pourquoi 
me  forces-tu  à  m' éloigner  du  sol  de  la  patrie ,  à 
rompre  les  liens  qui  m'y  attachent  ?  H(3as!  mes 
pressentimens  n'étaient  que  trop  réels....  après 
une  absence  de  cinq  ans  je  n'ai  retrouvé  que  des 
tombeaux  là  où  les  illusions  du  jeime  âge  avaient 
fasciné  mes  yeux  et  rempli  mon  cœur  de  joies 
pures  et  innocentes!  ! 

Cependant^  retrempant  mon  courage  abattu 
dans  l'espoir  d'un  meilleur  avenir,  animé  sur- 
tout par  l'espérance  de  trouver  dans  l'étude  de 
la  natm^e  de  douces  distractions ,  je  fis  un  effort 
sur  moi-même  et  me  hâtai  d'éloigner  des  appré- 
hensions qui  ne  pouvaient  que  me  rendre  mal- 


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—  42  — 

heureux.  La  sérénité  de  1  atmosphère,  la  tran- 
quillité de  lamer  et  l'apparence  d'une  navigation 
heureuse  achevèrent  de  rendre  le  calme  à  mon» 
ame. 

Je  fiisassez  &vorisé  pour  être  peu  incommodé 
du  mal-^-merj  dès  le  lendemain  j  étais  emma- 
riné.  Il  n'en  a  pas  été  de  même  de  tous  mes 
compagnons  de  voyage  :  plusieurs  payèrent 
long-temps  un  tribut  onéreux  aux  habitans  de 
Tonde. 

Je  ne  sais  pas  si  les  médecins  ont  bien  défini  la 
cause  du  mal  de  mer.  Ce  mal ,  peu  dangereux 
d'ailleurs ,  anéantit  totalement  les  &cultés  physi- 
ques et  morales,  et  cela  se  concevrait  assez  si  le  rai- 
sonnement du  vulgaire  n'était  pas  &ux;  car,  si  le 
cœur  était  la  partie  affectée  ,  ses  fonctions  de- 
vraient se  £dre  avec  moins  de  vigueur ,  de  là  ré- 
sulteraient cet  abattement,  cetafiaissement,  ce  dé- 
goût qu'on  éprouve.  Nepourraiton  pas  penser  que 
le  balancement  imprimé  au  navire  par  le  roulis  ou 
le  tangage  en  produit  un  semblable  sur  les  intes- 
tins et  par  suite  aux  poumons,  lequel  dérangeant 
momentanément  le  système  circulatoire ,  produi- 
rait les  vomissemens  ?  ce  qui  m'autorise  à  le  penser 
c'est  qu'il  arrive  presque  toujours  que  le  mal 


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—  43  — 

cesse  complètement  dès  qu'on  a  mis  le  pied  à 
terre. 

Quoiqu'il  en  soit  des  causes  du  mal  de  mer,  les 
effets  en  sont  certainement  redoutables ,  et  ce 
qui  est  le  plus  ÊLchenx ,  c'est  que  les  capitaines 
sont  ordinairenent  très  peu  en  mesure  d'apporter 
du  soulagement  aux  malades.  Âppellerais-je  un 
soulagement  le  mauvais  thé  &it  à  la  hâte,  sucré 
avec  de  la  cassonnade  et  distribué  par  les  mousses 
dans  des  vases  encore  mouillés  de  l'eau  salée  dans 
laquelle  ils  ont  été  rincés  ?  une  telle  boisson  n'est 
guère  £ûte  pour  soulager  le  cœur,  aussi  je  me 
gardai  bien  d'en  fiûre  usage,  malgré  tout  le  besoin 
que  j'avais  de  pitendre  quelque  cordial. 

Précisément  pareeqae  les  .médecins  ne  se  sont 
pas  occupés  du  mal  de  mer,  on  ne  connait  pas 
de  remède  capable  d'y  apporter  un  prompt  sou- 
lagement :  les  acides,  les  fruits,  juteux  et  les 
astringens  sont  ce  qu'il  y  a  de  meilleur  à  em- 
ployer jusqu'à  présent ,  mais  tous  les  estomacs  ne 
les  supportent  pas ,  et  puis  ,  je  le  répète ,  quand 
on  est  assiégé  par  le  mal  on  se  trouve  dans  un 
état  d'anéantissement  tel,  qu'on  n'a  plus  d'idées, 
on  ne  pense  pas  à  ce  qui  pourrait  soulager ,  on 
ne  demande  rien.  Les  officiers  du  navire  qui  sa- 


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_.  44  — 

Tent  par  expérience  dans  quel  état  se  trouve  le 
malade,  état  qui  ne  présente  souvent  pas  d'in- 
quiétude, les  officiers,  dis-je, qui  ont  peu  Tha- 
bitude  du  monde  et  de  ces  petites  prévenances, 
de  ces  petits  soins ,  de  ces  petites  attentions  qui 
en  rendent  le  commerce  si  agréable ,  s'inquiètent 
peu  du  pauvre  malade.  Cependant  si  ce  malade 
est  un  passager  de  considératioTky  c'est'-à-dire  qui 
ait  bon  nombre  de  colis  dans  la  caUe»  pour  Fac- 
quit  de  sa  conscience  le  capitaine  lui  demandera 
l'état  de  sa  santé  et  luî  enverra  une  tasse  du  fa- 
meux thé  en  questiou.  Je  parle  ici  généralement, 
-car  il  est  beaucoup  d'exceptions  ;  le  traitement 
des  passagers  s'est  bien  amélioré  depuis  que  les 
capitaines  ne  se  considèrent  plus  comme  ma&res 
après  Dieu  à  bord  de  leur  navire,  et  je  me  hâte  de 
dire  que  je  n'ai  eu  qu'à  me  louer,  ainsi  que  mes 
compagnons  de  voyage,  desofficiersdel'As/Tnmie. 

YsÀ  dit  que  nous  étions  vingt-quatre  passa- 
gars;  dans  ce  nombre  il  y  avait  des  femmes  et 
des  enÊms ,  ce  qui  (soit  dit  sans  blesser  personne), 
n'est  pas  le  plus  agréable  dans  un  pareil  voyage  ; 
enfin  il  &ut  vouldir  ce  qu'on  ne  peut  empêcher, 
dit  le  proverbe ,  et  c'est  surtout  à  la  mer  qu'on 
a  occasion  d'apprécier  la  valeur  de  ce  vieil  adage. 
Ce  nombre  de  passagers  se  divisait  en  deux  classes 


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—  4»  — 

ceux  de  la  chambre  et  ceax  de  Ventre-poni  :  nouâ 
étions  treize  à  la  chambre,  en  y  comprenant  trois 
jeunes  enÊms  et  deux  femmes  que  la  politesse 
nous  forçait  à  qualifier  du  nom  de  dames. 

Notre  embarquement  avait  été  très^précipité , 
ce  qui  fit  qu'au  moment  du  départ  on  s'embarqua 
pêle-mêle ,  chacun  s'occupant  à  ranger  ses  ba- 
gages et  s'inquiétant  peu  de  ses  compagnons  de 
TOyage  ;  du  moins  c'est  ce  qui  m'arriya  ;  d'ailleurs 
les  premiers  symptômes  du  mal  de  mer  m'aver- 
tissant  de  prendre  mes  précautions ,  je  fis  mon 
lit  (  cai*  à  bord  d'un  navire,  aussi  bien  qu'à  terre, 
comme  on  fait  son  lit,  on  se  couche),  et,  me  cou- 
couchai  jusqu'au  dîner,  qui  fut  court  et  auquel 
peu  de  personnes  assistèrent.  Ce  ne  fut  donc  que  le 
lendemain  du  départ  que  Ton  commença  à  s'ob- 
serrer  et  à  fidre  des  remarques  sur  la  masse  hé- 
térogène de  nos  individus.  Je  fus  agréablement 
surpris  de  me  trouver  en  très-bonne  compagnie 
d'hommes  et  de  voir  que,  devant  sympathiser 
ensemble ,  je  pouvais  me  promettre  une  traversée 
des  plus  agréables.  En  effet  nous  n'eûmes  dans 
le  cours  de  ce  voyage  aucun  motif  de  nous 
plaindre  les  uns  des  autres  ;  la  plus  grande  har- 
monie a  régné  parmi  nous  ;  bien  que  notre  so- 
ciété se  composât  de  trois  Espagnols-Américains, 


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—  46  ^ 

deux  Hambourgeois,  un  Prussien  et  deux  Fran- 
çais, sans  ccHupter  le  capitaine  et  son  second.  A 
la  yéritë  ces  Messieurs  ayant  Toyagé  beaucoup , 
connaissaient  assez  le  monde  pour  en  avoir  une 
juste  appréciation  ;  ils  savaient  aussi  par  expé- 
rience ,  que  le  bon  ordre  est  nécessaire  à  bord 
d'un  bâtiment. 

La  vie  d'un  passager  est  bien  monotone,  il 
faut  en  convenir ,  surtout  pour  celui  qui ,  insen^ 
sible  au  spectacle  imposant  que  lui  o£Ere  la  na- 
ture, toujours  prodigue  en  tableaux  merveilleux, 
u  a  Tesprit  préoccupé  que  de  sesprojets  ultérieurs. 
Il  na  plus  qu'une  idée  fixe,  celle  d'arriver 
promptement  à  sa  destination;  aussi  l'ennui,  ce 
ver  rongeur,  produit  de  Toisiveté,  s  attaquant 
sans  rdâche  à  cet  être  désœuvré,  il  devient 
bientôt  à  charge  à  lui-même  et  aux  autres  pas- 
sagers. Nous  n'eûmes  pas  heureusement  ce  désa- 
grément à  supporter,  au  contraire,  le  voyage  fut 
une  vraie  partie  de  plaisir.  Chaque  soir  nous  nous 
réunissions  à  quatre  pour  faire  un  whist  ;  nous 
n'y  avons  pas  manqué ,  je  crois  six  fois.  Souvent 
avant  de  conunencer  la  partie,  et  principalement 
lorsque  l'obscurité  était  grande ,  nous  prenions 
plaisir  à  admirer  le  bel  effet  de  lumière  de  cette 
innombrable  quantité  d'animalcules  phosphores- 


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—  47  — 

cens  qui  pullulent  à  la  sur&ce  de  la  mer  et  que 
le  sillage  du  navire  fidsait  étinceler  de  mille  ma- 
nières autour  d^  nous. 

C'est  entre  les  tropiques  que  nous  avons  joui 
du  plus  beau  spectade  de  ce  genre;  aux  iles  du 
Cap-Verd  l'Océan  paraissait  en  feu.  Les  vagues 
légères,  soulevées  par  ime  brise  du  vent  alizé 
s'entrechoquaient  et  faisaient  naître  subitement 
un  fiûsceau  de  gerbes  lumineuses  qui  ^  se  répan- 
dant aussitàt  sur  la  masse  mobile  et  noirâtre^  for- 
maient comme  une  nappe  blanche  émaiUée  de 
rubis  et  de  diamans  étincelans.  Les  voiles  en 
étaient  éclairées.  Je  ne  me  lassais  pas  d'admirer, 
tant  la  mobilité  de  l'élément  liquide  produisait 
d'effets  surprenans.^  Lliorizon  semblait  une  ville 
immense  dans  une  illumination  complète  :  on 
eût  dit  que  les  divinités  des  eaux ,  habitant  cette 
cité  merveilleuse,  se  plaisaient  à  célébrer  notre 
passage,  en  nous  donnant  un  spectacle  inconnu 
aux  habitans  des  continens.  Je  fiis  tenté  de  croire, 
du  moins,  que  ces  divinités  urbaines  nous  étaient 
favorables ,  puisque  notre  navigation  a  couram- 
ment été  heureuse. 

D'autres  fois  nous  nous  livrions  à  des  exercices 
gynmastiques,  à  des  tours  d'adresse  que  le  second 


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—  48  — 

capitaine  se  plaisait  à  nous  montrer  el  à  varier 
pour  nous  fiiire  passer  le  temps  avec  moins  d'en- 
nui. Mais  bientôt  notre  attention  se  trouvait  dé- 
tournée par  un  beau  coucher  de  soleil,  par  une 
disposition  de  nuages  >  qui  offi*ent  une  si  grande 
carrière  à  Timagination  que,  quelquefois,  par 
une  illusion  d'optique  des  plus  extraordinaires 
nous  nous  figurions  être  en  vue  de  terre,  voir 
des  habitations,  des  montagnes ,  des  vallées,  des 
forêts,  des  troupeaux  sur  la  pente  des  collines  et 
des  habitans  dont  les  formes  gigantesques  nous 
rabaissaient  jusqu'à  la  dimension  des  UlUpiUiens. 

Quel  spectacle  digne  des  profondes  méditations 
du  poète  et  du  philosophe ,  que  la  vue  de  ces 
vapeurs  condensées,  soulevées  mystérieusement, 
transportées  par  magie  au  centre  des  continens 
pour  alimenter  les  sources  des  fleuves  et  des  ri- 
vières, qui  après  avoir  arrosé,  embelli  et  fécondé 
les  contrées  ou  ils  coulent,  retournent  lentement 
au  grand  réservoir ,  pour  être  vaporisés  de  nou- 
veau !  N'est-ce  pas  là  le  vrai  phénix ,  qui  renaît 
continuenement?  Quel  mécanisme  ingénieux! 
des  vapeurs  s'élèvent ,  le  soleil  luit,  et  le  monde 
est  vivifié!  l'aridité  reparaît  et  la  terre  pullule 
d'habitans ,  de  myriades  d'êtres ,  qui  ne  se  com- 
prennent pas!!  Grand  Dieu!  je  m'humilie,  je 


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—  49  — 

me  cadie  dans  cette  poussière  dont  je  suis  sorti  ^ 
car  je  ne  comprends  que  mon  néant  ! 

Mais  Toici  bien  d'autres  récréations!  voyez 
cette  troupe  de  cétacés,  défilant  comme im  régi- 
ment de  cayalerie,  caracolant  à  tribord  et  à  bâ- 
bord pendant  une  heure  ;  ce  sont  les  souffleurs; 
et  ce  joli  poisson  qu'on  aperçoit  à  une  grande 
profondeur ,  dont  les  couleurs  sont  si  vives  ,  si 
brillantes?  cest  la  dorade',  et  ces  espèces  de 
grands  papiUons  marins  qui  volent  en  essaim  et 
si  étoulxifanent  qu'ils  tombent  à  bord  ?  ce  sont 
des  poissons  volons  ;  les  infortunés  sont  dans  des 
transes  continuelles,  car  ils  ont  des  ennemis  dans 
lair  et  dans  Teau ;  cette  bande  qui  s'élance  est  « 
chassée  par  des  bônitesy  poisson  vorace  qui  ne 
leur  fait  pas  de  quartier,  et  voici  la  noireyrc^o/e 
à  longue  envergure  qui  fond  sur  eux  pour  tâcher 
de  s'en  saisir.  Mais  voyez ,  voyez  vite  ce  poisson 
gigantesque,  qui  s'avance  majestueusement  près 
de  notre  gouvernail.  —  Quel  est-il  ?  Cest  le 
requin,  le  tigre  de  la  mer,  la  terreur  des  marins; 
ces  deux  petits  poissons  annelés  de  noir ,  de  bleu 
et  de  rouge,  qui  l'accompagnent,  le  suivent,  le 
précèdent ,  le  carressent ,  sont  ses  pilotes. 

Dans  cette  foxde  d'objets  qui  captivaient  notre 

4 


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—  50  — 

attention^  il  est  inutile  de  dire  que  si  la  vif^ 
signalait  un  navire  ou  la  tertCi^  la  sensation  n'en 
était  que  plus  vive  ;  notre  attention ,  concentrée 
alors  dans  le  tuyau  d'une  l(Aigu6-vue ,  était  ^p 
tiyée  au  point  de  nous  tenir  plusieurs  heures 
en  observation.  On  eût  cru,  en  vérité,  que,  de^ 
venus  habitans  de  l'Océan ,  nous  aviops  perdu 
le  souvenir  des  autres  honunes  ,  tant  notre 
curiosité  se  trouvait  excitée  à  la  vue  d^un  navire 
&isant  voile  vers  nous.  Pour  moi ,  dans  mon  en* 
thousiasme ,  dans  mon  admiration  passive  des 
œuvres  du  créateur,  oubliant  l'ii^justice,  l'é- 
goïsme,  l'ambition  de  ces  mêmes  hc»iunes,.)e  ne 
pensai  plus  qu'à  la  perfection  de  cetfce  image  de 
.la  Divinité,  possédant  en  même  temps  que  les 
vices,  des  vertiu  qui  îcfoX  sa  noblesse  ^  du  cou- 
rage qui  &it  sa  force,  un  es{«itsublime  ^pûcom" 
mande  le  respect  !...  et  je  m'inclinai  inv(dantai* 
rement ,  moins  pour  rendre  hommage  à  la  cràà- 
ture,  que  pour  témoigner  mon  admiration  ^t 
ma  profonde  soumission  au  souvex^Mn  aiiteur 
de  tant  d'attributs  qm  nous  élèvent  afu-dessus 
de  la  brute.  .  .  •  • • . 

Puis  mon  front  se  rembrunissait  en  se  cour- 
bant; je  restais  rêveur.  .  .  .  c'est  que  j'entrais 
mentalement  en  fiu^ur  contre  moi-même,  con- 


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—  SI  — 

tise  Tetpàce  tout  eittièce!«-^Mais  Q*ê0t-oe  pas  beau- 
oaap  ^argOitïL  dto$et  nous  âfre Vmageàe  la  Di- 
^ioké  l\  11m  BÎTÛiîtë  a-trelle  m^  forme  que 
kl  faîUesse  de  notre  hnagmation  pipsse  compren- 
<ire  ?  ....  Si  mne  peignée  d'humains  de  ia  race 
bhmehe  ou  cmicmûfue  est  assez  audacieuse  pour 
se  OToire  dotée  si  fiwonMement  ;  à  Fimage  de 
cpû-anront  été  créées  les  races  africaines^  mon- 
golicfaes,  hypevboréennes ,  américaines  et  au- 
tres; à  qui  ressembleront  les  nègres  de  Ij^uinée  j 
le  Hottentot  et  le  Caire  de  l'Afrique  Australe,  le 
Samoyède  et  le  Kamtschadale  de  la. Sibérie; 
rCsquiHoau^  le;tiapon  des  régions  boréides,  le  Ca- 
raïbe de  FOrénoqpie,  le  Botoeudo  du  Brésil ,  le 
Pata^on  des  teciaes  Magdlaniques,  et  cette  foule 
d'aulres  naûoosjgnœreeociâtantesy  aussi  différen- 
tes'par  leuisjdbpicmomies  que  par  leurs  moeurs 
et  JeitfjbqiiBge?...  Vans  ies  récusez  donc  pour 
le  pairta^  coumm  ?  Vous  ne  les  regardez  pas 
eemiae  vos  frères?. ...  Pourtstntils  n'ont  qi/un 
mené  fera;  eeat  kméme  Dieu  qui. les  a  créés  ;  le 
nsegqztiBOtts  ?  *N  eteît-oe  pas  assez  de  Y  aristocratie 
de, la  peau  ajouiée .  à  tant  d'firistocraties,  sans  y 
jâiadre  enoeve  c^e  du  cràné*  ?i... 

I  Dm  crânes  très-comprimés,  k  mâchoires  saillantes ,  ont  élé  trou- 
vés récenmient  dans  les  tombeaux  du  Hant-Péroit.  Ce  sont ,  on  le 
péiise,  iSs  restes  de  peuples  antérieurs  à  la  cWitisation  des  Incas  et 
auxquels  on  attribue  ces  monumens  gigantesques,  qui  ont  tant  de 
rapports  avec  ceux  de  la  Vieille-Egypte  et  de  TAsie  centrale. 


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—  5S  -^ 

Mais  cette  bdle  téte>  cette  délicatesse  de  tnuts, 
cette  blancheur  de  peau,  ce  tact  si  exqivs^  cette 
haute  intelligence  qui  semUe  tous  rapprocher 
de  celle  des  sphkts^  tout  cda  est  TouTrage  de 
réducat iony  de  la  cmUsation\  de  cette  éducation 
qui  commence  au  scMrdr  du  sein  de  TOtre  mère 
et  finit  au  tombeau;  c'est  l'éducation  de  toute  la 
vie  y  d'une  longue  suite  de  sièdes  qui  vous  a 
fiuts  ce  que  vous  êtes,  et,  si  vous  en  doutez, 
tentez-en  l'expérience ,  mais  préparez-TOus  à  rou* 
gir  du  résultat  : 

Enleyez  un  en&qit  qui  vient  de  naître,  con- 
fiez-le au  sauvage  le  plus  dégradé  dans  l'écheDe 
des  races  humaines;  laissez-le  subir  les  impres- 
sions du  climat,  du  sol,  de  la  nourriture,  de  tout 
ce  qui  l'entoure;  puis  interrogez-le,  quand  tous 

croirez  que  sa  raison  a  pu  se  développer Il 

n'aura  nulle  idée  de  cette  divinité  *  dont  vous 
vous  croyez  l'image;  il  n'enviera  aucune  des 
jouissances  dont  vous  êtes  si  avides  ;  fl  né  com- 
prendra pas  vos  besoins.  Si  vous  le  transplan- 
tez dans  vos  cités  populeuses ,  le  bruit  Tétour* 
dira  ;  vous  l'entendrez  soupirer  après  la  terre 

I  Je  n'ignore  pas  que  pins  tard,  vîTint  en  sodèté,  il  lenlira  la  aé- 
cetnté  d'adorer  an  étr^  s^ipréme ,  mais  cet  être  sera  en  rapport  avec 
ie  dérekippement  de  sa  raison. 


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—  5S  — 

saunage  qui  Faura  nourri,  après  la  compagiie  de 
Mm  enfiince  et  de  ses  jeux,  il:  mourra  d'ennui  au 
miHett  de  tos  fttes  somptueuses. 

Ihrolongez:  rexpérience  :  si  la  constitution  de  to- 
tre  Européen  derenu  sauTage,  a  permis  à  ses  fa- 
cubés  phfsiques  de  se  dérelopper  sousTinfluenoe 
àe&j€tculté8  moraUsy  sa  physionomie  changera 
Inentôt ,  ses  traits  perdront  de  leur  délicatesse , 
sa  peau  s'épaissira ,  ses  cheveux  deyiendront  ru- 
des, son  tact  s'émoussera,  son  crAne  se  modifiera, 
et  après  deux  ou  trois  générations,  tous  cher- 
cherez Tainement  des  traces  de  l'homme  civilisé , 
possédant  une  ame  &ite  à  l'image  de  Dieu.  .  •  . 


Miracle,  miracle  !  —  Je  fus  brusquement  dis- 
trait de  mes  réflexions  philosophiques,  par  les 
exclamations  de  l'équipage  et  des  passagers.  On 
venait  de  prendre  un  requin ,  et ,  à  la  grande 
surprise  des  spectateurs,  on  avait  trouvé  un  Twre 
ùn/nwÊtf  dans  ses  intestins!  comment  ne  pas 
cKMre  après  cela  que  Jonas  passa  trois  jours  et 
trois  nuits  dans  le  ventre  d'une  baleine  ?• . . .  Mais 
ce  qui  vint  augmenter  beaucoup  letonnement 
des  passagers ,  c'est  qu'après  avoir  fendu  le  corps 
de  ce  requin  depuis  la  tète  jusqu'à  la  queue; 


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—  S4  — 

après  kû  ayoir  eiileTé  les  inljestins,  ne  lui  avoir 
laissé  absoluœ^ait  qijie  la  chair  et  les  os,  et  l'a- 
voir jeté  ainsi  mutilé  à  la  wneCj  il  se  remit  à  iiar 
ger  ayec  autant  de  force  et  de  calme  que  si  on 
ne  lui  eût  ùll  qu'mie  petite  égralignure  !  Q«tfant 
au  livre^rouré  dam  son  TCdEitm,  on  $iÊk  bietilât 
que  le  second  l'avait  laissé  twiber  ^udjqtes 
heures  auparavant.  Avouez  ce^peaàaÊiX^  qit'il  f. 
avait  lieu  à  fiûre  «n  bel  et  bon  inlradle!  Un peii 
d'astQce  de  la  part  éùt  second  V  beàilcaii^  de 
crédulité  et  surtout  de  fw  de  notre  pavi,  uft 
peu  deoomplaisaiiee  àé  la  part  ^essavàns,  le  vcàr 
raclé  pouvait  êCï-e  constaté  vrai.  ~-  Yingl-qv^^e 
passagers,  douée  hbmtoes  d'équipage,  «Us^ent 
été  les  témoins  oculaires;  et,  au  besoin,  moi , 
écorcheur  d'oiseaux ,  j'eusse  été  le  naturaliste  y 
\e  physicien  qui  e(H  atttesté,  constaté  la  {iossîbiUté 
du  £ut. 

Voici  Une  distractîiiHa  d'un  autre  genre  i  le 
hofHéne  de  la  Ligne  !  Chrétien  ou  no«L>  il  fiuijt 
que  vous  vous  soumettiez  de  bonne  grâce  au  japig 
imposant  du  Père  ta  Lifftei  empereur  des  deux 
zones  torddes^  et  pa^ner  gaknenfc  le  tnlmt 
qu'il  lui  pkdt  d'ûnpoaer  depuis  que  Vasoo  de 
Gama  et  Ghriatapbe  Golomb  se  sont  avisés  dre 
passer  par  ses  états  aquatiques. 


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—  5«  — 

C'élatt  le  30  jaarier  ;  quelques  passagers  de 
Fentre-piml  a^ent  entendu  dire  a«x  matelots 
que  nous  ëtiens  à  la  Ligne  ;  leur  ouriosité,  éton- 
namment irritée  par  cette  nouyelle,  les  tenait  dans 
une  grande  agitation;  pour  les  calmer  on  )ugea 
pradantde  hâte  apporter  le  télescope  et  de  leur 
mOHHybrer  la  i^gne*  Ce  jour-là  même,  au  moment 
ob  le  soleil  disparaissait  de  notre  horizon  nauti- 
que, le  tonnerre  et  les  éclairs,  représentés  par 
un  pistolet  d'arçon,  accompagnés  d'une  grêle  de 
pois  qui  tomba  sur  le  gaillard  d'arnèoe ,  umon- 
çèrent  aux  pro&nes,  saisis  de  crainte  et  d'épou- 
Tante  ,  FarriTée  d'un  messager  du  souverain  do- 
minateur de^  mers  ûèdes.  En  effet,  nous  ne  tar- 
dâmes pas  à  voir  arriver,  monté  sur  un  mam- 
mifère quadrupède ,  qui  n'a  pas  encore  trouvé 
jdace  dans  la  classification  zoologîque  de  Guvier  , 
vûi  ange,  sous  les  traits  d'un  postillon  ;  il  remit  à 
Hotre  capitaine  (qui  le  prit  au  sérieux)  le  mes- 
Mge  (suivant  : 

Zônps-Torrides.  —  Grapde  Ligne. 

(Le  âO  Minaoné 
1830  Mailloches. 

a  Moi,  grand  empereur  de  tous  les  royaumes 
«  des  deux  2iOnes  Torrides,  vous  ùâs  savoir  que 
«  votre  navire,  n'ayant  pas  encore  passé  dans  mes 


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—  56  — 


«  états,  ainsi  que  plusieurs  de  yos  passagers,  je 
«  TOUS  somme  de  vous  disposer  à  la  cérémonie  du 
«  saint-baptême,  qui  aura  lieu  demain. 

<K  Je  TOUS  &is  savoir  en  outre ,  que  si  quel- 
ce  ques-uns  de  vos  passagers  se  refiisaient  de  pa- 
c<  raltre  à  mon  ordre ,  deTant  ma  toute-puissance , 
(c  ils  subiraient  la  peine  due  k  ceux  qui  se  réTcd- 
a  tent  contre  moi.  » 

c<  Je  TOUS  salue,  ainsi  que  tos  officiers,  passa- 
«  gers  et  passagères.  » 


Ckeeolier  de  VEUàmqwre, 


9wt  &A  uom. 


Après  aToir  lu,  à  haute  et  intelligible  Toix,  cet 
ordre  émané  de  la  toute-puissance  des  régions 
aqueuses,  le  capitaine  assura  le  messager  de  sa 
soumission  entière,  et,  après  aToir  sondé  les  dis- 
positions des  proÊines ,  il  dit  que  tous  attendraient 
dans  le  plus  grand  recueillement  l'instant  où  il 
plairait  au  grand  monarque  de  se  manifester  à 
leurs  yeux.  L'ambassadeur  remonta  sur  son  cour- 
sier et  disparut  soudain. 


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--  57  — 

Le  lendemain,  dès  Taurore,  ce  fiit  un  mouve- 
ment général  à  bord,  les  aUutions,  les  purifica- 
tions mirent  les  adeptes  en  état  de  reccToir  là 
cour  aquatique  ;  vers  iO  heures  elle  arriva.  Nous 
étions  par  0.  31  de  latitude  sud  et  je  ne  sais  plus 
combien  de  longitude  occidentale  ;  la  mer  était 
calme ,  le  temps  couvert  et  brumeux;  le  cortège 
s'avança  de  l'avant  sur  l'arrière,  par  le  côté  de 
tribord,  dans  Tordre  suivant  :  d'abord  un  gen- 
darme (  c'est  indispensable  pour  le  bon  ordre; 
c'est  de  tous  les  temps  et  de  tous  les  lieux  )  ; 
ensuite  Neptune,  armé  de  son  trident,  puis  le 
sacerdoce ,  et  enfin  le  Père  la  Ligne  et  son  épouse , 
qui  étaient  fort  simplement  vêtus  et  avaient  ma 
foi  l'air  de  braves  gens  pour  un  roi  et  une  reine 
aussi  puissans.  Le  -pontife  avair  Faûr  plus  fier 
qu'eux  et  pourtant  le  "Pèn  la  ligne  pouvait 
anéantir  le  -pontée  d'une  chiquenaude  ! 

Neptune  prit  le  timon  et  gouverna  le  bâti- 
ment pendant  la  cérémonie;  le  Père  la  Ligne 
avait  sans  doute  trouvé  cela  prudent. 

Après  avoir  donné  sa  bénédiction  à  tout  ce  qui 
se  trouvait  sur  son  passage,  le  pontife  s'avança 
vers  un  autel  dressé  sur  le  gaiOard  d'avant.  Une 
piscine,    d'une    grandeur  -extraordinaire    était 


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—  w  ~ 

plamt»  tenu  auprès;  iMMiMtf^debob^  était  entre 
les  maàas  du  poirtîfiB  et  im  adepte  taœàtt  le  jitA 
diBstiné  à  wcevoîr  fe&offitMidtau  Le  Père  )a  Lîpie 
«I  sffa.époMe  étaioalî  «isb  près  de  rmlel« 


)2Q.9f«i4linB«L  wnesna  le»  Nédpbyta»  im  àl  w 
dAti#>  mvtmm  «tj^târiewB  :  On  les  fil  asseoir 
a*-€bmift  de  la  piâorne,  et  anwit  de  lew  fiùire 
biiwerift/istfiérkii  OB  kudtfiipnmoiie^ 

(9^ Je  juré  deme  jamais  attenter  à  la  Tie  lû  à 
L'hotei^urd'iWi. marin,  de  ne  jamais  co<ToîtQr  sa 
femme  vimm*  bien»  » 

Puis  <m  fit  lever  le  bras  au  néophyte ,  ou  lui 
yees»  «^  peii  d^eam  dana  la  mancbe,  il  baisa  la 
pakw^i  il  .fit  ion  ofifrande^  et  iljiit  initial 

Mais  si  le  pontife  n'a  pas  été  satisfidt  de  Tof- 
fiomdei  \am  signal*  suffit  pi«r  plbnger  le  noavjean 
oonvértit  dans  la  pisciiie,  où  3  se  débat  à  son 
aise,  tandis  que. les  honnêtes  g^ondarmea  lui  rer- 
sent  des  seaux  d'eau  sur  la  tète.  Et  quand  un 
néppb)rte  moina  ftirvent  ovl  [dus  réoaleitrant  re- 
fiise^  sa  pettta«  offigande,>  il  &ut  qu'il  s'attende  à 
passerpttrde  rudes  preuves  !  Je  vous  aasune  que 
oeUes  qpslom  Sùsak  subir  mi  Egypte  aosi  initiations 


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d'iw  d  ê^ÙBiM  d'étMttl  rfea»  em  oonqparnioof 
le  sful  mojBea  A^dkudr  la  rigwiar  «l  IriaifeittÔH 
Uté  des  prdues  du  tmpiqfvie^  c'wt  depajjev^  ào 
boine  gv|iGd  «t  d0  kfifor  fiôèe  laéiM^ 
bien  humble. 

lion^pw  tout  le  mande  fct  inîtàéf  ipJil  s'y» 
eUfc  phi»  de  pcoAiiKkt&.ffbaamt  cm 

ftti  idctt^  due  cottfiBMQii  ^  us^Kwaime^  «ne  !»>« 
cIuGittkte  éjpottVftHtiJllw;  eliaoutt  iftaqpom  dtei 
seauy  d'une  jatte ,  d'un  pot,  de  cequi  tomba 
soiwhlliliii)h«t/piikaiifi)àméiiiete0<^  rém- 
fifiëd  d'eiRt  à  désslMii,  oit  i^pèrgca  joMpf  à  éj^ui^ 
sèment  d'eau  et  de  fatco^  B  VLy  aWt  pfais  d'aftf* 
torité  à  boi^d ,  le  capitaine  était  aspergé  par  le 
mousse,  le  père  la  Ligne  par  les  gendarmes, 
Neptune  par  le  pontife,  enfin  c'était  un  vrai 
chaos!...  Cette  mauvaise  charge  digne  de  l'ère 
de  scepticisme  qui  nous  régit  me  coûta  vingt 
mille  sangsues  qui  moururent  des  suites  de  l'as- 
persion. 

Depuis  ce  camayal  torridien  ,  jusqu'aux  ap- 
proches de  terre,  il  ne  se  passa  rien  de  remar- 
quable. On  prit  plusieurs  requins;  je  m'amusai  à 
disséquer  la  tête  et  la  colonne  vertébrale  d'un 
assez  grand  ;  je  disséquai  aussi  des  poissons  volans 


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_  00  ~ 

qui  tombèrent  à  ixMrd;  mais,  chose  surprenante ^ 
nous  ne  Times  pas  un  seol  damier  »  oiseau  pal- 
mipède du  genre  /lelFvl^  qui  est  ordinairement: 
trè^oommun  au-djelà  du  tropique  du  C!a[«come . . 

Enfin,  le  37  fiémer,  à  huit  heures  du  soir^ 
nous  trouvant  par  S4<>  81  >  sud,  on  s'aperçut  que 
la  mer,  devenue  houleuse^  était  changée.  Qn^ 
sonda,  et  l'on  trouva  50  brasses,  fond  de  sable 
noir;  nous  étions  à  environ  40  lieues  de  terre. 

A  une  heure  de  nuit  on  sonda  de  nouveau, 
et  Ton  trouva. 38  liasses,  fond  de  roche;  noufr 
étions  dans  les  eaux  de  la  Plata! 


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CHJiPlTRi;  u. 


&e  Aîo  d«  U  »ato. 


GombfieA  d^nadmdus  èe  tontes  «aftiûi»  se  soM 
laissé  fireadre  à  ce  nom  poMpMK  de  I&nèp^  é^ar^ 
g&nt!  GOiBbieii,  allécha  par  l^i  se  S6nl  -figuré 
sottement  qu'A  ne  s'agissait  que  de  sel^aisser  peur 
y  ramasser  Fargent  tout  monnayé'!  On  raconte 


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—  64  — 

plaisamment,  à  ce  propos,  (p*un  étranger  au 
moment  de  débarquer  sur  ces  rires,  ayant,  par 
hasard,  aperçu  à  ses  pieds  une  once  d'or  (qua- 
druple ) ,  il  la  repoussa  du  pied  avec  humeur  en 
disant  qu'U  aurait  du  temps  de  reste  pour  en  ra- 
masser. Le  pauvre  diable  a  sué  sang  et  eau  de- 
puis pour  en  gagner  la  yaleur. 

Ce  nom  mensonger  de  la  Plata  fut  donné  au 
fleuTC  que  nous  visitons  par  suite  d*une  méprise , 
car  on  n'a  jamais  trouvé  une  parcelle  d  argent 
ou  d'or  dans  cette  rivière  ni  sesafBuens,  et,  Ton 
dirait  que  les  premiers  conquérans ,  pour  se  con- 
soler de  leur  désaj^intement,  ont  voulu  trom- 
per, à  leur  tour>  les  aventuriers  qui  marche- 
raient sur  leurs  traces. 

Géographie.  —  La  Serra  dos  vertentes  qui 
forme,  sous  divers  noms  locaux,  la  chaîne  occi- 
dentale du  système  brésilien,  d'une  part,  les 
Sierras  de  Cochabamba  et  de  Sania-Crux,  qui 
sont  un  prolongement  de  la  cordilière  orientale 
du  système  péruvien,  d'autre  part,  forment  le 
véritable  dinK>Hia  aquarum  de  FAmériquedusud , 
en  séparant  l'immense  bassin  du  Maranhon  ou 
Amazone,  de  celui  de  la  Ploia^  les  deux  phis 
grands  fleuves  connus. 


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—  65  — 

Ainsi  là  Plata  n'a  d'autre  rivale  sur  le  globe  que 
l'Amazone  qui  la  surpasse ,  quant  à  la  masse  des 
eaux  et  à  la  longueur  du  cours  ^  mais  non  en  lar- 
geur. Ces  deux  fleuves  ont  le  même  berceau  ; 
tous  deux  sont  les  dignes  fils  des  gigantesques 
Cordiliéres  des  Andes  et  des  hautes  montagnes  du 
Brésil  ;  tous  deux  sont  le  réceptacle  de  ces  innom- 
brables riyià*es  coulant  en  divers  sens/  entre  le 
Pérou,  Bolivia  et  le  Brésil.  « 

La  rivière^  Parana,  qui,  à  ST^  de  latitude, 
s  enrichit  des  eaux  du  Paragucty  et  reçoit  une 
infinité  de  rivières  et  de  ruisseaux,  pendant  sa 
longue  course ,  et  l' Uruguay ,  qui  dans  une  même 
latitude  descend  de  l'orient ,  en  augmentant  de 
même  la  masse  de  ses  eaux ,  forment  une  mer. 
yeLlleuse  ramification  de  canaux  navigables ,  se 
réunissant  en  un  seul  tronc  sous  le  nom  de 
Bio  de  la  PhUa.  Dès  que  cette  grande  masse 
d'eau  s'est  réunie,  elle  s'étend  majestueusement 
jusqu'à  la  mer  ,  et  elle  a  plutôt  l'apparence 
d'un  golfe  profond  que  d'un  fleuve,  puisque, 
entre  les  caps  Santa-Maria  et  San- Antonio,  sa 

4  Je  fais  abstraction  des  grandes  rivières  qui  descendent  au  Nord 
du  Bas-Pérou,  de  la  Colombie  et  des  Guyanes ,  comme  appartenant  À 
d'autres  systèmes  de  montagnes  qui  n'ont  rien  de  commun  avec  la 
Plata. 


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—  66  — 

largeur  est  de  quarante  lieues  marines,  tandis  que 
son  poittt  le  plus  étroit,  à  soiicante-dix  lieues  de 
l'embouchure ,  presque  en  face  de  Buénos-Ayres , 
est  encore  de  dix  lieues!  Ces  caps  de  Santa-Maria 
et  de  San-Antonio  sont  les  bornes  nord  et  sud 
que  les  géographes  donnent  au  Rio  de  la  Plata, 
parce  que  jusque-là  on  ne  sent  point  Finfluence 
de  la  marée  et  qu'on  ne  remarque  aucun  des 
autres  caractères  qui  appartiennent  à  la  mer  ;  mais 
les  pilotes-pratiques  donnent  pour  limites  au  fleuve 
les.  pointes  de  Santa-Lucia  et  de  las  Piedras,  un 
peiB  eox  ayant  de  Montevideo ,  parcequ'après  ces 
deux  points  les  eaux  cessent  d'être  potables  et 
que  c'est  ausâ  là  que  commencent  les  dangers. 

Hydrographie.  —  L'étendue  qui  donne  au  Rio 
delà  Plata  une  si  grande  magnificence  est  con~ 
trebalancé  par  son  peu  de  profondeur  ,  ce  qui 
cause  de  fréquens  embarras  aux  bàtimens  qui 
tentent  de  le  remonter  sans  pilotes.  Il  n'y  a 
que  deux  canaux  susceptibles  de  recevoir  les 
navires  tirant  plus  de  huit  pieds  d^eau,  l'un 
(pd  suit  la  côte  du  nord,  l'autre  celle  du  sud. 
Outre  que  le  gouvernement  de  Buénos-Ayres  a 
fait  rédiger  un  itinéraire  qui  est  distribué  aux  ca- 
pitaines y  il  s'est  formé  dans  ces  dernières  années 
une  société  de  pilotes  lamaneurs  à  Buénos-Ayres 


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—  67  — 

et  h  Montévifdëo ,  dans  le  but  de  suffire  à  tous  les 
besoùrs  depvîsles  caps  Santa-Maria  et  San-Antonio 
jwq[a'en  rade  de  Buénos«x\yres ,  y  compris  les 
poixits  intermédiaires. 

Quant  aux  précautions  à  prendre  pour  les 
abords  de  la  Plata  et  même  pour  la  nayi^tion 
tout  entière  du  fleuve,  on  doit  beaucoup  de 
remerclmens  aux  officiers  de  la  gabare  ï  Émula- 
tion y  qui  ont  exploré  ces  côtes  avec  un  soin  tout 
particulier  pendant  les  années  1831  et183â  et  en 
ont  dressé  d'excellentes  cartes.  * 

Histoire. —  Christophe-Colomb,  génie  obscur, 
plus  avancé  que  son  siècle  dans  la  connaissance 
de  l'astronomie  et  de  la  navigation ,  avait  décou- 
vert le  nouveau  monde  *  ;  Femand-Cortez  avait 
oonquis  le  Mexique  ;  Pizarro  n'avait  pas  encore 
rendît  le  nom  espagnol  odieux  et  exécrable  aux 
Américains,  par  les  cruautés  inouies  exercées  par 
lui,  an  nom  de  l'Évangile,  pendant  la  conquête 
du  Pérou;  Alvarez  Cabrai,  capitaine  portugais, 
finrorisé  par  un  heureux  hasard ,  avait  découvert  ' 

1  Voyez  ,  pour  les  observiitions  nautiques  ,  la  note  C  ,  «i  la  fin  de 
ce  volume. 

1  En  abordant ,  pendant  la  nuit  du  li  octobre  1492 ,  à  Tune  des  lies 
Lucayes  ,   nommée  puXuï  San'S€Uv€ulor. 

3  L'an  1500.  Il  se  rendait  aux  Indes  Orientales ,  par  le  cap  de  Bonne- 
Espérance.  La  tempête  et  les  courans  le  portèrent  sur  la  côte  du  Brésil. 


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—  B8  -^ 
le  Bréi^il,  la  plus  belle  contrée  d'Amérique;  lors- 
que Jean-DiazdeSolis,  pilote  QastiUan,  découvrit 
Fan  1515,  un  fleuve  immense,  nommé  Parana- 
guazu  *  par  les  Aborigènes.  Après  s'être  assuré 
que  ce  n'était  pas  un  golfe,  il  changea  ce  nom 
guarany  en  y  substituant  le  sien ,  et  l'appela 
Rio  de  SoUs.  ' 

Ce  malheureux  navigateur  étatit  descendu  à 
terre,  près  de  l'endroit  où  fut  fondé Maldonado, 
sur  la  rive  gaucbe  du  fleuve ,  les  indomptables 
Charruasj  peuples  chasseurs  et  jaloux  de  leur 
indépendance ,  1  attirèrent  le  plus  qu'ils  purent 
dans  l'intérieur  et  le  massacrèrent,  lui  et  sesgem, 
d'une  manière  horrible. 

Le  frère  de  Solis,  resté  à  bord  du  bâtiment 
avec  le  reste  de  l'équipage,  fiit tellement  effi^yé 
et  découragé  qu'il  s'en  retourna  en  Espagne  sans 
vouloir  pénétrer  plus  avant.  Il  se  passa  onze  an- 
nées avant  que  Votx  osât  tenter  de  nouvelles  dé- 
couvertes sur  ce  point  de  l'Amérique.  Le  hasard 
y  ramena  encore  les  Espagnols  en  1526. 

1  Voyez  la  note  D ,  pour  Pétymologie  de  ce  nom. 

9  11  j  était  déjà  Yena  en  1508 ,  mais  il  n'èfait  pas  sur  que  ce  fût  un 
fleure. 


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—  69  — 

Le  Ténitien  Sébastien  Cabot  ^ ,  qui ,  en  1496, 
ayait  fiiit  la  découyerte  de  Terre-Neuve  pour 
FÂngleterre^  la  voyant  tropoccupée  de  ses  affîdres 
domestiques  pour  songer  à  former  des  étabUsse^- 
mens  dans  le  Nouveau-Monde,  porta  ses  talens 
en  Castille,  où  sa  réputation  le  fit  choisir  pour 
une  expédition  brillante.  La  Victoire,  ce  vaisseau 
&meux  pour  avoir  Eut ,  le  premier ,  le  tour  du 
inonde  y  et  le  seul  de  l'escadre  de  Mageikm  qui 
fût  revenu  en  Europe  ,  avait  rapporté  des  Indes- 
Orientales  beaucoup  d'épiceries.  L'avantage  qu'on 
retira  de  leur  vente,  fit  décider  un  nouvel  arme- 
ment j  qui  fat  confié  aux  soins  de  Cabot.  En  sui- 
vant la  route  qui  avait  été  tenue  dans  le  premier 
voyage,  ce  navigateur  arriva  à  l'île  Sainte-Cathe- 
rine, d'où  il  se  rendit  au  petit  port  des  Patos  , 
sur  la  côte  du  Brésil ,  par  les  27<>  de  latitude 
australe.  Là  il  fiit  joint  par  Diego  Garcia^  le- 
quel était  sorti  de  la  Corogne ,  expédié  aussi  par 
la  cour  d'Espagne  pour  faire  des  découvertes. 
li  y  trouva  deux  autres  espagnols  déserteurs 
de  la  petite  armée  qu'avait  commandée  Sohs. 
Dans  les  environs  il  y  ayait  encore  quinze  autres 

1  Les  Espagnols  en  ont  fait  Coboto  et  Gaboto.  Ce  n'est  {las  le  seu) 
eoiemple  de  raltératioa  des  noms  de  navigateurs  ou  d'explorateurs. 
Cristophe  Colomb  est  appelé  par  les  Espagnols  Cristoval  Colon.  Je 
crois  néanmoins  que  pour  ce  dernier ,  c'est  nous  qui  l'avons  altéré. 


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—  70  — 

es{)agnols  déserteurs  derarmée  da  capitaine  don 
Rodrigue  d' Acuna,  destinée  pour  les  Indes  Orieor 
taies.  Tous  ces  déserteurs informèiient  Cabot  qu'il 
y^vait  de  grandes  richesses  d'or  et  d'argent  dans 
le  Bio  deSohsj  c'est  pour  cela  qu'il  se  déterminaàa'y 
introduire;  mais  il  éprouya  tant  de  résistance  d« 
la  part  de  ses  compagnons  ,  qu'il  fiit  oUigé  d'à* 
bandonner  dans  ]'ile  Sainte-Gathenne  les:  prâL>- 
cipaux  opposans.  Il  partit  enfin,  après  ayoir  fidt 
construire  une  galiote  ;  il  entra  dans  la  Plata  et 
vint  j/eter  l'ancre  vis-à-vis  de  l'endroit  où  fut,  de- 
puis, fondé  Buénos-Ayres;  c  était  a  l'iaa»houi[^hiire 
d'un  ruisseau  qu'il  appela  San^LaX(Bn^  el  qfêi 
porte  aujourd'hui  le  nom  de  SqnrJuan*  Q  4u; 
bien  surpris  de  trouver  dans  cet  endroit  l'im  dfis 
compagnons  de  Solis ,  le  seul  qui  eût  échappé 
au  massacre. 


Cabot  laissa  dans  ce  petit  pof t  les  deu^f:  ptys 
gros  navires  ,  avec  trente  homipes  et  dou^e  sol- 
dats pour  défendre  les  efifets  qui]  dépps^  dans 
une  barque  entourée  de  palissades»  Quant  à  \m  > 
U partit  avec  la  galiote  et  une  caravelle,  dans  le 
but  de  continuer  son  exploration ,  en  donnant 
ordre  à  ceux  qui  restaient ,  de  chercher  im  meil- 
leur port  dans  les  envirous* 


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—  71  — 
D  suivit  le  coursduPoronajusqu'auS?''  27'  S0"~ 
de  latitude ,  et  i(9  de  longitude ,  en  s  arrêtant 
iréquemment  pour  se  &ire  des  alliés  parmi  les 
MbeiguM  y  les  Caracaras  y  les  Tùnhûs  >  et  quel* 
ques  autres  tribus ,  toutes  de  la  nation  Guarany  • 
Ces  Indiens  portaient  à  leurs  oreilles  quelques 
pelil;es  lanaes  d'or  et  d'argent,  que  les  Espagnols 
édittagèrent  contre  d'autres  bagatelles. 

Après  cela ,  Cabot  s'introduisit  dans  la  riTière 
du  Paraguay,  pour  y  trouver  certains  Indiens 
qu'on  lui  avait  dit  avoir  v^^u  les  kmes  d'or  et 
d'argentà  ceuxde  qui  on  les  avaitacbetées.  Quand 
Cabot  fut  arrivé  au  confluent  du  Ko-Bermqo  > 
il  fit  avancer  un  brigantin,  (qu'il  avait  construit 
récemment) ,  avec  trente  h<»nmes.  Ceux-ci  roi* 
contrèrent  quelques  Indiens  Agaces  ^  lesquels  per* 
suadèrentaux  E^guds  qu'effectivement  ils  pos^ 
sédaient  beaucoup  d'or  et  d'argent  dans  leurs 
maisons,  et  qu'ils  l'échangeraient  volontiers  avec 
d'autres  choses.  Les  Espagnols ,  au  nombre  de 
quinze,  s' étant  laissé  persuader  ,  suivirent  les 
Agaces ,  et  ceux-ci  le»  surprirent  et  les  massa- 
crèrent tous. 

Cet  échec,  et  la  nouvelle  que  quelques  navires 
étaient  entrés  dans  le  Rio-de-SoUs ,  déterminèrent 


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_  72  — 

Cabot  à  rebrousser  chemin.  U  rencontra  bientôt 
Diego  Garcia  ,  le  même  qu'il  ayait  laissé  an  port 
des  Patos^  qui ,  remontant  le  Parana,  prétendait 
avoir  les  mêmes  droits  à  la  conquête.  Ils  eurent 
quelques  altercations  ensemble  ,  mais  enfin  ils 
convinrent  de  redescendre  au  fort  del  Espiritu- 
Santo  ,  bâti  par  Cabot ,  d'y  construire  quelques 
bâtimens  légers ,  et  de  continuer  la  découverte. 

Mais  la  résistance  qu'opposaient  les  naturels  du 
pays  (  ils  avaient  massacré  la  plupart  des  Espa- 
gnols laissés  à  la  rivière  de  San-Lazaro  )  ,  fit 
juger  à  Cabot  que  pour  s  établir  solidement ,  il 
fallait  d^autres  moyens  que  ceux  dont  il  pouvait 
disposer.  Aussi,  en  1530,  il  prit  la  route  de  l'Es- 
pagne pour  les  aller  solliciter  ,  ayant  grand  soin 
de  se  munir  des  petites  lames  d'or  et  d'argent 
qu'on  avait  échangées  avec  les  Guaranis ,  afin 
ai  en  faire  hommage  à  Sa  Majesté. 

Voilà  le  motif  pour  lequel  on  donna  alors  à  ce 
pays  là  le  nom  pompeux  de  Eio  de  la  Plata.  ' 

C'est  ainsi  qu'on  a  ravi  à  l'infortuné  Solis  jus- 
qu'à  la  gloire  de  la  découverte  ,  en  substituant  à 

i  Voyez  Reynal  et  d^Azara. 


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—  75  — 

son  nom ,  que  porta  d'abord  le  fleuye  ,  un  autre 
nom  trompeur  et  impropre.  Seulement  un  mis- 
seau  s  sur  les  bords  duquel  eut  lieu  le  massacre  , 
s'appelle  aujourd'hui  arroyo  do  Salis  !  ! 

Les  bords  de  la  Plata  sont  très  peu  éleyés.  Ce 
sont  des  terrains  tertiaires  qui ,  dans  la  classifi- 
cation géologique,  appartiennent  aux  périodes  * 
alluyienneet  diluvienne,  principalement  la  partie 
Sud,  ou  la  province  de  Buénos-Ayres ,  qui  ne 
présente  qu'une  immense  plaine  basse  et  unie  , 
composée  uniquement  de  limon ,  de  sable  et  d'ar- 
gile ,  recouvrant  un  tuf  calcaire  jusqu'aux  fix)n- 
tières  de  Patagonie. 

Les  terrains  de  la  Banda-Oriental,  de  même 
que  ceux  de  Rio-Grande-do-Sul ,  paraissent  être 
un  sol  primordial ,  modifié  par  des  périodes  di- 
verses ,  comme  on  le  verra  dans  le  cours  de  mes 
observations. 

Rien  de  plus  triste  à  la  vue  que  ces  bords  sa- 


i  Par  période  diluvienne ,  j*enlends  parler  des  alluvions  qui  se  sont 
formées  iminédiateinent  et  successiTement  après  les  caUdysmes  de  la 
période  diluvienne.  —  Je  recommande  aux  personnes  qui  n'auraient 
aucunes  notions  de  géologie^  la  lecture  des  ÏMlres  sur  tes  révolution» 
du  Globe. 


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—  74  — 

blonneux  ,  dépouillés  d'arbres  et  de  verdure  ^ 
fi  afirant  qu'un  borisoa  immense,  sans  aocidens 
de  terrain  poiar  reposer  les  regards  £dâgués  de 
n'apercevoir  que  des  sables  et  une  beii>e  aride  , 
brûlée  du  soleil  pendant  quatre  mois  ! 

Une  impression  de  tristesse  s'empara  de  uhà 
lorsque  je  vins  à  découvrir  ces  campagnes  si 
tristes,  que  je  m'étais  complaisamment  figuré 
être  embdUes  par  tous  les  charmes  d'une  nature 
riante  et  fertile  !  J  amrais  voulu  rétrograder  aus- 
sitôt ,  tant  j  étais  cruellement  désabusé. 

Il  est  peu  d'étrangers ,  de  Français  ,  dltaUens 
surtout ,  qui ,  venant  pour  la  première  fois  à 
Buenos- Ayres,  sans  renseignemens  certains  sur 
le  pays ,  n'aient  déploré  la  sotte  fantaisie  qui  leur 
avait  fiût  choisir  une  contrée  si  sauvage,  préféra* 
Uement  à  d'autres  où  la  nature  étale  un  luxe 
merveilleux.  Ce  n'est  que  peu  à  peu,  etl<»B- 
qu'on  a  pénétré  dans  l'intérieur ,  qu'on  se  fami- 
liarise avec  ces  champs  incultes  et  ces  déserts 
sans  fin,  appelés  Pampas. 


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CHAPITRE  m. 


Ce  fîit  paidant  la  nuit  du  28  février  que  nous 
mouillâmes  en  rade  de  Montëyideo.  Une  frégate 
française  se  trouvait  à  une  portée  de  canon  de 
nous  ;  mais  robsciuité  était  si  grande  qu'on  ne 


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—  78  — 

distinguait  que  son  fanal,  dont  le  feu  nous  guida 
mieux  que  celui  du  Cerro. 

J'étais  impatient  de  voir  poindre  le  jour  afin 
d'analyser  ce  sol  américain ,  de  respirer  Tair  pur 
d'un  ciel  azuré ,  de  sentir  les  émanations  électri- 
ques de  cette  terre  indépendante ,  de  Toir  enfin 
se  lever  le  soleil  de  la  liberté  sur  ces  rives  hospita- 
lières ! 

Chose  étonnante  !  le  lendemain  je  n'étais  plus 
si  empressé  ;  mon  enthousiasme  avait  singulière- 
ment moUi n'étais-je  pas  Français  ?  U  paraît 

du  reste ,  que  la  végétation  vigoureuse  et  abon- 
dante des  zones  chaleureuses  rend  M orphée  très- 
prodigue  de  pavots,  du  moins  il  semblait  vouloir 
me  combler  de  Ëiveurs  ce  joiu*-là  ,  en  les  répan- 
dant avec  profiision  autour  moi.  Je  ne  lui  en  sus 
pas  mauvais  gré  du  tout,  lorsque,  montant  sur  le 
pont  pour  secouer  mes  pavots,  je  me  vis  entouré 
de  mauves,  de  goélands,  de  bec- en -ciseaux, 
d'hirondelles-de-meretautres  palmipèdes  criards, 
réiuiis  autour  du  navire  en  telle  abondance  qu'ils 
nTassourdissaient  par  lleurs  cris  rauques.  Ce  ne 
fax  qu'après  avoir  tiré  une  douzaine  de  coups 
de  ftisil  et  abattu  quelques  mouettes ,  autour 
dé)M]ttellès  s'amassèrent  les  autres ,  que   je  pus 


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—  7*  — 

enfin  me  rendre  à  HMi-méme  et  obserrer  libre- 
ment. 

Alors  je  découTris  sur  la  pointe  occidentale 
d^nne  colline,  qui  s'abaisse  de  manière  à  former 
une  langue  de  terre  un  peu  prolongée ,  la  petite 
ville  de  Montevideo  ,  formant  avec  ses  pdtés  de 
maisons  blanches  (  suivant  l'expression  originale 
d'un  célèbre  voyageur  ),  ses  fortifications  en  zig- 
zag ,  ses  belveders ,  ses  deux  tours  de  Ëuence 
peinte  et  son  môle  en  bois,  une  ellipse  inclinée, 
que  la  disposition  du  terrain  rend  parfaite. 

En  face  de  la  ville,  à  l'ouest  et  tout  au  bord 
du  fleuve,  le  Cerro  :  c'est  un  morne  de  forme  co- 
nique légèrement  affaissé  sur  sa  base ,  s'élevant 
à  cent-cinquante  mètres  au-dessus  du  niveau  de 
la  mer ,  et  laissant  voir  à  sa  cime  une  forteresse 
surmontée  d'une  lanterne  *. 


Au  mUieu,  entre  la  ville  et  le  Cerro^  s'ouvre 
une  baie  de  fi>rme  ovale  s'avancant  de  deux 


I  G'«8t  ce  Cerro  qui  a  fait  changer  le  oom  de  San-Fêlipe ,  que  por- 
tait d'abord  la  Tille  ,  en  oelni  de  Montevideo ,  dont  Vétjmologie  est 
celle-ci  :  Monte ,  mont  ou  montagne  ;  vi ,  j*ai  vu  ;  deo ,  abréviation 
de  de  tejos,  de  loin. 


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~  80  — 
lieues  dans  les  terres  et  au  fond  de  laquelle  se 
voient  au-dessus  de  plusieurs  îlots,  des  dunes  de 
sable  et  quelques  habitations  éparses. 

Rien  n'indiquait  que  nous  fussions  dans  uu 
fleuve  j  bien  qu'à  trente  lieues  de  son  embou- 
chure ;  la  rade  entièrement  ouverte  n'ofiraitque 
l'image  de  la  mer,  souvent  très-agitëe  en  cet  en- 
droit. 

Suivant  la  saison  dans  laquelle  on  arrive ,  l'as- 
pect de  Montevideo  est  gai  ou  triste  :  malheu- 
reusement j'arrivai  sur  la  fin  de  l'été,  lorsque  le 
soleil ,  après  avoir  été  presque  perpendiculaire  à 
cette  zone ,  avait  brûlé  la  végétation  et  laissé  un 
caractère  sévère  et  agreste  à  ces  lieux  privés  d'ar- 
bres et  d'ombrage.  Le  Cerro ,  couvert  d'un  gra- 
men  épais  avait  pris  une  teinte  grisâtre  qui  at- 
tristait la  ville;  les  plaines  unies  qu'il  domine 
étaient  desséchées  ;  elles  n'offi^aient  aux  troupeaux 
amaigris,  qu'on  voyait  épars  ça  et  là,  qu'une  pâ- 
ture sans  substance.  Les  jardins  seuls,  ornés  d'une 
végétation  étrangère ,  laissaient  voir  une  nature 
moins  fanée ,  des  teintes  moins  sombres;  quelques 
pêchers,  quelques  peupliers  associés  à  Vombu  in- 
digène* reposaient  seuls  ma  vue  déjà  fatiguée, 

1  Espèce  de  Ficus  qui  caractérise  ces  plaines.  (  D*Orb.  ) 


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—  81  — 

attristée ,  et  regrettait  le  beau  sol  accidenté  de 
la  riche  Normandie.  Quel  contraste  pour  moi  ! 
Au  lieu  de  vergers  bien  plantés ,  de  ces  belles 
fermes  entourées  de  quintuples  rangées  de  hê- 
tres ,  d'ormes  ou  de  chênes ,  de  ces  guérets 
couverts  de  prairies  artificiettes  ou  de  moissons 
dorées,  je  n'avais  devant  moi  qu'une  terre  aride 
presque  sans  culture  et  un  sol  uniforme.  Pen- 
dant l'automne ,  l'hiver  et  le  commencement  du 
printemps  9  lorsque  des  pluies  abondantes  ont 
rendu  la  frsdcheur  et  la  vie  à  ces  plaines,  en  for- 
mant une  multitude  de  ruisseaux  qui  les  arrosent , 
le  pays  change  d'aspect  ;  il  se  transforme  en  d'im- 
menses prairies  verdoyantes  où  les  troupeaux 
joyeux  bondissent  en  broutant  une  herbe  nour- 
rissante. La  terre  fertilisée,  prêtant  complai- 
samment  son  sein  aux  semences  que  ragrictdteur 
laborieux  veut  y  jeter ,  récompense  au  centuple  ' 
les  peines  qu'il  s'est  données  ;  c'est  alors  qu'on  voit 
dans  les  campagnes  s'étendant  entre  Monté- 
vidéo  et  Maldonado  de  vastes  champs  de  maïs , 
d'orge  et  de  blé  qui  répandent  Tabondance  chez 
ces  peuples  sobres,  non-seulement  dans  cette  lo- 
calité ,  maïs  encore  à  Buenos- Ayres  même,  qui 
s'approvisionne  de  céréales  chez  «  la  fourmi  sa 
voisine.  » 

<  L^expression  n'est  pas  forcée. 


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—  sa- 
li ne  faut  donc  pas  se  presser  de  porter  un 
jugenuent  dé&vorable  sur  ce  pays  ,  lorsméme 
que  tout  parait  brûlé  du  soleil  :  deux  mois  suf- 
firont pour  op^er  devant  tous  un  changement 
à  vue.  Mais  même  au  plus  fort  des  chaleurs  ,  si 
vous  pénétrez  de  quelques  Ueues  dans  Tinténeiu*, 
vous  êtes  agréalJement  surpris  ,  et  peu4i-peu 
vous  vous  enchantez  en  retiH>uvant  des  sites  qui 
vous  arrachent  un  soupir  ^  une  larme  d'atten- 

drissemexit,  un  frisson  de  plaisir C'est  que 

rilhision  est  oc»nplète,  vous  avez  retrouvé  un  site 
de  la  terre  natale  ! 

Comme  vous  le  voyez ,  cette  terre  est  digne  de 
la  liberté  :  ce  n  est  point  une  terre  de  déception 
qui  vous  étale  d'abord  tous  ses  charmes,  toute  sa 
parure  |  pour  ne  vous  laisser  voir  ensuite  que  nu- 
dité, qu'aridité  désespérante  pour  le  cultivateur 
intelligent  ;  loin  de  là ,  semblable  à  ces  sentiers 
semés  d'aspérités  dont  parle  l'Écriture,  elle  vous 
fait  passer  par  des  déserts  sauvages  pour  arriver 
à  YEden  que  vous  avez  rêvé. 

Dans  l'après-midi ,  je  descendis  à  terre  avec  le 
capitaine  ;  à  mesure  que  j'approchais  et  que  je 
distinguais  mieux  la  forme  amphithéatrale  de  la 
ville  j  celle  des  maisons  et  des  édifices, en  même 


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—  83  - 
temps  que  Faridité  des  campagnes  me  semblait 
moins  grande ,  je  me  croyais  transporté  en  Syrie 
ou  en  Palestine  ;  je  ne  reconnaissais  plus  l'Âmé- 
rique.  En  effet ,  la  forme  carrée  des  maisons , 
terminées  en  terrasse  (  azotea) ,  et  n'ayant  pour 
la  plupart  cpi'un  rd-de-chaussée ,  leur  blaiy heur 
éblouissante,  la  forme  pyramidale  de  quelques 
belveders  ,   la  bizarrerie  des  tours  de  l'église  de 
la  Mairiz  y   cathédrale  dont  les  petits  dames  sont 
recouverts  de  fiaence  peinte  et  yemissée,  les  for- 
tifications sur  les  parapets  desquelles  s'aperce- 
yaient  quelques  soldats  Âfiicains,   mêlés  à  des 
créoles-métis,  au  teint  oliyÂtre,  tout  cela  prê- 
tait singulièrement  à  l'illusion  ;  il  ne  manquait 
que  des  cèdres  aux  cimes  élancées,  des  palmiers 
et  des  grenadiers  ,  pour  me  représenter  une  ville 
des  environs  du  Lâban  ou  du  Jourdain. 

J'arrivai  dans  le  port ,  au  pied  du  môle  en 
bois ,  ou  plutôt  du  débarcadère  ;  je  jetai  un  coup- 
d'œil  sur  la  baie  circulaire  qui  forme  le  véritable 
port.  On  me  montra  quelques  balises  ,  et  des 
bouées  placées  en  différens  endroits  pour  signa- 
ler les  carcasses  de  navires  qui  se  sont  perdus ,  il 
n'y  a  pas  très  long-temps.  Il  parait  que  le  port 
de  Montevideo  nécessite  des  travaux  hydrauli- 
ques d'autant  plus  urgens  qu'il  se  comble   de 


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—  84  — 
plus  en  plus  par  Te  sable  et  la  vase  qa  j  déposent 
les  courans.  Outre  cela ,   il  est  exposé  aux  mau- 
vais vents ,  qui ,  non-seulement  rendent  la  mer 
grosse  ,  mais  encore  font  chasser  les  bâtimens  sur 
leurs  ancres  ,   entravent  leurs  câbles ,   les  font 
tomber  les  uns  sur  les  autres  ,   et  quelquefois 
même  les  jettent  à  la  côte  ,  comme,  il  est  arrivé  à 
plusieurs  époques  et  notamment  le  38  septembre 
1836^  où  plus  de  cent  navires  éprouvèrent  de 
fortes  avaries  ,  tandis  que  plusieurs  se  perdirent 
dans  le  port  même.  Le  fond  étant  de  vase  molle 
les  ancres  tiennent  peu ,  et  les  câbles  ne  tardent 
pas  à  se  pourrir.  11  £iut  de  bonnes  chaînes  en  fer 
et  des  navires  doublés  en  cuivre  pour  séjourner 
avec  sécurité  dans  la  rade  et  le  port  de  Monté- 
vidéo  ;  mais  même  avec  ces  précautions,  il  £iut 
une  grande  vigilance  ,  car  lorsque  le  pampero 
(  vent  d ouest  et  de  sud-ouest)  vient  à  soufQer, 
il  n'y  a  aucun  abri  contre  lui ,  et  Ton  ne  peut 
même  pas  sortir  aussi  vite  qu'on  le  voudrait.  U 
est  à  regretter  qu'on  n'ait  pas  formé  un  port  au 
confluent  de  la  rivière  de  Santa-Lueia ,  qui  se 
trouve  un  peu  à  l'ouest  du  Cerro  ;  les  bâtiniens 
d'un  tonnage  ordinaire  y  eussent  trouvé  un  abri 
sûr  contre  tous  les  vents. 

Ainsi  j  Montevideo  est  dans  une  petite  pénin- 


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—  85  — 

suie,  eatourëedetous  côtés  parle  fleuve ,  excepté 
decelui  de  Test,  où  se  trouyent  la  citadelle  et  les 
meilleures  fortifications.  Il  est  bien  filclieuxque , 
par  un  article  du  ti^aité  de  paix  fait  avec  le 
Brésil,  toutes  ces  fortifications,  qui  ont  coûté 
beaucoup,  doivent  être  détruites.  Cette  stipu- 
lation ,  &ite  par  l'empereur  don  Pedro ,  ne  de- 
vrait-elle pas  être  annulée  par  le  gouvernement 
actuel  du  Brésil,  puisque  les  Brésiliens  affirment 
à  qui  veut  Fentendre  que  leur*  guerre  n'était  pas 
nationale  ? 

Le  plan  de  la  ville  est  trèsrrégvdier  ,  divisé  en 
cuadras  (  carré  de  maisons  )  ;  les  rues  bien  ali- 
gnées ,  garnies  de  trottoirs ,  se  trouvent  coupées 
à  angles  droits  ;  malheureusement  elles  ne  sont 
pas  pavées ,  ce  qui  les  rend  aussi  désagréables  en 
temps  de  pluie  qu'à  Tépoque  de  la  sécheresse  : 
des  nuagesde  poussière  salissant  tout  dans  l'inté- 
rieur des  maisons  ou  ce  sont  des  cloaques  affectant 
l'odorat,   principalement  dans  le  bas  de  la  ville. 

Toutes  les  maisons  sont  bâties  en  brique,  et  la 
plupart  sont  très-basses  -,  comme  je  l'ai  déjà  dit  ; 
mais  on  en  construit  de  nouvelles  à  plusieurs 
étages ,  qui  rivalisent  avec  ce  que  nous  avons  de 
plus  gracieux  en  Europe  ;  seulement ,  le  toit  reste 


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—  86  — ^ 

toujours  en  tert*asse  ,  parce  que  cette  forme 
donne  beaucoup  de  fraîcheur  aux  maisons  ;  ette 
ofïre  encore  Tayantage  de  laisser  respirer  un  air 
plus  pur  après  une  journée  caniculaire,  en  per- 
mettant à  toute  la  famille  de  se  tenir  au-dessus 
des  exhalaisons  tièdes  du  sol  échauffé  ;  et  de  plus 
c'est  une  forteresse  où  le  patriotisme  et  le  cou- 
rage des  femmes  ont  aidé  souvent  les  citoyens  à 
se  délivrer  d  un  joug  étranger  ou  de  l'invasion 
des  barbares.  Les  Anglais  doivent  se  rappeler  en- 
core ce  que  vaut  une  azotea  pour  la  défense  du 
foyer  domestique... 

En  sonmie ,  la  ville  de  Montevideo  n'est  pas 
désagréable^  quant  à  son  aspect  physique  ;  et  si 
Ton  fait  entrer  en  considération ,  comme  on  le 
doit  certainement,  l'air  d'aisance  et  les  manières 
tout  aimaUes  des  faabitans ,  doués  ^  comme  les 
Argentins  de  beaucoup  d'esprit  et  d'un  extérieur 
très-avantageux,  on  se  convaincra  facilement 
que  son  séjour  peut  offi*ir  des  charmes  réels. 
C'est  plus  qu'il  n'en  faut ,  à  mon  avis ,  pour  in- 
viter les  négocians  à  se  ûxer  snr  un  point  qui , 
aux  avantages  signalés ,  joint  encore  ceux  d'utie 
position  des  plus  Êivorables  au  commerce;  »n 
climat  des  plus  salubres  et  un  gouverneur  éclairé, 
ami  des  étrangers ,  proteceur  du  commerce  et  de 


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—  87  — 

rinduslrie.  Que  demanderaît-on  de  pins  ?  Apportez 
des  marchandises  convenables,  des  capitaux  et 
des  bras  industrieux,  et  vous  veiTez  que  vous 
n'ayez  pas  tenté  en  vain  la  fortune.  Je  yeux  es- 
sayer de^le  prouver  dans  la  description  que  je 
domie  au  cbapifre  suivant  du  territoire  compo- 
sant ia  Bamda-Onental. 

Peu  de  villes  de  [l'Amérique  oot  ^Nis  souffert 
que  Montevideo ,  depuis  sa  fondation  qui  date 
de  i  724  '  ;  son  commerce  et  sa  population  s'en 
sont  ressentis  *,  mais  l'administration  éclairée 
de  M.  Yasquez,  rappelant  celle  de  M.  Rivadâvia 
à  Buenos- Ayres ,  à  une  autre  époque,  tend  à 
réparer  les  maux  afiligeans  qui  ont  éloigné  les 
étrangers  et  surtout  les  capitalistes  d'un  point 
digne  de  fixer  leur  attention. 

Montevideo  est  chef-lieu  du  département  de 
son  nom  et  capitale  de  la  République  orientale  de 
VUruguay^  ;  elle  est  le  siège  du  gouvernement , 
composé  des  trois  pouvoirs  législatif,  exécutif  et 
judiciaire. 

<  Voyez  la  Revue  Politique  ,  au  chapitre  V. 

2  Sa  populalion  est  éTaluée  à  d 5,000.  Elle  a  été  de  26,000. 

s  Position  astr.  —  Longitude  Occidentale  de  Paris ,  58*  33'  25*\ 
Latitude ,  34*  54'  $*'  Elle  est  k  30  lieues  du  cap  Santa-Mai  îa  ,  et  à  40 
de  Buenos- A jres. 


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—  88  — 
Le  gouverneur  porte  le  titre  de  Président. 

Il  y  a  une  chambre  de  sénateurs  et  une  autre 
de  députés  ou  représentons. 

J'ai  dit  que  Montevideo  rappelait  une  ville 
de  Syrie  ou  de  Palestine;  il  ne  serait  pas  impos- 
sible que  rillusion  fôt  poussée,  dans  quelques 
siècles ,  jusqu'à  faire  croire  à  la  transmigration 
de  Tyr  ou  de  Sidon  dans  ces  lieux,  oii  le  com- 
merce doit  avoir  un  autel ,  et  un  culte  aussi  fer- 
vent que  celui  de  la  liberté. 


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CHAPITRE  IV. 


de  rUmfOftj. 


FaTOnsée  par  la  aatore,  comme  si  elle  Teùt 
dwîsie  pour  s'y  montrer  dans  UMbt  sa  fertilité , 
la  Banda^Orieatal  vCeA  pas  mous  importante  par 
sa  sitoatiott  .giéof;rapiiM|Qe,  à  f emboachure  de  la 
rivière  idke  la  Flata. 


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—  92  — 

Sa  position  astronomique  est  entre  les  55^  et  6 1  * 
degrés  de  longitude  occidentale  du  méridien  de 
Paris ,  et  les  50*  et  55«  degrés  de  latitude  australe. 
Ses  confins  sont,  au  Tiord^  la  province  de  Rio- 
Grande-do-Sul  ou  de  Sao  Pedro ,  dépendant  de 
l'empire  du  Brésil*  A  Vest,  encore  laproyincede 
Rio  Grande  et  le  territoire  neutre ,  espace  de  ter- 
rein  compris  entre  la  lagune  ou  le  lac  Mérim  et 
rOcéan-Âtlantique  ,  ensuite  cet  Océan.  Au  sudj 
rOcéan  -  Atlantique  et  le  Rio  de  la  Plata.  A 
Y  ouest,  l'Uruguay,  qui  sépare  cet  état  des  pro- 
vinces d'Entre-Rios  et  de  Corrientes,  comprises 
dans  la  confédération  du  Rio  de  la  Plata. 

Ses  limites  ont  varié  souvent  et  ont  été  le  sujet 
de  longs  démêlés  entre  les  Espagnols  et  les  Por- 
tugais; eUes  sont,  quanta  présent,  fixées  au rio 
Cuar^ ,  l'un  des  afiluens  de  l'Uruguay,  du  côté 
du  nord,  et  au  rio  Yaguaron,  qui  se  jette  dans 
la  laguna  Mérim ,  du  côté  de  l'est.  Renfermée 
dans  ces  limites  qui  rendent  le  territoire  de  cette 
république  à -peu-près  carré,  sa  superficie  peut 
être  évaluée  à  12,000  lieues  (de  20  au  degré). 
Sa  population  absolue ,  qu'on  ne  connaît  pas  exac- 
tement, a  été  évaluée  en  1826  à  70,000  habitans, 
et  l'on  ne  peut  guère  la  porter  plus  haut  que  ce 
nombre ,  même  à  présent  ;  car  s'il  est  de  fait  qu'elle 


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—  95  — 

s'est  accnie  dans  ces  dernières  années  par  les 
soins  d'une  sage  administration ,  il  n'est  pas  moins 
certain  qu'elle  avait  considérablement  diminué 
pendant  la  guerre  dévastatrice  du  Brésil.  Quant 
à  sa  population  relative^  elle  ne  peut  jpas  être  éva- 
luée  à  plus  de  7  ou  8  habitans  par  li^ue  carrée, 
parce  qu'il  y  a  peudeterrein  perdu  dans  la  Banda- 
Oriental. 

Les  fleuves  et  les  rivières  se  ramifient  si  admi- 
rablement dans  cette  heureuse  contrée ,  que  les 
transports  par  eau  peuvent  s'opérer  des  points  les 
plus  reculés  jusqu'à  la  métropole ,  et  ce  n'est  pas 
un  faible  avantage  dans  un  pays  où  les  routes  sont 
à  peine  firayées,  et  les  voitures  mal  construites  ;  où 
le  manque  de  ponts,  les  fi:'équens  débordemens 
interrompent  tout-à-coup  les  communications 
par  terre.  Indépendammient  de  l'Uruguay,  deux 
fois  large  comme  la  Seine,  d'une  navigation  fa- 
cile jusqu'au  Salto,  ce  territoire,  si  privilégié  de 
la  nature  dans  cette  partie  si  essentielle  aux  pro- 
grès de  l'agriculture  et  du  commerce,  est  arrosé 
par  le  rio  Negro,  rivière  de  second  ordre ,  com- 
paré à  l'Uruguay  ;  le  rio  Santa  Ludaj  le  CeboUati, 
le  Damum,  VArapey,  de  troisième  ordre;  le  Yi, 
le  Yàguaron,  YOUmar^  le  Pardo,  le  Queguay, 
le  Cuarejr»  etleGcêcuarembo,  de  quatrième  ordre. 


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—  94  — 
A  ce^  fprandes  rÎTières  se  joignent  plos  de  deux 
trente  ruûseauxi  dont  planeurs  sont  nayigaUes 
pour  des  bateaux  plats  ou  des  pirogues.  U  y  a 
bienc[udiq[ues  entrayes  à  la  nayigaJtion  des  grandes 
rivières,  mais  avec  un  peu  d'industrie  on  les  sur- 
monterait &cilement.  Par  exemple,  l'Uruguay , 
si  connu  par  la  masse  de  ses  eaux,  ne  peut  être 
remonté  que  jusqu'à  60  lieues  de  son  embou- 
chure, à  cause  d'une  petite  cataracte  ou  d'un 
rescif  à  fleur  d'eau, appelé  dSalto;  eh  bieUiilne 
s'agirait  que  de  creuser  un  petit  canal  par  un  des 
côtés,  ouvrage  qui  serait  de  la  plus  £u^ile  exécur 
tion  pour  le  rendre  narigahle,  jusqu'à  trois  cents 
lieues,  pour  des  bateaux  à  vapeur  d'une  force  ois 
dinaire  et  même  pour  des  bateaux  à  voile  de  50 
tonneaux*  Mais  avec  un  bateau  à  vapeur,  remor- 
queur, on  conduirait  des  çhalans  de  deux  cents 
tonneaux  et  plus  jus^'aux  Missions,  à  vingt  lieues 
du  Paraguay  et  à  proximité  des  Yerbaies  !  (lieu  où 
se  récolte  le  maté).  Un  peuple  industrieux  aurait 
déjà  surmonté  ces  légères  difficultés  ;  mais  dès  à 
présent  le  commerce  peut  être  très-actif  sur  le 
Rio  Negro,  le  Santa  Lucia,  le  CéboUati;  cette 
dernière  rivière ,  qui  prend  sa  source  dans  les 
mornes  de  la  Barriga  Negra^  (district  de  Concep- 
cion-de-Minas)  après  avoir  traversé,  dans  la  di- 
rection de  l'ouest  à  l'est ,  la  partie  sud-est  de  cet 


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—  95  — 

ëtat  va  se  rendre  dans  la  lagmui  Mënm,  dToii 
ron  pent&cileaiesilcommHiiiquer  avec  h  grande 
lagtina  on  lac  dos  Patm  par  \em>Sao4ion%€Êlpo, 
qui  passe  devant  la  nouvelle  ville  brénKenne  de 
Sac  Francisco  de  Paola. 

Le  sol  de  la  Banda-Oriental  est  entrecoupé  de 
nombreuses  collines  et  de  montagnes  ou  mornes 
qui  n'ont  pas  une  grande  élévation.  La  Serra  do- 
Mar{ionïmûX\àchairte  orkntide^  système  bré- 
silien),  qui  commeiiôe  an  46*  degré  de  latitude 
australe,  se  termine,  après  avoir  traversé  la  pro- 
vince de  Rio  Grande-do-Sul  à!est  à  ouest  ^  dans 
dans  le  rincon  de  la  Cruz ,  vers  ie  confluent  de 
YYhicujr^  et  ne  traverse  pasla  Banda-Oriental  dans 
toute  sa  longueur,  comme  l'indiquent  les  cartes 
géographiques,  copiées  toutes  les  unes  sur  les  au- 
tres. Elle  envoie  seulement  dans  la  Banda-Orien- 
tal, ainsi  que  dans  les  hautes  missions ,  quelques 
chaînons  qui  se  ramifient  en  s' abaissant  de  plus 
en  plus.  Il  j  a  bien  dans  Test  et  le  sud-est ,  vers 
la  frontière  du  Brésil,  une  chaîne  continue,  mais 
ce  n'est  qu'une  colline  élevée  appelée  CuchUla 
Grande  qui  ne  me  paraltpas  dépendre  delà  Serra 
do-Mar.  Je  suis  porté  à  croire  qu'il  en  est  de 
même  des  collines  du  sud-ouest  appelées  Aspe- 
rexas  de  Mahame. 


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—  96  — 

Je  n'ai  pas  assez  voyagé  dans  rintërieur  de  la 
Banda-OrieQtal  pour  me  prononcer  d  une  ma- 
nière  certaine;  aussi ,  craignant  d'augmenter  les 
erreiurs déjà  trop  grandes,  je  me  suis  abstenu  de 
faire  représenter  les  chaînes  de  montagnes  sur  ma 
carte.  Cependant  si  je  puis  en  juger  d'après  ce  que 
j'ai  observé  dansTintérieur  de  la  province  de  Rio 
Grande,  je  puis  raisonnablement  penser  qu'il  n  j 
a  aucun  ra^K>rt  entre  le  chafaion  de  la  Barnga- 
Negraetde  CuchiUarGrande  avec  la  Serra-do-Mar . 
Ce  qui  me  confirme  dans  mon  opinion  (ou  mon 
erreur,  si  Ton  veut),  c'est  la  composition gédiogi- 
que  desmomeset  des  collines  dusudet  del'estdela 
Banda-Oriental,  entièrement  différente  de  la  par- 
tie de  la  &rra  que  j  ai  traversée.  Au  lieu  de  grès 
de  toute  espèce  que  j'y  ai  trouvés ,  même  sur  les 
points  les  plus  élevés,  on  est  surpris  de  rencontrer 
ici,  au  niveau  delà  mer,  des  roches  granitiques, 
purement  cristalines,  ayant  souffert  un  morcel* 
lement  plus  ou  moins  violent,  une  décomposition 
plus  ou  moins  grande.  Ces  décompositions  ont 
produit  par  voie  de  sédimeùt  et  par  aggloméra- 
tion, des  roches  d'une  autre  nature,  maisappar- 
tenant  toujours  au  sol  primordial  qui  parait  faire 
la  base  des  terrains  de  nouvelle  f(H*mation.  J'ai 
retrouvé,  comme  on  le  verra  parla  suite,  les 
mêmes  roches  avec  les  mêmes  caractères  demor- 


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—  97  — 

cèlemait^  dé  dëcompositioii^  et  d'agrégation  aux 
environs  de  Porto- Alégre  dont  le  sol  présente  une 
analogie  frappante  avec  celui  de  Montéridéo* 

Indépendamment  des  chaînes  de  collines  dont 
je  viens  ^e  parlœ,  il  y  &  encore  beaucoup  de 
momesr  isolés  qui  contribuent  à  rendre  plus  pitto- 
resque le  tableau  qu'offre  Taltemative  ccmtinuelle 
des  monticules,  des  prés,  des  ruisseaiux  et  des  ri- 
vières boisées. 

lie^dimat  est  très-tempéré  sur  toute  la  sur&ce 
du  territoire  de  la  république  ;  l'humidité,  que 
doivent produireles nombreuses  rivières  quila sil- 
lonnent, ainsi  que  les  vents  de  nord  et  de  nord- 
est,  passant  sur  des  contrées  marécageuses  et 
chaudes,  est  modérée  par  les  vents  de  terre  sud- 
ouest,  toujours  secs,  appelés  communément  Pam- 
penM,  farce  qu'ils  traversent  les  Pampcu)  *  ,  et 
par  le  voisinage  de  l'Océan.  Sa  température  est 
l'une  des  meilleures  que  l'on  connaisse.  Le  peu  de 
progrès  que  la  population  a  fiiits  dans  le  nouvel 
état  ne  doit  donc  pas  être  attribué  à  l'insalubrité 
de  1  air ,  aux  maladies  particulières  au  pays;  mais 

I  On  appelle  ainsi  les  vastes  plaines  basses  et  unies  qui  sont  au 
Sud  et  à  rOuest  de  Buenos- Ayres.  --On  trouvera  plus  loin  rét>ino- 
logie  de  ce  mot. 

7 


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—  98  — 

bien  à  des  causes  purement  pc^tiques*  Il  pro' 
vient  éè  ia  fjpfteme  avec  Ffispagne,  qui  tat  pl«s 
cruelle  sur  ce  territoire  que  sur  aucun  antre  point 
des  provinces  unies,  de  la  guerre  civile  et  de  Ta* 
narehie  que  les  voisins  étrangers  ont  pris  soin 
d'attiser  durant  la  révolution  contre  rEs|pagne^  et 
de  la  dominatian  porfugaiae  ou  farësiKenne»  g^ 
néralement  détestée  par  les  habitans,  et  qui  a 
oauié  lenr  émigration  dans*  tes  autres  fMPovincea. 

Montevideo  fut  peuplé ,  il  y  a  un  peu  plus  d'un 
siède,  par  une  colonie  envoyée  de  Buénos^Jlyres* 
Le  territoire  envinonnant  était  occupé  par  une 
ninkîtude  d'Indiens  barbares  y  conni»  sons  le  nom 
de  Charruas.  Il  fiillut  longtemps  leur  disputer  le 
terrein,  mais  enfin  on  parvint  à  les  repousser  vers 
le  nord ,  avec  les  Minuan^  et  les  Guaranis  pro- 
prement dits,  et  les  derniers  restes  de  ces  tribus 
barbares  ont  été  récemment  détruits  ;  Ae  manière 
que  le  territoire  se  trouve  à  présent  libre  et  à 
ïeàm  de  toute  invasion  d'indiens. 

Les  nouveaux  celons  trouvèrent  les  campagnes 
couvertes  de  troupeaux  de  bœufi  et  de  ohevainL, 
qui  s'étaient  multipliés  prodigieusement  depuis 
l'arrivée  des  premier»  ccmquérans.  Dès  -  lors» 
comme  les  terreins  furent  inconnus  fertiles  par- 


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—  99  — 
tout,  même  dans  les  monlaignes  y  on  les  desiina 
au  pâturage,  et  .les  bakitans  se  Kyrèrent  «xdusî* 
▼emcBt  au  soîi»  des  troupeaux.  Il  a  eûutimié  d'être 
]a  principale  hmnche  de  commerce  de  ce  pays , 
nourseulemciit  par  l'extractiou  des  cuirs  de  boaufi 
et  de  ch^aux,  mais  enccw'e  par  la  salaison  des 
yiaudes  et  les  fontes  de  suif.  Montevideo^  seul , 
panrint  à  avoir  trente^troi»  ëtaUissemens  de  sa- 
kisonS  dans  la  {4up«rt  desquels  on  tuait  cem 
bêtes  par  ^our  ^  sans  que  cette  consommation  sem- 
Uit  diminua  le  nombre  des  troupeaux ,  parce 
que  lat  reproduction  est  favoriaée  par  une  foule 
de  circonstances  naturelles.  La  campagne  abon- 
de en  pâturages,  dont  aucun  endrcKit  ne  reste 
imitile:;  ils  sont  d'une  bonne  qualité,  quoique 
le  besoin  de  sel  se  fesse  sentir  dans  quelques 
looaltlés,  et  fertilises  par  Tirrig^ation  d'une  mul- 
tilude  de  ruisseaux  et  de  sourees  surgissant  de 
toulies  parts.  A  chaque  pas  le  voyageur  est  agréa* 
bkment  surpris  par  la  rencontre  d'eaux  pures  et 
salubres,  toujours  entourées  d'un  bois  touffu  qui 
en  entretient  la  fraîcheur. 

Les  vasies  solitudes  composant  le  territoire 
de  la  nouveHè  r^ublique  fiMcmaient  partie  de  la 
vice-royauté  de  Buenos- Ayres ,  sous  le  nom  de 

1  Saladero  en  espagnol  y  charqueada  en  portugais. 


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—  100  — 

Banda  -  Oriental.  Après  aroir  été  régie  pendant 
neuf  ans  par  le  féroce  et  cruel  Artigas ,  qui  atta- 
qua Buenos- Ayres ,  envahit  l'Entre-Rios^  souleva 
Santa-Fé ,  arma  les  Indiens  du  Grand-Chaico  et 
désola  les  missions  de  FUruguay  par  des  actes 
inouïs  de  barbarie,  cette  contrée,  autrefois  si  flo- 
rissante, fut  envahie  par  les  Portugais  et  réunie 
au  Brésil,  sous  le  titre  de  Prtmncia  Cisplaima. 
Séparée  dé  cet  empire  par  un  article  du  traité  de 
paix,  conclu  en  4828,  entre  Buénos-Ayres  et  le 
Brésil,  elle  fut  déclarée  indépendante etprit  le  titre 
de  Bepuhlica  Oriental  dd  Uruguay.  D'après  la 
nouvelle  organisation  qu'elle  vient  de  se  donner, 
tout  le  territoire  de  la  république  est  partagé  en 
neu&  départemens ,  qui  prennent  le  nom  de  leurs 
cheÊ-lieux  respectif;  ces  départemais  sont  : 
MonténdéOy  qui  donne  cinq  députés  à  la  chambre 
des  représentans;  Canelones ,  qui  en  donne  qua- 
tre ;  San  José^  trois  ;  Colonia,  trois;  Soriano^  trois  ; 
Pcysandùy  trois  ;  Cerro-Largo^  deux  ;  Maldonado^ 
cpiatre;  Entre-Bios^ ,  Yi et  Negro,  deux  :  plus  un 
sénateur  chacun. 

L'état  possède  trois  villes  :  Montevideo ,  la 
Colonia  et  Maldonado;  quinze  villas  ou'  boui> 
gades,  dont  voici  les  noms  : 

1  Qu*il  ne  faut  pat  confondre  avee  la  province  de  ce  nom. 


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—  101  — 

Gnadalupe,  San  Juan-Bautista,  San- José,  La 
Florida,  ElRosario,  San-Salvador ,  Santo«Do- 
miDgo-SoriaBOj  Mercedes  «  Paysandù,  Belen  (dé- 
truit), Melo,  Rocha,  San-Carlo,  Minas,  et  San- 
Pedro. 

Plus  les  huit  villages  ou  hameaux  suivans  : 

Piedras ,  Pando ,  Porongos ,  Real  de  San-Carlos, 
Viyoras,  £1  Carmelo,  El  Salto  et  Santa-Teresa. 

En  tout  yingtrsix  populations,  indépendam- 
ment des  estancias  ou  grandes  fermes  du  pays, 
disséminées  à  de  grandes  distances  les  unes  des 
autres,  et  autour  desquelles  sont  toujours  grou- 
pes quelques  ranches  ou  huttes  de  terre  couvertes 
en  jonc  pour  loger  les  fionilles  einployées  à  Tex- 
(doitation. 

Le  gouTemement  entretient  dans  c^cune  des 
▼ingtr-six  populations  ci -dessus  une  école  pri- 
maire-élémentaire^ par  la  méthode  de  l'ensei- 
gnement mutuel,  et  en  outre ,  il  y  en  a  bien  un 
pareil  nombre  soutenues  par  des  établissemens 
publics  ou  particuliers. 

Des  courriers  réguliers  partent  de  la  capitale 


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—  102  — 

pour  les  divers  points  de  l'inténettr  ies  9,  16/25 
el  30  de  chaque  mois. 

L'état  social  étant  le  même  dans  la  république 
de  rUruguay  que  dans  celle  du  rio  de  la  Plata,  fe 
renvoie  mes  lecteurs  aux  descriptions  que  j'en 
ferai  à  Buëno»*  Aym»  où  les  mœtu^ ,  les  coutumes 
et  le  caractère  des  difierens  habitans  composant 
la  maise  hétérogène  de  la  population  seront 
passés  en  revne.  Le  vide  que  j'aurai  laisse  sera 
rempli  dans  l'exploration  de  TUruguay. 

(c  Parler  dé  l'industrie,  des  arte  et  du  com- 
merce des  nouveaux  habitans  de  rAmérkpie,  dit 
le  savant  M.  Balbi,  c'est  parler  de  l'industrie^  des 
arts  et  du  oommeroe  de  r£uix>pe  et  d^  ses  hahi* 
tans^  qui  depuis  trois  siècles  se  sont  étaUis  d'un 
bout  à  Fautre  du  Nouveau-Monde.  »  '  Les  Espa- 
gnols, les  Portugais,  les  Anglais,  les  Français,  les 
Italiens  et  les  Alfemands  y  ont  iiaportéleur  indus- 
trie, qu'ils  ont  modifiée  ensuite  avec  plus  ou 
moins  d  avantages  pour  eiiX|  suivant  le  caractère 
de  la  nation  quidominait  et  la  proteottQuque  son 
gouvemenent  leur  accordait.  Malheureusement 

1  M.  Baibi  a  observé  aitteurs ,  avec  raison ,  que  cette  épithète  de 
Nouveau-Monde  serait  mieux  apptiquée  à  VOcéania  ou  Ausiralasie  , 
la  cinquième  partie  du  monde. 


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—  105  — 

la  manière  iFicieuse  avtc  lacpidle  '  on  fil  le  com* 
nierce  jusqu'il  la  seconde  moitié  du  XVilI^  siècle 
a  (MÎTérEaropeetl'AmënqpiedesiminicinsesaTau- 
tages  qu'elles  eu  auraient  tiréa^  aï  ea  lui  avait  ac- 
cordé la  liberté  dont  il  a  joui  dans  la  suite.  Certes^ 
la  Banda-Oriental  aurait  pu  atteindre  prompte- 
ment  au  Ëtite  de  la  prospérité,  si  TEspagne,  com  • 
prenant  mieux  ses  propres  intérêts ,  n'avait  pas 
entravé  Tesior  industriel  et  commercial  que  leâ 
premien  edons  tentèrent  de  hd  imprimer.  Les 
resirictîoas  de  l'Espagne  arrêtèrent  Témigration; 
sa  politique  étroite  en  âoigna  toujours  eevx  qui 
n'étaient  pas  espagnob,  et  ses  querelles  mlermi- 
nables  avec  le  Portugal  acbevèrent  de  paralyser 
f  industne.  Comme  Pexploîtatioti  des  troupeaux 
p«rat  otbit  ht  plus  grande  trti^,  sans  donner 
grand  trwvtàf  les  àabitans  s^y  livrèrent  au  préju- 
dice de  Tagricnlture  qu%  négligèrent  entière- 
ment. Cependant  les  terres  ne  réchmaient  que 
^  hrasmdnstrieux  pour  tes  cuitrrer,  pmaqju'eUes 
produisaient  avec  abondance,  et  sans  culture, 
toute  espèce  de  grains,  de  fiiiits  et  de  légumes; 
elles  auraient  fourni  toutes  les  productions  d'Eu- 
rope et  la  plupart  de  celte  des  tropiques;  mais  à 
quoi  bon  trait  de  travail ,  se  dirent  les  colons  es- 
pagnols? que  ferons-nous  de  notre  superlhi,  puis- 
que les  restricticHfts  du  système  colonial  nous  en 


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—  104  — 

prohibent  rechange  aveclesétrangers  ?. . •  Us  adop- 
tèrent rindustrie  la  plus  commode  pom*  eux,  et 
ils  firent  bien.  Ce  genre  d'industrie  était  de  na- 
ture a  fiûre  germer  en  eux  des  idées  d'indépen- 
dance ;  elles  germèrent  efFectivement ,  elles  gran- 
dirent, et  l'Espagne  fut  punie  par  où  elle  avait 
péché. 

.  Le  système  de  Galvez  qui,  en  1778^  pro- 
clama sucessivement  la  liberté  du  commerlre  en- 
tre les  treize  principaux  ports  de  l'Espagne  et 
l'Amiàfique  ci-devant  espagnole, .'  donna  beau- 
coup d'activité  au  commerce  de  la  Plata;  miaisce 
fiit  après  1840,  lorsque  les  ports  s'ouvtûrent  à 
toutes  les  nations,  lorsque  les  individus  de  toutes 
croyances  purent  se  présenter  pour  exercer  libre- 
ment leur  industrie,  que  ce  pays  prospéra  véri- 
tablement. Sans  les  troubles  civils  et  cette  guerre 
désastreuse  avec  le  Brésil,  la  BémdorOrieniid  eût 
pu  s'appeler  à  juste  titre  la  Phénicie  du  Nouveau- 
Monde^  de  même  que  Buenos- Ayres  en  eût  été  la 
Carthage. 

La  constitution  définitive  de  la  nouvelle  i^u- 

*  Jusqiie-IÀ  il  n'y  a? lit  que  les  places  de  Sé ville  et  de  Cadix  qui 
pussent  expédier  un  nombre  très  limité  de  bàlimens  d'un  faible  ton- 
nage pour  les  Golonias.  Le  commerce  de  la  l^lata  était  dans  la  dépen- 
dance de  celui  des  spéculateurs  privilégiés  du  Pérou. 


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Uique ,  Tainour  de  l'ordre  et  le  besoin  de  tran- 
quillité qui  se  fiât  remarquer  paimi  la  classe  éclai- 
rée, la  cessation  des  troubles  ciyils,  la  position 
isolée,  tout-à*&it  neu/rs  de  ce  petit  état,  sont 
autant  de  garaipties  morales  pour  les  capitalistes , 
les  commercans  et  les  industriels  qtti  songeraient 
à  augmenter  leur  fortune  ou  leur  bien-être  au 
profit  d'un  pays  qui  ne  parait  pas  avoir  adopté 
pour  devise  VingroHiude. 


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CHilPlTRE   Y. 


Aoww  ihrmtiÀngjUfum  des  évéaemeiw  surveaus  daiis  la  Baad«« 
Onental,  depus  la  déooliveite  Jiu<itt*en  1834.  > 


i508. — Première  découverte  du  fleuve  de  la 
PlaU,  par  Jeia  Dîas  de  Solîs,  qui  le  prend  pour 
ua  golfe. 

'  >  Voyee  ,  pear  lés<léUiil9  de  la  âéeenvefle  et  4e  la  eonqnèfté,  Fanes, 

Félix  de  Azara,  f^oyayes  dans  V Amérique  Méridionale.   Eaynal  , 
Histoire  philosophiqHe  des  Deux-Indes* 


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—  108  — 

1515.— >Secondedécouverteparlemême.  Cette 
fois,  mieux  informé,  il  substitue  son  propre  nom 
à  celui  de  ParanorGuazu^  donné  à  ce  grand  fleuTe 
par  les  Indiens  Guaranis.  Solis  est  assassiné  par 
les  Gharruas.  -> 

1526. —  Sébastien  Cabot  ou  Gaboto  pénètre, 
après  Solis,  dans  le  fleuve  nouvellement  décou- 
vert. Il  fonde  le  premier  établissement  espagnol 
au  confluent  du  ruisseau  de  San  Juan^  près  Tem- 
boucbure  deTUruguay.  Quatre  ans  après,  les  In- 
diens Charmas  détruisent  le  fort  qu'il  avait  con- 
struit, chassent  les  Espagnols  et  restent  maîtres 
de  leur  pays.- 

1530.*— Cabot  retourne  en  Espagne  avec  quel- 
ques lames  d'or  et  d'argent  achetées  aux  Guaranis , 
pour  en  fah^e  hommage  à  son  souverain,  auquel 
il  propose  de  substituer,  au  nom  trop  modeste  de 
Rio  de  Solis ,  celui  plus  pompeux  de  Rio  de  lif 
PUaa. 

1 566 . — Les  Espagnols  jettent  les  fondemens  du 
premier  village  dans  le  pays  habité  par  les  intré- 
pides CharruaSj  sur  les  bords  de  l'Uruguay,  au 
confluent  du  rio  Negro,  et  le  nomment  Sanio- 
DomingO'Soriano. 


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—  109  — 

i679. — Les  Portugais,  regardant  le  fleure  de 
la  Plata  comme  leur  limite  natureUe  au  sud,  et 
d'ailleurs  très-envieux  des  dëcouyertes  des  Espa- 
gnols, fondent  la  yîUe  de  la  Colonia  del  Sacra- 
mento,  en  fitce  de  Buenos^  Ayres ,  d'après  les  or- 
dres du  gouyemenr  portugais  de  Rio-Janeiro. 

1796. — Fondation  de  Montëyidéo.  Lanécesr 
site  de  repousser  les  Gharruas  qui  occupaient  tout 
le  vaste  territoire  compris  entre  l'Uruguay,  le  rio 
Negro ,  les  montagnes  de  San-Ignacio,  l'Océan 
et  la  Plata,  aussi  bien  que  le  besoin  d'arrêter  la 
contrebande  par  laquelle  les  étrangers  ruinaient 
le  commerce  dé  Buénos-Ayres,  engagèrent  les 
Espagnols  à  y  fiùre  passer,  en  1724,  quelques 
troupes  qui  eurent  k  lutter  alternativement  avec 
les  Portugais,  les  Charmas  et  même  les  Français 
qui  venaient  clandestinement  &ire  provision  de 
cuirs.  Deux  ans  après,  Bruno  de  Zabala,  gouver- 
neur de  Buenos- Ayres,  fit  passer  dans  la  Banda 
Oriental  vingt  fiunillesde  Canariens  qui  permirent 
de  fonder  la  nouvelle  ville  de  San  Felipe  ou  Mon- 
tevideo. 

1731. — Bataille  livrée  par  les  Charruas  et  les 

'Minuanes  aux  troupes  de  Buenos  -  Ayres  et  de 

Montevideo  sous  le  commandement  de  Zabala; 


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—  ««0  — 

celui-ci  est  Taincn  et  foreé  de  demander  Tinter- 
ventîon  du  prorincial  du  Paraguay,  lequel,  par 
un  message  de  paix,  parrieutà  ealmer  la  fureur 
des  Indiens,  et  ménage  entre  eux  et  les  Espagnols 
un  traite  définitif  en  i7S2. 

1 757 .  —  Le  cabinet  espagnol  élève  Montevideo 
au  rang  de  cbef-lieu  de  province  ou  de  gouver- 
nement. 

Cette  même  année,  les  Minuanes^  tribu  qui  oc- 
cupait l'espace  compris  entre  le  rio  Negro  et  les 
Missioiis,  re{M:ennent  le«  armes  et  attaquent  les 
étabUssemens  espagncds.  C'est  dans  cette  guerre 
que  le  gouverneur  de  Buénosr-A3rres ,  Andowm- 
gui,  donna  Tordre  cruel,  trop  suivi  et  trop  bie% 
imité  dans  les  guerres  modernes  ^  d'égorger  tous 
les  Indiens  au-dessus  de  douze  ans,  parce  que , 
disait-il ,  k  vérUabh  baptême  de  ces  saunages  est 
le  baptême  de  sang! 

1762.  -^Fondation  du  village  de  San-Carhs, 
près  Maldonado. 

1786.— -Fondation  de  la  ville  de  Maldonado. 

i804. 1^ Fondation  de  Fédifioe  appelé  CaMdo 
(municipalitë),  à  Montevideo. 


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—  m  — 

1806  (19  août.)-^Uiie  expédition  de  tolon- 
Uiires  orientalistes,  sons  les  ordres  dn  géoéral  Li- 
niers,  ftainçais,  débarque  sur  les  pki|;es  de  fiaénoa- 
Ayres,  et  avec  ce  fiiible  secoors  les  hilMtttBS  de 
cette  ville  font  prisonnier  le  général  anglais  Bé- 
resford  et  sa  troupe. 

—  (28  octobre.  )  -*  Le  commodore  anglais 
Popbam  bombarde  par  mer  Monléridéo,  et  il  est 
repoussé. 

1807  (janyier.) — Les  Anglais,  sous  les  ordres 
du  commodore  Popbam ,  attaquent  et  prennent , 
après  une  yiye  résistance,  MaldonadoetSan-Car- 
los^  pendant  que  le  général  sir  Samuel  Acmuty , 
assiégeant  Montevideo,  déroute  la  garnison  espa^ 
gBole  dans  une  sortie. 

.  —  (5  février.  )  —  Les  troupes  anglaises  {nren- 
nent  d'assaut  Montevideo,  qu'ils  évacuèrent  et 
rendirent  à  TEspagne  au  mois  de  juillet  de  la 
même  année ,  par  suite  de  la  capitulation  du  gé* 
néral  Whitelock  à  Buénos-Ayres. 

1 806.— lie  libéralisme  du  gouverneur  Élio  qui , 
le  prunier,  ne  craignit  pas  de  refuser  Fobéissance 
au  vice-roi  de  Buénos-Ajres,  fait  présager  les 
mouvemensqm,  deux  ans  plus  tard,  devaient 
agiter  le  pays. 


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.  4810  (85  mai).— «Le  premier  cri  de  liberté  est 
jeté  par  une  poignée  d'hommes  généreux ,  dans 
la  yiUe  de  Buenos- Ayres  y  et  bientôt  il  est  répété 
par  tout  le  continent  américain.*^ 

18H  (28  février)  — Les  patriotes  orientalistes 
s^emparent  du  bourg  de  Mercedem  où  se  répéta 
le  premier  cri  de  liberté  ! 

—  (26  aTril.)  —  Action  ga|^ée  par  les  pa- 
triotes sur  les  royalistes  au  village  de  San- José. 

—  (  i8  mai.  )  — Les  patriotes,  commandés  par 
l'intrépide  AriigaSj  déroutent  les  royalistes  dans 
le  village  de  Las  Piedras. 

4812  (20  janvier.) — Le  territoire  de  Montevi- 
deo est  envahi  par  une  armée  portugaise,  ^e 
4,000  hommes,  sous  le  commandement  du  géné- 
ral don  Carios  Federico  Lecor,  envoyée  comme 
auxiliaire  des  Espagnols;  mais  en  vertu  d'un  ar- 
mistice, elles  évacuèrent  le  pays  au  mois  de  mai 
suivant. 

—  (  51  octobre.  )—  Victoire  dû  Cerrito ,  rem- 
portée sur  1^  royalistes  par  le  général  patriote 
Rondeau .  Montevideo,  pris  d'assaut,  se  réunit  à 
la  république  des  Provinces-Unies  du  Rio  de  la 
Plata^  comme  chef-lieu  de  la  province  delà  JBam/a- 
Oriental. 


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—  113  — 

1814  (17  mai.)— -L'escadre  espagnole,  station- 
née à  Montevideo,  est  déroutée  par  celle  de 
Buenos- Ayres,  sous  les  ordres  de  Famiral  Brown, 
anglais,  au  service  des  patriotes. 

— (  23  juin.  ) —  Les  troupes  de  la  république 
Argentine,  sous  les  ordres  du  général  don  Carlos 
Alvear,  occupent  Montevideo. 

1815  (S3  février.)  —  Les  troupes  de  Buenos- 
Ayres  évacuent  Montevideo  que  les  Orientalistes 
occupent  à  leur  tour. 

1816. — Les  Portugais  envahissent  la  Banda- 
Oriental,  en  proie  à  la  guerre  civile ,  sous  le  pré- 
texte de  pacifier  le  pays. 

i81 7 .  — -  L'armée  portugaise  au  lieu  de  pacifier 
le  pays,  s'empare  de  Montevideo,  dont  le  cahildo 
invite  les  habitans,  ainsi  que  ceux  de  la  cam- 
pagne ,  à  £dre  avec  les  Brésiliens  ou  Portugais, 
une  paix  qui  fut  conclue  à  cette  condition  :  que 
Toccupation  de  la  proi^ince  serait  seulement  pro- 
insoire,  et  que  rarmée  portu^xise  reconnaîtrait 
toujours  les  autorités  locales. 

1820  (septembre.)-— Artigas,  ce  chef  patriote 

8 


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—  H4  — 

trop  célèbre  par  ses  cruautés ,  est  battu  par  son 
lieutenant  RamireE,  et  forcé  de  se  réftigier  au 
Paraguay ,  où  il  est  retenu  priscmiiier  piu*  le  dic- 
tateur Francia.' 

4831.— *  Le  général  p<»tugais  fait  approvi- 
siosmer  Montevideo  et  déclare  la  Banda-Oriental 
réunie  au  Brésil  sous  le  nom  de  Proifindu-Cispla- 
tina.  * 

i  895  (1 9  avril.)  —* Don  Juan  Antonio  LayaUeja , 
et  avec  lui  trente-deux  Orientalistes  partent  de 
Buénos-Ayres  et  débarquent  sur  les  plages  de  la 
Banda-Oriental  pour  délivrer  leur  sol  natal  de  la 
domination  étrangère;  à  leur  premier  cri  le  patrio- 
tisme national  s'enflamme  et  l'entreprise  est  cou* 
ronnée  de  succès. 

—  (14  juin.) — Un  gouvernement  provisoire 
de  la  Banda-Oriental  s^établit  dans  la  vïUa  de  la 
Florida.  Et  le  90  août  suivant,  s'installa  la  pre- 

'  Voyez  la  note  £  ,  concernant  Artigas. 

•  Voyez ,  pour  pins  de  détails  sur  cette  occupation  iiû^f  ^  el  la 
guerre  désastreuse  qui  s^n  est  suivie  entre  la  république  Argentine 
et  le  Brésil,  les  intéressantes  Esquisses  historiques  si  statistiques  sut 
Buènos-jiyrss ,  traduites  et  augmentées  par  M.  Varatgne. 


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—  us  — 

mière  lé^slAture  ou  chambre  des  reprësentans, 
qui  déclara  nuls  à  jamais  et  d'aucune  valeur  tous 
les  actes  de  reconnaissance ,  d'incorporation,  etc. 
au  Portugal  et  au  Brésil;  se  déclarant  en  outre, 
elle-même ,  libre  et  indépendante  de  £iit  et  de 
droit ,  avec  un  amfde  pouvoir  d'adopter  les  formes 
qui  lut  paraîtraient  convenables* 

—  (7  septembre.) —  La  même  chambre  des  re- 
présentans  sanctionne  avec  force  et  valetu*  de  loi 
(dans  la  villa  de  la  Florida)  que  le  trafic  d' esclaves 
demeure  aboli  et  que  tous  ceux  qui  naîtront  dans 
la  Banda-Oriental ,  seront  libres ,  sans  exception 
if  origine* 

—  (24  septembre.) — Victoire  du  Rincon  de  las 
GaUincLS ,  remportée  par  le  général  patriote  Fruc- 
tuoso  Rivera,  sur  les  forces  brésiliennes. 

—  (12  octobre.  ) — Victoire  del  Sarandiy  rem- 
portée par  les  Orientalistes ,  sous  les  ordres  du 
général  Lavalleja ,  sur  les  troupes  brésiliennes. 

—  (Décembre.) —  L'empereiu'  du  Brésil,  don 
Pedro  I^'',  déclare  la  guerre  à  la  République 
Argentine. 


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—  416  — 

—(31  décembre.) — Le  ccionel  patriote  Olivera 
attaque  les  troupes  brésiliennes  concentrées  dans 
le  village  de  Santa-Teresa  et  remporte  un  avan- 
tage. 

1 826 .  (  5  février.  ) —  L'amiral Brown  attaque  la 
Colonia  del  Sacrarhento  j  occupée  par  les  Brési- 
liens. 

---  (9  fév.  )  — Le  colonel  don  Manuel  Oribe 
attaque  le  Cerro,  occupé  aussi  par  les  forces 
brésiliennes. 

—  (H  avril.) — Combat  de  TamiralBrown  avec 
la  frégate  impériale  Niteray ,  en  vue  du  port  de 
Montevideo. 

i  827  (9  février.) — Victoire  navale  remportée  à 
l'île  dnJoncal  (à  Tembouchure  de  l'Uruguay)  par 
l'amiral  Brown. 

—  (20  fév.) — Victoire  décisive  remportée  par 
le  général  don  Carlos  Alvear,  commandant  l'ar- 


I  Ce  qu'il  y  a  de  remarquable  dans  ces  attaques  ,  c'est  Taudace 
et  le  courage  des  patriotes  ,  qui  n'hésitèrent  pas  à  présenler  le  com- 
bat à  des  forces  dix  fois  plus  considérables  numériquement  parfont. 


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—  117  — 

mëe  nationale  de  la  République  argentine ,  sur 
les  forces  concentrées  des  Brésiliens  k  Ituxaingo. 

1828  (1«'  janvier.) — ^Le  phare  de  l'île  de  Flores 
est  aUumé.  ^ 

—^21  avril.) — Prisedes Missions  de TUruguay 
sur  les  Brésiliens,  par  le  général  Fructuoso  Ri- 
vera. 

—  (27  août.)— On  signe  à  Rio  Janeiro  les  pré- 
liminaires de  paix  entre  la  république  Argentine 
etTempire  du  Brésil. 

— (4  octobre.) — On  ratifie  et  on  échange  à  Mon- 
tevideo les  traités  préliminaires  de  paix  entre  la 
République  et  FEmpire,  d'où  il  résulte  que  la 
Banda-Oriental  formera  un  état  séparé  sous  le 
nom  de  Bépiiblique  de  VUruguay. 

—  (24  novembre.)— «L'assemblée  constituante 
du  nouvel  état  se  réunit  dans  la  bourgade  de 
Son-José. 


«  La  tour  fut  commencée  en  18i9  ,   et  les  travaux  ayant  cessé 
fureirt  repris  en  1826. 

Le  môle  en  bois  du  port  de  Montevideo  Tut  commencé  en  1821  , 
par  ordre  du  tribunal  du  consulat. 


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—  U8  — 

•i—  (1^"^ décembre.)—- Le  général  D.  José  Ron- 
deau est  nommé  gouverneur  et  capitaine-général 
provisoire  de  Tétat  Oriental,  et  pour  son  substi- 
tut on  désigne  D.  Joaquim  Suarez. 

i838  (  33  décembre.  )  —  Le  général  D.  José 
Rondeau  prend  possession  du  gouvernement  de 
l'état  Oriental. 

1829  (23  avril.)-—  Les  forces  impériales  éva- 
cuent la  place  de  Montevideo. 

—  (!«*'  mai.) —  Le  gouvernement  de  la  répu- 
blique entre  solennellement  dans  la  capitale. 

—  (10  septembre.)  —  La  constitution  de  la  ré- 
publique  de  lUruguay  est  sanctionnée  par  l'assem* 
blée  constituante. 

1 830  (1 7  avril.  ) — Le  général  D .  José  Rondeau , 
ayant  donné  sa  démission,  on  nomme  gouver- 
neur et  capitaine-général,  par  intérim,  don  Juan 
Antonio  Lavalleja. 

—  (26  mai.) — La  constitution  de  l'état  Orien- 
tal de  l'Uruguay  est  approuvée  à  la  Coui'  du  Bré- 
sil par  les  plénipotentiaires  de  cette  puissance  et 
de  la  république  Argentine. 


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—  419  — 

— -  (18  juillet.)  La  constitution  est  solennelle- 
ment jurée. 

1830  (22  octobre.) — Les  chambres  des  séna- 
teurs et  des  représentans  de  l'état  sont  installées. 

—  (24  octobre.)  —  Le  brigadier  général  don 
Fructuoso  Rivera  est  nommé  président  de  la  ré- 
publique et  Tétat  Oriental  est  définitivement 
constitué. 

1832  et  1833.  —  L'ambition  démesurée  du 
général  don  Juan  Antonio  Lavalleja  j  flattée  et 
excitée  par  quelques  Brésiliens  de  la  province  de 
Rio  Grande,  fidt  craindre  un  moment  de  voir  se 
renouveler  les  horreurs  de  la  guerre  civile,  mais 
l'influence  du  président  Fructuoso  Rivera  sur  les 
habitans  de  la  campagne ,  ainsi  que  les  sages 
mesures  du  chef  de  police  à  Montevideo,  déjouent 
de  toutes  parts  les  tentatives  de  Lavalleja  qui , 
dépouillé  de  ses  biens  et  chassé  de  la  République 
s'est  vu  forcé  d'abandonner  ses  projets  ambitieu^r- 
et  de  vivre  exilé  du  sol  à  l'indépendance  duquel 
il  a  si  puissamment  contribué.  Avec  plus  de  pru- 
dence et  moins  d'ambition ,  le  général  Lavalleja 
se  serait  vu,  à  son  tonr,  le  chef  suprême  de  l'état 
et  ses  concitoyens  l'auraient  vénéré  comme  il 
méritait  de  l'être. 


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CHAPITRE  VI. 


BéiMirt  de  Kontérîdéo.  —  Un  Vampefo.-—  Amrée  em  rade  de 
MuéatMmAjnÊ.  —  Atpeet  extérieur  de  oetle  ville. 


La  plupart  de  mes  compagnons  de  voyage, 
empressés  de  se  rendre  à  Buenos- Ayres ,  aban- 
donnèrent VHerminie  qui  devait  séjourner  quel- 
ques jours  à  Montevideo,  et  profitèrent  du  départ 
d'un  des paquetes  (paquebots)  faisant  la  navi* 
gation  régulière  entre  cette  ville  etBuénos-Ayres, 


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—  122  — 

I  pour  se  rendre  plus  promptement  à  leur  desti- 

I  nation.  Je  ne  voulus  pas  abandonner  le  bon  ca- 

pitaine Soret  qid  nous  avait  si  bien  traités  pen- 
dant notre  heureuse  traversée  ;  j'étais  d'ailleurs 
bien  aise  de  voir  avec  plus  d  attention  les  scènes 
étranges  qui  s'oflSraient  à  mes  regards,  et  de  pren- 
dre à  loisir  des  renseignemens  sur  le  pays;  mais 
au  moment  où  j'entrais  dans  voie  fonda  (hôtel) 
Pour  m'assurer  d'un  logement,  on  vint  me  dire 
que  nous  partions  le  soir  même. 

Le  messager  officieux  qui  s'était  chargé  de 
m'avertir  de  la  résolution  subite  du  capitaine , 
s'empressa  de  lier  conversation  avec  moi,  de  s'in- 
former de  mes  projets ,  du  but  de  mon  voyage , 
de  l'espèce  de  marchandises  que  j'apportais; 
questions  flanquées  de  bien  d'autres  auxquelles 
je  répondais  avec  le  plus  de  réserve  qu'il  m'était 
possible,  sans  cependant  manquer  à  la  politesse. 
Il  s'écria  :  Ah  !  Monsieur^  que  je  vous  plains 
d'être  venu  dans  un  pareil  pays  !  On  assassine 
tous  les  jours  les  étrangers;  ils  sont  volés,  assaillis 
jusque  di^&L  eux;  nos  consuls  ne  sont  plus  res- 
pectés; ils  ne  peuvent  rien;  plus  de  sécurité 
pour  nous.....  Si  cela  doit  durer  encore  long- 
tei9s,  tout  commerce  deviendra  impossible  dans 
ces  contrées.  Monsieur ,  si  j'ai  un  conseil  d'ami 


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—  i2S  — 

à  TOUS  donner ,  n'allez  pas  plus  avant ^  restez  à 
MontéTidéo;  ici,  du  moins  tous  aTee  une  porte 
pour  échapper  :  il  y  Tient  souvent  des  navires  de 
guerre,  et,  en  cas  d'émeute,  comme  cela  arrive 
à  chaque  instant,  tous  pouTCz  tous  y  réfiigier  ; 
mais  à  Buenos- Ayres  !  où  Ton  ne  peut  plus  res^ 
ter  dehors  après  le  soleil  couché  !  Vous  courez 
les  plus  grands  risques. 

-^  Je  Tais  à  Mendom,  lui  dis-}e,  et  couse- 
quemment  i}  &ut  de  toute  nécessité  que  je  me 
rende  k  Buénos-Ayres.  —  Vous  allez  à  Mtodosa^ 

Monsieur!  Mais  tous  m'effrayez à  Mendosa! 

Et  qui  donc  connaissez-TOUs  à  Mendoza  ?  —  Je 

nommai  mon  ami  Anatole  de  Ch y  -^  Hélas  ! 

Monsieur,  je  suis  bien  Ê^ché  de  tous  affliger; 

mais  TOtre  ami  de  Ch y  Tient  à^ètte  /mUlé 

par  le  farouche  Quiroga,  qui  commande  en  des* 
pote  dans  les  proTinces  de  Guyo,  et  je  puis  tous 
affirmer  qu'il  est  disposé  à  en  &ire  autant  à  tous 
les  Français  de  l'intérieur.  En  acheTant  ces  der- 
niers mots,  l'officieux  nouTelliste  pirouetta,  prit 
le  bras  d'un  Orientaliste,  et  me  laissa  liTré  à  mes 
réflexions  lesquelles,  on  doit  bien  le  penser,  n'é- 
taient pas  gaies!  Qu'allais- je  devenir  dans  un  pays 
semblable,  où  la  Tie  d'un  homme  n  étaijt  pas  plus 
considérée  que  celle   d'une   mouche  !   Certaine- 


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—  124  — 

ment  ce  monsieur,  ce  compatriote ,  me  disais-je  à 
moi-même,  ne  peut  avoir  aucun  intérêt  à  m'ef^ 
frayer,  àm'en  imposer,  et  le  conseil  qu'il  yientde 
me  donner  ne  prend  sa  source  que  dans  un  senti- 
ment d'humanité.  Mais  quelle  affreuse  nouvelle  l 
mon  malheureux  ami  victime  de  l'atroce  polir 
tique  d'un  chef  barbare!  !  Qu'aura-t-il  &it  pour 
mériter  un  sort  pareil!  U  n'est  pas  croyable  que 
l'on  fusille  un  homme  par  plaisir?  ces  peuples 
seraient  pires  que  des  Vandales,  que  des  Tar- 
tares;  ce  serait  criant ,  ils  s'attireraient  la  haine 

des  nations Que   fiiire  ?  et  de  qui  prendre 

conseil  ? 

En  cet  ijistant  une  douzaine  de  Français  en- 
trèrent dans  ]a  fonda;  im  colonel  allemand,  qui 
les  accompagnait,  me  rassura  un  peu  en  m'an- 
nonçant  positivement  que  mon  ami  AnatcJe  était 
parvenu  à  s'évader  du  cachot  où  il  était  en  effet 
retenu  pour  être  fusillé ,  et  que  sans  doute  il  de- 
vait, être  à  Santiago  du  Chili,  à  l'abri  de  toute 
atteinte   de   Quiroga  \   Quant  au  danger  que 


i  Cet  infortuné  jeune  homme  avait  donné  une  somme  de  4,000 
piastres  fortes  pour  obtenir  son  évasion  !  —  U  retomba  plus  tard  entre 
les  mains  <je  pourrais  dire  entre  les  griffes)  de  son  implacable  en- 
nemi. 


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—  435  — . 

semblaient  courir  les  étrangers  à  Buenos*  A3rres 
et  dans  Fintëiieur,  il  me  rassura  complètement, 
en  le  traitant  de  c&imérique,  et  me  Êdsant  cette 
obserration  très-sage  que  cehU  (fiù  ne  s*x>ccuspe 
que  de  ses  propres  affaires  est  rarement  inquiété 
en  quelque  ptxys  que  ce  soit.  Le  yieux  colonel 
avait  de  rexpërience,  il  serrait  la  patrie  depuis 
bien  des  années,  et  il  ayait  été  témoin  de  Tim- 
prudence  des  étrangers,  des  Français  particu- 
lièrement ,  qui  ont  souventla  manie  de  vouloir  di- 
riger les  aut^s  et  de  donner  des  conseîb  plutôt 
propres  à  attiser  le  feu  de  la  discorde  qu'à  cal- 
mer l'effervescence  des  passions  politiques. 

Je  n'hésitai  plus  ,  je  me  rendis  au  môle  ,  où 
je  trouvai  mon  préparateur  ,  qui  avait  &it 
une  libation  à  Bacchus>  sans  doute  pour  conser- 
ver quelque  dieu  tutélaire  dans  ce  pays  de  sou-- 
images  j  conune  il  l'appelait.  Nous  régagnâmes 
tous  YHermime  ;  on  leva  l'ancre ,  et  élpratico 
(  le  pilote  )  se  chargea  de  nous  conduire  à  bon 
port, 

Le  vent  nous  fîit&vorable  pendant  une  grande 
partie  de  la  nuit  ;  il  avait  soufilé  du  nord-est  avec 
force  ,  et  nous  nous  attendions  à  arriver  en  rade 
de  Buëuos-Ayres  de  bonne  heure  le  lendemain  ; 
mais  vers  le  matin  le  pUote  fit  serrer  toutes  les 


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—  lae  — 

voilés,  disposer  les  odUes^  et  tenir  les  ancres 
prêtes  à  jetm*.  A  peine  cm  dispositilms  étaient- 
elles  {HTiaes  y  qaele Pampero  (vent  de  snd-ouest) 
souilla  tont-à^coup  si  violemment  que  le  Prac- 
tico  «n  fat  déconcerté  ;  le  navire  craquait  horri- 
blement^ nous  dérivions  grand  train  ;  le  gou- 
vernail n obéissait  plus,  ou  plutôt  la  force  de 
rooragan  empêchait  le  navire  d'obéir  au  gouver- 
nail; ilnyavak  pasdetems  à  perdre;  une  ancre 
fut  jetée ,  elle  ne  tint  pas  ;  une  seconde ,  avec  la 
grosse  chaine^  obtint  un  meilleur,  résultat  :  le 
navire  resta  fixe  ^  le  nez  ou  la  guibre  au-^wnt , 
qui  soufilait  à  écorner  les  bcsufs. 

On  ne  se  figure  pas  avec  quelle  fiirie ,  quelle 
impétuosité  subite ,  appar^iH ,  souffle ,  tourbil- 
lonne et  se  déchaîne  le  Pompera  .*  Auster  et 
Zéphire  combinant  leurs  efforts  dans  l'antique 
empire  d'Eole,  toutes  les  outres  déchirées  du 
souverain  de  Lépari  laissant  échapper  à-la-£>is 
les  trente<4eux  aires  de  vent ,  sont  à  peine  capa- 
bles de  donner  une  idée  du  Pamperq  :  c'est  à-la- 
fbis  l'ouragan  des  Antilles  et  les  tourbillonfi  du 
grand  désert  de  Sahara.  Heureusement  le  Pam- 
pero  ne  se  fait  pas  toujours  sentir  dans  toute  sa 
violence,  semblable  au  Vésuve  il  laisse  le  tems 
aux  habitans  des  bords  de  la  Plata  de  réparer  les 


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—  tlT  — 

qu'il  leur  a  cauiës;  mais  ^ptfoid  laur 
séourHé ,  de  même  que  celle  des  habituais  de  la 
campagne  de  Naples^  semble  ne  plus  redou- 
ter,  ou  du  moins  oublier  le  fléau  dévastalenr  , 
c'est  alors  qu'il  appâtait  plus  fiurieux  que  jamais  : 
les  habitans  de  Buénos-Ayres  et  de  Montëyidéo 
<x)nserYent  le  souTenir  d'ouragans  terrU>les.  Jen'ai 
pas  été  témoin  d'un  Vaanpero  -  ouragan^  quoique 
le  vent  de  sud-ouest  ait  soufflé  souvent  pendant 
mon  séjour  à  Buéno&'Ayres  ;  mais  ce  que  j'ai  ob- 
servé suffit  pour  me  faire  apprécier  ses  effets  dé- 
vastateurs. J'ai  vu  souvent  s'élever  en  plein  midi 
un  nuage  opaque,  semblable  à  un  immense  rideau 
qui,  après  avoir  donné  une  couleur  livide  au  soleil, 
grandissait,  s'élargissait  subitement  sur  l'horizon, 
obscurcissait  tellement  l'atmosphère  qu*il  deve- 
nait inqpossible  de  distinguer  les  objets  les  plus 
voisins  ;  c'était  le  signal  de  la  tourmente  :  chacun 
s'empressait  de  rentrer  chez  soi ,  de  fermer  her- 
métiquement les  ouvertures  de  la  maison  ,  d'al- 
lumer de  la  chandelle ,  et  Ton  attendait  patiem 
ment  les  effets  du  ftmip^ro.  Alors  le  nuage 
crevait  ,  et  se  résolvait  bientôt  en  tourbillons  qui 
ne  laissaient ,  au  lieu  de  pluie ,  qu'une  poussière 
blanchâtre  semblable  aux  cendres  d'un  volcan. 
Les  terrasses ,  les  murailles  ,  les  rues  en  étaient 
couvertes  de  plusieurs  pouces  d'épaisseur. 


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—  «8  — 

Pour  ceux  qui  ont  pu  s'enfermer ,  il  ne  résulte 
du  Pampero  que  le  désagrément  de  faire  laver 
tout  le  linge  de  la  maison,  car  cette  poussière 
trouve  moyen  de  s'introduire,  malgré  toutes  les 
précoutions ,  mais  malheur  aux  personnes  res- 
tées dans  la  campagne ,  près  d'une  rivière 
ou  d'une  lagune ,  il  arrive  presque  toujours  qu'en 
voulant  regagner  leur  demeure ,  les  infortunés  se 
précipitent  dans  l'eau.  J'en  ai  vu  beaucoup 
d'exemples  à  Buenos- Ayres  même,  sur  la  plage 
où  toutes  les  lavandières  se  rendent  pour  laver  le 
linge.  Et  si  le  Pampero  devient  ouragan,  les  na- 
vires de  la  rade,  chasisant  bientôt  sur  leurs  an- 
cres ,  se  précipitent  les  ims  sur  les  autres  et  l'obs- 
curité empêchant  de  reconnaître  les  manœuvres, 
il  devieùt  impossible  d'échapper  au  naufrage.  Ce 
n'est  là  qu'une  fidble  esquisse  du  Pampero  -  ou 
ragan. 

Celui  dont  nous  fûmes  assaillis  n^avait  pas  ce 
caractère,  mais  il  ne  laissa  pas  que  de  causer  de 
l'inquiétude  >  parce  que  nous  nous  trouvions  dans 
le  canal  que  laissent  entre  eux  les  bancs  Ortiz  et 
Indio ,  et  si  nous  avions  chassé  sur  nos  ancres , 
nous  eussions  été  portés  sur  le  banc  Chico.  Heu- 
reusement elles  tinrent  bon  et  le  Pampero  put 
soufiler  à  son  aise  pendant  trois  jours. 


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—  129  — 

Nous  étions  précisément  en  fiice  de  la  Ense^ 
nada  de  Barragan.  Ce  lieu  est  un  port  ou  plutôt 
une  baie  profonde,  comme  le  nom  l'indique ,  à 
dix  lieues  à  l'est  de  Buénos*Ayres,  sur  la  rive 
droite  de  la  Plata  ;  c'est  là  que  se  tenaient  les  bà- 
timens  et  les  frégates  du  roi  d'Espagne,  avant 
que  Montevideo  et  Maldonado  ne  fiissent  peu- 
plés. Ce  port  est  sûr,  l'ancrage  y  est  bon.  U  est 
formé  par  le  ruisseau.de  Santiago  qui  vient  de 
l'intérieur  des  terres ,  et  le  traverse  ;  mais  Tentrée 
en  est  étroite  et  les  frégates  armées  en  guerre 
ne  peuvent  mouiller  qu'aux  environs  du  canal. 
Les  navires  qui  ont  quelques  réparations  ma- 
jeures à  faire  ou  un  chargement  de  mulets  k 
prendre ,  se  rendent  à  la  Ensenada.  On  y  trouve 
un  village  formé  de  quelques  cabanes  ou  ranchos, 
accompagnés  de  trois  ou  quatre  maisons  en  axo- 
tea  ;  il  y  a  peu  de  secours  ou  d'assistance  ma- 
nuelle à  espérer  des  homme  indolens  qui  l'habi- 
tent, mais  on  peut  être  sûr  d'y  rencontrer  l'hos- 
pitalité la  plus  cordiale  de  la  part  des  femmes. 

Le  Pampero  ayant  enfin  cessé ,  nous  nous  re- 
mimes en  route.  Le  5  mars  nous  arrivâmes  en 
grande  radç  de  Buénos-Ayres 

Dès   qu'on  annonça  les  clochers  de  Buénos- 

9 


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—  450  — 
Ayres ,  je  m'élançai  sur  le  pont;  mais  j'en  fus 
pour  ma  dëpeilse  de  i^egards  et  mes  efforts  de 
tétine  ;  mes  ner£»  opti^es  se  fetiguèrent  en  yain 
à  découvrir  la  métropole  de  la  république  Argen- 
tine, je  ne  yis  que  brouillard  à  Thorizon*  Patience  ! 
nous  la  verrais  bientôt;  c  est  que,  voyez-TOUs, 
les  marins  ont  une  yue  de  lynx,  qui  semble  de^ 
viner  la  terre,  et  9s  se  trompent  rarement.  Mais 
d'abord,  vous ,  lecteur ,  avez-vous  entendu  par- 
ler de  Buénos^Ayres ,  de  sa  gloire ,  qui  a  rempli 
le  monde  moderne  ?  Savez- vous  qu'il  existe  un 
point  sur  la  terre  appelé  Buénos-Ayres?  Il  est  pro- 
bable que  oui ,  je  n'en  doute  même  pas  ;  quoi- 
qu'il n'y  aurait  pas  plus  de  boute  à  vous  d'igno- 
rer l'existence  de  Buénos-Ayres" ,  qu'il  n'y  en  a 
pour  beaucoup  de  Portenos  *  à  croire  que  toute 
la  France  est  contenue  dans  Paris ,  ou  l'Angle- 
terre dans  Londres;  mais  en  supposant  que 
vous  ne  le  sachiez  pas  (  ce  dont  je  vous  prie  de 
ne  pas  rougir  )  je  vais  vous  dire  ce  que  c'est 
que  Buénos-Ayres  et  toute  sa  gloire. 

Buénos-Ayres  est  quelque  chose  relativement 
à  l'Amérique  du  Sud,  peu  de  chose  relativement 


I  C'est  le  nom  donné  aux  habilans  de  la  ville  de  Buénos-Ayres,  qui 
a  été  long-temps  le  seul^or/  des  provinces  de  la  Plata. 


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—  131  — 

à  toute  rétendue  du  continent  américain  ,  et  un 
point  pour  le  globe.  Cependant  ce  point  a  été 
lumineux  y  il  a  brillé  avec  éclat  ;  on  a  pu  le 
prendre  quelque  tems  pour  une  étoile  du  Sud 
tombée  à  terre,  et  ses  habitans  s'en  sont  énor- 
gueîlfis  beaucoup;  puis,  se  figurant  qu'ilsayaient 
assez  fidt  pour  étonner  le  monde  et  rendre  leur' 
gloire  étemelle,  ils  se  sont  mis  à  se  quereller  entre 
eux  pour  passer  le  tems  ;  eh  bien ,  Toicî  à  quoi 
je  compare  la  gloire  de  Buénos-Ayres  et  des 
Argentins  :  je  la  compare  à  un  feu  d'artifice 
donné  par  les  amis  de  la  liberté  et  de  la  cirilisa- 
tion ,  à  la  fin  duquel  on  a  tu  écrit  en  lettres 
brillantes  le  nom  vénérable  de  Rivadavia  ! 

Enfin  voilà  Buenos  -  Ayres  déployant  sa  ligne 
d'édifices  !  Japercois  ses  quinze  clochers  ,  les 
dômes  et  les  tourelles  de  ses  couvens ,  qui  sem- 
blent sortir  des  eaux.  Les  édifices  grandissent  ; 
je  vois  les  terrasses  de  ses  maisons  carrées  ;  la 
ville  s'étend ,  de  droite  et  de  gauche  elle  suivit 
de  plus  en  phis  ;  bientôt  efle  montre  la  forte- 
resse ;  les  petites  maisons  del  bajo ,  Falameda  , 
les  saules  de  la  Boca ,  les  pavillons  ou  les  qidntas 
du  Retira  et  de  la  Recoleta  ;  la  forêt  de  mâts  des 

navires  de  la  petite  rade Buénos-Ayres  n'a 

plus  rien  à  montrer  ;  Buénos-Ayres  est  en  place , 


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—  132  — 

sur  le  bord  de  la  côte  ;  eUe  attend  Tétranger  qui 
la  fait  vivre  pour  F  insulter  ou  le  flatter^  suivant 
sa  passion  du  moment...,. 

Halte  là  !  nous  sommes  à  quatre  lieues  de 
Buénos-Ayres  ,  en  dehors  de  la  grande  rade  ; 
nous  ne  pouvons  passer  outre  sans  la  permission 
du  Cassique.  Vous  croyez  peut-être  qu'il  s  agit 
du  chef  des  Indiens  Pampas  ?  Point  du  tout.  Le 
Cassùfue  fiit  d'abord  un  navire  marchand  que 
les  Brésiliens  armèrent  en  guerre  lors  des  derniers 
démêlés  avec  la  République  ;  ceUe-ci  ,  ou  plutôt 
(honneur  à  qui  il  appartient  )  l'amiral  Brovi^n 
s'en  empara ,  et  on  l'a  placé  là  pour  servir  de 
ponton,  de  presidio  ;  et  un  peu  aussi  pour  nar- 
guer les  Brésiliens,  qui  n'ont  pas  l'air  d'y  foire 
attention  ,  mais  qui  n'en  pensent  pas  moins.  Or, 
le  Cassique  est  chargé  de  la  police  du  port  ^  mais 
il  ne  faudrait  pas  courroucer  le  Cassique  !  car 
alors  il  serait  réduit  à  montrer  toute  son  impuis- 
sance.... Le  pauvre  Cassique  n'en  peut  mais.  U 
a  tout  au  plus  assez  de  force  pour  retenir  les 
prisonniers  d'état  qui  y  sont  envoyés  de  tem^  à 
autre  pour  être  rongés  par  la  vermine,  léguée  à 
la  marine  de  la  Patrie  par  la  marine  impériale. 

Deux  officiers  étrangers ,  au^ervice  de  la  Ré- 


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—  133  — 

publique,  vinrent  à  bord  de  VHemùme  poiH- 
visiter  les  papiers  et  reconnaître  notre  état  sani- 
taire. N'ayant,  dieu  merci  ,  rien  à  nous  repro- 
cher, il  nous  fut  donné  licencia  de  passer  en 
petite  rade- 

Je  me  réjouissais  beaucoup  de  la  vue  exté- 
rieure de  Buénos-Ayres  ;  je  m'applaudissais  de 
ma  résolution  ;  c'est  qu  efiPectivement ,  après 
avoir  touché  à  Montevideo  ^  on  doit  être  agréa- 
blement surpris  de  Faspect  de  Buénos-Ajres. 
Tout  annonce  ici  une  ville  commerçante ,  une 
métropole  digne  d'un  meilleur  sort.  La  posi- 
tion un  peu  élevée  de  cette  ville  américaine  , 
située  en  plaine ,  sur  le  bord  de  la  côte  formant 
Jalaise  ;  tous  ses  édifices  publics  se  trouvant  ré- 
partis sur  une  même  ligne  dans  toute  l'étendue 
de  la  viUe  ,  qui  a  au  moins  trois  quarts  de  lieue 
de  long  ;  le  fort ,  placé  au  milieu  ,  et  non  loin 
de  lui  un  édifice  de  construction  mauresque  , 
qui  contraste  singulièrement  avec  les  nombreux 
dômes  des  églises  et  des  couvens;  les  charrettes 
sans  nombre  stationnées  au  bas  de  la  falaise  ;  la 
multitude  de  lavandières  couvrant  la  plage  , 
chamarrant  de  blanc  la  pelouse  verte  qui  s'étend 
au  loin  vers  le  nord  ,  et  parsdt  se  terminer  par 
un  groupe  d'arbres  ;   la  fbrét  de  mâts  de  mille 


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—  154  — . 

petites  embarcations  entassées  dans  la  rivière  de 
la  Boûa  y  vers  le  sud ,  enfin  toutes  les  maisons 
riveraines  ,  disséminées  sur  la  pente  et  au  pied 
même  de  la  côte,  tout  cet  ensemble,  animé  en- 
core par  le  mouvement  de  la  petite  rade>  est  bien 
susceptible  de  faire  naître  Tidée  d  une  place  im- 
portante ,  d'ime  grande  ville. 

Néanmoins ,  une  chose  me  déplut  beaucoup^ 
ce  fot  la  nécessité  de  descendre  à  terre  dans  une 
charrette.  Il  est  bien  honteux  pour  Buenos- 
Ayres ,  pour  une  place  aussi  importante  ,  ^ur 
le  seul  port  de  la  République  Argentine  où  les 
étrangers  puissent  commercer  avec  sécurité ,  tant 
qu'à  présent,  il  est  bien  honteux,  dis-^je,  xpie  ces 
mêmes  étrangers  soient  mis,  en  arrivant,  en 
contact  direct  avec  ce  qu'il  y  a  d»  plus  grossier , 
de  plus  audacieuseïnent  impertinent  parmi  le 
peuple  de  Buénos-Ayres.  U  est  vraiment  dur 
d'être  exposé  aux  injures,  aux  épidiètes  avilis- 
santes àegringOy  de  axrcattumj  de  godo,  ou  de 
sarrazeno ,  <^ue  les  carretïUeros  (  charretier^  ac- 
compagnent de  mille  obscénités,  en  les  pnodi- 
guant  à  l'étranger  qui,  ne  sachant  pas  leur  idiome, 
fait  quelques  diJQSicultés  avant  de  se  soumettre  à 
leurs  exigeantes  prétentions.  Quoi  de  plus  ridi- 
cule, de  plus  désagréable,  de   plus  barbare  que 


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—  135  — 

cette  manière  d'arriyer  dans  une  charrette  mon- 
tée sur  deux  énormes  roues ,  de  la  dimension  de 
celles  de  nos  moulins  à  eau  j  qui  vous  cahote 
horriblement  pendant  que  le  carretiUero  vous 
écorche  les  oreilles  par  ses  chants  ou  ses  vociféra- 
tion ?. .  Un  môle  ou  une  jetée  obvieraient  à  ce  dés- 
agrément que  tous  les  étrangers  sentent  vivement. 

U  y  en  avait  un  autrefois;  mais  une  crue  ex- 
traordinaire du  fleuve  et  la  force  des  courans , 
augmentée  par  un  vent  violent,  l'ont  détruit  com- 
plètement, et  au  lieu  de  le  reconstruire,  chacun 
est  venu  en  emporter  les  pierres!... 

Il&ttut  bien  me  soumettreà  parcourirun  dem»- 
quart  de  lieue  de  plage  dans  l'ignoble  carretUla; 
je  débarquai  à  l'endroit  qu'on  appelle  encore  d 
Muelky  quoiqu'il  n'y  en  ait  plus  de  vestiges.  Ce 
mêmeendroitoùl'ondcbarque  porte  aussi  le  nom 
la  Aîameda^ ,  bien  improprement  puisqu'on  n'y 
voyait  alors  que  YOmbù  indigène.  Nous  revien- 
drons à  cette  Alcaneda  pour  y  voir  le  beau  monde 
s'y  rendant  chaque  jour  dans  les  soirées  d'été» 


1  Alameda  signifie  en  castettano  un  lieu  planté  de  àlamos  ou  peu- 
ptien  —  allée  de  peupliers. 


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CHAPITRE  VU. 


mvÈmw^Â,' 


]>ef«ripiûm  de  la  ville.  —  tei  édifiées  pnUief  el  partioulien.  —-Sa 


Si  VOUS  voulez  vous  former  une  idée  exacte  du 
plau  de  Buénos-Ayres,  prenez  plusieurs  damiers, 
réunissezrles ,  et  figurez  '«vous  que  la  ligne  sépa- 
rant chacune  des  cases  elt  une  rue;  vous  aurez 


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—  138  — 

ainsi  un  certain  nombre  de  rues,  toutes  égales 
en  longueur  et  en  largeur,  laissant  entr'elles  un 
carré  de  maisons  ou  luie  place  publique  :  ce  sera 
Buenos- Ayres. 

La  forme  de  la  ville  estim  carré,  long  de  trois 
quarts  de  lieue  et  large  d'uœ  dcmi-lieue,  divisé 
en  trois  cent  soiicante  cuadras  ou  carrés  de  mai- 
sons, laissant  entr'eux  soixante  -  une  c^Jles  '  ou 
rues  toutes  coupées  àiingles  droits.  La  Cuadra 
présente  sur  chaque  face  une  longueur  de  quatre 
cents  pieds  (cent-cinquante  Tares)  ;  seize  cuadras 
forment  xm  cuarûel  ou  quartier;  il  y  a  en  tout 
y ingt-neuf quartiers,  lesquels  composeront ,  avec 
le  tems,  quatre  cent  soixante  -  quatre  cuadras. 
Toulesle^raes  ^ÈOmespooAmt  aux  quatra  points 
cardinaux  et  sont  bordées  de  trottoirs ,  garantis  par 
des  bornes  en  bois,  placées  de  distance  en  distance. 

Comme  on  le  voit,  le  compas  et  Féquerre  ont 
présidé  à  la  répartition  des   proportions  toutes 

4  Dans  tous  les  mots  espagnols  et  portugais  Vu  se  prononce  ou. 
Unix  H  tianiek  4»  Vxprinent  mi'MptgBol  fu*ii»«eiilr8oii  et  sepro- 
noncttatJoijoMW  cgaroffl  woHiBé.— A,r^p<K|ne..de  JajQ6édificalion  de 
Buénos-Ayres,  par  D.  Juan  Garey,  le  11  juin  1680 ,  le  terrein,  divisé 
entée  les  habitans,  ne  contenait  que  cent  quarante-quatre  cuadras  qui 
nfcdlK^lluit  êëlles. 


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—  139  — 

mathëmatiques  de  Buénos-Ayres.  U  y  a  dix  places 
publiques,  dont  la  principale  se  norame  Plaza 
de  la  Victoria.  Ses  édifices  principaux  sont  :  el 
Fuerté el  CabUdo ;  quatorze  églises,  deux  hôpi- 
taux; rUniversité,  la  Salle  des  Représentans ,  le 
Tribunal  de  Conmierce ,  el  CoUseo  ;  la  Recoba , 
le  Théâta^e  provisoire,  le  VauxhaH,  el  Panfuey  le 
Cuarteî  del  Retira  {  caserne  ). 

Nous  aHons  passer  en  revue  tous  ces  édifices, 
et,  chemin  disant ,  nous  visiterons  les  étâblisse- 
mens  publics  ou  particuliers. 

Là  première  place  qu'on  rencontre  en  se  diri- 
geant de  YAlamedt$  vers  le  centre  de  la  viOe,  est 
la  place  del  28  de  Mayo  (  du  25  de  Mai  ),  ainsi 
nommée  parce  que  c'est  là  que  se  réunirent  les 
citoyens ,  qui ,  dans  ce  jour  à  jamais  célèbre  de 
Tannée  1810,  osèrent  proférer  le  cri  sacré  de  li- 
berté, en  présence  des  emblèmes  du  despotisme. 
D'un  côté  se  trouve  la  forteresse  et  de  l'autre  la 
Recoba,  qui  la  sépare  de  la  place  delà  Victoria. 

La  forteresse  ou  elFuerte  est  un  assemblage  de 
plusieurs  grands  bâtimens  entourés  d'une  épaisse 
muraille,  dominée  par  un  rempart  garni  de  ca- 
nons ,    et  protégée  par   un  fossé  qu'on  traverse 


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—  140  — 

sur  un  pont-leyis.  Toutes  les  administrations 
relevant  du  pouvoir  exécutif  s'y  trouvent  réunies; 
mais  le  gouverneur  n'y  réside  pas*  Cette  forte- 
resse, assez  respectable  y  domine  la  petite  rade  et 
le  centre  de  la  ville. 

La  Recoba  est  un  édifice  de  construction  mau- 
resque ,  formant  un  arc-de-triomphe  en  fiice  du 
fort,  et  déployant  de  chaque  côté  une  galerie 
ouverte  en  arcades ,  surmontée  d'une  terrasse  » 
entourée  d'une  balustrade  et  ornée  de  vases  vernis- 
sés d'une  assez  grande  dimension  ;  les  galeries  pa- 
vées en  marbre  dans  leur  milieu,  sont  occupées  pai* 
des  marchands  d'étoffes  et  d'habillemens  à  l'usage 
des  gens  de  la  campagne,  ce  qui  produit  un  effet 
assez  bizarre.  Â  droite  de  la  Récoba  et  à  Tangle 
de  la  calle  de  la  Paz ,  on  remarque  le  Colfseo  ou 
théâtre  qui  n'a  pas  été  achevé,  et  dont  une  partie 
se  trouve  occupée  par  un  cafetier  finançais.  Nous 
entrons  sur  la  place  de  la  Victoria  :  salut  au  Piror 
men  !  C'est  une  espèce  d'obélisque  ou  de  pyramide 
quadrangulaire,  d'une  trentaine  de  pieds  d'éléva- 
tion, posée  au  centre  de  la  place  et  entourée  d'une 
grille  de  fer  entre-coupée  de  douze  pilastres  sur- 
montés d'une  boule,  où  chaque  année  les  jeunes 
garçons  viennent ,  le  jour  anniversaire  de  l'in- 
dépendance ,  chanter  en  chœur  1  hymne  pa- 


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—  141  — 

triotique  '.  Hymne  sublime!  que  l'on  a  com- 
paré avec  raison  à  notre  Marseillaise.  Le  25  mai 
et  le  9  juillet^  cette  pyramide  et  la  place  tout  en- 
tière sont  dëcoréesd'inscriptions,  de  symboles,  de 
trophées,  de  guirlandes,  de  drapeaux,  en  mé- 
moire des  heureux  événemens  qui  ont  rendu, 
rindépendance  à  l'Amérique.  Les  édifices  publics 
et  les  maisons  particulières  sont  illuminés  avec 
des  £maux;  des  jeux  animés,  des  courses  de 
chevaux,  imitant  les  anciens  tournois  des  Sarra- 
sins ,  des  feux  d'artifice ,  des  revues ,  des  évolu- 
tions de  troupe  de  ligne  et  de  milices  à  pied  et  à 
cheval,  desfan&res,  des  symphonies  exécutées 
par  les  musiques  des  différens  régimens,  con- 
courrent  pendant  trois  jours  à  augmenter  l'ivresse 
générale  et  à  piquer  la  curiosité  des  nombreux 
étrangers  qui  affluent  sur  cette  place  de  la  Vic- 
toria autant  pour  jouir  du  coup-d'œil  de  la  fête , 
que  pour  admirer  les  gracieuses  ^or/enof  placées 
en  amphithéâtre  devant  le  Cabildo.  La  place  de 
la  Victoria  n'est  pas  seulement  destinée  à  la  célé- 
bration des  fêtes  civiques,  elle  est  parfois  le 
théâtre ,  le  forum ,  oii  l'ambition  de  quelques 
tribuns  donne  au  peuple  assemblé  le  spectacle 


I  Composé  par  don  Vincente  Lopez ,  Tiin  des  membres  les  plus  dis- 
distingués dn  pouvoir  judiciaire. 


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—  U2  ~ 

d'un  drame  effi^yant,  que  des  acteurs  frénéti- 
ques ne  rendent  qu'avec  trop  de  yérité.  Au 
moindre  signal  d'éméùte ,  on  voit  se  rassembler 
sous  le  portique  du  cabîldo  la  tourbe  déguenillée 
des  carrétiBeros ,  des  camicéros  (boucliers)  ,  des 
aguatéros  (porteurs  d'eau  )  et  des  compadritos , 
qui,  ne  demandant  que  plaie  et  bosse ,  arrivent 
là  en  foulé  potu*  attiser  le  feu.  Si  l'émeute  prend 
un  caractère  d'insurrection ,  si  la  révolution  se 
déclare ,  cette  foule  audacieuse  grossit  de  plus 
en  plus  jusqu'à  ce  que  la  police  (si  die  n'est  pas 
complice  )  ou  le  gouvernement  &sse  avancer  la 
troupe  de  ligne  ou  un  régiment  de  nègres  ;  alors 
on  voit  tous  les  séditieux  en  chmpa  Ces  sans-ùn* 
lottes  de  la  république  argentine)  se  débander 
en  tous  sens ,  cotuir  précipitamment  au  debors 
de  la  ville,  gagner  la  campagne,  oîi,  volant  tous 
les  chevaux  qu'ils  rencontrent,  ils  vont  se  réunir 
aux  Gauchos  qui  s'organisent  immédiatement  en 
montonera  (  sorte  de  guérillas  du  pays  '  )  ,  jus- 
qu'à ce  cpi'un  chef  de  parti  assez  influent  les  réu- 
nisse en  assez  grand  nombre  pour  mettre  la  ville 
en  état  de  siège.  C'est  alors  que  Buétios-Ayres  est 
réellement  dans  une  critique  position;  car  ses 

«  Qui  consiste  à  harceler  continuellement  rennenii ,  sans  jamais 
lui  livrer  bataille  rangée.  — On  appelle  ce  genre  de  combat  y  ver /a  d9 

recurso. 


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—  445  — 

habituas  se  noumssent  principalcMient  de  TÎuide, 
le  psàn  n'e^  rien  pour  eaxy  et  d'aiUenrs  il  est 
beattccmp  jdos  cher  que  k  ?tnnde;  or,  la  ea«i- 
pagne  étant  en  msurrectîon,  plus  de  -mres  pour 
ta  YiUe,  plus  de  denrées  pour  le  oanancBoe  ;  A 
fiiut  céder  porjiêerxa.  Les  GamAas  *  ou  italiitaBS 
de  la  campagne,  sont ,  à  l'égard  die  Buénofr- 
Ayres,  ce  que  sont  les  Tartaa[*es 4  f égvrd  de  la 
Chine ,  les  Bédouins  à  Tégard  d'Aiger.  Cest  un 
chef  de  Gauchos  qui  a  triomphé  dn  parti  de 
La^aUé  et  ce  sont  les  Gauchos  qui  domineront 
toujours  la  ville,  en  s'opposant  à  tmile  innoya- 
tion  utile  ou  pays,  jusqn^à  ce  qu'on  surre  régu- 
lièrement le  plan  de  RiradaTia,  lequel  consistait  à 
favoriser  assez  les  étrangers  pour  les  engager  à 
former  des  colonies  dans  la  campagne.  L'exem- 
ple de  leur  industrie ,  de  leur  moralité,  les  liens 
de  Êimille  qui  se  seraient  formés,  la  modification 
de  quelques  habitudes  encore  sauvages,  eussent 
fimdu  peu-à-peu  les  moeurs  âpres  des  Gauchos; 
ils  auraient  compris  la  civilisation  européenne  ; 
leur  caractère  chevaleresque,  insubordonné,  eût 
cédé  à  l'attrait  d'un  bien-être  qu'ils  n'ont  pas  en- 
core goûté;  lem'  éducation  politique,  dévelop- 
pant des  idées  d'un  ordre  plus    élevé,    eût  &it 

*    Prmioiirez  go&u-icho.t. 


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—  144  — 

naître  en  eux  un  amour  de  la  patrie  moins  ar- 
dent,  moins  dévorant,  mais  mieux  entendu, 
plus  constant,  plus  noble;  ils  eussent  conipris 
tjue  la  patrie ,  c'est  la  nation  tout  entière ,  et 
non  pas  seulement  le  champ  où  ils  sont  nés;  que 
la  liberté  ne  consiste  pas  à  repousser  toute  espèce 
de  frein  que  les  législateurs  prétendent  mettre  à 

leurs  passions  déréglées Mais  je  m'aperçois 

que  je  suis  plus  près  des  Pampas  que  de  la  place 
de  la  Victoria. 

La  campagne  ayant  triomphé  du  parti  de  la 
TÎUe,  celle-ci  est  inondée  en  un  instant  de  Gau- 
chos, d'Indiens  et  de  miliciens  des  &ubourgs,  qui 
la  parcoiu*ent  en  tout  sens,  la  lance,  la  carabine, 
ou  le  sabre  au  poing  en  poussant  des  hurlemens 
de  sauvages  glaçant  d'e£&*oi  l'étranger  nou- 
vellement débarqué.  Le  plus  grand  nombre  se 
rend  sur  la  place  de  la  Victoria ,  en  &ce  du  Ca- 
bildo ,  de  même  que  sur  celle  du  25  de  mai ,  en 
face  du  fort  ;  c'est  le  moment  du  dénouement; 
le  drame  prend  alros  un  caractère  tragique  ou 
burlesque ,  suivant  que  les  passions  des  actem^s 
ont  été  dirigées.  U  n'est  pas  en  vérité  de  specta- 
cle plus  étrange  que  celui-là  :  d'un  côté ,  vous 
voyez  le  corps  des  camiceros  ou  ahastécadores 
(bouchers)  ,  la  garde  d'honneur  du  tribun  vain- 


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fjueur ,  avec  leurs  jaquettes  ëcarlates ,  leurs  pan- 
talons blancs  y  leurs  chapeaux  ronds  ornés  de  la 
cocarde  bleu-ciel,  leurs  lances  et  leurs  petits  dra- 
peaux noir  et  rouge ,  of&ant  aux  regards  Fimage 
hideuse  d'une  tête  de  mort ,  avec  cette  inscrip- 
tion Fedemcion  o  miserte!  d'un  autre  côté  ,  les 
hordes  indisciplinées  d'indiens  Pampas ,  à  demi- 
nus,  aux  cheveux  épars ,  au  teint  cuivré  ,  mon- 
tant à  poil  des  chevaux  fatigués  de  leur  course 
rapide.  A  côté,  la  troupe  tumultueuse  de  Gau- 
chos ,  se  plaisant  à  faire  sonner  les  cascabeles 
(grelots)  dont  la  tête  et  le  cou  de  leurs  chevaux 
sont  ornés ,  et  à  brandiller  leurs  longues  lances 
portant  un  petit  drapeau>  ou  des  rubans  bleus  et 
rouges  ,  emblème  de  la  Fédération ,  qu'ils  atta- 
chent à  leur  bonnet ,  à  leur  chapeau  pointu ,  à 
leurs  bras,  aux  oreilles  ,  et  jusqu'à  la  queue  de 
leiu* cheval!  Par  ici,  ce  sont  les  milices  en  jaquette 
bleue ,  en  pantalon  blanc  et  les  pieds  nus ,  por- 
tant gauchement  leur  fusil  en  mauvais  état.  Et 
au  milieu  de  toute  cette  bigarrure  de  costumes  , 
où  les  couleurs  rouge ,  bleue  et  verte  dominent 
surtout,  s'aperçoit  le  régiment  des  Defensores  , 
composé  de  nègres  ,  les  seuls  qui  soient  imifor- 
mément  vêtus  et  disciplinés  ,  et  dont  la  figure 
vient  constraster  avec  celle  de  tant  de  races  dont 
on  a  peine  à  saisir  les  traits  primitifs.    Voilà  le 

10 


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—  146  — 

coup -(l'œil  qa'o£Bre  la  place  de  la  Victoria  dans 
un  jour  de  réyolution ,  et  souvent  même  dans  ma 
jour  de  fête  ;  mais  en  ce  eas«  U  y  a  moins  de  confu- 
sion; quelques  troupes  réglées  ^  en  unilbrmej  de 
vieux  vétérans ,  débris  de  Tarmée  nationale,  sont 
là  pour  rassurer  Tétranger. 

Le  CabUdo  prête  &€e  à  la  Recoha;  il  occupe  le 
côté  ouest  de  la  place.  Cest  encore  un  édiiice 
de  c(»i8truction  mauresque ,  mais  plus  simple  y 
s'étendant  sur  ime  longueiu*  de  deux  cent  cin- 
quante pieds  environ.  U  présente  deux  rangées 
d'arcades,  lune  au-dessus  de  l'autre;  celle  du 
rez-de-chaussée  forme  im  portique  où  l'on  se 
réunit  pour  causer  d'aflaires  ;  celle  du  premier 
étage  est  une  galerie  par  laquelle  oa  communi- 
que dans  plusieurs  salles  assez  vastes  ;  un  halcon 
en  fer  orne  la  devanture,  et  une  tour  carfée^ 
surmontée  d'un  petit  clocher,  occupe  le  mitieu 
de  l'édifice,  couvert  en  tuiles  rondes. 

Le  Cabildo,  qui,  sous  l'administration  espa- 
gnole ,  servait  de  municipalité,  a  joué  un  grand 
rôle  dansles  premiers  temps  del'indépendancede 
Buenos- Ayres  ;  les  citoyens  notables  ouïes  plus  in- 
lluens  s'y  assemblaientsouveutpourdélibérer.  La 
cloche  de  la  tour  donnait  le  signal,  le  peuple  ac- 


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—  147  ^ 
courait  en  foule  sur  la  place  de  la  Victoria  et,  du 
balcon   dont  je  viens  de  parler,  les  orateurs  le 
haranguaient,    soit  pour  Fexciter  au   tumulte, 
soît  pour  calmer  son  efferyescence.  C'est  dans  ce 
même  édifice  que,  le  19  mai  1810,  rassemblée 
générale  des  citoyens  de  la  ville  fiât  convoquée 
sous  le  nom  de  Cahildo  abierto  (en  permanence) 
et  que  le  dernier  des  vice-rois,  don  Bcdtazar  Hi- 
dalgo de  Cisneros  y  La-Torre^  fiit  déposé  le  25  du 
même  mois  et  remplacé  par  une  junte  de  neuf  per- 
sonnes, toutes  créoles.  Alors  commencèrent  les 
guerres  de  l'indépendance  et  la  lutte  intérieure , 
lutte  d'ambition  qui  dure  encore,  et  retarde  la 
constitution  du  pays.  On  nomma  des  chefs  du 
gouvernement;  ils  eurent  le  titre  de  directeurs , 
de  présidens,  de  gouverneurs,  mais  ils  ne  restè- 
rent pas  long-tems  en  fonctions  ;  on  en  nomma 
jusqu'à  trois  dans  un  jour  !  et  le  Cahildo  dut  in- 
tervenir souvent  et  s'emparer  de  l'autorité  pour 
étouffer  les  querelles  des  ambitieux. 

A  présent  le  Cabildo  a  changé  de  destination  ; 
il  est  le  siège  du  pouvoir  judiciaire.  Cela  ne  veut 
pas  dire  que  la  justice  y  règne!...  Tous  les  tribu- 
naux, la  cour  suprême  (la  Camara  de  Justicia) 
s'y  trouvent  réunis.  Au  rez-de-chaussée  sont  les 
notaires ,  les  huissiers,  les  écrivains  publics  et  la 


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—  148  -- 

^rîson  principale  (la  Carcel).  Les  jours  d'au- 
lience,  la  galerie ,  le  balcon,  le  portique  sont 
continuellement  encombres  de  gens  du  bas  peu[4e, 
de  la  campagne  et  de  Fintérieur  ,  attirés  par  la 
curiosité. 

Pendant  la  semaine  sainte  on  expose  sous  le 
portique  du  Cabildo  un  Christ  dans  la  position  d'un 
quadrupède,  surchargé  d'une  inunensecroix,  avec 
un  cordon  au  cou  que  les  dévotes  Tiennent  bai- 
ser en  déposant,  bien  entendu,  leurméritoire 
offrande.  Près  de  là  est  une  chaire  où  un  laïque 
prêche  la  Passion  à  sa  manière,  et  puis  au  coin 
d'une  des  inies  adjacentes,  la  populace  brûle  un 
énorme  Judas  de  la  manière  la  plus  indécente  j 
en  criant  wa  la  Fédéracion  ! 

C'est  encore  sous  ce  même  portique  du  Ca- 
bildo que  j'ai  vu,  en  1852 ,  exécuter  une  sen- 
tence des  plus  ridicules  et  des  plus  extraordi- 
naires chez  un  peuple  qui  ûiit  pars^de  de  senti- 
mens  républicains.  Il  est  vrai  de  dire  que  la  co- 
terie jésuitique,  dominant  alors  dans  le  gou- 
vernement, est  seule  responsable  devant  le  monde 
éclairé  du  sacrilège  commis  en  cette  circonstance. 
Ce  fiit  à  l'occasion  d'un  nouvel  ouvrage  dont  je 
ne  me  rappelle  plus  le  titre ,  un  ouvrage  de  prin- 
cipes, dans  le  système  républicain,  qu'un  négo- 


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—  149  — 

ciant  français  Tenait  d'introduire  avec  d'autres 
ouvrages  de  nos  meilleurs  philosophes,  tels,  que 
Voltaire  ,  Diderot,  Volney  ,  Dupuis,  Raynal  ^ 
Courrier,  etc.  Chose  incroyable!  on  saisit  tous 
les  livres,  on  emprisonna  les  introducteurs  et 
l'on  fit  rendre  une  sentence,  digne  de  l'inquisi- 
tion, par  laquelle  on  condamnait  tous  les  ouvra- 
ges saisis  à  être  brûlés  sur  la  place  publique ,  en 
face  du  Cabildo,  tandis  que  le  bourreau  (el  ver- 
dugo)  lirait  la  sentence  à  haute  et  intelligible 
voix!!... 

La  sentence  fîit  exécutée  en  présence  de  ce 
qu'il  y  avait  de  plus  éclairé  à  Buénos-Ayres ,  et 
l'on  resta  muet,  stupéfait,  sans  oser  à  peine  se 
regarder,  car  on  se  croyait  sous  le  couteau  de 
\sl  Sainte-Inquisition,...  N'était-ce  pas,  en  effet, 
im  AutO'da-fé'i  Que  fallait-il  de  plus  î  brûler  les 
auteurs!  Mais  condamner  les  oeuvres  d'un 
homme ,  opprimer  sa  pensée ,  violenter  sa  cons- 
cience, brûler  ses  écrits,  n  est-ce  pas  lui  inter- 
dire la  liberté  de  penser  ?  n'est-ce  pas  le  réduire 
à  la  condition  de  la  brute  ?  Et  dès-lors  que  lui 
importe  l'existence  pvu-ement  animale  que  vous 
lui  imposez. 

O  tourbe  de  tyrans  civils  et  sacrés,  comme  di^ 
rait    Féloquent  Volney,   oppresseurs    de  cons- 


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—  150  — 

ciences  !  quand  cesserez-vous  vos  turpitudes  ?  ne 
savez -TOUS  pas  qu'im  torrent  ne  devient  impé- 
tueux que  par  les  obstacles  qui  s'opposent  à  sa 
marche  rapide  ?..  et  ne  le  retrouvez-vous  pas, 
ce  même  torrent,  calme  et  majestueux  quand 
les  obstacles  ont  cessé  ?.....  Je  ne  conseillerais  pas 
à  M.  de  La  Mennais  d'aller  visiter  le  Cabildo. 

A  gauche  de  cet  édifice  ,  au  nord  de  la  place 
et  à  l'angle  d'une  rue ,  est  la  cathédrale ,  monu- 
ment qui  serait  remarquable  s'il  était  achevé; 
mais  depuis  le  commencement  de  la  guerre  du 
Brésil  les  travaux  de  la  façade  ont  été  interrom- 
pus. Le  péristyle  à  colonnes  formant  cette  fii- 
çade,  a  été  construit  sous  la  direction  d'un  archi- 
tecte français,  appelé  par  M.  Rivadavia,  pour 
diriger  les  travaux  qu'il  avait  projetés.  Un  dôme 
assez  vaste  surmonte  le  monument.  L'intérieur  en 
est  simple,  mais  l'autel  principal  est  remarquable 
par  la  hardiesse  de  sa  construction  et  la  légèreté 
de  ses  omemens.  Il  est  isolé  au  miUeu  de  la  nef 
et  il  a  au-dessus  de  lui  la  coupole  du  dôme.  L'of- 
fice divin  est  célébré  en  musique,  avec  orches- 
tre, en  présence  de  l'évêque  et  du  sénat  ecclé- 
siastique. 

*  Le  nom  de  sénal  du  clergé  a  leniplaré  rancieii  nom  ûcrhuytire. 


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—  151  — 

Tant  que  le  gouTememeut  de  Buënos-Ayres 
fut  uni  à  celui  du  Paraguay ,  il  n  y  eut  qu'un 
seul  éréché ,  *  dont  le  siège  était  à  TAssomption; 
mais  lorsque  la  population  augmenta ,  on  saitit 
la  nécessité  d'en  établir  deux ,  alors  le  roi  d'Es-* 
pagne  ^  Philippe  III  sollicita  du  pape  Paul  V  la 
bulle  de  fondation  de  cet  évéché ,  conoédée  en 
1620.  L'érection  se  vérifia  le  12  de  Mai  1622,  De- 
puis cette  époque  jusqu'en  1810,  il  y  a  eu  dix- 
huit  érêques.  Après  la  mort  du  dernier,  l'égUse 
futgouTemée  parle  sénat  ecclésiastique,  jusqu'en 
1831,  qu'un  nouvel  évêque  fiit  nommé.  C'est 
une  justice  à  rendre  au  clergé  américain  de  dire 
qu'il  a  marché  de  front  avec  l'indépendance  po* 
litiqueet  que  c'est  ainsi  que  le  sénat  du  clergé  de 
Buénos-Ayres,  après  s'être  élevé  pas  ses  lumières 
et  la  pureté  de  sa  morale,  s'est  acquis  une  haute 
réputation,  qu'il  parait  décidé  à  soutenir  en 
cherchant  à  se  soustraire  à  l'influence  de  la  cour 
de  Rome.  * 

Au  côté    sud  de  la   place  on  a  commencé 
une  galerie  en  arcades ,  sur  le  modèle  de  la  Re- 

1  Autorisé  par  le  Pape  Paul  III ,  en  1579. 

»  Le  Pape  actuel  ne  maii<|iia  pas  de  mettre  à  profit  l'occasion  que 
lui  offrait  radmioiitratîon  peu  éclairée  du  général  Jtostu  de  ressaisir 


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—  152  — 

coba  ;  elle  doit  être  continuée ,  ce  qui  donnera 
une  assez  belle  apparence  à  la  place  de  la  Victo- 
ria. Enfin  près  du  Cabildo  est  l'administration  cen- 
trale de  la  police  devant  laquelle  on  Toit  toujoiu^ 
bon  nombre  de  çéladores ,  gendarmes  du  pays, 
bien  éloignés  d'avoir  la  moralité  des  nôtres.  (Jus- 
tice à  qui  elle  appartient  !  ) 

Maintenant  nous  allons  prendre  notre  course 
par  la  caUe  de  la  Reconquistay  ainsi  appelée  parce 
que  c'est  dans  cette  rue  que  les  Anglais  furent 
faits  prisonniers/ lors  de  leur  dernière  tentative. 
£Ue  commence  à  la  Recoba  et  se  prolonge  au 
sud ,  jusqu'au  bord  de  la  côte  qui  domine  sur 


la  puissance  spirituèUe ,  qui  avait  échappé  à  la  cour  de  Rome  dès 
les  premiers  temps  de  la  révolution  :  il  nomma  Tévèque  proposé  par 
le  gouvernement  de  Buenos- Ayres ,  et  bientôt  on  parla  d*nn  second 
évéque  qui  devait  servir  de  suppléant  au  j[)remier.  Le  sénat  ecclésias- 
tique s'alarma  de  la  nomination  de  ces  créatures  dévouées  à  la  cour 
de  Rome  ;  il  fit  une  représentation  au  pouvoir  législatif ,  de  laquelle 
il  ressortait  que  les  anciennes  colonies  espagnoles  ayant  secoué  le 
joug  de  leur  métropole  et  juré  solennellement  de  n'appartenir  à  aucun 
pouvoir  européen ,  elles  devenaient  parjures  à  leur  serment  en  consen- 
tant à  se  placer  sous  Tinfluence  directe  de  la  cour  de  Rome.  On  prit 
cette  protestation  du  clergé  en  considération  ;  une  commission  com- 
posée des  citoyens  les  plus  éclairés  parmi  les  députés ,  le  clergé ,  les 
avocats  et  les  hommes  de  lettres ,  fut  nommée  pour  résoudre  cette 
question.  Au  moment  de  mon  départ  on  imprimait  le  dictamen  de  la 
commission  y  qu'on  m'assura  être  favorable  à  la  cavse  américaine. 


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~  1«5  — 

les  plaines  de  la  Bocoy  de  Barracasj  de  QiUlmeSf 
du  Pciso  et  de  Burgos  ;  nous  y  arriveron*  bientôt. 

Après  avoir  passe  la  première  cuadra,  nous 
trouvons  l'église  et  le  couvent  de  San-Francisco; 
féglise  est  remarquable  par  la  ricliesse  de  ses  or- 
nemens,  deux  tours  en  &ïence  peinte  et  vernis- 
sée, ainsi  qu'un  dôme  nouvdlement  restauré. 
Le  couvent  est  remarquable  aussi,  en  ce  qu'il  est 
le  seul  couvent  d'hommes  qui  ait  survécu  aux 
réformes  du  vertueux  Rivadavia ,  dont  le  zèle 
pour  l'amélioration  des  mœurs  et  les  progrès  de 
la  civilisation  n'a  été  récompensé  que  par  Yostra-^ 
cisme  indéfini  dont  il  a  été  frappé  • 

Derrière  le  couvent ,  dans  la  rue  de  la  BibUo- 
teca ,  toujoiu*s  sur  le  bord  de  la  côte,  nous  trou- 
vons l'Université ,  la  Uniçersidad!  Le  nom  de 
Rivadavia  est  empreint  partout;  il  est  inef- 
façable, il  y  brillera  toujours,  malgré  l'obscurité 
dont  on  s'efforce  de  l'entourer;  car  c'est  sous 
l'administration  éclairée  de  ce  sage  législateur 
que  l'instruction  publique  a  reçu  l'accroissement 
considérable  qu'on  remarque  à  Buenos- Ayres; 
c'est  lorsqu'il  était  ministre  de  l'intérieur ,  en 
1820,  que  l'Université  fut  fondée,  que  chaque 
district   des  campagnes  a  été  doté  d'tme  école 


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—  154  — 

primaire;  que  vin^  écoles  pareilles  furent  éta- 
blies dans  la  capitale  y  tandis  qu'un  grand  nom- 
bre de  particuliers  furent  autorisés,  ùmtés  à 
ouvrir  d^autres  écoles  pour  Finstruction  des  jeu- 
nes gens  des  deux  sexes;  qu'un  peu  plus  tard^ 
l'ancien  directeur  de  l'école  de  commerce  à  Pa- 
ns fut  engagé  à  en  fonder  une  semblable  à  Bue- 
nos^ Ayres  ;  que  plusieurs  dames  fiiançaises  fiu*ent 
appelées  pour  diriger  le  collège  des  orphelines  ; 
que  des  professeurs  distingués  furent  choisis  en 
France  et  en  Italie  ;  que  l'enseignement  de  la 
langue  firançaise  fut  compris  dans  les  études  pu- 
bliques ;  qu'on  yota  une  somme  annuelle  suffi- 
sante pour  renvoi  en  Europe  de  jeunes  gens  des* 
tinés  à  se  fortifier  dans  les  études  spéciales; 
qu'enfin  un  conseil  de  rUniyersité  fut  composé 
des  hommes  les  plus  éclairés  et  les  plus  libéraïKX) 
avec  mission  de  &Yoriser  et  de  surveiller  les  pro^ 
grès  de  l'instruction  publique!...  Malheureuse- 
ment tout  cela  n  a  eu  qu'un  commencement 
d'exécution ,  car  Rivadavia  ayant  été  forcé  de 
renoncer  au  pouvoir,  les  professeurs  qu  il  avait  dé- 
placés à  grands  fi^s,  pour  eux  et  pour  l'état,  se 
trouvant  en  butte  aux  haines  du  parti  contraire,  se 
virent  obligés  de  porter  ailleurs  les  connaissances 
et  les  lumières  destinées  à  Êiire  de  Buénos- 
Ayres  une  nouvelle  Athènes.  L'Université  vient 


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—  155  — 

d'être  organisée  sur  un  nouveau  plan ,  a^ez 
semblable  à  celui  de  notre  ancienne  Université 
de  France.  * 

A  côté  de  l'Université ,  on  a  placé  l'Ecole  nor- 
male. L'extérieur  de  ces  édifices  n'a  rien  de  re- 
mar<{uaMe  ;  mais  Tintérieur,  convenablement 
distribué,  peut  contenir  un  assez  grand  nombre 
d'élèves.  Chaque  année ,  à  des  époques  diffé- 
rentes, on  distribue,  dans  lacour  de  l'Université, 
en  présence  du  gouvemeiu* ,  desministi^es  et  des 
principales  autorités,  des  prix,  non-seulement 
aux  jeunes  gens,  mais  aussi  aux  jeunes  personnes 
des  écoles  gratuites  placées  sous  la  protection 
immédiate  d'ime  société  de  bienÊdsance ,  com- 
posée des  dames  les  jdus  notables  de  Buénos- 
Ayres ,  et  que  Tune  d'elles  préside. 

Parmi  les  écoles  particulières  on  doit  distin- 
guer celle  de  Commerce,  dirigée  par  M.  Ra&d 
Menvielle;  l'Académie  commerciale,  rue  de  Po- 
tosi;  l'Académie  Argentine,  rue  de  Mciïpù; 
l'Académie  des  Provinces- Unies  ;  le  Gymnase 
Argentin;    le   Lycée   Argentin  ,    et   l'Ecole   de 


»  Voyez  la  noie  F,  rcinlive  à  la  nouvelle  organisation  de  rUniversité 
de  BiiéïKW-Ayres  el  ain  études  qii*on  7  fait. 


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—  156  — 

jeunes  personnes  tenue  par  Madame  Du-Harme 
et  sa  tille. 


En  face  de  FUnîversité  se  trouve  THospice  des 
en&ns  trouvés,  où  un  guichet  &cile  à  ouvrir, 
permet  de  déposer ,  à  toute  heure  de  jour  ou 
dé  nuit,  le  fruit  d'une  &iblesse,  qu'une  honte 
déplacée  ne  permet  pas  d'avouer.  Les  soins  que 
l'enfant  nouveau-né  reçoit  dans  cet  hospice  ne 
laissent  aucune  crainte  à  la  mère  sur  son  sort; 
aussi  le  crime  d'in&nticide  est-il  extrêmement 
rare  a  Buenos- Ayres.  A  côté  est  une  prison,  pre- 
nant le  nom  de  Fhospice,  c'est-à-dire  delsiCuna. 

En  suivant  de  nouveau  la  rue  de  la  Récon- 
quista  nous  arrivons  à  une  autre  église ,  c'est  celle 
àeSanto-Domingo  (  St.-Dominique) ,  très  remar- 
quable en  ce  qu'elle  est  encore  criblée  des  balles 
citoyennes  envoyées  aux  Anglais  qui  s'y  étaient 
réfugiés,  et  qui  se  virent  bientôt  forcés  de  ca- 
pituler. 

Le  29  juin  1806,  les  Anglais,  au  nombre  de 
dix-huit  cents  hommes ,  commandés  par  le  géné- 
ral Berresford,  s'emparèrent  de  Buenos- Ayres  par 
surprise  et  s'installèrent  dans  le  fort.  On  s'aperçut 
bientôt  de  leur  perfidie ,  et  le  peuple  s'en  indigna  ; 


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—  i»7  — 

mais  le  peuple  était  impuissant,  iout-à-fiiit  nul, 
à  cette  époque  où  Tadresse  d'un  chasseur  abattant 
un  oiseau,  le  tenait  ébahi  ;  ou  Fastuce  des  moines, 
eneniaisantleplus  crédule  des  en&ns,  cherchait 
à  lui  persuader  que  les  Anglais,  étant  hérétiques, 
n'étaient  pas  &its  comme  les  autres  hommes  : 
Los  Ingîeses  tienen  cola  y  lo  mismo  que  un  démo- 
nio!^  disaient  les  moines  au  peuple,  et  le  peuple 
eût  bien  plus  Tolontiers  doute  de  la  puissance  de 
Dieu  que  de  la  yéracité  des  moines. .  •  Cependant, 
Toyez  quel  prestige  est  attaché  è  lliéroïsme  !  un 
étranger,  un  Français,  le  général  Liniers,  au  ser- 
vice d'Espagne ,  arrivé  sur  la  plage  de  Buénos- 
Ayres  avec  une  poignée  d'Orientalistes,  se  met  à  la 
tête  du  peuple,  le  harangue,  l'anime,  et  soudain, 
ce  peuple  apathique ,  indolent,  court  à  la  forte- 
resse, l'assiège  et  lui  Uvre  assaut  en  un.  instant. 
Les  Anglais  sont  faits  prisonniers  et  envoyés  dans 
l'intérieur,  à  Cordova.  Ceci  se  passait  le  12  août 
1806;  mais  voilà  que  le  3  juillet  de  l'année  sui- 
vante, aumoment  où  on  pensait  le  moins  aux 
Anglais  ,  ceux  ci  arrivent  avec  une  force  de 
douze  nulle  hommes ,  commandés  par  le  général 
Whitèlock ,  débarquent  à  la  Encenada,  viennent 
par  terre  à  Buenos- Ayres  et  se  mettent  en  devoir 

1  lies  anglais  ont  une  queue  tout  connue  le  diable. 


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—  158  — 

àe  traverser  la  iriUe  pour  se  rendre  à  la  forte- 
resse. Les  teins  étaient  bien  changées  t  L'exemple 
du  général  Lîniers  avait  électrisé  ce  peuple ,  ja- 
loux de  son  indépendance  ;  il  avait  formé  des 
soldats  qui ,  à  dé&ut  de  discipline,  savaient  payer 
d audace  et  de  ruse;  les  femmes  frissonnaient 
d'horreur  et  d'indignation  à  l'idée  de  se  voir  en- 
vahies par  des  hérétiques,  munis  d'un  appendice 

infernal Toutes  les  passions  susceptibles  de 

réveiller  le  patriotisme  d'iui  peuple  encore  fima- 
tique  et  superstitieux  furent  mises  en  jeu  pour  le 
pousser  jusqu'à  l*héroïsme.  On  y  réussit.  On  tira 
un  grand  parti  de  la  forme  des  maisons ,  toutes 
terminées  en  terrasses,  ainsi  que  de  la  longueur 
et  de  la  disposition  parallèle  des  rues.  Le  général 
Liniers  commandait  la  défense ,  et  on  ne  peut 
nier  qu'il  déploya  une  grande  habileté. 

Les  Anglais  avaient  près  d'une  lieue  à  parcou- 
rir au  milieu  de  toutes  ces  forteresses  ,  avant 
d'arriver  à  la  principale.  Avec  pkis  de  tact ,  de 
prévoyance  ,  ils  se  ftesent  contentés  d'assiéger 
la  viUe ,  d'occuper  la  campagne  ,  de  s'emparer 
de  quelques  édifices  élevés;  mais  ils  crurent 
fermement  qu'ils  ne  s'agirait  que  de  pousser 
un  hourra  !  pour  culbuter  tous  ces  vœnurpieds; 
erreur  fatale  ! 


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On  laissa  pénétrer  les  An^«b  ;  ils  s'avancèrent 
sur  trois  colonnes,  jusque  bien  ayant  dans  la 
ville;  les  rues  étaient  silencieuses,  etilspouyaient 
croire  que  la  consternation  les  avait  précédés ,  ou 
que  l'effî-oi  accompagnait  leui^  hourras  !  mais 
voilà  que  tout<^à-coup  les  maisons  se  couvrent  d'ha- 
bitans;  que  la  population  tout  entière  se  trouve 
sur  la  tête  des  Anglais  :  personne  ne  manquait  à 
Tappel,  femmes,  enÊuas,  vieillards^  serviteurs,  tous 
concouraient  à  l'envi  à  la  défense  du  foyer  do- 
mestique, lies  projectiles  étaient  inépuisables  : 
c'était  les  pierres  et  les  briques  de  la  maison  ;  Teau 
des  puits  qu'on  avait  Eût  bouillir  ;  les  cendres  des 
fourneaux  dont  on  aveuglait  les  Àngkis ,  tandis 
qu'au  carrefour  voisin  une  troupe  d'bommes  à 
cbeval ,  portant  un  canon  monté  sur  pivot ,.  là- 
cbaient  une  décharge  de  mitraille  sur  la  tête  de 
la  colonne ,  et  di^raissaient  avee  la  rapidité  de 
l'éclair  après  avmr  laissé  un  vide  effiujant  dans 
les  rangs  de  l'enneini.  Des  vedettes  postées  sur  les 
églises,  indiquaient  la  route  que  tenaient  les  An- 
glais ,  et  tout  aussitôt  Tartillerie  courait  à  leur 
rencontre,  et  les  mitraillait  de  nouveau  sans 
qu'ils  pussent  riposter.  Enfin  on  aura  une  idée 
suffisante  du  désastre  que  causait  aux  Anglais  ce 
genre  de  combat,  quand  on  saura  qu'en  arrivant 
à  l'église  de  SantchDomingo ,   où  Us  s'empresse- 


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—  160  — 

rent  de  se  barricader ,  leur  nombre  était  réduit  à 
douze  ou  quinze  cents  hommes  ! 

Les  habitans  de  Buénos-Ayres  rendent  toute 
^stice  au  courage  et  à  la  bravoure  des  Anglais  ; 
ils  mouraient  avec  un  ordre  ,  un  sang-fix)id,  une 
discipline  admirables.  Combien  de  fois  j'ai  en- 
tendu dire  à  des  Portenas ,  avec  une  grâce  char- 
mante ; 

«  Me  daba  IcLstùna  de  ver  cujueUos  Inghses, 
tan  rubiosj  tan  bonitos  mozos,  caer  heridoSy  y 
gritœ*  todcu^ia  hurra!  Pero  creiamos  de  buenafe 
que  eran  heregesy  que  tenian  cola!!...  » 

c(  J'étais  émue  de  pitié  à  la  vue  de  ces  Anglais^ 
si  blonds,  si  beaux  heaumes,  tombant  blessés  mor- 
tellement et  criant  encore  ^i/ra/Mais  vraiment 
nous  nous  imaginions  de  bonne  foi  qu'ils  étaient 
hérétiques  et  qu'Us  avaient  une  queue!  !..i>  Et 
êtes-vous  bien  sûre  du  contraire  ?  leur  disais-)e  ; 
a  Quien  sabe! répondaient-elles,  perOj  me  parece 
una  baibaridad.  »  Je  n'en  sais  trop  rien  !  mais 
pourtant  ça  me  paraît  bien  absurde.  » 

L  église  de  Santo-Domingo  dépendait  d'un 
couvent  de  Dominicains ,  supprimé  par  Rivada- 


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—  161  — 
TÎa.  Ce  législateur  a  tire  un  meilleur  parti  du 
couvent  en  destinant  le  bas  aux  cours  de  chimie 
et  de  physique  et  le  haut  à  un  musée  d'histoire 
naturelle.  La  fondation  de  cet  établissement  date 
de  1826,  Lie  Musée  n'est  encore  qu'un  cabinet 
de  curiosité;  mais  il  ne  laisse  cependant  pas 
que  d'of&ir  quelqu'intérèt  scientifique,  en  même 
tems  qu'il  est  un  ornement  pour  la  yille.  Il  a  été 
commencé  avec  une  assez  jolie  collection  de  mi- 
néraux, de  pièces  d'anatomie,  d'instrumens  de 
physique  et  autres  objets  achetés  en  France.  De- 
puis, il  s'est  augmenté,  par  les  soins  du  conserva- 
teur ,  *-  d'un  grand  nombre  d'animaux  du  pays 
et  de  di£Férentes  pièces  de  géologie.  On  pourrait 
faire  un  cours  complet  d'histoire  naturelle  avec 
ce  qu'il  y  a  dans  le  cabinet  :  on  y  compte  déjà 
environ  quinze  cents  échantillons  appartenant 
à  la  minéralogie  et  à  la  géologie;  plus  de 
huit  cents  appartenant  aux  principales  divisions 
du    règne  animal,    sans  comprendre  un  assez 

I  M.  CadnU  Ferreris.  H  est  resté  chargé  de  ce  cabinet  depuis  sa 
fondation  jusqu*à  présent  et  il  a  acquis  de  justes  titres  A  Teslinie  pu- 
blique par  le  zèle  qu'il  a  mis  h  la  conservation  et  h  Vaugmentation  des 
objets  tant  indigènes  qu'étrangers ,  malgré  Tabandon  dans  lequd  le 
goorernement  a  laissé  cet  établissement»  pendant  ces  dernières  années. 
Aidé  du  préparateur  que  j'avais  amené,  M.  Ferraris  a  pu  renouveler 
beaucoup  d'anûnaux ,  mal  montés  d'abord,  et  donner  un  autre  aspect 
k  ce  petitMuséum,  dont  on  pourrait  tirer  meilleur  parti. 

H 


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—  162  — 

grand  nombre  d'insectes.  Parmi  les  objets  de  cu- 
riosité on  remarque  une  cotte-de-maiUes  et  un 
énorme  sabre ,  pris  dernièrement  à  un  eassique 
indien;  dojets  qui  avaient  appartenu  à  un  des 
chefs  espagnols  de  la  conquête.  M.  Alcidie  d'Or- 
Ugn y  a  aussi  enrichi  le  Musée  de  plusieurs  objets 
fort  intéressans ,  lors  de  scm  passage  k  Buenos- 
Ayres.  Enfin ,  outre  les  instrumens  de  physique 
expérimentale  qui  sont  très-beaux  etdonton  se  ser- 
vait pendant  les  cours  qui  avaient  Ueu  deux  Ibis  la 
semaine,  on  remarque  encore  une  collection  de 
médailles  antiques  et  modernes  dont  on  avait 
d^abord  doté  la  bibliothèfjue ,  comme  elle  devait 
l'être^  mais  qu'on  a  cru  prudent  de  confier 
depuis  à  la  garde  du  conservateur  franger  du 
Muséum.. Le  pnUic  est  admis  les  mardis,  jeudis 
et  jours  de  fête  de  onze  heures^à  deux.  L'escalier 
par  lequel  on  arrive  aux  galefies  est  noté  au 
nombre  des  merveiBes  de  la  cité  argentine* 

Précisément  en  &ce  de  l'église  de  Santo-Do- 
mingo  y  toujours  dans  la  rue  de  la  Réconquirta , 
ou  voit  une  maison  de  modeste  apparence ,  avec 
quelques  petites  cages  suspendues  à  un  balcon, 
supportant  une  demi-douzaine  de  pots  à  fleur. 
Eh  bien!  que  vous  importe  cette  chétive  de- 
meure ?    Ne  vous  pressez    pas  de  rire  de  ma 


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—  165  — 
simplicité^  décomrrez-TOUs,  c'est  le  toit  d'un  il- 
lustre proscrit!.. •  Ce  sont  les  pénates  de  Rivada- 
vial  C'estdece  seuil^  à  demi-pourri^ 4]u'an  a  tu, 
l'année  dernière,  un  yieillard  yénérable,  hrùlant 
encore  d'un  ardent  amour  pour  sa  patrie,  qui 
ne  le  comprend  pas,  sortir  lentement,  s'achemi- 
ner piteusement  vers  la  piage  pour  gagner  la 
rade,  où  un  navire  étranger,  ïHemnhiej  cette 
même  Hermime  qui  m'arait  amekié,  allait  lui 
accorder  l'hospitalité  que  son  ingrate  patrie  lui 
refiisait!!! 


Après  sa  démission  yolcmtaire  ,en  juillet  1827,  M. 
Riyadayia  crut  prudent  de  s'éloigner  de  Buenos- 
Âjrres,  afin  que  saprésence  ne  fôt  point  im  obstacle 
àla  constitution  du  pays.  Personne  ne  le  contrai- 
gnit àpartir.  n  se  réfugia  en  France,  où  il  ayécu 
modestement,  en  philosophe >  comme  firent  jadis 
Anacharsis  en  Grèce ,  Solon,  Pythagc»*e  et  Platon 
en  El^rpte  ou  à  la  cour  de  Crésus;  tandis  que 
des  passions  tumultueuses,  semhlables  à  des 
orages,  exerçaient  leurs  rayages  et  altéraient  les 
charmes  de  celte  patrie ,  qui  le  méconnaissait  et 
dont  il  restait  l'amant  déyoué,  malgré  ses  torts 
et  son  orgueil.  Lorsqu'enfin  le  calme  succéda  à 
l'orage,  lorsque  les  citoyens  paraissaient  frater- 


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i 

1 

I 

I 

1 


—  164  — 

niser  sincèrement,  M.  RiTadavia  songea  à  re- 
joindre sa  Pénélope  qui,  semblable  à  Tépouse 
d'Ulysse,  soupirait  en  désespérant  de  le  revoir. 
Il  arriva  au  commencement  de  Tannée  dernière, 
incognito,  à  l'improviste,  et  alla  se  piaoer  à  son 
bureau ,  dans  son  cabinet ,  sans  que  personne  s'en 
doutât.  Jugez  de  lajoiede M"'®  Rivadavia!  decelle 
deses  amis!.. Hélas  ! cenefiit  qu'un  édairdebon- 
beur:  le  chef  de  police  se  présenta  poliment,  de 
la  part  du  gouvernement,  et  invita  M.  Rivada- 
via  à  se  rembarquer  sur-le-champ.  On  eut  assez 
de  courtoisie  pour  ne  pas  l'escorter  jusqu'au 
rivage.  * 

Si  vous  prenez  la  peine  de  descendre  d'une 
cuadre  et  demie  veiis  le  fleuve,  nous  verrons  la 
douane,  dont  les  murailles  sont  baignées  par  l'eau 
.  quand  la  marée  est  haute.  Ce  n'est  pas  pour  voir 
l'édifice  que  nous  prendrons  cette  peine,  car 
rien  n'est  plus  laid  ;  mais  c'est  pour  saluer  ce  bon 
M.  Lapàlléy  le  collecteur-général,  l'ami  de  tous 
les  négocians  étrangers  et  nationaux  *  •  L'inté- 
grité de  cet   administrateur,    son   patriotisme 

«  M.  BÎTadaYia  a  di\  se  retirer  avec  sa  famille  au  Bimcon-d^-lat- 
GallinaSf  sur  les  bords  de  FUniguay. 

*  Don  M.  J.  de  Lavallé,  collecteur-général,  est  le  père  du  colonel 
Lavùllé^  qui  a  acqub  une  si  triste  célébrité  à  Poccasion  de  la  révo- 
lution du  31  décembre  1828.  -*-(  Prononcez  Lavattié.  ) 


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^  165  — 

éclairé,  tout-à-£dt  désintéressé,  lui  ont  acquis 
restime  de  tous  les  partis  qui  ont  eu  altematiye- 
ment  le  dessus  pendant  les  troubles  qui  ont 
â>ranté  ta  fortune  et  le  crédit  de  Tétat.  Les  dïoits 
de  douane  composant  Ik  plus  grand  partie  des 
revenus  de  la  république ,  le  gouyemement  est 
bien  intéressé  à  ce  qu'ils  soient  perçus  sans 
fraude  et  k  ce  qu'ils  produisent  le  plus  possible  ; 
malgré  cela  M.  Layallé  s'est  toujours  opposé  cou- 
rageusement à  toute  mesure  vexatoire  et  à  toute 
taxe  onéreuse  aux  négocians.  C'est  ainsi  qu'il 
a  su  constamment  concilier  les  exigences  du  fisc 
ayec  la  protection  que  réclament  le  commerce  et 
l'industrie.  Je  me  fids  un  plaisir  de  rendre  cette 
justice  aux  employés  de  la  douane  de  Buénos- 
Ayres,  qu'ils  se  prêtent  de  tout  leur  pouvoir  à 
obliger  les  négocians,  et  que  les  vérifications,  les 
visites,  s'opèrent,  les  droits  se  perçoivent  sans 
qu'on  ait  à  se  plaindre  de  la  moindre  ^vexation. 
Ici  point  de  ces  mesiu^s  immorales ,  scandaleuses^ 
adoptées  et  suivies  avec  tant  de  rigueur  dans  nos 
états  civilisés  d'Europe;  je  veux  parler  de  ces 
honteux  attouchemens  qui  se  pratiquent  sur  les 
hommes,  les  femmes,  les  jeimes  personnes,  sans 
distinction,  dans  les  petits  bureaux  de  visite,  et 
qui  alarment  avec  tant  de  raison  la  pudeur,  que 
beaucoup  db  femmes  aiment  mleut  ne  pas  voya- 


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—  166  — 
ger  que  souffrir  une  tdle  profanation.  On  a  im- 
prime danièrement  un  tarif  de  la  douane,  ayec 
l'énumération  et  roplication  des  formalités  à 
remplir;  on  y  trouve  des  modèles  de  toutes  les 
déclarations  à  faire;  enfin  c'est  un  guide,  comme 
pouTaient  le  désirer  les  négocians  nouvellement 
établis.  * 

Reprenons  notre  promenade  :  si  tous  êtes  &- 
tigués,  nous  nous  assiérons  bientôt  sur  la  côte 
oii  se  termine  la  rue.  Il  &ut  encore  nous  arrêter 
SLUcuartel  de  los  Negros  (caserne  des  nègres)  réunis 
en  un  ocNrps  de  milices,  sous  le  nom  de  baioBon 
de  Defensores  de  Buénos-Ajres.  Après  les  dâiris 
de  l'armée  nationale,  réunis  en  trob  corps  sous 
le  nom  de  Chasseurs  du  Rio  de  la  Plata,  de  Garde 
Argentine  et  de  Patriciens  de  cavalerie,  formant 
la  troupe  de  ligne ,  le  corps  des  DéGsnseurs  de 
Buenos- Ayres ,  composé  de  nègres  et  de  mulâ- 
tres, est,  sans  contredit,  celui  de  milices  le  mieux 
organisé,  le  plus  discipliné  >  le  plus  nécessaire  à 
la  sûreté  de  la  ville.  Il  est  composé  de  douze 
cents  hommes,  [uresque  tous  libres  ;  la  plupart 
des  officiers  sont  pris  dans  son  sein ,  et  la  libéra- 
lité du  colonel  Don  Félix  Alzaga  vient  de  le  doter 

<  Voyez  la  note  G  rebtife  aux  droits  de  Douane  et  à  quelques 
mesures  adoptées. 


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—  167  — 

d'une  excellaite  musique,  organisée  sous  la  di- 
rection d'un  professeur  allemand. 

La  Patrie  doit  beaucoup  aux  nègres  ;  ils  ont 
jdus  contribué ,  peut-être ,  à  donner  l'indépen- 
daace  au  pays,  que  les  créoles  eux-mêmes,  sur- 
tout les  créoles  de  Buenos- Ayres ,  qui  sont  plus 
pkUores  *  que  braves^  au  dire  même  de  leurs 
compatriotes  de  Tintérieur.  Les  nègres  ont  yersé 
leur  sang  à  grand  flots,  ayec  enthousiasme^  pour 
la  cause  de  la  liberté;  témoin  Faction  du  dés€h 
guadero ,  dans  le  Haut-Pérou;  et  l'affiranchisse- 
ment  qu'on  leur  a  accordé  sur  le  territoire  de  la 
République  dès  les  premiers  tems  de  l'indépen- 
dance, n'était  que  Facquittement  d'une  dette  sa- 
crée* Les  corps  composés  de  nègres  ou  de  mu- 
lAtres  ont  toujours  fourni  la  meilleure  in&nterie 
de  la  République  Argentine;  car  autant  les  hom- 
mes de  la  campagne,  appelés  Gauchos^  sont  au- 
dacieux, intrépides,  in&tigables  à  cheyal,  autant 
ils  sont  tUs  soldats  quand  ils  sont  forcés  de  com- 
battre &  pie4«  Ce  que  j'afSrme  ici  positivement 
paraîtra  surprenant  aux  personnes  qui  n'ont  tu 
que  les  nègres  avilis  sous  le  fouet  des  Portugais 
ou  de  nos  planteurs  des  Antilles;  mais  il  £iut  que 

*■  Fanfarons.  Cette  épithète  que  les  Ârribénas  (  ceux  de  rintèrieur 
on  du  haut  pays  )  donnent  aux  Poriénos  n'est  pas  trop  mal  appliquée. 


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—  168  — 

l'on  sache ,  pour  la  honte  de  nos  colons ,  que 
dans  cette  partie  des  anciennes  possesâons  espa- 
gnoles, la  plupart  des  esclaves  y  sont  morts  sans 
avoir  reçu  un  seul  coup  de  fouet  ;  qu'on  les  a  tou- 
jours traités  avec  bonté,  qu'oç  ne  les  tourmentait 
jamais  au  travail;  qu'on  ne  leur  imposait  point  de 
tâcheau- dessus  de  leurs  forces,  etqu'enfinonneles 
abandonnait  point  dans  leur  veillesse.  Les  femmes 
de  leurs  maîtres  les  soignaient  dans  leurs  mala- 
dies ;  personne  ne  les  empêchait  de  se  marier , 
même  avec  des  Indiennes  ou  des  femmes  libres , 
pour  prociu*er  cet  avantage  à  leurs  enfens;  on 
les  habillait  aussi  bien  ou  même  mieux  que  les 
blancs  pauvres ,  et  on  leur  fournissait  une  bonne 
nourriture.  *  Aussi  les  Espagnols^  blancs  ou  mé- 
tis, n'ont-ils  jamais  eu  à  se  plaindre  de  leurs  es- 
claves, et  il  est  arrivé  souvent  que  ceux-ci  refu- 
saient la  liberté  qu'on  leiu*  offîuit,  pour  ne  Kac- 
cepter  qu'à  la  mort  de  leurs  maîtres. . . .  Gomment 
des  esclaves  traités  avec  tant  d'humanité  n'au- 
raient-ils pas  Ëdt  cause  commime  avec  leurs 
maîtres,  quand  est  venu  le  moment  de  secouer 
le  joug  oppresseur  de  la  métropole  ?  Ils  ont  couru 
aux  armes  avec  générosité,  sans  y  être  contraints 
par  la  violence,  et  ils  regardent  la  cause  amén- 

i  Voyez  Cbarievoix  et  Félix  de  Azara. 


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~  169  — 

caine  comme  la  lemr  {Ht)pre.  fai  été  témoiii  de 
lem*  enthousiasme,  de  la  joie  bruyante  qu'ils  font 
éclater  au  mot  de  Pairia;  c'est  qu'en  effet  la 
patrie  n'a  pas  été  ingrate  envers  eux;  l'unique 
différence  qu'il  y  ait^piaintenant  entre  les  nègres 
et  les  créoles-espagndls ,  la  seule  qu'un  préjugé 
trop  enraciné  établisse  encore ,  mais  qui  dispa- 
radtia  comme  tant  d'autres,  c'est  qu'ils  ne  peuvent 
occuper  d'emplois  publics.  Nous  reviendrons  sur 
ce  sujet;  passons  outre  et  hâtons^nous  d'arriver  à 
la  Bésidendoy  dernier  édifice  que  nous  ayons  à 
voir  dans  la  rue  de  la  Reconquista. 

La  Résidence  était  encore  un  couvent;  on  l'a 
converti  en  un  hôpital  pour  les  hommes.  Pen- 
dant la  guerre  du  Brésil  il  a  aussi  servi  de  fon- 
derie de  canons  et  de  boulets  ;  à  présent ,  au  lieu 
des  forges  de  Vulcain  retentissant  des  cris  de 
guerre,  on  n y  voit  plus  que  des  salles  d'infir- 
merie dont  le  fiûble  écho  répète  des  cris  de  dou- 
leur et  d'agonie.  L'église,  surmontée  d'un  dôme, 
et  les  bàtimens  dont  elle  est  entoiu*ée ,  dominent 
toute  la  ville,  ce  point  étant  le  plus  élevédelacôte. 
L'hôpital  de  la  Résidenciay  de  même  que  celui 
des  Femmes,  situé  au  centre  de  la  ville,  rue  de 
la  Esmercdda,  ne  correspondent  pas  aux  autres 
institutions  qui  ont  fait  classer  Buénos-Ayres 


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—  i70  — 
parmi  les  villes  les  plus  importantes  et  les  jdus 
civilisées  de  rAmërique.  L'organisation  inté- 
rieure des  deux  hôpitaux  exige  de  promptes 
modifications  ,  et  même  la  vie  des  infirmes  est 
incessanmient  exposée  dans  celui  de  la  Résidence 
par  la  vétusté  des  bAtimens ,  dont  unepartie  s*est 
écroulée  en  1833.  Le  gouvernement  a  bien  senti 
rUnportance  d'une  réforme  en  ce  genre;  aussi 
l'ex-ministre  Ancboréna,  le  fiu^totum  du  parti 
de  Rosas ,  a-t-il  demandé  à  l'architecte  de  la  ville 
im  plan  d'hôpital  pour  les  deux  sexes.  Le  plan  a 
été  £dt ,  on  l'a  beauooup  admiré  ;  il  a  été  placé 
comme  une  belle  image  dans  une  salle  du  Fort , 
et  l'on  a  remis  la  construction  de  l'hospice  à  une 
époque  indéterminée,  * 

Détournons  un  peu  notre  vue  de  ces  amas  de 
briques  rouges  ,  de  ces  constructions  monotones 
et  carrées,  pour  les  raporter  sur  des  scènes 
champêtres  ;   asseyons*nous  près  de  ces  longs 


*  L'aateur  de  ce  plan  est  ringénienr  architecte  de  b  rille ,  M.  Car- 
lof  Zacchi ,  Italien  de  uatiou.  Son  plan  est  rèèDement  parfait  tant  sont 
le rapportde  la distribatioa  intérîeare ,  des  détails  minntieax  des  pro- 
portions mathématiqiies,  que  de  la  lieauté  du  dessin  et  de  rarchitectore; 
il  eut  été  admiré ,  j*en  suis  conVaincu,  dans  une  académie  d'Europe  -, 
mais  je  ne  crois  pas  que  de  long  -  tems  le  souTcmement  de  Buenos- 
Ayres  soit  à  même  de  reiéciiter. 


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—  171  — 

cactus  entourant  ces  modestes  demeures,  pour 
contempler  Fimmensité  de  cette  plaine  qui 
porterait  nos  regards  jusqu'à  TOcéan  et  même 
jusqu^n  Patagonie ,  si  Thorizon  sensible  n'inter- 
posait son  rideau  vaporeux. 


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CHAPITRE  Vm. 


SmUdelaéegeripikmdelaViUe. 


Nous  sommes  à  Textrémité  sud  de  la  TÎlle  ,  à 
l'endroit  où  le  plateau  sur  lequel  eUe  est  assise 
présente  le  plus  d'élévation  au-dessus  du  fleuve 
et  des  plaines  basses  gui  se  déroulent  au  pied  , 


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—  174  — 

sans  apparence  de  fin.  La  côte  ou  petite  falaise 
qui  sert  de  talus  au  plateau  et  à  la  yille  ,  se  re- 
coiu*be  ici  pour  se  prolonger  dans  l'Ouest.  Lies 
contours  et  la  pente  en  sont  occupés  par  des 
maisons  de  plaisance  appelées  quintas ,  dont  les 
jardins  sont  ornés  d'une  yégétation  européenne  : 
on  y  reconnaît  avec  plaisir  les  arbres  firuitiers  de 
nos  yergers ,  les  légumes  de  nos  potagers  ,  om- 
bragés dans  quelques  endroits  par  de  très-beaux 
oliviers  j  ainsi  que  par  Toranger  dont  les  pom- 
mes d'or  se  distinguent  de  loin  au  milieu  des 
fleurs  purpurines  du  grenadier  ou  des  fruits  vio- 
lets du  figuier.  Et  connue  pour  augmenter  les 
contrastes,  une  végétation  tout  équatoriale  en- 
toure la  plupart  de  ces  vastes  jardins  aussi  bien 
que  les  plus  petites  propriétés  ;  ce  sont  des  aga- 
ves-pita  et  des  cactus.  Le  cierge  du  Pérou  ,  k 
hautes  tiges  anguleuses  et  à  fleurs  jaunes  et  roses , 
sert  de  haie  à  la  plupart  des  jardins  et  des  cours 
de  la  ville ,  tandis  que  dans  la  campagne  les  quin- 
tas et  les  petites  fermes  appelées  chacras  ^  sont 
closes  par  de  larges  fossés  plantés  d'agaves  aux 
feuiUes  longues,  charnues  et  piquantes.   Tous 

I  Un«  propriéCé  dont  les  tcnret  sont  en  partie  dcsiîaées  av  labow, 
en  partie  au  pâturage ,  est  appelée  chacra;  celle  qui  est  exclusirement 
consacrée  k  l'éducation  des  troupeaux ,  sans  cultures  de  terres,  est 
appelée  Miancia. 


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—  175  — 

ces  entourages  yalent  infiniment  mieux  que  des 
murailles  dans  un  pays  exposé  au  pillage  des  In- 
diens ou  des  Gauchos. 

A  notre  gauche,  on  yoit  une  jolie  maison  ap- 
pelée le  Château  par  les  Français  de  Buenos- 
Ayres;  elle  était  occupée  par  notre  ex-consul^ 
M.  Manderille,  de  déjdorable  mémoire.  On  y 
voyait  flotter,  à  plus  de  cent  pieds  d'élévation 
au-dessus  de  la  rade,  notre  pavfllon  national,  dont 
les  couleiu^  prestigieuses  étaient  encore  assez 
respectées  pour  tenir  lieu  de  la  protection  que 
M.  Mandeville  était  incapable  d'accorder  à  six 
mille  Français  dont  il  était  haï  cordialement,  et,  à 
juste  titre ,  puisque  ses  ter^versations  et  ses  com- 
mérages avaient  compromis  leur  fortune  et  leur 

vie On  a  objecté,  pour  la  défense  du  consul, 

que  si  la  France  avait  eu,  comme  l'Angleterre, 
un  traité  de  commerce  et  de  navigation,  la  con- 
duite de  son  agent  eût  été  plus  franche  et  son  in- 
tervention plus  efficace  dans  les  troubles  civils; 
cette  observation  est  judicieuse  à  beaucoup  d'é- 
gards, mais  elle  retombe  encore  à  la  charge  de 
M.  MandevUle,  car  avec  plus  d'habileté,  moins 
d'esprit  d'intrigue,  et  surtout  plus  de  désinté- 
ressement, il  eût  fait  sentir  de  longue  main  au 
gouvernement  français,  la  nécessité,  l'urgence 


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—  476  — 

d*iin  traité  de  commerce  avec  Buenos- Ayres.  Je 
reyiendrai  en  tems  opportun  sur  ce  sujet. 

Vojez-Tous  à  rextrémité  de  ces  sayanes,  de 
ces  prairies  entourées  de  saules,  de  ces  terreins 
marécageux  que  les  eaux  de  la  Plata  inondent  et 
rendent  impraticables  dans  ses  débordemens, 
cette  quantité  de  mâts  pavoises  de  pavillons  na- 
tionaux et  étrangers  )  c'est  le  petit  port  appelé  la 
Boca  dél  riachuelo  S  ou  simplement  la  Boca, 
où  se  rendent  presque  toutes  les  embarcations 
Ëdsant  la  navigation  du  Parana  et  de  l'Uruguay, 
il  s'y  &it  un  grand  mouvement  de  marchandises, 
et  pourtant  il  n'y  a  pas  d'endroit  plus  incommode 
et  d'un  accès  plus  difficile.  Un  Français,  M.  Du- 
portail ,  y  a  &it  construire  la  seule  maison  en 
briques  qu'on  y  remarque  ,  et  s'est  chargé , 
avec  l'autorisation  du  gouvernement,  de  Êdre  à 
ses  frais  une  chaussée  qui ,  s'il  réussit ,  &cilitera 
beaucoup  les  transports  et  les  communications 
avec  la  ville. 

Sur  la  droite,  toujours  au  sud,  on  voit  le  joli 
village  de  Barractts  ainsi  nommé  d'im  grand  nom- 

1  Riachuelo  est  an  nom  générique  diminnlif  qu*on  applique ,  en 
espagnol,  à  tous  les  bras  étroits  de  riTière.  Le  vrai  nom  de  celle-ci» 
est  riachuelo  de  la  Matanza,  à  cause  d^nn  grand  combat  livré  aux 
Indiens ,  sur  ses  bords ,  lequel  fui  une  véritable  boucherie. 


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—  177  ~ 
bre  d'entrepôts  ou  magasins  publics  et  particuliers 
qu'on  y  a  construits,  près  de  la  rivière  de  la 
Boca  et  le  long  de  la  belle  route  qui  le  traverse. 
Il  est  situé  dans  une  plaine  par&itement  unie , 
sablonneuse  ,  à  l'abri  des  inondations ,  et  il  est 
le  rendez- vous  du  beau  inonde  les  jours  de  fête , 
où  les  daines  viennent  s'y  promener  en  calèche 
ou  même  à  pied,  tandis  que  de  nombreux  cava- 
liers font  briller  leur  talent  équestre.  On  y  fait 
de  fréquentes  courses  de  chevaux,  dans  les- 
quelles on  parie  souvent  très-gros  jeu.  U  y  a  de  jolis 
pavillons  (quintas)  où  les  familles  riches  passent 
une  partie  de  l'été ,  et  où  l'on  est  sûr  d'être  tou- 
jours bien  accueilli,  quand  une  fois  on  aeul'entrée 
de  la  maison,  ce  qui  n'est  pas  difâcile  pour  peu 
qu'on  ait  des  manières  agréables  ,  et  qu'on  sache 
l'espagnol. 

Au-delS,  on  aperçoit,  à  distance  de  trois 
lieues ,  les  chacraset  les  monticules  du  village  de 
Quilmés  ;  Tintervalle  est  assez  agréablement  rem- 
pli par  des  plantations  de  saules,  de  pêchers 
sauvages  (^duraznales)y  et  des  habitations  cham- 
pêtres ;  mais  si  vous  voulez  pénétrer  au-delà , 
je  vous  accorde  un  rayon  d'une  dizaine  de  lieues 
au  sud  et  à  l'ouest ,  pour  voir  encore  des  figures 
humaines,  des  traces  de  civilisation  et  des  arbres 

12 


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—  178  — 

qui  vous  prêtent  leur  ombrage  ;  après  cela ,  al- 
kendez-TOus  à  ne  Toir  que  des  plaines  désertes 
jusqu'au  pied  des  Andes ,  si  vous  allez  au  Chili , 
ou  jïisqu'au  Rio-Colorado ,  si  TenTie  voua  prend 
d'aller  toiser  les  Patagons*  De  loin  en  hxa  tous 
u'aperceyrez  que  de  misérables  cabanes  tous 
apparaissant  comme  des  balises  au  milieu  d'une 
mer  semée  d'écueils  ,  et  il  y  aura  tant  de  silence 
autour  de  ces  chétives  habitations,  que  vous  reste- 
rez étonné  d'en  voir  sortir  des  visages  d'homme. 
Vous  ne  remarquerez  aucune  trace  de  culture  , 
aucun  arbfê ,  aucun  buisson  ;  mais  seulement 
des  horisans  immenses ,  mornes  et  tristes ,  animés 
par  hasard  ça  et  là  par  le  passage  d'une  autruche, 
le  galop  d'un  gcsuchoy  rassemblant  ses  troupeaux 
dispersés  par  la  sécheresse  ou  l'irruption  des  In- 
diens; vous  serez  dans  les  Pampas  ' ....  et  je  vous 
gai^antis  que  vous  presserez  les  flancs  de  votre 
coursier  poiu*  en  sortir  le  plus  vite  possible. 

«  Le  mot  Pampas^  venu  du  quichua  (  langue  «kt  Incai^  ),  «igalfte 
proprement  place,  terrein  plansy  grande  plaine;  savane,  etc.  (  Uanura 
0  lianos  «les  espagnols).  On  pourra  s*étonner  de  retrouTer  ce  mot  ap- 
ptiqvé  dans  nn  payt  tl  éloigné  de  sa  feomt»  ;  mais  on  rémaf qAera  que 
beaucoup  de  quichuas  habitent  Santiago  del  Eslero,  assez  près  des 
Pampas,  où  ils  ont  encore  conservé  un  jargon  mélangé  de  quichua  et 
d'rfspagnol.  (Al.  D'Oilî.  Voyage  dans  t'Jmèriqtiâ  mér. 

M.  Th.  Pavie  a  donné  ime  description  très^xnclc  des  Pampas e%9ÊR 
Indiens  qui  Thabîtent,  dans  la  2c  liv.  du  tome  der  de  la  JRsvtts  des  dsus 
Mondes. 


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—  179  — 

Puisque  bos  affaires  ne  nous  forcent  pas  d'y 
aller  manger  du  charque  ,  rapproclxoi|s-nous  du 
centre  de  nos  observations. 

Voici  la  Chambre  des  représentans  !  Nous 
sommes  au  carrefour  des  rues  del  Perii  et  de  la 
Biblioteca ,  à  trois  cuadres  de  la  place  de  la  Vic- 
toria. Nous  avons  devant  nous  le  plus  bel  édifice 
de  Buénos-Ayres;  il  occupe  près  d'une  cuadre, 
et  £iisait  partie  du  coUége  des  jésuites  qui  Font 
bâti  eux-mêmes  avec  l'église  y  attenant ,  dont 
l'entrée  est  à  l'angle  diamétralement  opposé  à 
celui  011  nous  sommes.  L'architectura  en  est  as- 
sez simple ,  mais  il  a  cela  de  remarquable  qu'il 
est  bâti  à  Teuropéenne ,  dans  le  style  moderne , 
avec  un  toit  incliné  ;  la  &cade  est ,  je  crois ,  toute 
en  pierres  de  taille,  et  les  fenêtres  sont  munies  de 
balcons  comme ,  du  reste ,  toutes  les  maisons  es- 
pagnoles. On  a  réuni  dans  ce  vaste  corps  de  bâ- 
timent, à  un  seul  étage  au-dessus  du  rez-de- 
chaussée  >  la  salle  des  représentans,  la  biblio- 
thèque publique,  le  tribunal  de  conunerce,  le 
département  topographique,  le  timbre ,  la  vac- 
ciue ,  et  à  côté ,  sur  le  même  plan  que  leglise  eiel 
Colegio^  le  cuartel  de  los  cwicos^  c'est-à-direlaca- 
seme  des  patriciens  d'infanterie,  composant  un  ré- 
giment de  milice  active,  etde la  milice  passive  d'in- 


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—  180  — 

fanterie  formant  un  autre  régiment.  Ces  troupes, 
espèces  de  gardes  nationales  ^  sont  fort  mal  disci- 
plinées, sans  uniforme ,  sans  tenue;  l'obligation 
rigoiu-euse  de  venir  faire  un  exercice  dont  l'uti- 
lité n'est  pas  démontrée ,  tend  à  faire  des  pares- 
seux ,  en  privant  les  établissemens  industriels  des 
bras  dont  ils  ont  le  plus  grand  besoin.  On  a  très- 
bien  démontré  au  contraire,  dans  un  petit  ou- 
vrage que  je  pense  traduire ,  les  inconvéniens  de 
cette  organisation  qui  ne  tend  à  rien  moins  qu'à 
mettre  la  fortune  dans  les  mains  des  étrangers  et 
à  dégrader  de  plus  en  plus  les  nationaux  par  les 
vices  inhérens  à  la  profession  de  soldat ,  surtout 
de  soldat  insubordonné 

La  salle  des  représentans  est  très-petite ,  mais 
convenablement  disposée.  Les  séances  sont  pu- 
bliques; ses  députés  parlent  assis ,  quoiqu'il  y  ait 
une  Iribune.  La  ville  fournit  quinze  députés,  et 
la  campagne,  divisée  en  treize  sections,  en  four- 
nit vingt-trois ,  en  tout  trente-huit  représentans, 
pour  une  population  de  cent  quatre-vingt  mille 
âmes,  y  compris  les  étrangers.  J'évalue  la  popu- 
lation de  Buénos-Ayres  à  quatre-vingt-dix  mille 
âmes ,  dont  trente  mille  étrangers  répartis  ainsi  : 
Anglais,  huit  mille;  Français,  cinq  mille;  Ita- 
liens^ six  mille;  Allemands,  trois  mille;  Espagnols 


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—  181  — 

et  Portugais  d'Europe,  quatre  mille;  le  reste 
composé  de  Nord- Américains,  de  Brésiliens^ 
d'Orientalistes,  etc.  Jestime  qu'il  y  a  quinze  mille 
étrangers  répartis  dans  la  campagne  ou  la  pro- 
vince. Ainsi ,  d'après  mon  calcul,  il  resterait  pour 
la  ville  soixante  mille  habitans  indigènes ,  et  pour 
la  campagne  soixante-quinze  mille;  or,  il  reste 
évident  qu'il  y  a  disproportion  dans  le  nombre 
des  députés  élus  par  l'une  et  l'autre.  Les  gauchos 
étant  doublement  représentés,  on  ne  sera  plus 
étonné  de  voir  ce  pays  rétrograder  dans  la  voie 
de  la  civilisation. 

La  bibliothèque  est  encore  une  de  ces  mille 
institutions  dues  aux  lumières  de  Rivadavia;  elle 
a  primitivement  été  léguée  à  la  ville  par  un  moine  ; 
mais  alors  elle  ne  renfermait  que  quelques  mil- 
liers de  bouquins  in-folio,  avec  un  assez  grand 
nombre  de  manuscrits  en  latin  et  en  espagnol , 
traitant  de  points  obscurs  de  théologie,  de  mé- 
decine, de  controverse  et  de  graves  futilités.  De- 
puis 1820  jusqu'en  1828,  elle  s'est  enrichie  suc- 
cessivement de  livres  d'histoire,  de  jurisprudence, 
de  morale,  de  sciences  exactes  et  naturelles,  de 
littérature  proprement  dite  et  d'une  grande  quan- 
tité d'albums  de  voyages  ,  de  gravui-es  en  tout 
genre,  etc.;  elle  occupe  à  présent  cinq  salles^  et 


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—  182  — 

le  nombre  de  volumes  monte  à  vingt  mille.  Les 
livres  français  y  entrent  pom*  plus  de  moitié. 
Elle  est  ouverte  au  public  tous  les  jours  non  fé- 
riés; la  facilité  d'y  lire  les  journaux  de  Buénos- 
Ayres  eu  a  fidt  un  cabinet  de  lecture  *. 

La  littérature  est  fort  négligée  à  Buénos^Âyres^ 
depuis  qu'un  gouvernement  de  coterie  jésuitique 
a  succédé  à  celui  trop  éclairé  de  Rivadavia;  ce 
n'est  cependant  pas  &ute  de  moyens  de  s'ins* 
truire,  car,  outre  la  bibliothèque  publique ,  il 
existe  encore  six  librairies  et  un  cabinet  de  lec* 
ture  dirigé  par  MM.  Duportail.  De  plus,  il  y  a 
deux  cercles  du  commerce,  la  salle  Argentine  et 
la  salle  Anglaise^  où  l'on  peut  lire  tous  les  princi- 
paux journaux  eiu*opéens  et  américains;  mais 
les  restrictions  mises  à  la  liberté  de  la  presse  par 
les  gouverneurs  con  faculdades  extraordmaria$ 
(  ce  qui  équivaut  à  une  dictature  ) ,  ont  éloigné 
du  piiys  tous  les  hommes  dont  le  génie  indépen- 
dant ne  pouvait  se  plier  à  la  servitude  de  Vinqm- 
sition  de  conscience,  imposée  par  les  Anchorena, 


<  Depuis  Bivadaria  cet  établissement  avait  élé  livré  A  Tabandon 
comme  les  autres  ;  aussi  plusieurs  manuscrits  important  à  rhistoire  de 
ce  pays  ont-ils  été  soustraits!...  J'ai  remarqué  avec  plaisir,  à  mon 
retow  du  Brésil,  qu'il  y  avait  plus  d'ordre  et  de  surveillance  de  la  part 
dc^  bibliothécaires. 


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—  185  — 

les  Mazsij  les  Medrano,  et  toute  la  coterie  qui  fit 
brûl^  naguère  nos  philosophes. 

Il  y  a  encore  six  imprimeries ,  mais  on  ne  pu- 
bliait plus  en  i 834 que  cinq  ou  six  journaux,  au 
lieu  de  dix-sept  qui  s'imprimaient  en  1826  !  Et 
sur  ce  fidUe  nombre  de  six  journaux  »  trois 
étai^it  servilement  à  la  solde  du  gouvernement 
obscur.  Outre  les  imprimeries  ordinaires ,  il  y  a 
deux  imprimeries  lithographiques  ;  la  principale 
est  celle  nommée  del  Estado  ,  dirigée  par 
MM.  Bade  et  compagnie.  Ce  bel  art  a  fait  des 
progrès  à  BuénoA-Ayres,  grâce  au  zèle  infatiga- 
ble ,  À  la  constance  admirable  de  M.  Bade  ,  de 
Genève,  ainsi  qu'à  la  protection  de  plusieurs  ci- 
toyens distingués ,  notamment  du  général  don 
Thomas  Guido ,  ministre  de  la  guerre  et  des  re- 
lations extérieures  en  1834.  Plusieurs  travaux 
ini^pcMtans  et  ibrt  intéressans  pour  le  pays  ,  ont 
été  entrepris  par  M.Bade,  entr'autres une  carte 
topographiijpie  de  la  province  de  Buenos- Ayres , 
sur  ane  tnès-grande  échelle  ,  o£Grant  le  plan  de 
toiztes  les  estancias  ;  une  ooUectioa  complète  des 
marques  des  animaux'  ;  une  carte  géographique 

1  Chaque  propriétaire  de  bestiaux,  appelé  esianciero^  est  obligé  (ravoir 
une  marque  particulière  quHl  fait  appliquer  sur  la  fesse  ou  la  cuisse  île  ses 
amflHMix  et  ie  ly|ie  eu  rette  à  la  police  oenirale,  où  Ton  en  tient  registre. 


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—  484  — 

des  provinces  unies ,  et  une  série  de  lÎTrâisons 
de  costumes,  de  coutumes  de  Buénos-Ayres ,  de 
portraits ,  etc.  y  laissant  peu  de  chose  à  désirer 
sous  le  rapport  de  l'exactitude  et  de  la  netteté 
du  dessin. 

Ayant  d'examiner  la  }K>pulation  de  la  yille , 
achevons  la  revue  rapide  des  établissemens  et  des 
institutions  susceptibles  d'ofitir  de  Tintérêt  ou  de 
piquer  la  ciu*iosité  du  voyageur. 

J  ai  dit  qu'il  ne  restait  plus  à  Buénos-Ayres 
qu'un  seul  couvent  d'hommes,  cela  est  vrai, 
mais  il  en  reste  encore  trois  de  femmies,  et,  loin 
de  songer  à  les  supprimer  pour  rendre  des  bras 
à  l'industrie ,  ou  des  élémens  de  progrès  à  la  po- 
pulation, le  gouvernement  obscur  a  ordcmné  la 
construction  d'un  nouvel  édifice,  qui  sera  appelé, 
comme  par  le  passé ,  la  Casa  de  los  santos  ejer- 
cicios  (  Maison  des  saints  exercices).  Rien  de  plus 
touchant,  de  plus  édifiant,  déplus  moral  que  les 
exercices  qui,  se  pratiquent  dans  cette  sainte 
maison  !  et  surtout  que  le  but  de  l'institution  : 
figurez- vous ,  une  femme  a  été  infidèle  à  son 
mari ,  une  jeune  personne  s'est  écartée  de  la  tu- 
telle de  sa  mère  ou  de  son  père  pour  suivre  son 
amant,  ou  même  pour  satisÊtire  publiquement 


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—  185  — 

ses  goûts  dépravés,  eh  bien  !  elles  vont  se  jeter 
dans  les  bras  des  religieuses  de  los  santos  ejerci- 
cios,  elles  pleurent,  elles  se  repentent  comme  la 
Madelaine ,  elles  font  des  aumônes  proportion- 
nées &  la  gravité  du  péché;  puis,  après  quelques 
jours  passés  dans  les  prières,  et  les  conseils  des 
jeunes  et  vigom^ux  confesseurs ,  qui  les  exhor- 
tent à  la  continence,  ces  pécheresses  rentrent 
dans  le  monde ,  chez  leur  mari  ou  leurs  parens  y 
tout  aussi  blanches  que  neige!  N'est-ce  pas 
édifiant  ?  IL  en  est  de  même  des  jeunes  libertins 
et  des  vieux  pécheurs  ;  seulement  V aumône  de 
ceux-ci  est  plus  forte.  Il  y  a  plus  d'innocence 
dans  la  vie  pleine  de  jubilation  et  de  douceurs 
des  religieuses  de  SanJuan  et  de  SantarCataUna\ 
les  unes  et  les  autres  prennent  d'excellent  cho- 
colat^ provenant  des  saisies  de  là  police  >  et  fout 
des  quêtes  lucratives  sous  le  patronnage  des 
saints  qu  elles  envoient  promener  par  les  rues  à 
d«s  jours  fixes. 

Les  lieux  de  divertissement  public  sont  en 
petit  nombre.  On  visiterait  volontiersle  Wauxhall, 
ou  Parque  ArgerUino ,  jardin  assez  bien  tenu  dans 
lequel  on  «a  construit  un  petit  théâtre  et  un  cir- 
que en  plein  air ,  mais  il  est  un  peu  trop  éloigné 
du  centrepourquons'exposeày  rester  tardlesoir. 


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—  186  — 

Pourtant  on  préfère  encore  cet  endroit  à  tout  au- 
tre, dans  l'été,  quand  il  y  a  banquet  ou  quelque 
bal  de  souscription.  Ce  fiit  dans  ce  même  local  que 
nous  donnànies  notre  repas  patriotique ,  quand 
arriva  la  nouvelle  officielle  de  la  ghrieuae  révo- 
lution de  juillet.   On  y  but  du  vin  détestable  k 

la  sœUé  de  nos  nouvelles  institutions.. 

Hélas! 

Deux  autres  jardins  se  partagent  les  pronie- 
neurs ,  celui  de  la  Esmereûday  où.  Ton  est  bien 
servi,  et  celui  du  Retiro ,  moins  frëqùenté.  Le 
Retiro  est  une  grande  place  à  l'extrémité  nord  de 
la  ville,  au  milieu  de  laqudle  on  voyait  jadis  un 
vaste  cirque  où  arène  destiné  aux  combats  de 
taureaux.  M.  Rivadavia  le  fit  démçdir,  après  avoir 
fidt  comprendre  au  peuple  que  la  barbarie  des 
Espagnols  pouvait  seule  autoriser  encore  de  pa- 
reilles récréations.  La  mesure  éprouva  peu  d'op- 
position ;  on  se  portait  avec  assez  d'empressement 
à  l'opéra,  à  la  comédie,  au  cirque-olympique, 
aux  ccmcerts  qui  avaient  remplacé  les  taureaux; 
mais  voilà  que  le  gouvernement  obscur  de  i832 
eut  rkeureuse  idée  de  rétablir  les  combats  de 
taureaux!  On  choisit  iBa/7ticii5 pour  ceJieau  spec- 
tacle :  la  première  fois  ily  eut  foule ,  à  cause  de 
la  nouveauté;  mais  peu-à-peu  les  personnes  dé- 


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-—  187  — 

centes  s'abstinrent  d'y  paraître,  et  le  t)euple  fit 
justice  de  cette  velléité  barbarescpie. 

A  présent ,  on  se  rend  tous  les  dimanches ,  à 
l'heure  de  la  retraite,  sur  la  place  del  Retiro,  pour 
entendre  la  musique  du  ûuartél^  ou  de  la  caserne^ 
laquelle  exécute  des  airs  patriotiques  et  des  sym- 
phonies avec  un  ensemble  admirable. 

Les  cafés,  assez  spacieux,  sont,  il&utrayouer, 
passablement  mal  tenus  ;  Fargenterie  n'y  brille 
pas,  et  pour  cause  !..  vous  voulez  le  savoir, 
je  parie  ?..  J  avais  pourtant  bien  envie  d'en 
faire  un  secret  ;  mais  du  moment  que  j'y  suis 
forcé ,  on  ne  s'en  prendra  pas  à  moi  de  \ affront; 
eh  bien,  la  cause,  c'est  que  ceux  qui  ne  crai- 
gnent pas  de  {p:*aisser  leur  habit  avec  les  bouts  de 
chandelle  qu'ils  emportent  régulièrement  chaque 
soir,  se  chargeraient  tout  aussi  &cilement  des 
cuillers  et  des  petits  plateaux  d'argent*  . 

Que  vous  dirais- je  du  théâtre?  Les  étrangers 
n  y  vont  guère  que  pour  voir  les  Porienas;*  mais 

I  Ce  n'est  pas  une  chnrge  faite  à  plaisir;  je  tiens  d'un  cafetier  qne 
je  potin*ais  nommer,  qu'il  fait  a|>osler  chaque  soir  les  garçons ,  pour 
empêclier  de  \oler  les  cliandcUcs. 

'  Vrononcez  porté-t/nas . 


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—  188  — 

cela  seul  mérite  bien  qu'on  aille  bailler  un  peu 
à  la  représentation  du  Joueur ,  de  la  Mort  de 
Riégo ,  du  Passage  du  pont  d'Aréole  par  Ncpo- 
léon,  ou  de  l'inévitable  sainete;  *  le  tout  joué  pi- 
toyablement par  des  acteurs  espagnols.  De  tems 
à  autre ,  il  arrive  par  bonbeur  quelques  chan- 
teurs ou  des  danseurs ,  débarquant  en  transit 
pour  le  Chili  ou  Bolivia;  ils  font  la  grâce  de 
donner  quelques  représentations  à  Yheroïco  pue- 
plo  de  Buenos- Ayres ,  et  c'est  autant  de  gagné 
sur  tes  soporifiques  comédies  de  la  troupe  séden- 
taire. La  salle ,  qui  n  est  heureusement  que  pro- 
visoire, n'est,  à  vrai  dire,  qu'une  large  galerie;  on 
ne  peut  rien  voir  de  plus  incommode,  de  plus  dis- 
gracieux ,  de  plus  mal  tenu.  Le  seul  avantage 
qu'elle  ofEre,  commun  au  surplus  à  tous  les  thé- 
âtres d'Amérique ,  est  d'avoir  des  stalles  numé- 
rotés au  parterre;  ce  qui  ta\l  qu'il  n'y  a  jamais 
de  ces  mouvemens  tuii)ulens  semblables  aux  va- 
gues de  l'Océan^  qui  font  redouter  à  un  étranger 
fashionable  de  prendre  place  au  parterre  de  nos 
théâtres.  Tout  se  passe  là  avec  la  plus  grande  dé- 
cence ;  jamais  le  sifilei  d'un  maître  d'équipage 
ou  celui  d'un  dresseur  de  chiens  ne  viennent 
offenser  de  leur  détonation  aigre  le  tympan  déli- 

3  Espèce  de  vaudeville  sans  couplet. 


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—  189  — 

cat  des  dames  ;  jamais  de  ces  yociférations  qui 
font  rougir  tous  ceux  qui  ont  la  moindre  idée  de 
la  dignité  d'un  public  assemblé ,  consentant,  sur 
la  foi  de  Turbanité ,  à  mettre  en  commun  ses 
sensations,  ses  joies,  ses  émotions  et  son  hilarité. 
U  y  a  ime  coutume  singulière  au  théâtre  de  Bue- 
nos-Ayres^  choquante  au  premier  abord,  mais  à 
laquelle  on  s'accoutume  bientôt  jusqu'au  point 
de  la  trouver  raisonnable.  Toutes  les  femmes, 
non  accompagnées  de  cayaliers,  ou  même  celles 
qui  ne  veulent  pas  louer  de  loges  vont  se  placer 
en  amphithéâtre  aux  secondes  galeries,  où  il  est 
expressément  défendu  aux  hommes  de  se  pré- 
senter ;  elles  sont  ainsi  à  Tabri  de  toute  insidte  ; 
et  la  variété  de  leurs  costumes,  la  coquetterie  de 
leur  jeu  d'éventail,  produisent  un  coup-d'œîl  pi- 
quant, fortagréable  à  voir  des  stalles  du  parterre. 

Les  loges,  toutes  découvertes,  excepté  celle  du 
gouverneur,  remplissent  entièrement  les  premiè- 
res galeries.  Les  chaises  dont  elles  sont  pourvues, 
de  même  que  les  secondes  galeries,  sont  occupées 
le  plus  souvent  par  de  très-belles  fenunes;  de  ces 
beautés  sévères,  par&ites,  régulières,  rappelant 
l'Andalousie,  la  Grèce  ou  l'Italie.  En  voyant  ces 
magnifiques  bustes  vous  présenter  à  l'analyse  des 
épaules  d'ivoire,  des  cheveux  d'ébène ,  des  pau- 


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—  190  — 
pières  garnies  d^  Longs  cîls,  {»x)tëgeaiit  un  œil 
langoureux,  dont  rabattement  semble  combattre 
la  yiyacité ,  on  pourrait  redouter,  au  premier 
abord,  ime  fixôdeur  sèchement  polie;  mais  dès 
que  vous  parvenez,  par  votre  amabilité,  vos  sail- 
Ues,  à  leur  fiure  abandonnerle  ton  cérémonieux, 
Tair  théâtral  iju'elles  affectent  en  public,  vous  les 
voyez  se  livrer  à  im  abandon  plein  de  cordialité, 
d'aisance  et  de  fi'anchise.  Leur  conversation  s'a- 
nime^ le  jeu  vif  et  gracieux  de  l'éventail  accom- 
pagne les  réticences  malignes  qu'elles  introdui- 
sent à  dessein;  les  propos  séduisans,  les  reparties 
fines,  inattendues,  vous  déconcertent  souvent, 
en  augmentant  le  triomphe  qu'elles  se  flattent 
bien  d'obtenir.  L'expression  belles  est  propre- 
ment celle  qui  convient  aux  Portenas,  car  elles 
patient  moins  aux  sens  qu'à  l'ame;  leurs  mou- 
vemens  sont  voluptiieux  sans  manquer  de  la 
dignité  qu'elles  s'efforcent  de  conserver,  dès 
qu'elless'aperçoivent  qu'elles  sontobservces.  Rien 
d'imposant  comme  l'attitude  d'une  Portena  en 
public  !  Rien  ne  prête  plus  à  cet  air  qui  imprime 
d'abord  le  respect  et  subjugue  ensuite  malgré 
soi ,  que  la  manière  dont  elles  ornent  leur  tête, 
dont  elles  la  portent,  en  accompagnant  chacun 
de  ses  mouvemens  d'un  geste  de  bras  si  moelieux, 
si  naturel,  d'un  tour  de  main  si  leste,  si  souvent 


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—  191  — 

repété ,  mais  si  imperceptible  qu^on  a  peine  à 
comprendre  le  jen  rapide  de  rérentail ,  s*ouTrant 
et  se  refermant  sans  cesse!  EBes  ont  tout  nn  édi- 
fice de  cheyelnre  sur  la  tête,  et  il  £int  bien  qu'il 
en  soit  ainsi  pom*  accompagner  des  peignes  dé- 
coupés ou  pleins  (peinetones)  dont  la  dimension 
est  arrÎTée,  en  1834,  jusqu'à  im  mètre  et  un  dé- 
cimètrede largeur!  (cincocuartM.)  Toutes  n*ont 
pas  une  cheyelnre  natureUe,  comme  on  doit  bien 
le  penser,  mais  toutes,  depuis  la  plus  paurre  jus- 
qu'à la  plus  opulente,  ont  le  même  art  de  natter, 
de  tresser,  de  lisser  leurs  cbereuxnoirs,  châtains, 
ou  blonds  et  de  les  entremêler  de  fleurs  natu- 
relles ou  &usses.  De  belles  épaules,  des  lignes  ar- 
rondies, des  contours  voluptueux ,  que  font  res- 
sortir de  jolies  schalls  de  Lyon  ou  de  magnifiques 
voiles  de  tulle  blanc  ou  noir,  sont  enchâssés  dans 
un  corsage  parisien  !  Fénélon  eût  rougi  de  la  pein- 
ture de  sa  Calypso  en  voyant  une  Portena ,  et  le 
Tasse,  usant  de  la  magie  de  ses  évocations ,  eût 
humilié  Armide  en  ofiBrant  à  Renaud  une  de  ces 
Hechiceras  \ 

La  population  de  Buénos-Ayres  est  tvès-heté- 
rogène  :  il  faut,  pour  s'en  former  une  idée  appro- 

1  EndMnieresses;  prononcez  ctchi-ccras. 


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—  192  — 

chant  de  la  vérité,  mettre  à  part  les  étranger-sde 
différentes  nations  européennes,  dont  la  réparti- 
tion du  nombre ,  &ite  plus  haut ,  n'est  pas  aussi 
arbitraire  qu'on  pourrait  le  croire.  Alors  il  res- 
tera ce  qu'on  doit  appeler  maintenant  les  indigè- 
nes y  parce  que ,  par  le  &it  de  leur  émancipation, 
les  anciens  colons  de  l'Espagne  sont  devenus  amé- 
ricains.  Quant  aux  Indiens  vivant  encore  in- 
dépendans  ou  mélangés  à  la  population  des  Ar- 
gentins, ils  doivent  être,    suivant  moi,  désignés 
sous  le  nom  à^ aborigènes.  Ceci  posé ,   pour  bien 
s'entendre ,  nous  diviserons  les  indigènes  ou  Ar- 
gentins en  deux  classes,  les  blancs,  et  les  hommes 
de  couleur,  Parfiii  ces  derniers  on  distingue  les 
Nègres  de  pur  sang,   venus  d'Afrique ,  et  alliés 
entr'eux  dans  leur  nouvelle  patrie  ;  les  mulâtres  et 
pardosy  provenant  de  l'union  d'un  Africain  avec 
un  blanc  ou  un  Indien,  et  les  me'lis  provenant 
du  mélange  d'un  Indien  avec  un  blanc  ou  vice- 
versa.  Gomme  l'observe  Azara,  ces  noms  de  rmd- 
lâtres  et  de  métis  ne  font  pas  allusion  à  la  cou- 
leur, comme  on  pourrait  le  croire ,  maïs  seule- 
ment à  la  nature  des  races  mélan^fées. 


o 


Les  blancs  sont  d'origine  européenne.  Tant 
qu'ils  se  sont  alliés  entre  eux,  comme  les  nègres, 
leur  sang  est  resté  pur  et  il  semble  même  que 


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—  495  — 

leur  peau  ait  acquis  plus  de  blancheur ,  plus  de 
délicatesse;  que  leur  teint  soit  plus  fin   quen 
Europe  ;  mais  il  y  a  eu  des  alliances  entre  blancs 
et  métis,  entre  métis  et  mulâtres,  d'où  il  est  ré- 
sulté des  variétés  innombrables  de  teintes  diffé- 
rentes dans  la  couleur,  quele  blanc  finit  toujours 
par  dominer  quand  il  n'y  a  pas  de  sedto-citras , 
c'est-à-dire  de  mélange  rétrograde.  Il  serait  bien 
difficile  de  suivre  dans  leurs  divisions  les  combi- 
naisons dont  chaque  mulâtre  ou  chaque  métis 
est  le  résultat.  Il  suffira  de  savoir  que  les  uns 
s'améliorent  par  le  mélange  et  que  l'espèce  euro- 
péenne l'emporte  à  la  longue   sur  l'américaine, 
n  est  de  fût  que  les  métis  paraissent  avoir  quel- 
que supériorité  sur  les  Espagnols  d'Europe,  par. 
leur  taille,  l'élégance  de  leurs  formes,  et  même 
par  la  blancheur  de  leur  peau.  U  en  est  de  même 
des   mulâtres,  au  premier  degré ,  dont  l'intelli- 
gence est  supérieure  non  seulement  aux  nègres^ 
mais  même  aux  creb/e^  blancs. 

Les  métis  vivent  plus  particulièrement  dissé-^ 
minés  dans  la  campagne  ;  ils  forment  en  grande 
partie  cette  portion  de  la  population  appelée 
gauchos;  les  nègres,  mulâtres  et  pardos,  servent 
aussi  dans  la  campagne  de  pâtres,  de  journaliers 
(peones)  ou  de  domestiques,  mais  ils  sont  en  plus 

13 


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—  194  — 

grand  nombre  dans  la  ville;  àBuéno&-Ayres  sur- 
tout, où  ils  exercent  la  plupart  des  luts,  des 
métiers  y  des  profiessîons  pénibles,  soit  comme 
ouvriers  ;  soit  comme  maîtres,  et  où  ils  sont  tous 
enrégimentés  pour  la  défense  du  pays. 

D'anciens  préjugés»  sanctionnés  par  les  prêtres^ 
qui  devraient  au  contraire  s'efforcer  de  les  dé- 
truire, font  encore  des  Uancs  les  seigneurs  du 
pays.  Les  espagnols  de  toutes  ces  ccmtrées  se  sont 
toujours  crus  d'mie  classe  très- supérieure  à  cdle 
des  indiens ,  des  nègres  et  des  gens  de  couleur 
en  général,  quoiqu'il  ait  toujours  régné  entre 
ces  mêmes  espagnols,  même  avant  leur  émanci- 
pation ,  la  plus  par&ite  égalité ,  sans  distinction 
dé  nobles  ni  de  plébéiens;  on  n'a  connu  parmi 
eux  ni  fie&,  ni  substitutions,  ni  majorats;  la  seule 
distinction  qui  existât,  purement  pers<mnelle, 
n  était  due  qu'à  l'exercice  des  fonctions  publique» 
au  plus  ou  moins  de  fortune,  ou  bien  à  la  réci- 
tation de  talens  ou  de  vertus  \  Mais  ce  même 
principe  d'égalité  fit  que^  dans  les  villes,  aucun 
blanc  n'en  voulut  servir  un  autre ,  et  que  le  vice- 
roi,  lui-même,  ne  pouvait  trouver  un  cocher  ou 
un    laquais  espagnol,    voilà  pourquoi  tout  le 

i  Voyez  l^ê^mfX^HULpkU.^s,  vui>  Àsara^  tome  2. 


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—  198  — 

nKOnde  se  serrit  de  nègres,  de  gens  de  couleur 
ou  d'Indiens  et  qu'à  présent  encore,  quoique 
la  pairie  ait  proclamé  Tabolitiou  de  Tesclavage  et 
reconnu  l'égalité  parfaite ,  devant  la  loi ,  des 
hommes  de  couleur  de  quelque  origine  qu'ils 
soient,  on  voit  les  maisons  de  blancs  y  riches  ou 
pauvres,  encombrées  de  criados  ou  domestiques, 
qui  évitent  aux  femmes  jusqu'à  l'embarras  d'éle- 
ver leurs  en&ns!  Aussi  les  blancs,  hommes  et 
femmes ,  habitués  à  ne  rien  faire  et  ne  songeant 
qu'à  leurs  plaisirs,  s'épargnent  souvent  jusqu'à 
la  &tigue  de  la  méditation  !  De  même  que  leur 
féconde  terre  donne  des  finits  sans  culture ,  à 
l'aide  de  la  fiiveur  du  ciel,  de  même  ces  heureux 
habitans ,  semblables  aux  Italiens ,  si  bien  peints 
par  Madame  de  Staël ,  se  flattent  de  tout  savoir, 
de  tout  devenir  par  l'imagination.  Delà  cette 
apathie  qu'on  remarque  chez  eux ,  cette  espèce 
d'aversion  pour  toute  lecture  sérieuse  et  ces  obs- 
tacles insurmontables  à  la  constitution  du  pays , 
conséquence  inévitable  du  peu  de  progrès  des. 
sciences  politiques. 


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CHAPITRE  IX« 


BUiVOS-A' 


VolÎM*  — 


La  police  était  assez  bien  faite  à  l'époque  ou 
j'arrivai  à  Buénos-Ayres  ;  seulement  le  gouver- 
nement obscur  avait  ordonné  quelques  mesures 
plus  vexatoires  pour  les  étrangers,  qu'utiles  aux 


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—  498  — 

habitans  et  à  la  sûreté  de  la  ville.  Par  exemple, 
vous  vous  figurez  qu  en  débarquant  à  TAlameda 
vous  pouvez  aller  directement  chez  vous,  chez 
vos  amis  ou  à  la  fonda  et  dormir  sur  les  deux 
oreilles?  Pas  du  tout!  Apprenez  que  la  liberté 
n  exclut  pas  les  j^cautions,  bonnes  ou  mauvai- 
ses. Il  faut  aller  i<>  à  la  Comandancia  de  Marina 
faire  viser  votre  passeport;  3<^  à  la  casa  central  de 
PoUciay  échanger  ce  même  passeport  pour  une 
pcpeleta;  3<>chezle  consul  de  votre  nation,  pour 
qu'il  vous  enregistre  et  vous  vende  une  autre 
papeleta  ou  sauf-conduit;  4*»  chez  V alcade  ou 
maire  du  quartier  que  vous  aurez  choisi,  pour 
donner  votre  adresse  on  celle  de  vos  hôtes; 
5^^  chez  le  commissaire  de  la  section ,  pour  le 
saluer  uniquement.  Ouf!...  dé&ites  votre  habit, 
mettez-vous  à  votre  aise,  cso"  vous  devez  être 
bien  &tigué  !  En  admettant  que  vous  ayez  trouvé 
chez  eux  tous  ces  fonctionnaires,  vous  aurez  fiut 
au  moins  deux  Ueues.  Et  si  l'heure  de  la  siesta 
vous  surprend  en  route,  adios!  vous  courez 
grand  risque  de  payer,  vous  et  votre  hôte,  cin- 
quante piastres  d'amende...  Oui,  sans  le  vouloir 
vous  exposez  votre  hôte  à  aller  couclys^  en  prison 
s'il  n'a  pas  cinquante  piastres  à  jKmrnir  à  la  po- 
lice! Voilà  un  des  chefs-d'œuvre  du  gouverne- 
ment obscur. 


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—  199  — 

.  L  administration  de  la  police  forme  un  dépar- 
tement relevant  du  ministère  de  l'intërieiu*^  mais 
cependant  exerçant  une  juridiction  assez  indé- 
pendante* C'est  im  poste  très-important  pour  le 
pays,  n  y  a  un  chef  ou  juge  de  police,  principal, 
résidant  à  la  maison  centrale^  située  comme  nous 
lavons  TU  à  côté  du  Cabildo.  Sa  surveillance 
s'étend  sur  les  autres  commissaires  subalternes 
de  la  ville  et  de  la  campagne.  Les  vingt-neuf 
quartiers  de  la  ville  de  Buénoa-Ajrres  forment 
quatre  sections,  sturveiUées  chacune,  par  un 
commissaire  sédentaire;  il  y  a  en  outre,  cinq 
autres  commissaires  pour  l'inspection  des  mar- 
chés, et  des  espèces  d'appariteurs  ayant  pour 
auxiliaires  des  céladores  sorte  d'alguazils,  de 
gendarmes ,  ou  de  garde-municipaux  à  cheval , 
sans  uniforme  et  portant  simplement  un  sabre  de 
cavalerie.  Ces  cûadores  sont  aussi  aux  ordres  des 
juges-de-paix,  des  alcades  de  hcarrio  ou  de  quar- 
tier. Chaque  soiv  un  certain  nombre  de  citoyens 
indigènes  ou  étrangers  était  forcé  de  &ire  la  pa- 
trouille dans  son  quartier^  ceux  qui,  comme 
moi  n'étaient  pas  empressés  d'aller  se  &ire  appe- 
ler gringo  ou  carcaman^  payaient  quatre  piastres 
papier  p^*  mois  à  Falcadc,  qui  se  chargeait,  hien 
volontiers,  de  fournir  le  remplaçant.  Notre  hono- 
rable consul ,  M.   Mandeville^  n  a  pas  su  nous 


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—  200  — 

afTranchir  de  cette  imposition  injuste.  Depuis , 
l'immoralité  bien  avérée ,  des  céladores ,  a  Êdt 
adopter  Fusage  anglais  des  ivatch^nen  ou  stfré- 
nos,  hommes  chargés  de  parcourir  continuelle- 
ment le  quartier  où  ils  sont  apostés,  munis  d'une 
lanterne  et  d'ime  lance,  en  indiquant  à  haute 
voix  l'heure  et  l'état  de  l'atmosphère.  De  plus  on 
a  organisé  un  noureau  corps  de  céladores  avec 
un  uniforme.  Il  est  juste  de  dire  que  le  gouver- 
nement obscur  n'a  aucune  part  dans  ces  amélio- 
rations de  police  intérieure  et  qu'on  a  profité 
d'un  intermède  pour  les  adopter. 

Le  gouvernement  de  Buénos-Ayres,  de  même 
que  celui  de  la  soi-disant  Union  y  est  Représen- 
tât^ Républicain.  Ainsi  que  cehiî  de  la  Banda- 
Oriental  il  est  composé  des  trois  pouvoirs  combi- 
nés ;  le  législatif,  l'exécutif  et  le  judiciaire;  mais 
de  ces  trois  corps ^  l'exécutif  seul  doit  être  consi- 
déré en  ce  moment  comme  un  poupoir.  Il  n  y  a 
pas  ici  de  sénateurs  comme  à  Montevideo;  l'ap- 
parence et  la  forme  sont  plus  démocftitiques;  mais 
par  le  feit  de  l'influence  du  parti  jésuitique,  au- 
quel j'ai  déjà  fait  allusion ,  ce  gouvernement  est 
réellement  oligarchique  avec  tendance  à  la  Dic- 
tature,  Pour  bien  comprendre  sa  situation,  il 


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—  801  — 

faut  reprendre  d  un  peu  haut  les  ëTénemens  qui 
ont  amené  ce  résultat. 

On  sait  déjà  que  les  provinces  du  Rio  de  la 
Plata  relevèrent  d'abord  du  Paraguay  *.  Dès  l'an- 
nëe  4620  on  en  forma  deux  gouvememens  sé- 
parés, et  Buénos-Ayres  qui  jusques  là  avait  été 
gouvernée  par  les  lieutenans  des  Atiehmtiuios,  eut 
ses  gouverneurs  particuliers.  En  1776  on  y  établit 
unvice-roi,  en  y  rétablissant  en  même  tems  Tau- 
dience  royale,  composée  d'un  régent,  de  cinq  au- 
diteurs et  de  deux  commissaires  du  gouverne- 
ment. Cette  audience  avait  été  fondée  eu  1665  et 
supprimée  en  1672.  Il  y  avait  en  outre  un  commis- 
saire de  IsiSainteJfUfuisition.  Le  Haut-Pérou  (à  pre- 
ssait Bolivia)  fit  partie  de  cette  vice-rôyauté  et  le 
Paraguay,  à  son  tour,  en  dépendit  directement  jus- 
qu'en 1810  que  l'indépendance  fut  proclamée  et 
que  le  Paraguay  refusa  d'entrer  dans  la  ligue  des 
provinces,  pour  fonuer  im  état  séparé.  L'ancienne 
vice-royauté  de  Buénos-Ayres  prit  dès-lors  le  nom 
de  Proi^inces  imiesduRio  de  la  Plataou  de  \  Amé- 
rique méridionale .  Des  dissensions  intérieures  bou- 
leversèrent souvent  la  nouvelle  république  ;  dès 
l'origine  elle  fut  divisép  en  deux  partis  dont  l'a- 

I  Et  non  pas  du  Pérou,  comme  plusieurs  Tont  avancé. 


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nhnosité  et  rachâinement  n'oDt  fait  que  s'ac- 
croître jusqu'à  pi'ësent  ;  c'est  la  lutte  des  lumiè- 
res contre  l'ignorance  et  rambition  démagogique 
des  chefs  de  Gauchos.  Les  hommes  qui  avaient 
versé  leur  sang  à  grands  flots  pour  l'indépen- 
dance du  pays  ;  ceux  dont  les  lumières  et  les 
études  spéciales  avaient  contribué  à  la  première 
organiiation  politique,  pensèrent,  avec  raison, 
avoir  des  droits  au  gouvernement  de  la  patrie 
dont  ils  voulaient  fidre  une  grande  nation.  Pour 
y  parvenir  il  était  nécessaire  de  reumr  toutes  les 
provinces  sous  un  gouvernement  central  appelé 
congrès;  telle  est  la  forme  des  Etats-Unis  de 
Nord-'Amérique.  Les  efiEoits  du  vertueux  Rivada* 
via  ont  constamment  tendu  à  ce  but,  qu'il  a 
atteint  un  instant,  mais  que  la  guerre  du  Brésil 
est  venu  renverser  ;  les  partisans  de  ce  système 
forent  appdés  unitaires.  Ceux,  au  contraire,  qui 
n'ont  rien  £dt  pour  leur  patrie ,  ceux  que  leur 
ignorance  rendait  incapables  de  comprendre  les 
vues  généreuses  des  hommes  éclairés  ;  ceux  \k 
restèrent  sous  Tinfluence  des  moines,  des  jésuites 
et  de  tout  ce  qui  avait  intérêt  à  entretenir  l'a- 
narchie. On  leur  fît  comprendre  que  la  ptUrie 
allait  être  asservie;  que  les  étrangers  allaient  leur 
ravir  le  fruit  de  leurs  sueurs  et  de  leur  sang  ; 
qu'enfin   on   voulait   favoriser   les    émigrations 


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—  205  — 

étran^hres^fcnr  exterminer  ks  GoiÊchos.  Dèslors, 
enTÎsagé  sons  ce  point  de  me,  le  système  uni- 
taire fut  en  kcRreur  anx  Ganehgs,  les  coryphées 
de  ce  parti  ignorant,  leur  persuadèrent  facile* 
ment  qu  il  était  préférable  que  chaque  province 
se  gonpremât  d'une  manière  indépendante  et 
qo'ii  ne  devait  y  avoir  d'aggrégatiop  que  pour 
les  intérêts  communs  et  les  raf^ports  avec  f  étran- 
ger, à  peu  près  comme  la  Smsse;  œs  partisans 
furent  appelés/Ê^I^iia:.  Les  chefs  principaux  de 
la  fédération  furent  Artigas,  Ramiréz,  Lopez, 
Quiroga,lefiiroucheQuiroga,  originaire  du  Chili, 
mort  assassiné  tout  récemment ,  et  enfin  le  gé- 
néral Rosas  * ,  le  gaucho  par  excellence  et  le 
grand  champion  de  la  fédération!... 

Le  règne  de  l'umon,  époque  de  prospérité  de 
la  répnUiqae  Argentine,  commença  en  4821  et 
finit  en  1837,  à  la  démission  de  Rivadavia.  Cet 
hsiÀ[e  législateur  fit  faire  des  pas  de  géant  à  sa 
patrie,  pendant  sa  courte  administration,  soit 
comme  ministre,  soit  comme  président  du  con- 
grès, qu'il  était  parvenu  à  installer,  en  le  compo- 
sant des  citoyens  les  plus  capaUes.  Voici ,  suc- 
cinctement >  quelle  était  la  base  des  instructions 

1  Prononcez  Eossas. 


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—  204  — 

données  par  lui  au  président  du  sénat  ecclésias- 
tique, chargé  de  la  mission  honorable  d^  engager 
les  difïerens  peuples  de  l'union  à  se  faire  repré- 
senter au  congrès  : 

((  Le  but  que  le  gouvernement  de  Buénos- 
Ayres  se  propose  d'atteindre  au  moyen  de  la  mis- 
sion confiée  au  zèle  du  premier  dignitaire  ecclé- 
siastique, est  de  réunir  toutes  les  proyinces  du 
territoire  qui,  ayant  l'émancipation/  composaient 
la  yice -royauté  de  Buenos- Ayres  ou  du  Rio  de  la 
Plata ,  en  un  corps  de  nation  administrée  sous 
le  système  représentatif,  par  un  seul  gouyeme- 
ment  et  par  un  même  corps  législatif. 

(c  Le  second  objet  que  se  propose  aussi  le  gou- 
yemement  et  qu'il  considère  comme  le  premier 
moyen  pour  atteindre  le  but  principal,  est  de 
yoir  chacune  des  proyinces  entrer  dans  un  état 
d'ordre  et  de  paix,  soutenu  par  les  peuples  et  par 
ceux  qui  les  gouyement  :  par  ceux-ci ,  en  s'eflFor- 
çant  d'établir  la  sûreté  publique  et  individuelle, 
et  en  s  appliquant  à  connaître  exactement  les  res- 
sources de  leur  trésor  respectif,  à  les  administrer 
et  à  les  employer  avec  habileté;  par  les  peuples, 
en  s' occupant  activement  des  travaux  et  des 
genres  d'industrie  les  plus  productifs,  en  augmen- 


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—  805  — 

tant  leurs  connaissances  par  Tétude  et  les  rap* 
ports  sociaux^  et  en  donnant  tous  leurs  soins  à 
Féducation  de  leiu^s  enfans. 

c(  Le  député  pensera  sans  doute  qu'aucun  des 
moyens  qui  conduisent  à  cette  double  fin  ne  peut 
être  blâmable,  parce  qu'il  est  impossiUe  qu'il 
cesse  d'être  moral  et  honorable ,  et  conséquem- 
ment  permis,  etc.  » 

La  mission  du  docteur  Zavaleta  fut  couronnée 
de  succès.  De  son  côté  Rivadavia  se  bâta  de  fon- 
der toutes  les  institutions  qui  pouvaient  &yoriser 
ses  vastes  projets  de  prospérité  nationale.  Il  ac- 
corda une  liberté  sans  limites  à  la  presse  : 

ce  Les  services  que  la  publicité  rend  à  un  gou- 
vernement ,  a-t-îl  dit  lui-même ,  lors  de  l'instal- 
lation de  son  successeur,  en  avril  1834,  vont  jus- 
qu'à lui  assurer  le  droit  et  les  moyens  d'obtenir 
de  tous  les  employés  publics  le  meilleur  exercice 
de  leurs  fonctions ,  en  même  tems  qu'ils  lui  as- 
surent y  de  la  part  de  ceux-ci  et  de  tout  autre  ci- 
toyen, le  concours  nécessaire  à  l'autorité  qui  est 
appelée  à  consacrer  l'indépendance  d'un  pays,  à 
consolider  son  organisation  et  à  le  pousser  en 


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—  806  — . 

ayant  dans  la  carrière  de  la  prospërîté  et  de  I» 
ciTÎUsation.  » 


Il  chercha  aussi  à  consacrer  ce  principe  d'é- 
conomie pditiqu/e  et  domestique  : 

«  Que  payer  ses  dettes  cu^ec  exactitude  j  cest 
{iCifuénr  de  grands  moyens  de  richesses,  n 

Et,  pour  y  parvenir,  il  fonda  la  banque  natio- 
nale^ en  vertu  d'une  loi  du  congrès  général ,  du 
28  janvier  1826.  Cette  institution,  qui  devait 
amener  les  plus  heureux  résultats,  n'a,  en  réa- 
lité, fait  que  hâter  la  ruine  des  capitalistes,  et 
par  suite,  causé  des  maux  difficiles  à  réparer.  Lc' 
parti  de  l'ignorance,  qui  voyait  d'un  œil  envieux 
les  succès  du  système  unitaire  ^  sous  la  direction 
d^un  chef  si  habile ,  persuada  aux  trop  crédules 
habitans  des  provinces  que  l'établissement  d'une 
banque  n'avait  d^ autre  but  que  de  substituer  du 
papier-monnaie  à  l'argent ,  afin  de  fiivoriser  les 
étrangers  qui  allaient  s^emparer  ainsi  de  la  for- 
tune du  pays.  Les  provinces  de  Mendoza,  de  San- 
Juan,  d'Entre-Rioset  de  Montevideo ,  qui  avaient 
déjà  établi  des  caisses  subalternes,  s'empressèrent 
de  retirer  leurs  fonds ,  et  bientôt  le  papier-mon- 
naie ,  qui  s'échangeait  au  pair  avec  l'or  et  l'argent. 


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—  207  — . 

n'offrant  plus  de  confiance ,  tomba  de  suite  et 
perdit  cinquante  pour  oent^puis  cent,  puis  deux 
cent,  puis  quatre  cent ,  puis  sept  cent  pour  cent  ! 
A  présent  une  piastre  forte  ou  un  patagon ,  égal 
à  une  piastre  papier  dans  l'origine ,  en  vaut  sept 
et  demie  ;  une  once  ou  quadruple,  égalant  dix- 
sept  piastres  fortes  ou  de  papier,  en  1825  ,  yaut 
en.  4855 ,  cent-vingt  piastres  papier  *  ! 

Lorsque  Rivadavia  vit  que  les  basses  machi- 
nations du  parti  Fédéral  tendaient  à  déprécier  la 
banque  et  à  lui  faire  perdre  le  crédit  que  les  ca- 
pitalistes s'étaient  empressés  de  lui  accorder,  il 
comprit  bien  qu'il  lui  serait  désormais  impossible 
d'oi^aniser  le  pays;  il  donna  sa  démission,  se 
retira  en  Europe  et  le  parti  fédéral  triompha.  On 
nomma  à  sa  place ,  comme  simple  gouverneur  de 
Buénos-Ayres,  le  général  Dorrego^  Tun  des  cory- 
phées du  parti  fédéral*  Les  choses  restèrent 
ainsi  jusqua  la  paix  avec  le  Brésil  en  i828.  Alors 
Tarmée  nationale t  revenant  dans  les  foyers,  et 
avec  elle  les  partisans  les  plus  dévoués  à  la  cause 
de  ï  Union  ^  les    chefs  militaires  essayèrent  de 

«  Le  capital  primitif  de  la  banque  montait  à  dix  millions  de  piash-es 
fortes  ;  aujourd'hui  il  n'est  guère  de  plus  de  6  miUions.  La  banque  a 
en  eirculation  19,283,940  piastres  en  billets,  et  410,351  piastres  cuivre, 
aojeai^'hal  moanaie  courante.  Le  gooTernement  lai  doit  plus  de  20 
millions  de  piastres,  capital  et  intérêts. 


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—  808  — 

chasser  les  fédéraux  du  poste  qu'ils  avaient 
usurpé.  C'est  ainsi  que  s'engagea  cette  lutte  san- 
glante qui  conunençale  i^^  décenoibre  1828  et 
finit  en  1832  par  la  dispersion  et  l'assassinat  po- 
litique des  plus  vaiUans  officiers  de  l'armée*  La 
révolution  du  l®**  décembre  se  fit  à  Buénos-Ajres; 
le  gouverneur  Dorrego  fut  pris  et  fiisillé  par  le 
colonel  Lavalié,  chef  militaire,  à  la  tête  du  mou- 
vement insurrectionnel  *  .  Les  milices  de  la  cam- 
pagne aux  ordres  de  Rosas ,  qui  jouait  le  rôle  de 
pi-oconsul,  furent  battues  constamment  par  La- 
vallé,  de  telle  sorte,  que  les  fédéraux  se  virent 
obligés  de  Êdre  une  conTention  avec  celui-ci; 
convention  très  honorable  pour  Lavallé  comme 
pom*  le  parti  unitaire,  mais  à  laquelle  les  fédé- 
raux ou  plutôt  Rosas  manquèrent  d'une  manière 
scandaleuse.  Lavallé,  ses  gens,  et  tout  ce  qu'il  y 
avait  de  plus  recommandable  dans  le  parti  uni- 
taire, se  trouvèrent  heureux  de  pouvoir  se  sau- 
ver à  la  Banda-Oriental  et  de  se  soustraire  à  la 
vengeance  d'une  populace  trop&cile  à  exciter  au 
crime.  Le  8  décembre  1829,  Rosas,  général  par  la 
grâce  de  Dieu  et  des  Gauchos,  futélu  gouverneur  et 
capitaine-général  de  la  province  de  Buénos-Ayres. 

1  On  a  regardé  assez  généralement  cet  assassinat  politique  oomme 
inutile  j  on  pouvait  envoyer  Dorrego  en  Europe  ou  aux  Etats-Unis  avec 
une  mission  diplomatique,  et  il  se  fut  contenté  de  son  sort 


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—  209  — 

Tandis  que  ces  choses  se  passaient  à  Buenos- 
Âjres,  que  le  parti  unitaire  succombait  sous  les 
coups  d'une  perfide  intrigue,  le  général  Paz, 
aidé  de  tout  ce  qu'il  y  avait  de  plus  valeureux 
dans  les  provinces,  réorganisait  l'armée  nationale 
et  concentrait  ses  forces  à  Cordova  dans  le  but 
de  venir  attaquer  Buénos-Âyres.  Dé^à  le  farouche 
Quiroga  avait  été  battu  et  forcé  de  se  réfugier 
auprès  de  Rosas;  déjà  dix  provinces  ayant  fourni 
leur  contingent,  l'armée  nationale  brûlait  du  dé- 
sir de  marcher  sur  les  fédéraux;  mais  ceux-ci 
prirent  l'initiative.  Lopez,  ce  métis  qui  avait  fait 
ses  premières  armes  contre  Artigas  et  Ramirez , 
et  se  trouvait  gouverneur  de  Santa-Fé,  prit  fait 
et  cause  pour  la  fédération;  il  décida  bientôt  les 
gouverneurs  de  Corrientes  et  d'Entre-Rios  à 
l'imiter,  de  sorte  que  tous  trois  se  joignirent  k 
Rosas,  qui  comptait  aussi  dans  ses  files  le  partisan 
Quiroga,  dont  la  vengeance  promettait  de  tom- 
ber comme  la  foudre  sur  le  parti  qui  l'avait 
vaincu. 

Leur  armée  fut  promptement  sur  pied;  for- 
mée de  Gauchos  et  dlndiens,  toujours  prêts  à 
marcher,  pourvu  qu'ils  aient  des  chevaux,  elle 
n'eut  pas  besoin  de  concentrer  ses  forces;  à  me- 
sure que  les  recrues  se  faisaient,  on  les  envoyait 

14 


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—  210  — 
sur  Cordoya.  Quiroga  prit  les  derants  aftc  un 
régiment  de  cayalerie  de  ligne,  reste  fidèle  au 
gouvernement  de  Buenos* Ayres.  Arrivé  sur  les 
bords  du  rio  Cuarto  et  du  rio  TetcerOj  il  se  joi- 
gnit aux  troupes  de  Santa^Fé,  ce  qui  lui  permit 
de  commencer  l'escarmouche. 

Tandis  que  les  forces  de  Buénos-Ayres  avan- 
çaient au  nombre  de  5,000  hommes,  presque 
tous  miliciens  de  la  ville  et  de  la  campagne,  àun 
ordres  du  général  don  Ramon  Balcarcé,  il  surve* 
naît  de  bien  étranges  choses  à  Tarmée  nationale! 

Par  une  fatalité  inouïe,  le  chef  suprême  des 
forces  unitaires,  le  général  Paz,  s' étant  éloigné 
du  quartier-général,  sans  autre  escorte  que  deux 
officiers  subalternes  dans  le  but  d'inspecter,  inco' 
gnito,  les  postes  avancés,  se  trouva  t(mt4i^<»up 
en  présence  d'une  troupe  de  Gauchos  et  d'Indiens 
du  parti  de  Quiroga.  Les  prenant  d'abord  pour 
des  miliciens  de  son  armée ,  il  avança  rapidement 
vers  eux;  mais  il  en  fut  reconnu  le  premier,  au 
moment  où  il  était  déjà  fort  difficile  d'échapper. 
Le  général  Paz  avait  un  excellent  cheval,  il  tenta 
la  seule  chance  qui  lui  restât ,  en  le  lançant  bride 
abattue;  nul  doute  qu'il  n'eut  pas  été  atteint 
dans  sa  fiigue  par  un  Gaucho,  mais  il  y  avait  à^ 


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Indiens  parmi  ceu-x-ci;  or,  un  Indien  munie  un 
cheval  avec  tant  d'habileté  qu'il  parait  doubler 
les  &ctiltës  de  cet  animal  intelligent.  Donc^  un 
Indien  se  lance  à  la  poursuite  du  général,  armé 
de  ses  boules  et  de  son  laxo ,  et  avant  qu'il  eût 
&h  tut  quart  de  lieue  ^  l'infortuné  général  était 
boulé  ' . 

Pas:  s*attendait  bien  à  être  fusillé  ;  mais  Lopez 
eut  la  générosité  d'en  répondre  et  il  fut  envoyé 
prisonnier  à  Sauta-Fé  ^  où  il  se  trouve  encore  dé- 
tenu sur  parole, 

Quand  cette  triste  nouvelle  arriva  au  quartier- 
général,  elle  jeta  la  consternation  et  l'épouvante. 
L'armée  le  sut  bien  vite,  malgré  le  soin  qu  on 
iHtt  à  le  lui  cacher;  il  en  résulta  une  démoralisa- 
tion complète.  Les  chefi  se  disputèrent  entre  eux 
le  droit  du  coimmandement  suprême  ;  la  subordi- 

d  Oatre  te  laeo^  lace  oii  lacet,  dont  je  donnerai  la  description  plug 
loin  ,  les  Gauchos  et  les  Indiens  sont  toujours  armés  de&o^^r^.  Ce  sont 
àeùt  on  Croîs  boutes  réunies  k  un  axe  commun  pa#  aulftnt  de  conftoies 
de  cuir  :  ih  en  tiennent  une  dans  la  main  tandis  que  les  autres  tournent 
rapidement  an-dessus  de  leur  tête,  en  galopant ,  jusqu*A  ce  qnUls  ju- 
gent le  moment  propice  pour  atteindre  Tobjet  qu'ils  veulent  boulei' 
{bolêur.)  Ainsi  lancées ,  les  boules  entortillent  par  leiu*  rotation  les 
jambes  de  Phomme  ou  de  ranimai  atteint  et  le  mettent  ainsi  à  la  merci 
derennemi.  Cette  arme,  inventée  par  les  Indiens,  leur  sert  encore 
dans  une  mêlée  k  briser  le  crâne  de  leui's  adversaires. 


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_  212  — 

nation  se  relâcha  de  telle  sorte  que  les  milices  dé* 
couragëes  désertèrent,  les  unes  rejoignant  Qui- 
roga  ou  Lopez,  les  autres  retournant  dans  leurs 
foyers. 

Les  vieux  soldats  prirent  le  parti  de  suivre  le 
colonel  Lamadrid ,  l'un  des  plus  anciens  et  des 
plus  braves  ofiGciers  de  Farmée  nationale.  Ce 
nouveau  chef  voyant  la  mésintelligence  régner 
parmi  ses  confrères,. jugea  qu'il  ne  pourrait  ré- 
sister, sans  perdre  beaucoup  de  monde,  aux  atta- 
ques combinées  de  Bâlcarcé ,  de  Lopez  et  de  Qui- 
roga  ;  il  se  reploya  sur  le  Tucuman ,  à  trois  cents 
lieues  au  nord  ouest  de  Buénos-Ayrcs.  Là ,  ras- 
semblant le  reste  de  ses  forces  délabrées ,  dans  un 
lieu  fortifié  naturellement  et  appelé  pour  cela 
Ciudadéla  (citadelle) ,  il  attendit  les  fédéraux. 
Ceux*ci  n'ayant  plus  d'ennemis  à  vaincre,  par  le 
fait  de  la  retraite  des]unitaires,  prirent  possession 
ou  plutôt  firent  leur  entrée  triomphale  dans  Gor- 
dôva ,  l'une  des  villes  les  plus  anciennes  et  les 
plus  importantes  de  ces  provinces.  C'est  ainsi  que 
les  troupes  de  Buenos- Ayi^es  ont  vaincu  sans  coup 
férir. 

Cependant  Quiroga  n'était  pas  satisfait^  il  vou- 
lait anéantir  jusqu'au  dernier  des  unitaires ,  di- 


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—  215  — 

sait-il  ;  son  parti  s'étant  renforcé  de  la  défection  de 
rarmée  nationale,  grossissait  de  plus  en  plus  ;  car 
tel  est  l'espritdu  peuple  dans  ces  contrées,  (comme 
dans  bien  d'autres),  qu'il  s'attache  au  vainqueur, 
quel  qu'il  soit.  Ainsi  Quiroga  continua  sa  marche 
sur  le  Tucuman  en  réorganisant,  chemin  £ûsant, 
la  fédération.  Il  y  arriva  vers  la  fin  de  4834  ;  l'ac- 
tion s'engagea  de  suite. 

L'armée  nationale,  réduite  à  3,000  hommes, 
était  composée  en  grande  partie  d'in&nterie  de 
ligne,  aux  ordres  de  di£Férens  che&  ;  d'uji corps 
de  cavalerie,  aux  ordres  d'un  nommé  Lopez;  et 

d'artillerie,  commandée  par  Anatole  de  Ch y; 

tous  obéissant^  ou  paraissant  obéir ,  au  colonel 
Lamadrîd. 

Le  premier  choc  fut  terrible  :  l'artillerie,  secon- 
dant l'inÊmterie ,  fit  un  ravage  efifrayant  dans  les 
rangs  de  Qiiiroga ,  qui  se  vit  lui  -  même  sur  le 
point  d'être   atteint  d'un  boulet  dirigé  par  de 

Ch y.  Trois  fois  Quiroga  s'empara  des  positions 

de  l'armée  unitaire  et  autant  de  fois  il  fiit  re- 
poussé par  l'artillerie  pointant  à  merveille.  Les 
fédéraux  commençaient  à  se  démoraliser;  c'é- 
tait le  moment  d'employer  la  cavalerie  de  ré- 
serve et  de  charger  des  troupes  lasses  d'un  corn- 


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~  914  *- 
bat  opiiiiàtre  ;  eh  bien  !  le  croira-t>on  ?  le  coasunan^ 
dant  de  la  cayalerie,  ce  Lopess,  qui  pouvait 
assurer  la  yictoire  aux  unitaires,  fit  touruer 
bride  et  gagna  le  territoire  de  BoUyia,  aban- 
donnant à  la  merci  d'un  yainqûeur  irrité,  ia- 
rouche,  implacable^  la  fleur  des  guerriers  argea- 
tins!.... 

Les  principaux  che&,  voyant  cette  défection , 
dans  un  monient  oii  leur  salut  dépendait  d'une 
seule  charge  de  cavalerie,  ne  songèrent  plus  qu'à 
assurer  leur  vie  ;  chacun  prit  la  fiiite  du  côté  de 
BoUvia.  Quant  au  chef  de  Tartillerie,  Anatole  de 
Ch y,  il  pointa /w-m^ne  jusqu'au  dernier  mo- 
ment et  quand  il  vit  tout  perdu,  il  fit  enclouer 
ses  pièces,  et  combattit  encore  le  sabre  à  la  main: 
Enfin  il  Êdlut  céder  au  nombre;  Anatole  fut  pris, 
couvert  de  blessures ,  et  avec  lui  un  grand  nom- 
bre de  braves  ofiKciers ,  tous  subaltemesj  car  les 
supérieurs  avaient  pris  la  fuite  ! 

Trois  jours  après,  toute  la  population  du  Tu- 
cuman  était  sur  pied;  les  femmes  pleuraient;  les 
•hommes  gardaient  un  morne  silence  en  écoutant 
une  harangue  pleine  de  noblesse  et  d'énergie.... 
C'était  l'infortuné  Anatole,  leur  adressant  ses 
adieux  et  les  exhortant  à  rester  fidèles  à  la  cause 


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~  SIS  -- 

de  riuiion  !  Il  mourait  assassiné  par  Quiroga ,  et 
avec  lui  trente-deux  auti^es  braves  t 


On  me  pardonnera  j'espère  de  m' être  autant 
écarté  du  centre  de  mes  observations,  en  fiiveur 
de  Fépisode  peu  connu,  même  à  Buénos-Àyres, 
qui  se  rattache  à  la  dernière  guerre  de  la  Fédé* 
ration  contre  l'Union. 

Tandis  que  le  général  Balcarcé^  ctfpaica  de 
Rosas  marchait  sur  Cordova ,  Rosas  ne  perdait 
pas  s(m  tems  k  Buenos- Ayres  ;  il  &isait  nommer 
des  députés  de  son  choix ,  en  interdisant  le  vote 
aux  unitaires  qu'il  expulsait.  Une  fois  les  législa- 
teurs gagnés  soit  par  crainte ,  par  opinion  ou  par 
intérêt  privé ,  il  se  fit  accorder  des  facultés  extra- 
ordinaires pour  gouverner  le  pays  dans  les  cir- 

I  (.^Dkutre  famille  ^  ce  jeune  homme  attend  encore  vainement  une 
pièce  authentique  de  sa  moit  ;  malgré  toutes  mes  démarches  et  celles 
de  personnes  influentes  dans  le  pays,  on  n'a  pu  rien  ohtenir  ;  Quiroga 
A  tout  refusé  y  jusqu'à  des  lettres  écrites  au  moment  de  la  mort. 

Anatole  de  Ch....]r,  dont  les  goûts  belliqueux  s'étaient  déclarés  de 
honne  heure,  appartenait  à  Tune  des  plus  nohles  famiUes  de  Norman- 
die ;  il  avait  déjà  fait  ses  preuves  à  Mendoza,  lorsque  Quiroga  s'empara 
de  eetle  ville  en  1839.  Fait  prisonnier  sur  ses  pièces  de  même  qu'à  la 
cûêdadêlaj  on  a  déjà  vn  comment  il  échappa.  A  son  retour  du  Chili, 
quand  la  tranquillité  paraissait  rétablie,  ses  affaires  l'ayant  amené  à 
San-Luis,  sur  la  ftrontiére  de  Cordova ,  il  y  fut  joint  par  le  colonel 


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—  216  — 

constances  difficiles  où  il  se  trouvait  par  les  intri- 
gues, n  c^tint  dès  lors  tout  ce  qu'il  voulut.  Il 
commença  par  dé&ire  ce  que  RivadaTia  avait 
fait;  il  expulsa  tous  ceux  qui  lui  parurent  sus- 
pects, soit  étrangers ,  soit  nationaux;  il  envoya 
dans  rintérieur  ceux  qu'il  voulut  £dre  fusiller; 
il  supprima  la  liberté  de  la  presse  ;  il  fit  nommer 
Tévéque  Medrano ,  malgré  l'opposition  du  sénat 
ecclésiastique  ;  il  s'entoura  de  tous  ceux  dont  les 
idées  étaient  le  plus  rances  et  le  plus  rétrogrades  ; 
il  eut  pour  émissaires ,  pour  &ctotums ,  des  assas- 
sins, des  hommes  entachés  de  mille  crimes  *  ; 
tous  les  moyens  lui  parurent  bons  pour  se  pro- 
curer de  l'argent  destiné ,  non  pas  à  faire  pros- 
pérer le  pays,  mais  à  assouvir  l'avarice  de  ses 

Vidèla-Castillo,  ex-goavenieur  de  Mendoza,  très -lié  avec  Analole 
dont  il  eonnaissait  la  générosité  et  la  bravoure.  Ce  colonel  fit  si  bien 
qn*il  engagea  de  Gh....y  à  accepter  le  commandement  de  Tartillerie, 
et  certes ,  il  ne  pouvait  le  remettre  en  meilleures  mains;  mais,  hétas! 
le  pauvre  Anatole  a  été  sacrifié,  tandis  que  son  enrdleur  et  tant  d'autres 
ont  en  l'art  d'échapper...  Le  peuple  du  Tucuman  et  Tarmée  tout 
entière  donnèrent  des  larmes  à  la  mort  d'un  brave  Français,  dont  la 
gaité  inaltérable  et  rbnperturbable  sang-froid,  ranimèrent  plus  d'une 
fois  des  soldats  découragés  par  le  dénuement  le  plus  complet  et  le 
harcêllemêtii  d'un  ennemi  implacable. 

'  Tels  que  Otinyolito,  Arbolito,  Manco  -  Castro,  Cojo  -  AgwUêrOy 
tous  plus  ou  moins  criminels,  et  avec  eux  la  nmlâtresse  TorriUa  et  la 
négresse  Antonio  chargées  de  lui  faire  de  la  popularité  dans  la 
ville. 


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—  217  — 

fidèles  allies  Lopez  et  Quiroga  dont  l'assistance 
n'avait  d'autre  but  que  d'appauvrir  l'orgueilleuse 
Buchios-Ajres  ;  il  &llut  rendre  beaucoup  de  pro- 
priétés de  l'état,  jusqu'alors  afTerméespar  contrat 
emphytéotique;  on  fit  plus,  on  rendit  les  canons 
et  les  mortiers  de  bronze  dont  Farsenal  était 
garni....  et  arec  tant  de  sages  mesures,  la  dette 
de  l'état  s'est  accrue  considérablement,  les  capi- 
talistes ont  disparu  ou  ont  été  ruinés;  enfin  les 
rênes  du  gouyemement  ont  été  tellement  entor- 
tillées que  personne  n'ose  en  accepter  la  respon- 
sabilité; d'autant  moins,  que,  sous  prétexte 
d'une  guerre  aux  Indiens  Pampas,  on  a  feit 
transporter  dans  les  forteresses  de  la  campagne , 
tout  1  armement  de  la  TiUe. 

Cest  -ainsi  que  le  général  Rosas  s'est  rendu 
l'homme  nécessaire,  le  seul  capable  de  gouverner 
le  pays  puisqu'il  a  la  force  en  main.  Ai-je  eu 
tort  d'appeler  son  gouvernement  obscur  ? 

Il  &ut  convenir  d^ua  fait ,  c'est  que ,  physi- 
quement parlant,  Rosas  na  pas  &it  autant  de 
mal  qu'il  aurait  pu  en  Êdre,  armé  de  ses  terribles 
Ëictdtés  extraordinaires;  mais  ce  fut  moins  l'effet 
d'un  bon  naturel  que  d'une  politique  astucieuse. 
Son  ambition  a  percé   dès  long-tems  sous  les 


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-^  S18  -< 

dehors  d'un  tmx  déûntëressement.  Ses  Ibnciioufi 
ay^uit  cessé  de  droit  en  décembre  1832 ,  ses  par* 
tisans ,  toujours  en  force  dans  la  salle  des  repré- 
«entans  songèrent  à  le  réélire;  mais  cette  fois, 
9ansfocuUé9  ejçtraordinaireSf  puisque  le  motif 
€{ui  les  ayait  fait  accorder  en  1830  n'existait 
déjà  plus;  quelques  représentans  montrèrent 
en  cette  occasion  plus  d  énergie  qu'cm  ne  pour* 
Tait  s'y  attendre*  Rosas  déguisa  mal  son  dépit  : 
il  se  flattait  que  l'usage  modéré  qu'il  ayait  £ut 
de  ses  fçcultés ,  engagerait  ses  partisans  à  les 
lui  conserver;  mais  quelques-uns  de  ses  &- 
quaces  lui  tenaient  rancune  de  son  peu  de  li- 
béralité envers  eux  ;  ils  commencèrent  à  croire 
que  la  fédération  n'était  pas  la  foi  de  Jéws-Christ 
(  la  Je  de  Cnsto  ) ,  comme  le  parti  jésuitique 
avait  voulu  le  persuader  au  peuple  et  du  joooment 
que  le  prestige  s'évanouissait ,  qu'on  refiiSait  de 
reconnaître  à  ce  chef  une  mission  divine ,  on  re- 
doutait avec  raison  l'abus  qu'il  pourrait  &ire  de 
son  pouvoir  illimité.  Rosas  refiisa  par  trois  fois 
les  nouvelles  fonctions  qu'on  lui  ofïrait  ;  il  allé- 
guait pour  principales  raisons  qu'un  pasteur 
comme  lui ,  privé  des  connaissances  nécessaires 
pour  bien  diriger  les  afi^res  de  l'état,  devait  re- 
tom^ner  aux  champs  d'où  il  était  sorti;  que  Dieu 
était  témoin  de  son  peu  d'ambition  et  que  d'aU- 


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-^  249  — 

leur^  su  santé  lui  f^$ait  une  loi  du  Fftpo^  qu'il 
aidait  bien  acquis  par  le9  ^arvicçfi  reudw  à  la  pa-* 
trie,  n  fallut  bien  se  conformer  à  son  irrÂfQÇQbh 
résolution  et  nonuner  un  autre  citoyen.  Toute- 
fois il  proposa  pour  son  successeur ,  ce  géoëral 
Don  Kamon  Balcarcé  dont  j'ai  déjà  parlé ,  oréa- 
ture  qu'on  lui  croyait  dévouée  et  que  pour  ce 
motif  on  appelait  plaisanonent  le  capqtaz  *  de 
AosaSt  Balcareé  a  trabi  sa  cause  en  se  mettant  à  la 
tête  du  parti  fichùmatique  formé  nouyellement 
entre  les  fédéraux  eux-^mêmes  ;  car  pour  les  uni- 
taires ,  ils  attendent  patiemment  que  les  fédéraux 
soient  aux  abois  pour  réorganiser  leur  pauvre 
patrie. 

I^in  de  se  retirer  dans  ses  estancios^  à  Timi- 
tation  du  classique  Gincinnatus^  Rosas  prétexta, 
pour  garder  les  armes  en  main,  une  guerre  contre 
les  Indiens,  laquelle  n'eut  d'autre  résultat  que 
de  prouver  à  ceux-'ci  la  fiùblesse  des  Argentins. 
Il  alla  camper  sur  les  bords  du  Rio  Colorado,  en 
Patagonie;  il  y  passa  l'hiver  de  1835  à  faire  des 
proclamations  à  ses  soldats ,  à  guerroyer  avec  les 
Indiens  qui  se  riaient  de  lui ,  et  dès  qu'il  apprit 

I  Capotas^  est  un  conb-e-niaiti'e  ;  ii|i  Qiaitre*valet.  Dans  tous  les 
établisseniens  de  campagne  et  de  >ille ,  il  y  a  des  capataees  pour  diri- 
ger les  ouvriers. 


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— .  220  — 

la  trahison  de  Balcarcé,  il  s'empressa  de  venir  le 
châtier,  mais  celui-ci  ayait  pris  la  fiiite  avec  ses 
complices. 

On  offiît  de  nouveau  le  gouvernement  à  Rosas 
et  de  nouveau  il  refusa.  On  lui  vota  dans  la 
chambre  des  représentans  une  superbe  épée 
d'or,  enrichie  de  diamans^  à  l'occasion  de  sesbril- 
lans  succès  en  Patagonie!...  On  fit  plus,  on  lui 
offiît  une  île  d'une  étendue  assez  considérable 
vers  l'embouchure  du  Rio  Colorado,  avec  des 
habitans,  des  bestiaux,  etc.,  le  tout  pour  lui  et 
les  siens.  Mais  Rosas,  dont  la  fortune  est  déjà 
immense,  rejetant  avec  un  désintéressement 
remarquable,  des  présens  qu'il  croyait  être  bien 
au-dessus  de  son  mérite,  demanda  tout  simple- 
ment à  la  chambre  des  représentans  de  Buenos- 
Ayres,  pour  lui  et  les  che&  qui  l'accompagnaient, 
un  petit  terrein  de  soixante  lieues  carrées ,  dans 

la  partie  de  la  province  qu'il  choisirait! Que 

vous  semble  du  désintéressement?  trois  mille  six 
cents  lieues  de  superficie,  au  lieu  d'une  lie  dans 
ua  fleuve  !  Bolivar,  Sucre ,  San-Martin  ou  Santa- 
Ânna  auraient  eu  plus  de  pudeur,  certainement  '. 

I  Le  pouvoir  exécutif  a  proposé  à  la  salle  des  représentans  de  Toter 
cinquante  lievea  carrées ,  sur  la  marge  Orientale  du  ruisseau  el  Sauce 
Grande  :  voyez  la  Gaaette  Mercantile  du  9  août  1834. 


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_  221  — 

Enfin  Rosas  est  encore  le  maître  du  pays,  et  il 
le  sera  long-tems,  à  moins  qu'il  ne  lui  arriye  ce 
qui  ne  pouvait  échapper  à  Quiroga. 

En  résmné,  Rivadavia,  auquel  on  ne  peut 
adresser  d'autre  reproche  que  celui  d'avoir  voulu 
rendre  sa  patrie  virQe  avant  l'âge  de  puberté, 
Rivadavia  aurait  fait  de  Buénos-Âyres  une  nou- 
velle Athènes. 

Rosas,  avec  des  moeurs  austères  et  peu  d'édu- 
cation, en  eût  volontiers  Êdt  une  Lacédémone, 
mais  la  coterie  qui  l'entourait  et  le  protège  encore 
ne  fera  de  Buénos-Ayres  qu'une  cité  espagnole. 


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CHAPITRE  X. 


itat  i6«Ul.— KoMn.^ 


Je  dirai  peu  de  chose  ici  des  habitans  de  la 
eâmpagne  ou  Gauchos,  qu'on  peut  dasser  à  beau- 
coup d'égards,  arec  les  bédouins  d'Algef,  les 


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—  224  — 

sertanejos  et  les  manuducos  du  Brésil ,  ou  même 
les  zambos  de  la  Colombie.  La  description  de 
leurs  m^œurs  nous  conduirait  trop  loin  en  ce 
moment,  et  j'ai  encore  bien  des  diseryations  à 
fiure  dans  Buénos-Âyres  ayant  d'entreprendre 
l'excursion  de  l'Uruguay;  je  renyoie  donc  le  lec- 
teur à  la  suite  de  mon  yoyage  dans  la  Banda- 
Oriental  et  le  Rio-Grande,  où,  en  parlant  des 
Gauchos  de  ces  contrées,  je  les  comparerai  ayec 
ceux  de  Buénos-Âyres  ;  il  y  sera  aussi  question 
de  la  nuftiière  de  yiyre  en  campagne ,  de  yoyager 
par  terre  ou  par  eau ,  des  productions  de  la  na- 
ture et  de  l'art ,  des  cmîosités ,  etc. 

On  a  déjà  yu ,  au  chapitre  huitième ,  de  quels 
élémens  se  compose  la  population  de  ce  pays; 
j'ajouterai  que ,  dans  les  yilles ,  malgré  l'affluence 
des  Anglais,  des  Italiens,  des  Allemands  et  des 
Français,  on  y  suit  encore^  plus  ou  moins,  les 
usages  espagnols ,  plutôt  par  la  force  de  l'habi- 
tude que  par  sympathie.  Ceux  qui  habitent  la 
campagne  yiyent  disséminés  dans  les  pâturages 
ou  fermes  pastorales  appelées  estiutcias ,  ou  dans 
des  bourgades  peu  peuplées. 

La  propagation  étonnante  des  cheyaux  et  des 
bœufs  européens^  soit  domestiques,  soit  deyenus 


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saUTages  dans  ces  immenses   plaines  *  et  Ttisage 
presque  exclusif  de  la  yiande  pour  nourriture , 
ont  dû  nécessairement  exercer  une  influence  di- 
recte  et  permanente  sur  le  caractère,  les  habi- 
tudes'et  les  inclinations  de  ces  peuples,  en  leur 
întprimant  un  cachet  d'originalité  qu'ils  conser- 
veront sans   doute  encore  long-tems,  à   moins 
qu'on  ne  se  décide  à  adopter  les  platis  de  Riva- 
davia  pour  les  colonisations  intérieures,  et  les 
progrès  de  la  nayigation  des  riyières.  Cette  grande 
&cilité  de  subsister  yorej^ue  sans  trwaUy  de  se 
yétîr  avec  le  produit  àe  la  dépouille  d'un  bœuf, 
cette  TÎe  errante  et  vagabonde,  faisant  nattre  en 
eux  l'esprit  d'insubordination,  soiit  à  leurs  yeux 
autant  de  conditions  sine  qud  non  d'indépen- 
dance. . ••  mais  d  une  indépendance  plutôt  sauifage 
que  d'une  indépendance  raisonnablementcalculée 
pour  arriver  au  bien-être  que  procure  la  civili- 
sation.... 

Cette  habitude  de  liberté  physique  ferait  pré- 
cisément ,  qu'aucun  gouvernement  monarchique 
ne  pourrait  se   maintenir   chez  ces  peuples  et 

I  Les  chevaux  ae  multiplièrent  si  rapideiiieiit  dans  les  Pampo9  que 
dès  i*anDée  i668,  c'est-à-dire  33  ans  après  la  première  fondation  de 
Bnénos-Ayres,  les  Araucanos  possédaient  déjà  plusieurs  escadrons  de 
cavalerie  dans  leur  année. 

15 


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même  qu'une  organisation  régulière,  tardera 
encore  à  s'y  établir  ;  car  l'idée  d! obéissance  chez 
les  Gauchos  tient  en  quelque  sorte  de  celle  da 
sauvage,  suivant  instinctivement  celui  d'entre 
sa  tribu  qui  sait  en  imposer  aux  autres  par  des 
facultés  physiques  surnaturelles.  C'eàst  ainsi  que 
les  Gauchos  obéissent  aumiglément  à  Rosas ,  ou  à 
tout  autre  qui ,  comme  hii ,  sait  manier  le  laxo 
las  bolas,  et  le  cuchUIo  *  avec  une  dextérité  com- 
parable à  celle  d'un  Indien  Pampa.  Toutefois , 
il  ne  &ut  pas  que  l'adresse  du  chef  se  borne  là , 
car  il  ne  manquerait  pas  de  rivaux;  il  fiiut  encore 
qu'il  soit  le  meilleur  écuyer  (  ginete  )  ;  qu'il  sache 
monter  à  poil  nu ,  sans  selle ,  sans  frein ,  le  pre- 
mier cheval  indompté  qui  lui  est  o£fert  ;  il  fitut, 
qu'armé  de  ses  éperons-monstres  à  larges  et  lon- 
gues mollettes ,  et  monté  au-dessus  d'un  portail 
ouvert  y  il  ait  l'habileté  de  sauter  et  de  se  tenir 
sur  le  cheval  qu'on  en  &it  sortir  au  galop...  0 
faut  qu'il  ne  craigne  pas  de  descendre  une  côte, 
quelque  rapide  qu'elle  soit ,  sur  im  cheval  lancé 
ventre  à  terre;  il  faut que  vous  dirai- je  en- 
core ?  il  Éaïut  mille  prouesses ,  que  Franconi  lui- 
même  ne  ferait  certainement  pas,  mais  que  le  gé- 
néral Rosas  sait  &ire  !    Or,    un  monarque   qui 

I  Couteau-poignard. 


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—  227  — 

n'aurait  à  leur  montrer  que  des  jongleries  diplo- 
matiques ou  judiciaires ,  avec  des  parades  de 
cour,  ne  pourrait  prétendre  k  l'honneur  de  com- 
mander ou  de  gouverner  de  tels  hommes. 

11  est  juste  cependant  de  faire  observer  que 
panrn  ces  pâtres ,  ceux  de  la  province  de  Bué- 
nos-Ayres ,  de  la  Banda-Oriental ,  di  Entre-Bios^ 
de  Santa-Fë  et  même  de  Corcloifa ,  vivant  loin 
des  femmes,  au  milieu  d'immenses  solitudes,  sont 
les  plus  abrutis  et  les  plus  vicieux ,  tandis  que 
les  paisibles  bergers  du  Tucuman  et  de  tout  le 
haut-pajrs^  qui  vivent  réunis  en  petites  peuplades, 
of&aient  partout,  avant  les  guerres  qui  ont  désolé 
ces  vastes  plaines,  et  ofirent  encore  en  beaucoup 
d'endroits,  les  mœurs  innocentes  de  1  antique 
Arx^adie.  «  De  jeunes  couples ,  dit  un  géographe 
célèbre ,  y  improvisent  même  au  son  d'une  gui- 
tare, des  chants  alternatif  dans  le  genre  de  ceux 
que  Théocrite  et  Virgile  ont  tant  embellis,  »  J'ai 
employé  assez  long-tems,  dans  l'établissement 
industriel  que  j'avais  formé  à  Buénos-Ayres  deux 
peones  (  journaliers  )  du  Tucuman,  qui  ne  chan- 
taient jamais  que  de  cette  manière  et  toujours 
en  s'accompagnant  de  la  guitare. 

M*  le  baron  de  Humboldt   a  observé  que  les 


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—  228  — 

anciennes  colonies  espagnoles  n'étaient  pas  dans 
des  circonstances  aussi  fayorables  à  leur  émanci- 
pation que  les  colonies  anglaises  '  ;  cela  est  incon- 
testable,  si  Ton  entend  parler  des  lois  civiles  et 
religieuses  qui  régissaient  les  unes  et  les  autres 
ayant  leur  indépendance.  <(  Car  tandis  que  les  na- 
tions européennes  s'éclairaient,  s' élevaient  «  se 
fortifiaient,  dit  Raynal^  l'Espagne  les  regardait 
d'un  œil  stupide  et  superstitieux,  sans  vouloir 
rien  emprunter  d'eux.  Un  mépris  décidé  pour 
les  lumières  et  les  mœurs  de  ses  voisins,  inspiré 
par  les  souvenirs  d'anciens  succès ,  formaient  la 
base  de  son  caractère  et  de  sa  législation.  »  Il  est 
certain  que,  malgré  les  eflforts  que  les  créoles  es- 
pagnols ont  faits  poiu*  se  soustraire  au  despotisme 
monacal,  à  celui  de  l'inquisition,  ainsi  qu'aux 
exigences  de  l'Espagne,  il  est  toujours  resté  par- 
mi le  peuple  certains  préjugés,  certaines  supers- 
titions ,  germes  trop  enracinés  et  trop  bien  cultivés 
par  une  nation  fanatique ,  pour  ne  pas  étouffer 
à  leur  naissance  les  principes  civilisateurs  qu'on 
a  pris  soin  de  semer  chez  les  Argentins  •.  Mais, 
à  part  les  lois  que  Rivadavia  songeait  sérieuse- 

i  Voyage  av^  réyions  équinosiales.  Int. 

*  Ceci  doit  s'entendre  du  peuple  des  villes  ;  car  celui  de  la  campa- 
gne (les  Gauchos)  n'ont  d'autres  préjugés  que  ceux  qui  naissent  d'i 
vie  purement  animale  ^  presque  sauvage. 


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—  229  — 

ment  k  mettre  en  harmonie  avec  la  nouTelle  or- 
ganisation du  pays,  les  moeurs  des  colons  eq>a- 
gnols ,  surtout  dans  cette  partie  de  F  Amérique , 
s'adaptent  mieux  aux  formes  républicaines  que 
oeUes  des  colons  anglais;  elles  ne  pourraient 
même  s'accommoder  d'une  autre  forme  de  gou- 
Temement,  par  les  diverses  raisons  déduites  plus 
haut.  On  trouvera  bien ,  dans  la  république  ar- 
gentine ou  dans  celle  de  l'Uruguay,  quelques 
cheÊ  ambitieux  qui  voudront  dominer  sur  le 
pays ,  mais  on  n'y  remarquera  pas  conmie  aux 
Êtats«Unis,  cette  tendance  à  l'aristocratie  qui 
ramènera  peut-être  un  jour  ce  gouvernement 
aux  formes  monarchiques.  Je  désire  me  tromper, 
mais  je  crois,  parce  que  j'ai  pu  observer,  que 
les  États-Unis  de  Nord-Amérique  seront  plus  tôt 
ingrats  envers  leur  chère  déité  que  les  États  de 
l'Amérique  du  Sud .... 

Examinons  plus  attentivement  les  moeurs  et 
coutumes  de  Buénos-Ayres  : 

Quand  j'arrivai  dans  cette  ville,  j'allai  m'ins^ 
taller  dans  la  Fonda  de  Francia  (hôtel  de  France) 
où  je  trouvai  grand  nombre  de  compatriotes;  le 
capitaine  Soret  y  logea  aussi.  Je  fus  étonné  de 
la  nudité  des  appartemens  et  du  peu  de  propreté 


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—  250  — 

qui  y  régnait;  mais  ce  fut  bien  autre  chose , 
quand,  la  nuit,  je  me  trouyai  enyahi,  sur  mon  lit 
de  sangle  (co/re),  par  des  myriades  de  puces  et 
de  punaises  qui  me  dévoraient  !.*.  A  l'iieure  du 
diner  la  table-d'hôte ,  occupée  par  vingt-cinq  ou 
trente  Français,  fut.  couverte  de  viandes  arran- 
gées à  toutes  sauces  ;  cette  vue  m'ôta  entièrement 
l'appétit  :  d'énormes  pièces  de  bœuf  occupaient 
le  centre  de  la  table,  tandis  que  les  cotés  étaient 
flanqués  de  côtelettes ,  de  grillades ,  de  hachis , 
puis  encore  des  hachis ,  des  grillades  et  des  côte- 
lettes. ..  Comme  je  m'étonnais  de  cette  profusion 
de  viande  (il  pouvait  y  en  avoir  soixante-quinze  li« 
vres  sur  la  table  !  )  on  me  dit  qaeVarroba  (quart  de 
quintal  ou  vingt-cinq  livres)  valait  en  ce  moment 
une  piastre  pilier  ^  environ  quinze  sous!  et  que 
désormais  il  Êdlait  me  résigner  à  m'en  repaître 
comme  les  autres ,  sous  peine  de  pâtir,  par  cette 
raison  que  les  légumes  n'étaient  pas  cultivés,  que 
le  poisson  ne  valait  rien  et  que  le  pain  était  fort 
cher;  et  en  effet  je  remarquai  sur  la  table,  à  coté 
de  ces  quartiers  de  bœuf  qui  me  dégoûtaient, 
des  petits  pains  ronds  de  la  grosseur  d'une  pomme 
de  reinette  ! 

Comme  je  me  plaignais  du  peu  de  propreté 
de  cette  fonda ,  tenue  cependant  par  xme  fian- 


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—  251  — 

çaise  mariée  à  un  espagnol,  on  me  répondit  que 
c'était  le  meilleur  hôtel  y  après  celui  de  Smith , 
Anglais,  oh  Ton  payait  très-cher  un  service  de 
luxe^ 

• 

La  première  journée  de  mon  installation  fut 

employée  à  déballer  mes  fusils ,  pistolets ,  cou- 
teaux de  chasse  et  munitions ,  et  à  les  mettre  en 
état  de  service  ;  ce  n  était  pas  sans  raison  que  je 
prenais  ces  précautions ,  connue  on  va  le  voir  : 
pendant  la  nuit  il  y  eut  une  émeute ,  causée  par 
l'arrivée  prochaine  de  Quiroga^  lequel  n'avait 
échappé  que  par  miracle  à  la  déroute  qu'il  venait 
d'essuyer  dans  l'intérieur*  La  popidace ,  on  plu- 
tôt une  poignée  de  gens  du  bas  peuple,  excitée, 
peut-être  payée  par  les  fédéraux ,  parcourait  la 
viUe  en  brisant  les  vitres  des  unitaires  et  profé- 
rant des  cris  sinistres  tels  que  mueran  los  unita- 
rios  !  mueran  îos  Franceces  !..  Ces  dernières  vo- 
ciférations nous  intéressaient  plus  que  tout  le 
reste  ;  nous  en  étions  redevables  à  M.  MandeviUe, 
dont  les  tergwerscUions  avaient  compromis  tous 
les  Français  de  la  viUe  et  de  l'intérieur,  ainsi  qu'à 
M.  le  vicomte  C!omette  de  Venancourt  qui  avait 

I  Depuis  il  s*est  établi  d'autres  fondas ,  ainsi  que  des  restaurans , 
dans  lesquels  on  est  beaucoup  mieux  servi  et  à  meilleur  marché,  con- 
séquence naturelle  et  de  la  rivalité. 


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—  252  — 

brûlé  ,  tout  récemment ,  pendant  la  nuit  et  jHvr 
surprise ,  les  seuls  navires  de  guerre  de  la  répu- 
blique... Ce  fiit  encore  une  des  nomlnvuses  mal- 
adresses de  notre  consul  de  ùàre  agir  si  brutale- 
lement  le  commandant  de  la  station ,  dans  un 
moment  où  les  Argentins  étant  exaspérés,  avec 
raison ,  contre  nous ,  par  notre  intenrention  à 
main  armée  dans  leurs  disputes ,  il  ËJlait  au  con- 
traire user  de  prudence  et  de  ménagemens  afin 
de  calmer  raffervescence  populaire.  Sans  la  sage 
conduite  descbefs  fédéraux  (et  je  me  plais  âleur 
rendre  cette  justice  ) ,  les  Français  eussent  pu 
être  égorgés  cbez^eux,  et  le  consul  le  premier  *... 
A  l'approche  de  Quiroga ,  notre  ennemi  déclaré, 
la  populace  avait  redoublé  d'audace  et  nous  in- 
sultait hautement.  Cependant  comme  on  s'atten- 
dait à  ces  démonstrations  hostiles,  chacun  se  te- 
nait sur  le  qui  vive,  prêt  à  rallier  ses  compatriotes 
les  plus  voisins  ;  tous  les  Français  logés  dans  la 
fonda^  étaient  bien  armés;  dès  les  premiers  cris, 
ils  s'étaient  transportés  sur  la  terrasse ,  (  azotea  ) 
où  ils  se  tenaient  résolument  sm*  la  défensive. 
Quant  à  moi ,  relégué  au  fond  d'une  seconde 
cour ,  avec  mon  préparateur,  je  n'entendis  rien 


*  Le  consulat  était  à  cette  épo«iiie,  calle  de  la  Florida,  au  centre  de 
la  vitle. 


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de  ee  qui  se  passa  dans  la  maison.  On  me  dit  le 
lendemain  qu  oq  n  ayait  pas  jugé  néoessaire  de 
me  réveiller,  les  fiictieux  s'ëtant  bornés  à  crier  et 
à  briser  les  vitres .  de  droite  et  de  gaudbe  sans 
toucher  à  la  fonda  ;  l'attitude  guerrière  de  nos 
hôtes  leur  enfavait  imposé.  Le  lendemain  j'allai 
voirie  consul  et  lui  exprimai  mes  craintes  ;—  il  me 
répondit  qu'en  cas  d'émeute  sérieuse ,  les  Fran- 
çais devaient  se  rallier  au  pavillon  (  in  iUo  tem-^ 
pore  c'était  encore  le  drapeau  de  la  légitimité  )  ; 

qu'il  avait  des  armes  et  qu'on  se  défendrait 

triste  alternative  i!-^  U  ne  réfléchissait  pas  seule* 
ment  s'il  j  avait  possibilité  de  se  rallier  ;  on  eût 
été  égorgé,  assommé,  avant  d'avoir  parcouru  trois 
cuadres  '.  Heureusement  la  police  prit  des  me- 
sures énergiques  et  l'hostilité  se  borna  à  des  in- 
sultes verbales.  A  l'entrée  de  Quiroga  il  y  eut 
bien  quelque»  coups  de  sabre  de  donnés  à  plu- 
sieurs Français,  entr'autres  à  M.  Sens,  mais  ces 
Messieurs  ne  devaient  s'en  prendre ,  suivant  le 
consul,  qu'à  leur  curiosité  qui  les  avait  portés 
sur  le  passage  de  la  pïdpe. 

L'insouciance  apparente  de  M.  Mandeville, 
m'avait  rassuré  un  peu;  je  compris  cpi'on  était 

1  J'ai  déjà  dit  qu'un  traité  de  commerce  eût  évité  ce  qui  est  advenu. 


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—  334  — 

habitué  à  ces  émeutes  et  qu'il  fUlait  m  résignera 
receyoir  dans  la  yille  un  coup  de  couteau,  à 
être  boulé  ou  enlacé  dans  la  campagne,  comme 
un  bœuf,  avec  le  même  sang-froid,  la  même 
philosophie  que  le  consul  affectait*.  •  Fermement 
résolu  k  me  conformer  aux  usages  du  pays,  je 
me  ccHifiai  k  ma  bonne  étoOe,  et  je  me  mis  à 
parcourir  la  ville  dans  tous  les  sens. 

Le  spectacle  qu offre  son  intérieur,  change 
trois  fois  par  jour  :  autant  il  est  animé  le  soir  et 
le  matin,  autant  il  est  morne  et  triste  k  l'heure 
de  la  siestOy  c'est-à-dire  depuis  deux  heures  jus- 
qu'à cinq,  au  moins  pendant  les  chaleurs.  A 
cette  heure  de  repos  tout  est  fermé,  les  a£Biires 
sont  suspendues,  les  places  sont  désertes  et  l'on 
ne  voit  le  long  des  rues  que  des  changadores  ^ 
étendus  à  terre  le  long  des  veredas  *  où  ils  dor- 
ment, après  leur  dîner,  jusqu'à  ce  que  les  affidres 
reprennent  leurs  cours.  En  ce  moment  de  léthar- 
gie, la  ville  de  Buenos^ Ayres  n'est  pas  du  tout 
attrayante.  Ce  qui  vous  aurait  enchanté  le  soir, 
ce  qui  vous  eût  étonné  le  matin,  a  disparu 
derrière  le  rideau  pour  fidre  place  à  la  monoto- 
nie, au  silence  de  la  mort.  Vous  ne  voyez  dans 

1  Journaliers  ou  portefaix. 
«  Trottoirs. 


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—  a35  — 

les  plus  beaux  quartiers  que  le6  portes  fermées 
des  tisndas  *  si  étroites,  si  vilaines,  avec  leurs 
petits  guichets  grillés  qu'on  les  prendrait  qpour 
des  loges  de  fous;  ou  bien  des  grilles  de  fenêtre 
avançant  tellement  sur  le  trottoir  qu'on  n'y  peut 
marcher  deux  personnes  de  front  ;  chaque  an- 
cienne maison  parait,  en  vérité,  ressembler  à 
une  prison,  tant  les  grilles  sont  épaisses,  et  les 
fenêtres  rares.  Ce  qui  eût  échappé  à  l'analyse  aux 
heures  de  circulation,  s'o£&e  de  soi-même,  en 
cet  instant,  avec  tout  le  ridicule,  toute  la  laideiu* 
qu'un  reste  de  prévention  nationale  se  plait»  il 
ÙlvlI  l'avouer,  à  amphfier  encore.  Grâce  à  Riva- 
davia  les  principales  rues  ont  été  pavées  et  nive-* 
lées,  surtout  celles  qui  avoisinent  la  place  de  la 
Victoria;  mais  si  l'on  s'éloigne  de  ce  point  cen- 
tral pour  visiter  les  quartiers  de  la  Besidencia, 
de  la  Concepcion^  de  Monserratj  de  Lorea,  de 
Sari'Nicoîas ,  ou  de  Las  Catcdinas ,  on  est  efirayé 
de  voir  l'escarpement  des  trottoirs,  longeant  des 
rues  ou  plutôt  des  fossés  profonds^  boueux  et 
impraticables  en  tems  de  pluies,  présentant 
pendant  la  sécheresse  des  trous ,  des  espèces  de 
précipices  comblés  en  quelques  endroits  par  de 

I  Boutiques  ou  plutôt  magasins  de  toute  espèce  de  produits  d'in- 
dustrie ou  d'art.  On  appelle  aimacen  ,  une  boutique  d'épicerie  ou  de 
comestibles  en  gros  en  détail. 


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—  256  — 

la  poussière  semblable  à  de  la  cendre ,  ou  par 
des  têtes  de  bœuf,  de  cheval,  et  même  des  car- 
casses entières  de  ces  animaux  ;  hem^eux  encore 
si  vous  ne  vous  trouvez  pas  tout^-coup  arrêté 
par  le  cadavre  de  quelque  animal  en  putré&c- 
tion  M...  Des  cercos  de  tuna  %  de  vastes  corra- 
lones^  quelques  maisons  basses,  composent  des 
cuadres  entières,  à  l'angle  desqudles,  appelé 
EsquinOy  on  rencontre  presque  toujours  une 
pidperia^  espèce  d'échoppe  et  de  cabaret,  tout 
à  la  fois,  à  la  porte  de  laquelle  s'aperçoivent  des 
chevaux  de  Gauchos,  attachés  à  un  poteau,  tandis 
que  leurs  maitres  jouent  aux  cartes ,  a  escondi- 
dasj  c'est-à-dire  en  cachette,  pendant  que  les 
céladores  font  la  siesta;  car  on  a  prohibé  sévère- 
ment le  jeu  de  carte  {harcga)  appelé  monter  pour 
lequel  ils  sont  si  passionnés  qu'ils  jouent  souvent 
jusqu'à  \e\xr  chemise;  heureux  quand  le  jeu  finit 
sans  querelle!  dans  ce  cas,  elle  se  vide  sur  la 
place  même ,  avec  le  long  couteau  dont  ils  sont 
toujours  armés.  Profitez  de  l'occupation  des  Gau- 
chos, pour  passer  inaperçu,  si  vous  tenez  àn'être 

«  Une  graode  preuve  de  la  salubrité  ^  Tair  dans  celte  ooniréec'eft 
qu'il  n*7  a  jamais  de  maladies  pestilentielles  ;  ce  dont  on  s'étonne  avec 
raison,  à  la  vue  de  tant  de  matières  animales  en  décomposition.... 

s  Enclos  de  cactus-cierges  du  Pérou. 

'  Grandes  cours. 


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—  857  — 

pas  salue  par  les  épithètes  grossières  de  gringo, 
de  carcaman  ou  de  cofetiUa. 

Mais  la  ville  sort  de  sa  léthargie  !  les  changa- 
dores  sont  debout  à  leur  poste,  aux  esquinas; 
les  portes  des  tiendras  se  rouvrent;  les  charrettes 
nationales  *  et  leurs  damnés  concurrens  les  petits 
charriots  anglais  *  se  sont  ébranlés;  les  nombreux 
conunis,  les  courtiers,  les  agens  d'affidres  se  sont 
remis  en  course,  les  uns  à  pied,  le  plus  grand 
nombre  à  cheval;  la  plage  se  couvre  de  voitures, 
se  croisant  en  tout  sens;  seulement  la  multitude 
des  hautes  carretillas  suit  une  même  direction, 
elles  vont  de  la  douane  aux  balandras  ^,  puis  on 
les  voit  revenir  des  balandras  à  la  douane  cou- 
vertes des  riches  produits  d'une  industrie  étran- 
gère. Encore  deux  heures  d activité,  d'occupa- 
tions sérieuses,  puis  une  nouvelle  décoration,  des 
scènes  plus  paisibles,  plus  enjouées,  plus  agréa«- 
blés,  plus  en  harmonie  avec  nos  moeiu*s,  vont 
captiver  notre  attention  jusqu'à  ce  que  les  sérénos 
nous  avei*tissent  qu'il  est  l'heure  de  rentrer. 

«  Catretilltu. 

«  Carros  ingleses. 

s  Les  balandras  sont  des  aDéges  à  Taide  desqueik»  s'opère  le 
déchargemettt  et  le  chargement  des  grands  bâtimens  ;  les  rarretiUas , 
au  moyen  de  leurs  énormes  rones,  peuvent  les  accoster  sans  mouUler 
la  marchandise. 


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—  258  — 

Courons  vite  nous  placer  à  las  cuatro  esifmnas 
des  rues  du  Pérou  et  de  la  Victoria ,  k  une  cua- 
dre  de  la  place;  nous  allons  voir  le  changement 
à'  vue  et  les  scènes  les  plus  intéressantes  du  soir. 
Au  moment  où  Ton  commence  à  illuminer  la 
ville  le  bruit  cesse  graduellement  :  les  carretil- 
las  et  tes  carros  ont  été  reconduits  au  lieu  de  leurs 
stations,  les  changadores,  composés  de  nègres 
rofafuistes,  dlndiens  Patagons  et  de  mulâtres ,  ont 
réjoint  leurs  &milles  dans  les  quartiers  reculés; 
les  Gauchos  se  sont  hâtés  de  regagner  leur  rân- 
cho*;  enfin,  tout  ce  qui  pouvait  ofiusquer  la 
vue  d'un  Européen  nouvellement  débarqué,  s'est 
éclipsé  pour  feîre  place  à  la  population  décente 
et  civilisée,  qui  n'attendait  que  l'heure  où  l'ar- 
dent Phébus  laisse  respirer  la  chaste  Phébé  pour 
se  montrer,  dans  les  lieux  publics ,  digne  de  la 

haute  opinion  qu'elle  a  conçue  d'elle-même 

Regardez,  voilà  la  longue  procession  des  belles 
Portenas  qui  commence  :  voyez- vous  cette  file  non 
interrompue  de  vingt  femmes ,  marchant  lente- 
tement  en  se  balançant  mollement  au  mouvement 
régulateur  de  l'éventail?  et  bien,  c'est  une  seule 
famille,  et  vous  ne  voyez  heureusement  que  la 
portion  féminine  !  car  si  les  hommes  ne  prenaient 

*  Sorte  de  cliRumière  ,  que  je  décrirai  plus  loin. 


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—  389  — 

pas  le  parti  d'alkr  se  promener  de  leur  cèté ,  il 
n  y  aurait  plus  moyen  de  circuler;  comptons  : 
douze  fiUes  nid>iles  et  charmantes  ;  la  mère  en- 
core )enne  et  buena  mossa  ;  trois  tantes ,  un  tant 
soit  peu  enyieuses  de  leurs  nièces^  souriant  à  tout 
Tenant  et  lançant  plus  d'un  regard  significatif; 
une  grand-mère,  encore  fraîche  et  bixarra ,  en- 
fin trois  criadasy  mulâtresses,  chinas  ou  nègres- 
ses^  riant  sous-cape  à  plus  d'un  cabaBero^  dont 
elles  ont&TOrisé  les  vues.  Tout  cela  va  entrer  dans 
cette  riche  tienda,  où  déjà  tant  de  femmes  sont 
entrées  et  d'où  dOies  sont  sorties  sans  rien  acheter  ; 
elles  Tcmtfiure  atteindre,  déplier,  chiffonner  les 
{dus  bcJles  étoffes  deParis,  de  Lyon,  de  Londres  et 
de  Manchester;  les  moxùs de  tienday ont  se  confon- 
dre  en  politesses,  en  petites  attentions  pour  prére- 
nir  les  désirs  de  ces  charmantes  Senoritas,  et  très- 
prcd^aMement  elles  s'en  iront  en  leur  disant  «  es 

t.Litlér«leiiieiil ,  cabaUero  signifie  chevalier,  gentiltioiiime;  mai» 
il  s'applique  dans  le  sens  de  Monsieur  à  tout  homme  décent  et  de 
belles  manières.  Le  peuple  s'est  emparé  de  ce  terme ,  et  je  n'ai  pu 
m'empècher  de  rire  en  voyant  les  nègres  se  traiter  entre  eux  de  ca- 
ballen».  Jusqu'à  la  langue  «spagnc^  on  castillane  se  prête  aux  fonnes 
démocratiques  !  il  n'y  a  point  de  difTérence  dans  la  manière  de  s'expri- 
mer ;  les  formules  de  politesse  sont  les  mêmes  chez  le  bas  peuple 
que  chez  les  grands  ;  on  entend  avec  une  agréable  surprise  un  nègre 
dire  à  un  antre  nègre  qu'il  rencontre  :  Como  esta  su  senora  F  y  la  fami- 
liaP  Dona  Juanita...  y  todos  F  —  muy  Iniênos  estan,  para  servir  d  ni. 
—  f^aya,  me  alegro  !  muchas  expresiones  de  mi  parte. 


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~  340  — 

muy  hermoso  !  v^peremos  otro  dia^  si  tMcaso.. .  » 
Les  commis  de  magasin  ont  afifecté  beaucoup  de 
politesse  y  mais  ils  n'ont  pas  perdu  de  vue  les 
criadas^  car  il  arrire  assez  fréquemment,  au  dire 
des  tenderosj  que  des  Portenas  peu  scrupuleuses, 
profitant  d'un  moment  où  la  foule  encombrant 
une  tienda  les  commis  ne  savent  de  quel  câfë 
tourner  la  tête,  font  passer  à  leurs  suivantes  des 
pièces  d'étoffes  riches,  ou  tout  autre  objet  dont 
elles  ont  envie.  —  Je  vous  préviens  que  je  ne 
prends  pas  sur  moi  la  responsabilité  de  cette  in- 
culpation; je  vous  la  donne  comme  un  on  <£/, 
par  amour  pour  l'exactitude  dans  la  narration , 
uniquement.  Du  reste  ce  ne  serait  peut-être  qu'un 
dédommagement ,  une  fiûble  compensation  des 
sacrifices,  du  démuèment  de  ces  jolies  senoritas 
envers  des  ingrats....  Car  il  fiiut  que  vous  sachiez 
que  les  tenderos  (commis  de  magasin)  sont  nmjr 
pûlos  *  ;  mais  aussi ,  comme  dit  le  proverbe  espa- 
gnol, que  les  Argentins  ont  adopté  :  «  ApiUo^ 
piUo  y  medio!....  » 

La  foule  des  promeneurs  augmente,  les  colon- 
nes atmosphériques  sont  tenues  dans  une  vibra- 
tion continuelle,  par  des  propos  galans  qui  cha- 

-   1  Bien  fripons.  Ce  mot  s'emploie  dans  le  sens  de  roti^,  rusé,  fin. 
mdroii ,  habiU  à  tromper. 


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loqiUent  agrëfdilêmaut  le  tympi^n  de  votre  oreille  ; 
voyez  w  BQuveau  groupe  a'avanç^nt,  et  au  luilîeu 
cette  rap^be  penK>ime  portant  fi&rewen^,-  n^ôs 
avec  ixiajestéy  une  bftte  om^  de  roses  et  d'un 
uuiguifique  p^iffefon  !  Ne  dirait-ou  p^  de  Calyp^o 
ampiU^u  de  ses  uymphes?  £coute^.MM  c'^t  la 
b^Ue  Mariquit^^  surnommée  k  ^trella  4à  suri 
Catfc?  foul^  de  jeuues  gep3,  dout  U  çonvenatiou 
est  $i  mimée ,  ne  la  laisser^  pas  pas^r  sans  lui 
adr^^er  if^  houmiag^,  JSUe  est  au  mjSieu  d'eux  ; 
c'est  k  qui  s'eiupi'esseï?^  autour  d'ell?.  Voye«  avec 
<{ueUe  grdce  çbarmantei  avec  quelle  aisance  elle 
répond  à  chacun  d'eux  en  le  désignant  par  son 
nom.  La  foule  grossit,   car  Mariquita  subjugue 

tous  les  cœurs Étrangers  ou  Porteuos,   tous 

briguent  Fhonueur  de  s'en  £ure  remarquer.  On 
la  complimente  sur  la  grâce  qu  elle  a  déployée 
dans  la  dernière  tertuUa  '  »  en  dansant  divinement 
un  cielUo  et  la  montonera  *.  A  l'aide  de  sa  mère, 
de  ses  coiuines,  de  ses  tantes  et  des  criadas,  Ma- 
riquita parvient  à  se  dégager  de  la  foule  de  ses 
adorateurs  ;  la  voilà  qui  se  dirige  du  côté  de  la 
Alameda;  suivons  le  flot  qui  nous  emporte. 
Conune  elle  reprend  sa  dignité!    son  port  de 

«  Soirée  dansante. 

s  Sorte  de  menuet  sauté ,  dans  lequel  la  danseuse  imite  les  casta- 
gnettes avec  les  doigts.  Cette  danse  est  tout-à-fait  ravissante. 

1G 


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—  242  — 

reine!...  Vous  la  croiriez  fière,  inabordable,  dé* 
daigneuse  ;  eh  bien,  pas  du  tout  !  c'est  la  meilleure 
persoûne  qu'on  puisse  voir  ;  elle  a  de  la  sensibi- 
lité ,  de  l'enjouement ,  de  là  naïyeté ,  mais  elle 
s'aime  par-dessus  tout  !....  Elle  n'a  encore  donné 
son  cœur  à  personne  ;  elle  ne  le  donnera  peut- 
être  jamais ,  surtout  si  elle  épouse  un  étranger, 
(une  Portenâ  refuse  rarement  un  étranger);  mais 
s'il  arrive  qu'elle  en  dispose ,  mariée  ou  non ,  ce 
dont  on  ne  peut  pas  répondre,  heureux  le  mor- 
tel qu'elle  aura  choisi  !...  car  plus  d'un  Porteno 
lui  appliquera ,  en  soupirant^  ces  charmans  yers 
de  Quintana  : 

a  Feliz  aquel  que  junto  à  ti  suspirA , 
«  Que  el  dulce  nectar  de  tu  risa  bebe , 
((  Que  a  demandarte  compasion  se  atreve 
(c  Y  blandamente  palpitar  te  mira  IIP» 

I  Quoi  que  la  suavité  de  ces  vers  ne  puisse  être  readiie  par  la 
traduction ,  voici  comment  j^ai  osé  les  pai-aphraser  : 

Trop  heureux  le  mortel  qui  près  de  toi  soupire, 
Qui ,  s'enivrant  d'amour  et  de  ton  doux  sourire, 

Compassion  de  sa  tlamine  ose  te  demander 

£t  te  sent ,  dans  ses  bras ,  doucement  palpiter  1 

Pour  consoler  le  lecteur  de  ma  mauvaise  traduction  je  vais  repro- 
duire ce  passage  de  Vépitre  de  Voltaire  à  MUe  Gaussin.  (Imitation  de 
Saplio.) 

«  Heiveux  cent  fois  le  mortel  amoureux, 

«  Qui  tous  les  jours ,  peut  te  voir  et  t'entendre , 


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—  245  — 

Je  vous  vois  déjà  ravi  à  la  seule  vue  de  Marl- 
quita,  c'est  une  merveille,  vous  écriez- vous, 
haletant  et  coudoyant  la  foule  de  ses  admirateurs. 
-^— Oui  c'est  une  merveille;  mais  attendez  que 
nous  soyons  à  F  Alameda  et  cette  merveille  s'effa- 
cera entré  vingt,  cinquante,  cent  Portenas  plus 
ravissantes  les  unes  que  les  autres....  et  qu'on 
ne  me  taxe  pas  de  vouloir  feire  de  la  poésie  aux 
dépens  de  la  vérité!  j'en  appelle  à  tous  ceux  qui 
ont  séjourné  assez  long  -  tems  à  Buénos-Ayres 
pour  n'être  plus  sous  l'influence  de  la  prévention 
et  je  les  somme  d'avouer  qu'ils  n'ont  pas  vu  de 
femmes  plus  séduisantes.  Celles  de  Montévideé , 
seules  en  Amérique ,  peuvent  leur  être  compa- 
rées ;  ensuite  il  faudrait  aller  en  Andalousie ,  en 
Italie,  en  Grèce ,  en  Géorgie  ou  en  Gircassie  pour 
retrouver  leur  type  enchanteur.  Savez-vous  ce 
qui  leur  manque  pour  subjuguer  complètement 
jusqu'à  nos  volages  Français  ?  de  l'instruction  et 
quelques  vertus  sociales  dont  elles  n'ont  pu  avoir 
ridée  sous  le  gouvernement  qui  règne  et  par  le 

«  Qui  voit  son  sort  écrit  dans  tes  beaux  yeux  ; 

«  Qui ,  péuétré  de  leurs  feux  quUl  adore , 

<(  A  tes  genoux  oubliant  Vunivers 

n  Parle  d^aniour,  et  t^en  reparle  encore  ! 

«  Et  malheureux  qui  n'en  parle  qu'en  vers  I  » 

Cette  paraphrase  est  belle,  mais  ce  n'est  pas  Quintana. 


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—  244  — 

tems  qai  court  ;  aussi  ne  leur  en  fiii&*)e  pas  un 
crime! 

VAlameda^  où  j'ai  débarqué  ^  où  tow  ceux 
qui  ont  yisité  le  pays  ont  débarqué  comme  moi, 
est  le  rendez^YOus  du  beau  monde,  le  soir^  pen- 
dant l'été,  et  l'après-midi  des  jours  de  £&te  dans 
toutes  les  saisons.  L'Alameda^  proprement  dite, 
n'est  pas  très«étendue  ;  elle  n'occupait  qu'une 
cuadre  à  mon  arrivée  ;  depuis  elle  a  été  augmen- 
tée du  double,  mais  il  y  a  à  la  suite  un  cbemin 
qui  âe  prolonge  très-loin  9  en  longeant  la  côte  peu 
élevée  de  la  ville;  c'est  ce  qu'on  appelle  le 
Ba^Q  *•  Ce  lieu  est  un  des  plu^  agré^le$  à  firé- 
quenter  à  cause  de  la  fralcbeur,  de  la  pureté  de 
l'air  qu'on  y  respire  et  de  la  variété  d'objets  qui 
en  composent  la  perspective;  car  on  est  en  &ce 
de  la  rade,  toujours  couverte  de  bâtimens pavoi- 
ses. Le  lieu  de  débarquement  est  rempli  de  cba- 

fl  Prononcer  ha-hb ,  avec  une  forte  aspiration  du  gosier.  Ce  inotdési' 
gneun  terretn  bas.  — Lej  (  appelé  Jota) ,  devant  toutes  les  voyéVes 
et  le  g  devant  eeii,  ont  un  son  guttural  comme  dans  bajo ,  qu^on  ne 
peutsaisirqu^après  beaucoup  de  tems  passé  dans  le  pays.  C*est  à-peu- 
près  la  seule  difficulté  qu^ofire  la  belle  et  riche  langue  castillane,  mais 
aussi  c'est  une  difficulté  insurmontable  pour  beaucoup  de  personnes  et 
l'occasion  de  rire  à  carcajadas  (à  gorge  déployée)  pour  les  portenas , 
lesquelles  prennent  plaisir  à  faire  prononcer  aux  étrangers  certains 
mots  prêtant  à  l'équivoque ,  par  l'embaiTas  qu^ils  éprouvent  à  ^w»- 
noncer  la  /oto. 


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—  246  — 

loupes,  de  longues  et  légères  pirogues  appelées. 
baleùùères  et  des  nombreuses  charrettes  du  pays 
ateo.  leurs  grotesques  conducteurs;  Tînteryalle 
asses  large  séparant  le  cbemin  des  eaux  du  fleuye 
est  rempli  par  une  pelouse  toujours  verte;  le  co- 
teau ou  la  petite  fidaise  formant  la  côte ,  est 
occupé  par  des  maisonnettes,  des  chantiers  oït 
des  jardins;  le  sud  est  fermé  par  un horicon  loin- 
tain laissant  reposer  la  vuesur  les  masâfi  de  saules 
de  la  Boca  ;  le  nord  nous  montre,  en  fiioe  du 
Guartd  et  des  qumtas  du  RsHro^  les  nombreuses 
et  curieuses  charrettes  du  Tucuttian,  de  Salta, 
de  Cordoya  et  de  Mendota,  toutes  rangées  sur 
une  même  ligne,  avec  leurs  funîlles  nomades 
groupées  ilegmaticpiement  sur  le  gason  en  face 
du  cosàBorOU  du  matBhiunbre  ',  rôtissant  au 
bout  d'une  broche  piquée  d:>liquement  en  terre , 
sur  un  lieu  en  plein  air.  A  tous  ces  objets,  for- 
mant le  fond  du  tableau ,  Tiennent  concourir  une 
foule  de  proofteneurs  indigènes,  d'étrangers  cos- 
mopolites, en  voitures  élégsjites,  à  cheval  ou  à 
pied ,  pour  ranimer ,  lui  rendre  la  vie  et  charmer 
Tobtervateur.  Communément  les  promeneurs  à 
chevd  deKeûdent  par  le  cèté  du  fort^  et,  après 
avoir  bien  caracolé ,  bienfiiit  admirer  leur  grice 

«  Piëcn  de  Tiandes  dont  les  Gauchos  sont  très-friands  et  dont  j'aurav 
ôCcaaSon  de  reparler,  ainsi  que  des  charrettes. 


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—  246  — 

à  cheval ,  la  légèreté  de  leur  course,  après  avoir 
bien  pmtadoj  comme  disent  les  Espagnols,  ils 
vont  remonter  la  Ëdaise  au  Retiro  pour  entendre 
les  iâuÊires  et  la  belle  musique  du  Cuartel ,  ou 
bien  ils  prolongent  leur  course  jusqu'à  l'ancien 
couvent  de  la  Recoleta  (actuellement  le  cimetière) 
à  une  demi-lieue  au  nord,  et  ils  reviennent  à  tra- 
vers les  quintas  rejoindi^e  encore  la  place  du 
Retiro ,  puis  la  rue  de  la  Florida ,  la  chaussée 
d'Antin  de  Buenos- Ayres,  où  la  vanité  de  l'écuyer 
se  trouve  de  nouveau  flattée  à  la  vue  d'une  my- 
riade d'élégantes  Portenas  placées  tout  exprès  à 
à  leurs  fenêtres  pour  voir  rentrer  les  promeneurs. 

Bien  entendu ,  nous  n'avons  pu  jouir  de  ce 
panorama  très-animé ,  en  suivant  Mariquita  ;  no- 
tre attention  a  dû  être  détournée  par  les  propos 
galaus ,  les  traits  fins  et  spirituels  qui  circulent , 
entrainés  dans  un  gaz  magnétique  dont  nous 
sommes  pénétrés,  enivrés,  ravis ,  sans  trop  cher^ 
cher  à  nous  en  défendi'e.  C'est  le  privilège  des 
beaux  climats ,  des  ciels  sans  nuages ,  sans  va- 
peurs malsaines  ,  de  disposer  l'ame  à  envisager  la 
la  vie  sous  des  couleurs  moins  sombres  ;  ce  qui  a 
fait  dire  à  Madame  de  Staël  que  le  soleil  comme 
la  gloire ,  réchauCFe  même  la  tombe.  «  Dans  le 
Midi,  ajoute-t-çUe,  on  se  sert  si  naturellement 


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—  247  — 

des  expressions  les  plus  poétiques ,  qu'on  dirait 
qu'elles  se  puisent  dans  l'air  et  sont  inspirées  par 
le  soleil.  *  >> .  Madame  de  Staël  disait  cda  de  l'Italie, 
mais  cette  pensée,  pleine  de  justesse,  trouve  son 
application  à  Buénos-Ayres  plus  qu'ailleurs.  La 
beUe  langue  castillane,  aussi  bien  que  Titalienne, 
se  prête  merveilleusement  à  l'expression  des  sen- 
timens  les  plus  tendres,  comme  les  plus  généreux  ; 
eUe  fournit  en  même  tems  les  propos  les  plus  sé- 
duisans,  les  plus  mielleux ,  les  plus  susceptibles 
devibrerbarmonieusement  jusqu'au  cœur  comme 
les  expressions  les  plus  terribles ,  les  plus  fou- 
droyantes. Aussi  presque  tous  les  Espagnols  sont 
poètes  et  improvisent  admirablement  des  vers 
qu'ils  chantent  en  s' accompagnant  de  la  gui- 
tare ou  du  piano.  J'attribue  à  cette  facilité  d'im- 
provisation et  à  ce  langage  poétique,  commun 
parmi  le  peuple ,  la  pauvreté  de  la  littérature 
espagnole;  l'imagination  est  tout  pour  eux  et 
l'orgueil  qu'ils  en  ressentent  les  empêche  de  se 
livrer  aux  études  qui  feraient  certainement  des 
Espagnols  les  meilleurs  poètes  et  les  meilleurs 
orateurs  modernes.  Les  Lope  de  Vega,  les  Igle- 
sias, les  Iriarte ,  les  Villegas,  les  Garcilaso  de  la 
Yega,  les  Cervantes ,  les  Jovellatios  sont  à  lahau- 

3  Corinne. 


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-^  348  — 

teur ,  sinon  des  poètes  italiens ,  au  moins  des 
poètes^  des  critique^,  et  des  otuteùrs  français, 
allemandsetanglais.  Or^  les  Argentins,  en  héritant 
du  bel  idiome  castillan  3  ont  été  douéfe  ^  en  Outre, 
d'une  imagination  plUê  nim  et  d^un  esprit  plus 
indépendani;  on  là  donc  droit  dé  s'attendre  k 
leur  toir  créer  une  littérature  mnérieâiné  digne 
de  la  haute  opinion  qu'ils  ont  cdneue  de  leurs 
facultés  intdlectàeUesh 

L'hospitalité  e«t  une  vertu  généralement  pra- 
tiquée cheft  les  Argcoitins.  Il  fbt  un  X/emâ  oti  Ton 
te  disputait^  à  Buenos- Ayres 5  l'é^^^inger  nouinÉil- 
lement  débarqué  Wap  ceé  plage§  ;  il  n'atail  que 
l'embarras  du  choix;  du  moment  qu'U  ttVait  é|ft 
domicile  dans  telle  ou  telle  maiflon^  il  poUYàit 
se  regarder  comme  étant  de  la&mille^  et  emnme 
tel^  agir  en  toute  liberté.  On  garde  à  pi[^senl  plu^ 
de  réserye  dans  les  démonstration^  d'urbanité; 
on  n'observe  plus^  à  beaucoup  près  5  le  même 
empressement ,  à  moins  d'une  bonne  recomman- 
dation. Les  étrangers  ne  doivent  t^etk  pa^endré 
qu'à  eux-mêmes  de  ce  ehangement  rabit;  ils  ont 
abusé  ^  d'une  manière  dégoûtante^  surtout. dan^ 
ces  dernières  années  où.  1  on  a  vu  déborder  à 
Buenos- Ayres  le  trop  plein  de  notre  cmïisation , 
des  lois  sacrées  de  l'hospitalité.  Cependant,   on 


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—  249  — 
peut  être  âsstùré  d'être  àccnieiUi  aVec  bietiVeU- 
lance  et  bonté  datii  touteë  les  ïnâisom  de  lu  TÎlle, 
à  quelle  classe  que  Fou  appartienne;  il  suffit  dé 
se  comporter  avec  déeence  pour  être  introduit 
partout. 

Pour  donner  une  idée  de  la  manière  dont 
s'exerce  encore  Fhôspîtàlîté  à  la  tille  et  à  là  cara- 
pace, malgré  les  torts  d'uu  très-graud  nombre 
d'étrangers ,  je  citerai  ce  qui  m'arriira  la  première 
autiée  de  mon  séjour  à  Buénos-Ayres ,  et  l'on  me 
panionnera ,  j*  espère ,  de  parier  de  moi  en  fiiveur 
de  Fimportauce  du  sujet  : 

Au  moment  ou  la  fërmentatiou  des  esprits  était 
k  sou  comble  par  la  dé&ite  du  général  Quiroga , 
je  formai  le  projet  d'aller  passer  trois  jours  au 
village  de  QuUfheSf  avec  mon  préparateur,  dans 
le  but  d'y  chasser  et  d'eiplorer  la  campagne. 
Toutes  leÈ  personnes  à  qui  j'en  parlai  se  récriè- 
rent sur  Fimprudenee  que  j'allais  commettre; 
M.  Faustino  Leziôa,  lui-même,  auquel  j'étais  re- 
commandé ,  eut  la  bonté  de  me  faire  dire  qu'il 
ne  me  conseillait  pas  de  donner  suite  à  mon  pro- 
jet. Je  ne  tins  aucun  compte  de  toutes  ces  obser- 
vations ,  tant  j'avais  le  désir  d'aller  &ire  ma  mois- 
son d'oiseaux.  Je  partis  un  matin,  à  pied,  avec 


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—  250  — 
Gamblin ,  tous  deux  armés  jusqu'aux  dents  etbieu 
résolus  à  nous  défendre  en  cas  d'attaque.  Ou- 
tre nos  fiisils  à  deux  coups ,  nous  ayîons  dbftcun 
une  paire  de  pistolets  dans  nos  carnassières  et  des 
couteaux  de  chass<;  au  côté;  j'avais  obtenu  une 
permission  de  la  police  pour  être  ainsi  armé. 

Nous  traversâmes  BarracctSy  puis  les  Salade- 
ros^j  puis  nous  entrâmes  en  chasse  ds^ns  les  vastes 
plaines  marécageuses  qui  s'étendent  sous  les  pe- 
tites collines  de  Quilmes ,  sans  être  inquiétés  par 
qui  que  ce  soit.  Après  avoir  chassé  toute  la  jour- 
née ,  par  une  chaleur  suffoquante ,  nous  nous 
acheminâmes^  vers  le  soir,  au  village  ^  afin  d'y 
chercher  un  gîte ,  pensant  qu'il  y  avait  au  moins 
une  auberge.  Notez  bien  que  je  ne  savais  pas 
un  mot  d'espagnol  !  Gamblin  seul,  ayant  £iit 
la  glorieuse  campagne  d'Espagne,  en  1823, 
conmie  enfant  de  troupe,  en  avait  retenu  quel- 
ques locutions  usuelles.  —  C'est  égal,  nous 
avançons  bravement,  Tarme  à  volonté,  au  milieu 
des  chardons  et  des  ranchos  du  village  en  deman- 
dant une  poscula  (auberge).  Il  était  bien  facile 
de  s'apercevoir  à  notre  costume  et  k  notre  hara- 
goiUn  que  nous  étions  nouvellement  débarqués. 

a  EtabUssemens  où  Ton  lue  les  bœufs  et  les  vaches  pour  en  fùre 
sécher  les  peaux ,  saler  la  viande  et  même  les  cuira. 


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— Un  brave  pidpero^  indigène  eut  pitié  dé  notrt» 
embarras  ;  il  nous  fit  signe  d'approcher  :  «  Il  n'y 
a  j>as  de  posada  ici ,  dit-il ,  mais  si  vons  voulez 
vous  accommoder  d'un  mauvais  gîte  et  de  notre 
triste  ordinaire,  disposez  de  la  maison;  elle  est 
à  vous  ».  Cela  dit,  il  nous  offrit  un  cigarrito  de 
papier,  en  signe  d'amitié,  et  nous  introduisit 
auprès  de  sa  famille,  dans  une  pièce  voisine.  Sa 
femme  était  basanée,  mais  il  avait  des  enfans 
blancs  et  de  traits  réguliers;  sa  fiUe  a)née, 
âgée  de  quatorze  ans  ,  était  à  nos  yeux  une 
beauté.  Nous  en  fômes  accueillis  avec  un  em- 
pressement et  des  soins  vraiment  touchans.  Bref, 
nous  restâmes  trois  jours  et  trois  nuits  à  Quilmes, 
chez  ce  bon  pulpero ,  sans  qu'il  voulût  accepter , 
à  notre  départ ,  d'autre  rétribution  que  ceUe  de 
la  valeur  du  pain  et  du  vin  dont  nous  avions  fait 
une  assez  grande  consommation. 

Je  ne  dois  pas  omettre  une  circonstance  qui 
prouve  jusqu  à  quel  point  va  la  patience  et  l'in- 
dulgence des  autorités  locales.'  Dès  le  soir  de  no- 
tre installation  chez  le  pulpero ,  nous  voidûmes 

t  Pr<»priéUiire  A'une,  pulperia^  cette  échoppe-cabaret  dont  j*ai  déjà 
Tait  mention.  Dans  la  campagne  on  trouve  en  outre  dans  ces  boutiques 
de  la  mercerie ,  de  la  quincaillerie  et  mille  bagatelles  à  Tusage  des  Gau- 
chos 


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—  SttS  _ 

aller  chassa  aux  i^iacacha^  « ,  (g€i^>^  <^^  rongeurs 
Toisiiidesc/rmcAÂZItt,  très-abondaiitpartQutdaiis 
€^  campagnes  )|  au  lieu  d'allet*  en  deliors ,  nous 
nous  arrêtâmes  sur  la  jijace  du  village  ^  où 
nous  vîmes  des  terriers.  Nous  tirâi^ies  qud<]Ues 
coup» de  fusil;  mais  Fobacurité  était  si  grande 
qu'il  fidlut  abandcmner  la  partie^  Nous  j  retour- 
nâmes le  lendemain  de  meilleure  heure.*,  quelle 
£it  notre  surprise  de  trouver  tous  les  trous  bou<^ 
ohés  !  je  réfléchis  alors  sur  notre  imprudence  et  J6 
me  trouvai  heureux  que  le  juge-de^paix  f&t  un 
homme  pacifique»  Combien  dô  maires  ^  de  juges- 
de-paix  dans  nos  villages  oU  nos  cantons  ^  n'au- 
raient pas  pris  la  chose  sur  ce  ton  1»  ««» 

Le  second  exemple  d'hospitalité  sera  pris  en 
ville*  Javais  pour  voisins  immédiats,  dans  là 
caUe  de  las  Piedras  ^  où  était  mon  établissement, 
une  Ëimille  très-respectable  qui  m'avait  fait  l'hon- 
neur de  me  pt-endre  en  amitié  ^  au  point  que 
j'étais  grondé  sétànement  quand  huit  jours  se 
passaient  sans  me.  voir.  Je  tombai  malade  i  et  si 
sérieusement,  qu'on  désespéra  qudque  tems  de 
me  sauver;  eh  bien!  pendant  près  de  deux  mois 
que  je  fus  alité ,  la  senora  do&a  Ramona  H 

1  Callomys  viscacia,  G€off.  St-Hîlaire. 


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—  S53  — 

eut  Pextrème  bonté  de  me  «ngow  comme  son 
propre  fils;  de  m'aïaîster  )a  nuit  wa^me  le  jour; 
ses  fiUtt,  SBi  ^(»w,  yenaieni  souTent  poiur  vm  dU- 
tiaîre«  et  quand  jeiiis  eu  eoiiTalesceiice  f  giAce 
k  leur»  soins  assidus^  ainsi  qu'à  ITiabUeté  du  doo^ 
teur  Pf oUet  ^  »  ^  Nancy  ^  je  reoevaû  à  abaque 
însUnt  de  leur  part  quaniité  do  mets,  de  frian* 
dises,  préparés  par  ces  damea ,  dana  le  W  d'ex*- 
citer  m(m  appétit  et  de  flatter  mon  foftU  Je  me 
plais  à  leur  donner  ce  témoignage  puUic  de  ma 
profonde  gratitude;  le  seul  que  je  sois  k  même 
d  o£firir  ;  mais  je  suis  faien  conTameû  que  c'est 

aussi  le  seul  que  doua  RamonaH Youdrait 

admettre  et  qu'elle  me  gnmkrcdt  ancp/v  d'aroir 
mis  le  public  dans  la  oonfidenee. 

Après  oethommagef  rendu  aux  ▼artushospila'- 
lières,  nous  ne  craindrons  pas  d'entrer  dans  la 
maison  d'un  porteno  ?  Suivons  encore  la  foule 
des  fmmieneiws*  f^-Eutendéz-Tous  la  guitare  rai- 
sonner aigrement  par  la  vîhmtion  rapide  de  ses 
douze  cordes  de  métal?  fiirtMdea^TOiifi  desrô 
immodérés,  desdhants  monotones ,  femUaUesè 

<  n  y  a  à  IkiéiiM-AyK»  aotvalite-Crmf  médeeim ,  tinH  chirurgiens  , 
deu  Mges-fénmM  françaises,  six  dentisleB,  qnaraiiledinphaniiacieiis, 
tous  reçus  après  «waMopar  qn  IribuMl  de  mMwiBe.tofii^seCi 
chargé  de  l'inspection  des  pharmacies. 


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des  psalmodie^  •,  interrompus  par  d'autres  chants 
saccadés  sur  une  mesure  très-pressée?  Tout  ce 
brouhaha ,  cette  confusion ,  cette  gaité  barbare 
viennent  de  la  pulperie  voisine  où  un  Compa- 
drito  '  raclant  la  guitare  fait  danser  aux  nègres 
ou  aux  métis  luie  danse  immorale  appelée  média 
candy  en  s' interrompant  souvent  pour  avaler 
une  gorgée  du  verre  de  genièvre  ou  de  tafia  cir- 
culant à  la  fonde.  S'il  vous  prend  envie  d'allu- 
mer votre  cigarre  dans  cette  pulperie,  quelqu'un 
vous  dira  certainement  en  vous  présentant  le 
verre:  «  Patron  j  faites -moi  lafai>euràe  boire  urt 
coup,  »  et  n allez  pa^  refizser  !  — Vous  seriez  re- 
gardé de  travers  si  une  fierté  déplacée  vous  fiii- 

sait  hésiter  d'y  porter  les  lèvres Je  vous  ai 

déjà  averti  qu'on  ne  veut  pas  ici  dî! aristocratie;  il 
faut  fi^temiser  :  liberté^  égalité. ....  ou  la  mort  ! 
ici  plus  qu'ailleurs. 

Il  y  a  terttdia  *  dans  cette  maison  basse  dont 
les  deux  fenêtres  grillées  et  fermées  par  des  volets 
en  dedans^  ne  laiesent  apercevoir  aucune  lumière; 
cette  maison  a  peu  d'apparence,  elle  est  triste, 

1  Compadiito  signifie  eompère ,  compagnon }  c'est  un  diniinulirOe 
compadre.  On  l'applique  à  une  classo  de  mauvais  sujets,  de  paresseux 
c|ue  Ton  peut  comparer  à  ce  que  le  peuple  de  Paris  appelle  des  malùu. 

a  Prononcez  ter  ion  lia. 


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—  255  — 

et  pourtant  elle  est  commodément  distribuée, 
richement  meublée. 

La  plupart  des  maisons  de  la  ville  ont  trois 
cours ,  quelquefois  quatre,  et  de  plus  un  jardin  : 
la  première  cour  porte  le  nom  de  patio  primero , 
c'est  la  cour  d'honneur,  toujoiu^s  bien  pavée, 
souvent  en  marbre;  la  seconde  ^o^ib  segundo^ 
c'est  la  cour  des  domestiques,  encore  pavée 
mais  moins  proprement  tenue,  puis  la  troisième 
est  le  corrid  (parc)  ou  se  tiennent  les  chevaux, 
les  volailles  etc  ;  le  plus  souvent ,  il  arrive  que  les 
chevaux  sont  obligés  de  traverser  la  cour  d'hon- 
neur pour  aller  au  corrcd  où  ils  sont  tenus  hbres, 
en  plein  air^  jour  et  nuit.  Les  appartemens  sont 
ordinairement  disposés  en  carré  autour  des  cours , 
et  ceux  des  côtés  présentent  souvent,  de  la  rue, 
une  enfilade  de  pièces  semblable  à  un  dortoir  de 
couvent.  La  pièce  principale  (le  salon)  est  spa- 
cieuse, toujours  plus  longue  que  large,  très-éle- 
vée;  garnie  de  plusieurs  douzaines  de  chaises 
nord-américaines,  d'un  beau  piano  anglais,  d'un 
tapis  idem ,  d'un  sofa  en  crin ,  de  plusieurs  tables 
de  jeu  et  de  consoles  sur  lesquelles  sont  placés 
de  magnifiques  vases  de  fausses  fleurs ,  des  can- 
délabres, ou  des  chandeliers  simples,  en  plaqué. 
Les  chambres  à  coucher  des  maîtres  et  des  maî- 


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—  ^w  — 

tre^ei  de  la  maison  i  lesquelles  sont  loin  d'être 
ici,  comme  au  Brésil,  en  Angleterre,  ou  eu 
Turquie ,  un  sanctuaire  impénétrable  et  mysté- 
rieuxy  sont  encombrée»  par  un  iomiense  lit  de 
si^  pieds  can:é$,  trèihéléTé^  orué  de  rideaux  d^ 
soie  |;raçiewemeut  drapés^  et  ce  lit  est  •  quel- 
quefois placé  I  comme  uA  catâfrlque  au  milieu 
de  la  cbanibres  mais  le  plus  oràiuairemeut  sur 
un  des  côtés;  par  uuso&«  une  élégaute  com* 
mode ,  uu  bureau  ^unuonté  d'uue  petite  biblio- 
thèque «si  c'est  unecbambre  d'homme»  et  par 
de»  chaises  américaines,  "-Quant aux  chambres 
des  domestiques  et  des  eu&ns ,  elles  sont  très- 
simples  ;  quatre  murailles  blanchies,  un  çatre  ou 
lit  de  camp  9  recouvert  d'un  cuir  de  bceuf,  dieux 
chaises  communes  »  uue  petite  table  et  un  vase 
d'eau  composent  tout  rameublemeut,-=r  Voilà 
l'intérieur  d'une  maison  opulente* -^Celles  des 
classes  moyeuue  et  pauvre  ne  peuvent  pas  ayoir 
la  même  élégauce  ;  distribuées  de  la  xa^ia^  ^çoo , 
les  murailles  au  lieu  d'être  tapissées  *  sout  sim^ 
plement  ManchieS)  il  y  a  toujours  daus  le  salon 
trois,  qu^ttrct.  ou  six  domaiues  de  chaises  et  un 

«  On  eommenoe  à  lambrûéer  dam  les  maisons  modernes,  à  Mra  des 
arm^îm  et  des  dvninèes,  Umlfls  iopovalMWs  dues  à  net  ostriert. 
On  profite,  d^aiUeurs,  par  tonte  rAmèviqge,  des  progrès  rapides  de  nof 
arts  européens,  une  innovation  utile  est  adoptée  ici  bien  avant  qu'elle 
soit  popularisée  chei  nous. 


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—  257  — 

sofa  ,  des  petites  tables,  des  yases  de  fleurs  et 
des  chandeliers  9  mais  tout  cela  est  nécessaire* 
ment  plus  simple ,  de  même  que  le  lit  de  parade, 
dans  lequel  on  couche  rarement,  préférant  le 
ciitre  où  l'on  se  jette  tout  habillé.-— *Gela  donne 
moins  de  peine;  il  n'y  a  pas  besoin  de  &ire  le 
lit.-^— Il  faut  qu'une  famille  soit  bien  pauvre  pour 
n'avoir  pas  maintenant  un  piano.  Les  Buenos- 
Ayréennes  et  les  M ontevidéennes  sont  aussi  bien 
organisées  que  les  Italiennes  pour  la  musique  ; 
mais  elle  ne  se  donnent  pas  la  peine  d'étudier  de 
la  musique  écrite  (généralement parlant);  il  leur 
suffit  d'entendre  une  fois  ou  deux,  un  air,  une 
contredanse ,  une  ouverture  même  pour  les  ré- 
péter soit  sur  le  piano ,  soit  sur  la  guitare  avec  la 
plus  grande  exactitude. — Elles  affectionnent  par- 
ticulièrement la  musique  italienne  et  firançaise , 
mais  un  penchant  irrésistible,  leur  fait  préférer 
encore  Içs  tristes  Péruviens,  les  boléros  espa- 
gnols ,  les  ciélitos  nationaux  qui  ne  sont  pas  sans 
charme.  Rien  de  séduisant  comme  ime  portena 
disant  à  une  autre,  en  confidence,  <c  este  triste 
me  Iki^a  el  aima!  »  — Entrons  à  la  Tertulia  : 

Reprenez  vos  sens  ;  ne  vous  laissez  pas  troubler 
à  la  vue  de  cet  essaim  de  femmes  séduisantes  ; 
ne  leur  procurez  pas  la  jouissance  qu'elles  ambi- 

17 


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— .  258  — 

tionnent  le  plus,  celle  de  ravir  un  cœur  étranger,  » . 
On  va  vous  présenter  le  nuxté,  Tmévitable  maté, 
pour  augmenter  votre  embarras  et  lliilarité  de 
ces  dames  *.  Ce  n'est  pas  une  chose  Ëicile  que  de 
prendre  le  maté,  une  première  fois  sans  se  brûler 
la  langue  ou  boucberla  bomhUla  par  luie  aspira- 
tion trop  forte  ! . . . .  Voyez  comme  ces  dames  s'ef- 
forcent de  cacher  le  rire  qui  va  leur  échapper  sous 
le  brillant  éventail  qu'elles  portent  à  leur  figure... 
Allons,  ne  rougissez  pas  trop.  ' —  Heureusement 
le  bal  va  s'ouvrir  par  un  menuet  et  vous  rirez  à 
votre  tour.  ▼—  Cette  danse  convient  beaucoup  à 
la  noblesse  et  à  l'élégante  simplicité  desPortenas. 
Les  hommes  et  les  femmes,  exercés  dès  leur  en- 
fimce  à  ce  pas  grave  et  mesuré  trouvent  l'occasion 
d'y  déployer  toutes  les  grâces  naturelles  dont  ik 
sont  doués  ;  ils  faut  avoir  leurs  formes  élégantes , 
leurs  belles  proportions ,  leur  aisance  et  leur 
fierté  pour  oser  figurer  dans  im  menuet;  aussi 


I  Le  mati  est  une  boisson  chaude  qui,  dans  rAmérique  Méridionale, 
remplace  le  thé  et  le  café  d^Europe  ;  il  se  prend  par  infusion  comme  le, 
thé.  C'est  la  feuille  pulvérisée,  fermentée  et  préparée  d'un  arbre  du 
Paraguay  et  des  missions  de  l'Uruguay  connue  dans  le  commerce  sons 
le  nom  ^herhe  du  Paraguay  (Ferfta  del  Paraguay^  del  Braril  ou  sim- 
plement Yerha.)  On  en  met  une  pincée,  avec  du  sucre,  dans  une 
petite  cowge  à  étroite  ouverture ,  on  jette  de  Veau  bouillante  dessus  et 
au  lieu  de  le  verser  dans  des  tasses,  on  Taspire  dans  la  courge  même 
(ou  tout  autre  vase  plus  riche,  qui  en  a  la  forme),  au  moyen  d'un  petit 


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—  269  — 

combien  d'étrangers ,  ne  cloutant  de  rien ,  pas 
même  de  leur  tournure ,  vont  se  feire  moquer 
d'eux  dans  cette  tertuUa  ! . .  — Outre  le  menuet , 
dansé  généralement,  il  y  a  encore  la  montonera^ 
le  ciéUto  y  la  contredanse  espagnole  et  la  contre- 
danse française.  Cette  dernière  se  généralise  dails 
la  haute  société,  mais  on  lui  préfère  avec  raison 
la  conhxuianza  espagnola  :  cette  danse  est  char- 
mante, les  portenas  en  sont  folles ,  et  elles  aban- 
donneraient plutôt  leur  grand  peineton  ,  conspi- 
rateur audacieux ,  que  de  renoncer  à  la  contra- 
danza. — C'est  que  là,  toutes  les ressoin:ces  de  la  co- 
quetterie féminine  peuvent  se  déployer  sans  gêne, 
sans  scandale ,  sans  que  personne  le  trouve  mau- 
vais  excepté  les  jaloux  ;  mais  les  jalou;L  n'ont 

pas  beau  jeu  avec  les  portenas  !  —  Pour  danser 
cette  contredanse ,  les  hommes  et  les  femmes  se 
mettent  sur  deux  files,  les  femmes  d'un  côté  et 
les  hommes  de  l'autre ,  autant  que  le  salon  peut 
en  contenir.  Efle  est  trop  compliquée  pour  que 

tube  de  métal  ou  de  jonc,  de  huit  ou  dix  pouces  de  longueur,  percé  de 
trous  à  rextréniité,  comme  un  arrosoir,  pour  empêcher  que  les  parti- 
cules de  la  plante,  n'arrivent  dans  la  bouche.  On  appelle  ce  petit  tube 
hombilla.  Le  maté  se  prend  À  quelque  heure  que  ce  soit,  et  dés  qu'il 
arrive  une  visite,  une  petite  négresse  l'apporte  aussitôt  à  sa  maîtresse^ 
qui  rolire  tour-À-tour  aux  personnes  présentes.  Les  habitans  ne  pour- 
raient se  passer  de  cette  boisson,  assez  agréable,  quoiqu'elle  répugne 
au  premier  abord. 


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—  260  — 

)e  la  décrive,  il  sufiBt  de  savoir  que  Ton  y  va  en 
avant  deux  ,  qu'on  y  fait  et  refait  des  tours-de- 
main  ,  qu'on  y  chasse  et  déchasse,  qu'on  y  valse 
et  que,  ce  qui  vaut  mieux  que  le  reste,  on  a  le 
plaisir  de  presser  alternativement  dans  ses  bras 
toutes  ces  joUes  femmes  et  de  leur  Êôre  des  dé- 
clarations sans  qu'elles  s'en  offensent  le  moins  du 
monde;  seulement  elles  vous  diront  naïvement  : 
tiene  duenolW... 

A  l'exception  du  peigne  ,  les  femmes  de  Buié- 
nos-Ayres  et  de  Montevideo ,  suivent  les  modes 
françaises;  il  y  a  un  assez  grand  nombre  de  mo- 
distes, de  couturières,  de  lingères  de  cette  nation, 
et  les  journaux  de  modes  de  Paris  circulent  dans 
tous  les  boudoirs  (  ou  ce  qui  tient  lieu  de  bou- 
doirs) des  portenas  ;  mais  elles  ont  adopté  des  cou- 
leurs, des  dessins  particuliers  qui  s'harmonisent 
avec  leurs  goûts  et  leur  caractère.  —  Les  hom- 
mes, très-bien  Êdts ,  de  belles  manières  comme 
les  femmes,  suivent  indistinctement  les  modes 
françaises  et  anglaises;  il  y  a  un  grand  nombre 
de  tailleurs,  très-habiles,  de  ces  deux  nations, 
des  bottiers  et  des  coiffeurs  faisant  d'assez  bonnes 
afi&ires. 

Je  suis  forcé  de  quitter  mon  rôle  de  Cicérone 


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—  261  — 
ou  de  diable  boiteux,  si  Touyeut ,  pour  entamer 
un  chapitre  plus  sérieux  y  mais  non  moins  inté- 
ressant, celui  de  l'industrie ,  du  commerce  et  de 
la  navigation;  on  m'excusera  d'enjamber  par- 
dessus quelques  détails  de  mœurs  qui  pourraient 
piquer  la  curiosité  des  lecteurs  >  mais  qui  ne  sont 
pas  d'utilité  réelle. 


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CHAPITRE  XI. 


BUÉWOft-A* 


Indiiftria.  —  GommerM.  —  V«vig«tMii« 


On  sait  déjà  à  quel  genre  d'industrie  les  habi- 
tans  de  la  campagne  s'adonnent  plus  volontiers; 
Y  éducation  et  la  propagation  du  bétail,  lesquelles 
exigent  de  leur  part  un  travail  bien  peu  labo- 


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_  264  — 

rieux,  puisque  la  nature  et  les  cheyaux  sont  les 
grands  ressorts  qui  agissent  le  plus  puissamment 
dans  cette  occupation  machinale..../ L'agricul- 
ture n  est  en  honneur  que  dans  la  Banda-Onen- 
tal  et  sur  quelques  "points  de  la  province  de 
Buenos- Ayres,  non  loin  delà  capitale;  encore 
est-il  qu'elle  mérite  à  peine  ce  nom^  par  Fimper- 
fection  des  instrumens  aratoires.  — Figurez-TOus 
que  la  charrue  de  Buenos- Ayres ,  appelée  rqa^ 
n'est  pas  autre  chose  qu'un  long  pieu  de  bois 
recourbé  en  crochet ,  lequel  déchire  inégalement 
la  surface  du  sol,  grâce  aux  efforts  de  deux 
boeufs  mansosy  attelés  à  l'extrémité  supérieure 
de  la  reja!...  Faites-moi  le  plaisir  de  me  dire  si 
au  tems  de  Janus,  à  l'époque  de  cet  heureux 
âge  d'or  dont  nous  parlent  les  poètes ,  où  Sa- 
turne chassé  du  ciel  par  son  usurpateur  de  fils 
était  réduit  à  enseigner  l'agriculture  aux  peuples 
du  Latium,  dites-moi  je  tous  prie  si  les  instru- 
mens étaient  plus  imparfaits  y  plus  barbares  'ijt.. 

Il  fut  un  tems  cependant  (  admirez  la  ferti- 
lité du  sol!)  où  malgré  la  culture  arriérée  des 
terres,  elles  produisaient  non  seulement  assez  de 
blé  pour  la  consommation  du  pays ,  mais  encore 
il  s'en  exportait  beaucoup  au  Brésil ,  et  même 
aux  iles  de  France  et  de  Bourbon.  Aujourd'hui 


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—  265  — 

Buenos- Ayres  est  tributaire  du  Chili  et  des  États- 
Unis  pour  une  grande  partie  du  froment  qu'elle 
consomme,  et  faute  d  ayoir  renouvelé  les  semen- 
ces, le  peu  qui  se  récolte  encore  de  cette  céréale 
a  dégénéré  tellement  qu'on  n'en  obtient  que  du 
pain  bis..  Jusqu'à  la  culture  du  maïs  a  été  né- 
gligée!.. La  Banda-Oriental  fournit  en  partie  à 
la  consommation  de  Buenos- Ayres Oh!  incu- 
rie des  Argentins  !  Le  sort  de  yos  neveux  n'est  pas 
brillant,  si  vous  ne  vous  hâtez  de  changer  de 
système. 

Gomme  le  gouvernement  obscur -dl  a  pas  encore 
réussi  à  expulser  de  la  ville  le  grand  nombre 
d'Européens  industrieux,  établis  depuis  long- 
tems,  il  est  qvielques  arts  et  quelques  métiers 
qui  prospèrent  encore,  en  donnant  un  peu  d'ac- 
tivité au  commercg ,  tels  sont  :  les  fonderies  de 
suif,  les  fabriques  de  savon ,  de  chandelle ,  de 
chocolat,  de  vermicelle,  de  yerba,  celles  de 
carrosses,  de  récados  (selles  du  pays),  de  selles 
étrangères,  dé  ceinturons,  de  bahuts,  malles  etc., 
de  peignes  d'écaillé  et  de  corne;  les  boulange- 
ries, la  ferblanterie  ,  la  chapellerie,  l'ébénisterie, 
l'orfèvrerie,  les  teintureries,  la  joaillerie ,  la  ma- 
telasserie  et  la  confiturerie ,  plus  deux  fabriques 
nouvelles  de  cuirs  tannés.  Tous  ces  arts  et  mé- 


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—  26(5  — 

tiers  foumûsent  au  trésor  d'asses  fortes  contriba- 
tioiis  de  patentes  et  occupent  un  grand  nombre 
de  JonSj  tant  étrangers  que  nationaux.  Parmi 
ces  ÎBfidustries  il  en  est  qui  sont  propres  au  pays , 
bien  qu'elles  soient  «n  partie  dans  des  mains 
étrangères ,  telle&sont  :  la  fonte  des  sui&,  la  fiibri- 
cation  du  sayon,  de  la  yerhaj  (berbe  maté); 
celle  de  babuts,  demallesy  darganas  *  de  mate- 
las et  de  Vts  de  camp. 

Le  savon  de  Buénos-Ayres  est  d'une  espèce 
toute  particulière;  il  se  &brique>  ou  arec  du 
suif  pur,  en  branche,  ou  arec  des  résidus -de 
fonte  de  suif  (cretons  et  crasses)  ou  ayec  le  mé- 
lange du  tout,  dans  des  proportions  arbitraires. 
Il  est  noir  ou  rougeàtre^  suivant  les  proportions 
dn  suif  ou  des  résidus.  Ce  qu'il  y  a  de  remar- 
quable dans  cette  &brication,  c'est  qu'on  em- 
ploie pour  le  durcir  la  lessive  de  cendres  à  hast 
de  potasse.  On  est  d'abord  étonné  de  voir  que  la 
potasse  opère  ici  différemment  qu'en  Europe, 
mais  on  cesse  d'être  surpris  quand  on  sait  que 
les  cendres  dont  il  s'agit  contiennent  encore  un 
autre  sel  qui ,  se  combinant  avec  la  potasse ,  dur- 


1  Sortes  de  panien  on  de  coibeiDes  de  cuir  non  tanné ponri 
aux  bètes  de  somme}  les  repartidores  de  pain,  de  savon,  de  lègnmcs  etc., 
sont  pounros  dVganas. 


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—  267  — 

cit  le  savon  tout  autant  que  la  soude.  Je  ne  crois 
pas  qu'on  ait  encore  reconnu  la  nature  de  cet 
alkali  particulier.  Un  habile  fabricant,  M.  Cam 
bacérès,  établi  depuis  long-tems  à  Buénos-Ayres , 
a  Eût  plusieurs  expériences  dans  le  but  de  séparer 
ces  deux  sels ,  mais  je  n'ai  pas  connaissance  qu'il 
ait  obtenu  un  résultat  satisfaisant.  La  cendre  dont 
il  s'agit  est  le  produit  de  l'incinération  de  deux 
plantes  abondantes  dans  les  provinces  de  Buénos- 
Ayres,  Santa-Fé  et  Entre-Rios,  surtout  sur  les 
bords  du  Parana ,  et  connues  dans  le  pays  sous  le 
nom  de  qwojvoa  et  de  Yuy  Colorado.  D  s'en  &it 
un  commerce  assez  étendu  à  l'époque  de  la  ré- 
colte; les  points  d'où  on  en  tire  le  plus,  sont  :  Scm^ 
Pedro  et  Son-Nicolas  dans  la  province  de  Buénos- 
Ayres,  et  la  Bajada  de  Santa-Fé. 

Il  y  a  déjà  bien  long-tems  qu'on  fabrique  cette 
espèce  de  savon  à  Buénos-Ayres  et  à  Santa-Fé , 
mais  dans  ces  derniers  tems  sa  &brication  a 
éprouvé  des  améliorations  sensibles  dues  à  Tiur 
telligence  d'un  espagnol  européen  (  don  Domin- 
go Rodriguez) ,  lequel  est  parvenu  à  monter  un 
établissement  sur  le  pied  de  ceux  d'Europe;  de- 
puis on  a  imité  son  exemple  et  cette  branche 
d'industrie  est  une  des  plus  intéressantes  et  des 
plus  productives  de  Buénos-Ayres.   Avec  cette 


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—  268  — 

sorte'  de  savon ,  le  linge  se  lare  à  froid  ^  au  bord 
delà  rivière^  sans  qu'on  ait  besoin  d'onployer  la 
lessive  ;  seulement  pour  le  linge  très-fin,  comme 
la  mousseline,  la  gaze,  la  dentelle  on  emploie  le 
savon  blanc  de  Marseille  et  d'Espagne  ^ 

^  L'herbe  maté,  arrivant  du  Paraguay ,  des  Mis- 
sions ou  du  Brésil,  dans  des  surons,  a  besoin 
d'être  manipulée  avant  de  servir  aux  consomma- 
teurs ;  elle  a  déjà  éprouvé  sur  les  lieux  de  récolte 
un  commencement  de  préparation  par  la  torré- 
faction, la  fermentation  et  la  pulvérisation  ;  mais 
cela  ne  suffit  pas.  Elle  doit  encore  éprouver  une 
nouvelle  pulvérisation  et  une  fermentation  plus 
ou  moins  longue ,  afin  d'acquérir  les  qualités  re- 
quises par  les  connaisseurs ,  surtout  celle  venant 
du  Brésil,  laquelle ,  très-inférieure  sous  tous  rap- 
ports à  celle  du  Paraguay ,  se  bonifie  singulière- 
ment au  moyen  de  la  manipulation  dont  il  s'agit. y^ 

Une  autre  industrie ,  propre  au  pays ,   mais 
exercée  à  présent  par  des  étrangers ,  parce  qu'dle 

I  Toutes  les  Uvandiéres  de  Buénos-Ayres  sont  oblîgées,  vu  le  manque 
de  fontaines  dans  la  Tille ,  de  se  rendre  au  bord  du  fleuve,  pour  Utct 
le  linge  ;  la  plupart  sont  des  négresses,  lesquelles  partent  le  matin  avec 
leur  fardeau  de  linge  sur  la  tète ,  une  pipe  ou  un  cigarre  à  la  bouche 
et  la  petite  cafetière  on  bouilloire  à  la  main  pour  chauffer  Teau  du  maU, 
C'est  un  coup  d'œil  assez  riant  que  de  voir  la  plage  \erdoyanle 
couverte  dans  toute  son  étendue  de  négresses  et  de  linge  étendu. 


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—  269  — 

exige  de  grands  capitaux,  est  celle  des  saladeros^ 
établissemens  où  Ton  sale  la  riande  et  les  cuirs  ; 
c'est  ce  qu'on  appelle  au  Brésil  charqueadas  :  la 
yiande  salée  qui  en  sort  s'appelle  en  espagnol  ta- 
scgo ,  et  en  portugais  chanjue  *  ;  elle  s'exporte  au 
Brésil,  à  la  Harane,  aux  lies  du  Cap-Vert,  et  elle 
est  l'objet  d'un  commerce  actif.  Tous  les  cuirs  ne 
se  salent  pas;  la  plus  grande  partie  se  font  sécher 
au  soleil,  en  les  tenant  étendus  au  moyen  de 
nombreux  piquets,  à  environ  six  pouces  du  sol; 
on  appelle  cela  estaquear.  La  manière  dont  les 
cuirs  ont  été  estaqueados  en  £dt  souvent  la  qua- 
lité :  les  goûts  des  commerçans  étrangers  diffî- 
rent  atissî  à  cet  égard,  les  uns  préférant  les  cuirs 
étirés  en  large ,  les  autres  en  long.  Une  fois  sè- 
ches, ces  cuirs  s'empilent  dans  de  vastes  maga- 
sins appelés  barracasj  et  leur  conservation  exige 
des  soins  de  la  part  de  Tentrepositeur  public  ou 
particulier  appelé  harraquero;  il  &ut  les  battre 
souvent,  les  marquer ,  les  enduire  d'une  couche 
de  chlorure  de  chaux  ou  d'une  autre  liqueur 
préservatrice ,  etc,  etc.  Le  harraquero  est  sou^ 


«  Charque^  vient  du  verbe  portugais  xarqueùr  qu*oii  prononce  char- 
qvéar  et  qui  signifie  faire  le  lassajo,  sécher  des  tranches  de  boeuf  au 
soleil.  —  Suivant  M.  d^Orbigny  chai  que  venu  de  la  langue  guichua 
ou  des  Incas ,  est  corrompu  de  charqui  signifiant  viande  sèche,  et 
désignant  aussi  figurément  nne  personne  très-maigre. 


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—  270  — 

vent  un  spéculateut  sur  place;  il  accapare  en 
tems  opportun  les  produits  du  pays,  tels  que  cuirs 
de  bœuÊ  ou  de  chenaux;  le  crin ,  le  suif,  les 
cornes,  la  laine  de  mouton,  les  peaux  de  loutre 
et  de  chinchilla ,  etc.  Sa  barraque  est  munie  d'un 
poids  public ,  yérifié  à  certaines  époques  par  des 
inspecteurs.  C'est  encore  une  des  meilleures  in- 
dustries du  pays.  Dans  ces  derniers  tems ,  on  a 
introduit  de  nouvelles  presses  à  emballer  (enfar- 
delar)  le  crin,  la  laine  ou  les  peaux  de  mouton 
et  autres  ;  ce  qui  procure  une  grande  réduction 
sur  le  fret  par  le  peu  de  volume  que  forment  les 
fardeaux  sortant  de  ces  presses.  Il  est  bien  à  dé- 
sirer qu'on  introduise  cette  amélioration  à  Rio- 
Grande  ainçi  qu'à  Porto- Alègre. 

^  Le  commerce  de  Buenos- Ayres  et  des  provinces 
de  la  ci-devant  C/nibn  a  beaucoup  soi:^ert  depuis 
la  guerre  du  Brésil,  il  est  même  loin  de  présenter 
aujourd'hui  l'état  satis&isant  communiqué  à  nos 
chambres  deconmierce  en  i8â5.  Les  principaux 
capitalistes,  attirés  dès  Tannée  1820  par  les  pro- 
messes d'un  gouvernement  protecteur ,  ont  dû 
abandonner  leurs  vastes  projets  d'établissemens 
agricoles  ou  industriels,  de  navigation  intérieure 
ou  de  spéculation  mercantile ,  du  moment  que 
la  foreur  des  partis  se  déchaînant  de  nouveau, 


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—  271  — 

les  passions  haineuses ,  les  intérêts  privés  ont  &it 
place  à  Tamour  de  la  patrie  et  du  bien  publieyr^ 
Les  uns  ont  porté  leurs  yues  civilisatrices  ,  avec 
leiu^  capitaux ,  dans  des  contrées  plus  pacifiques 
où  un  gouyemementy  établi  sur  des  bases  plus 
solides ,  consolidé  du  moins ,  à  dé&ut  de  légis^ 
lation,  par  l'opinion  d'un  peuple  raisonnable^  in- 
dustrieux y  leur  offî*ait  la  sécurité ,  la  garantie 
morale  sans  lesquelles  Tesprit  le  plus  éclairé  ne 
peut  donner  carrière  à  ses  projets  bien£dsans , 
d'autres  ont  été  ruinés  complètement,  et  ont  en- 
traîné dans  leur  débâcle  une  foule  de  malheiu^eux 
artisans  :  d'autres  enfin  végètent  encore  avec  des 
débris  de  fortune ,  en  attendant  qu'une  organi- 
sation définitive  leur  permette  d'entreprendre 
avec  certitude  de  succès  quelque  opération  pro- 
fitable au  pays  ;  mais  ce  pays  méconnaît  ses  inté- 
rêts en  persistant  à  suivre  un  système  d'isolé* 
ment ,  paralysateur  de  toute  industrie ,  de  tout 
conunerce. 

Cependant,  peu  de  contrées  ont  plus  d'élé- 
mens  de  prospérité  que  la  République  Argentine 
réunie  en  corps  de  nation^  outre  que  l'immense 
territoire  de  ses  quatorze  provinces  *  est  égale- 

A  Celle  de  Ji^juy  Tient  de  le  séparer  de  la  confédération. 


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—  272  — 

ment  propre  à  la  culture  des  denrées  du  tropique 
et  de  celles  que  produisent  nos  dëpartemens; 
que  des  canaux  naturek ,  se  ramifiant  à  l'infini , 
assurent  des  communications  fitciles  moins  coû- 
teuses que  celles  par  terre»  jusques  vers  les 
points  les  plus  distans  de  la  métropole;  que  la 
propagation  Êicile  du  bétail  est  une  source  iné- 
puisable de  richesses ,  que  ces  peuples  peuvent 
échanger  contre  des  objets  susceptibles  de  leur 
procurer  des  jouissances,  ou  des  commodités  in- 
connues encore  pour  le  grand  nombre  d'entre 
eux ,  mais  que  les  progrès  de  la  civilisation  leur 
feront  connaître  et  comprendre,  outre,  dis-je, 
tant  de  moyens  qui  pourraient  être  mis  en  jeu  à 
l'aide  de  l'industrie  et  des  capitaux  étrangers  , 
Buenos  -  Ayrts,  Torgueilleuse  Buenos  -  Ayres,  si 
avilie  maintenant  par  son  apathie  intolérable, 
possède  l'immense  avantage  de  pouvoir  devenir, 
sous  un  meilleur  gouvernement,  l'entrepôt  géné- 
ral, non-seulement  de  toutes  les  provinces  de  la 
confédération,  mais  encore  du  Paraguay,  de  la 
Patagonie,  et  même  de  la  riche  et  prudente  Bo- 
livia ,  si  le  projet  de  navigation  et  de  colonisation 
sur  les  rivières  Berrnejo  et  PUcoma^'o  vient  à  se 
réaliser!  U  y  a  là  des  sources  inconnues,  mais 
réelles,  mais  fertiles  de  richesses,  pour  tous  les 
peuples,  quand  V obscurantisme  cesseraderégner 


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—  273  — 

sur  les  itialheureux  Argentins.  Un  ouvrage ,  pu- 
Uié  à  Buénos-Ayres,  en  1853  %  démontre  jusqu'à 
révidence  Tavantage  incalculable  qu'il  y  aurait 
pour  les  provinces  de  la  Plata  et  pour  la  république 
de  Bolivia  à  faire  un  traité  d'alliance  et  de  com- 
merce, entre  ^es,  dans  le  but  de  faciliter  cette 
navigation  intérieure ,  au  moyen  des  bateaux  à 
vapeur ,  ou  de  tous  autres  que  les  compagnies 
jugeraient  convenables  d'employer.  —  L'auteur 
de  cet  ouvrage,  d'un  baut  intérêt,  après  être  en- 
tré dans  de  nombreux  détails  géographiques  et 
descriptifs  sur  le  vaste  pays  du  Chaco ,  sur  sa  po^ 
pulation  d'aborigènes,  ses  productions  naturelles, 
l'histoire  de  sa  conquête,  tentée  à  plusieurs  re- 
prises par  le  Paraguay  et  le  Pérou;  avant  d'entrer 
dans  les  détails  du  plan  d'association  proposé  pour 
la  colonisation,  et  après  avoir  démontré  l'utilité 
de  la  navigation  intérieure,  s'exprime  ainsi  : 

<c  Quand  cela  se  réalisera ,  si  en  même  tems , . 
ce  les  obstacles  et  les  restrictions  de   l'intérieur 
»  viennent  à^ disparaître,  tant  pour  le  libre  trafic 
»  de   tout  produit   de  commerce   national   ou 
»   étranger,  que  pour  la  concurrence  de  tous  les 

I  yotician  historicas  y  descriptivas  schre  tl  yran  pais  del  chaco  y 
rio  BermojOf  con  obserraciones  relativas  a  un  plan  de  narriyacion  y 
colonisacion  que  se  pg^pone  :  par  José  Arcaales.  Buenos- A jrcs  1833. 

18 


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—  274  — 

»  hommes  utiles    et  industrieux ,   quds  quûê 

»  soient  j  Texportation  deyiendra  de  plus  eu  plus 

3)  active  ;  la  yaleur  des  productions  du  pays  aug- 

9  mentera  graduellement ,  en  même  iems  que 

»  celle  des  marchandises  étrangères  diminuera  : 

x>  ces  réactions ,  accumulant  toujours  des  capi- 

»  taux  acquis  (^gananciales),  créant  des  bran- 

»  ches  d'industrie  de  toutes  parts,  et  amenant 

»  des  gens  qui  les  vivifient  sans  cesse ,  élèveront 

»  la  nation  à  ce  degré  de  prospérité  si  désiré  par 

»  les  peuples  y  fi^équemment  promis  par  les  gou- 

)>  vememens  et  toujours  éloigné  par  les  désor- 

»  dres  de  ceux-ci ,  les  passions  des  partis ,  et , 

»  plus  que  tout  le  reste,  par  le  funeste  ascen- 

i>  dont  de  ces  idées  stupides  et  extrcK^agcffUes  de 

»  nos  anciens  oppresseurs Combien  n'est-ce 

»  pas  honteux  d'avoir  à  le  confesser,  vingt-trois 

»  ans  après  avoir  proclamé  une  grande  révolu- 

»  tion  avec  les  idées  les  plus  justes  et  les  plus  gé- 

»  néreuses!  !  !  mais  ce  n'est  pas  le  cas  de  flatter 

)>  la  vanité  nationale  j  en  lui  cachant  des  vérités 

»  qu'il  lui  importe  beaucoup  d'avoir  présentes  a 

o  la  mémoire..  » 

Dès  à  présent,  la  navigation  *  des  grandes  ri- 
vières du  Parana  et  de  FUraguay  occupe  plus  de 

'  Voy.  1a  note  H,  iHathe  aux  droUs  de  naTigation,  au  pflotage,  etc. 


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—  275  — 

mille  embarcations;  deux  bateaux  à  Tapeur  sui- 
firaienty  dans  l'état  actuel  des  choses^  pour 
changer  la  £tce  des  affiûres ,  en  activant  les  rela- 
tions avec  la  B€mda  -  Oriental  ^  ï  Entre  -  Bios  y 
Fcmta-Féet  Corrientes;  et  si  le  docteur  Francia 
venait  à  mourir ,  ce  qui  ne  peut  tarder ,  quelle 
révolution  dans  le  commerce  de  ce  pays! ...  Au- 
tant que  Ton  en  peut  juger  par  le  récit  des  per- 
sonnes qui  ont  pu  échapper  au  despotisme  de  ce 
dictateur  9  personne,  après  lui  n'est  capable  de 
suivre  le  même  système  de  gouvernement  ;  il  est 
phis  croyable  que  le  Paraguay  sera  aussi  en  proie 
à  l'anarchie  pendant  quelque  tems,  jusqu'à  ce 
qu'un  ambitieux  l'emporte  sur  ses  rivaux  ;  mais 
dès  qu'il  pourra  librement  commercer  avec  l'é- 
tranger, ses  habitans,  reconnaissant  bientôt 
qu'Os  peuvent  tirer  parti  de  leurs  richesses ,  inu- 
tilisées par  le  caprice  d'un  despote,  s'empresseront 
d'accueillir  ceux  des  étrangers  qui  sympathise- 
ront le  plus  avec  leur  caractère  doux ,  humain , 
hospitalier,  plein  de  gai  té  et  de  franchise^  sera 
&cile  de  leur  persuader  de  cultiver  ou  de  laisser 
cultiver  leurs  terres  fertiles,  dont  les  productions 
les  plus  conununes  et  les  plus  abondantes  sont  le 
coton  blanc ,  le  coton  nankin  y  le  sucre,  le  riz , 
le  manioc,  les  bois  de  construction,  de  charpente, 
de  menuiserie,  d'ébénisterie,  d'aussi  bonne  qua- 


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—  276  — 

lité>  aussi  beaux  que  ceux  du  Brésil;  le 'ma£f  de- 
plusieurs  espèces,  l'herbe  mo/^,  dont  ses  forêts, 
abondent  et  qui  est  recherchée  avec  passion  par 
tous  les  peuples  de  la  Plata,  du  Chili  et  du  Pé- 
rou, et  enfin  des  bestiaux  qui  ont  dû  pulluler 
abondamment  depuis  que  le  dictateur  a  défendu- 
Textraction  des  cuirs!....  Et  je  ne  compte  pas 
Vindigo ,  le  cacao  ,  la  cochenille ,  la  vanille  qui 
peuvent  être  cultivés  avec  autant  de  succès  qu'au 
Mexique...  toutes  ces  productions  valent  certes 
bien  mieux  à  exploiter  que  les  mines  du  Brésil, 
du  Pérou  et  du  Mexique  1 

Malheureuse  république  Argentine  !  !  qui 
poun^ait  marcher  à  F  égal  de  sa  sœur  ^  aînée  de 
Nord- Amérique  et  qui,  se  laissant  séduire,  abu- 
ser, par  les  sophism'es  d'une  coterie  obscure  et 
rétrograde ,  donne  son  consentement  '  tacite  aux 
empiétemens  du  chef  astucieux ,  dont  les  vuê& 
ambitieuses  et  étroites  n'auront  '  d'autre  résultat 
que  celui  de  restaurer  les  chahies  rompues ,  à 
Taide  de  tant  de  sacrifices!  !yr  .  ....  '.  .  .  . 

Quelle  est  donc  la  fatalité  attachée  à  Tespèce  hu- 
maine, qu'il  faille  que  la  tyrannie,-  semblable  à 
l'Hydre  de  Leme,  se  reproduise  à  mesure  que 
les  peuples  tranchent  une  de  ses  hideuses  têtes?.. 


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—  277  — 

Les  séduisantes  utopies  de  nos  philantropes  ne 
seraient-elles  donc  destinées  qu'à  réalisw  un  réye 
de  leur'  imagination?...  Non!  La  cause  des  peu- 
ples doit  triompher;  mais  les  peuples  sont  encore 
trop  opprimés  sous  le  joug  des  préjugés  ;  leur 
éducation  ne  fait  que  commencer ,  ils  ne  font 
qu'entrevoir  une  partie  de  la  perfidie ,  en  soule- 
vant le  coin  du  rideau  dont  on  offusque  leurs 
regards  curieux. 


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CHAPITRE   XII. 


OHiioiroi.ooiQvs 


1535  (SféYrier.  )  —  Première  fondation  de 
Buénos-Ayres  par  don  Pedro  de  Mendoza  *. 

*  Tudif  que  Mendoza  emrahisnit  le  territoire  des  Pampas  et  des 
Guaranis,  Almago,  psrti  de  Cvaco  avec  570  Européens  et  16,000  Pé- 
nmens,  euTahissait  le  pays  de  Charcas,  auquel  les  mines  du  Potosi 
donnèrent  depuis  un  si  grand  éclat,  ainsi  que  le  Chili.  —  Rainai, 


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—  280  — 

1636,  —  L'Assomption  est  fondée  par  Juan  de 
Ayolas,  lieutenant  de  Mendoza ,  sur  la  rive  gau- 
che du  Paraguay.  Elle  fîit  la  capitale  de  Tempire 
espagnol[dans  ces  contrées,  jusqu'à  ce  qu'on  éta- 
blît, en  16âO,  un  autre  gouyernement  et  un 
autre  évêché  à  Buénos-Ayres, 

4559.  —  Buenos- Ayres  est  détruite  par  les  In- 
diens Pampas  ou  Querandis. 

1680, — Juan  Garay  se  transporte  du  Paraguay 
à  l'ancien  emplacement  de  Buénos-Ayres  et  il 
fonde  de  nouveau  cette  y ille  sur  les  ruines  même , 
en  y  établissant  soixante  espagnok ,  le  jour  de  la 
Trinité.  — Peu  après,  Garay  fut  tué  par  les  In- 
diens Minuanes. 

1618. — (8 septembre.) —  La  cour  d'Espagne 
accorde  aux  habitant  des  bords  de  la  Plata  la 
permission  d'expédier  deux  nai^ires  par  an ,  dont 
chacun  ne  doit  pas  excéder  le  port  de  cent  ton- 
neaux. 

1620.  — On  érige  un  gouyernement  et  uu  évê- 
ché à  Buénos-Ayres ,  indépendans  de  ceux  du 
Paraguay. 

1 776.  —  On  établit  à  Buénos-Ayres  un  vice-roi 


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—  281  — 

et  une  audience  royale;  composée  d'un  régent*, 
de  cinq  auditeurs  et  de  deux  commissaires  du 
gouvernement,  plus  un  tribunal  d^ inquisition. 
Les  provinces  du  Haut-Pérou  (aujourd'hui  Boli- 
via)  et  le  Paraguay,  font  partie  de  la  vice-royautél 
Depuis  1620  jusqu'en  1776,  Buenos- Ayrés  eut 
trente  gouverneurs  particuliers. 

1806  (29  juin.  ) — ^ Les  Anglais,  au  nombre. de 
dix-huit  cents  honmies ,  commandés  par  le  gé- 
néral Berresford,  s'emparent  de  Buénos-Ayres 
par  surprise. 

—  (12  août.)  —  Li^iers,  général  finançais  au 
service  de  l'Espagne,  aidé  de  quelques  volontai- 
res orientalistes,  se  met  à  la  tête  du  peuple  de 
Buénos-Ayres  et  fait  prisonnier  Berresford  et  sa 
troupe. 

1807  (5  juillet.)  —  Les  Anglais,  au  nombre 
de  douze  mille  hommes ,  font  une  nouvelle  ten- 
tative sous  les  ordres  du  général  Whitelock,  la- 
quelle échoue  complètement.  Ils  sont  forcés  de 
capituler  et  d'évacuer  le  territoire  de  Buénos- 
Ayres,  ainsi  que  celui  de  Montevideo  après  avoir 
perdu  leurs  plus  braves  soldats. 

1808  (août.)  —  La  nouvelle  de  l'abdication  de 


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—  2^2  — 

Charles  lY,  en  fiiyeur  de  son  fils,  arrive  à  Bué- 
nos-Ayres  et  produit  une  grande  sensation* 

—  (13  août.)— Un  envoyé  de  Napoléon  se  pré- 
sente avec  des  dépêches  du  nouveau  gouverne* 
ment  d'Espagne  ;  il  est  forcé  de  se  rembarquer 
sur-le-champ  par  ordre  du  vice-roi  Linîers. 

— (2i  août.)-lOn  jure  fidéHté  à  Ferdinand  VU; 
mais  bientôt  après  divers  mouvemens  ont  Keu 
en  feveur  de  l'établissement  des  Juntes  ;  à  l'ins- 
tar de  celles  de  Séville. 

-     1809.  —  La  Junte  centrale  de  Séville  dépose 
Liniers  ,  et  le  remplace  par  Cisnéros. 

1810  (19  mai.) — Cisnéros  apprenant  que  toute 
l'Espagne  est  occupée  par  l'armée  Française, 
perd  la  tête ,  et  propose  un  fantôme  de  représen- 
tation nationale. 


«  Liniers ,  dout  k  bravoure  a  ri  poi^taimiiem  oonlribtté  à  repotmer 
rinvasion  des  Anglais  a  été  payé  dlngratitude ,  comme  tant  d'autres 
qui  ont  prodigué  leur  sang  pour  la  défense  de  ce  pays  j  il  est  mort 
assassiné!...  Sa  valeur  m  ses  talens  portaient  ombrage  aux  chefs  de 
parti  ;  ils  résolurent  lâchement  de  le  faire  poignarder.  Sa  mort  et  les 
circonstances  qui  raccompagnèrent,  sont  un  des  plus  beaux  sujets  de 
tragédie  ou  de  drame  que  Ton  puisse  choisir. 


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—  285  — 

—  (25  mai*  )  —  Premier  dan  dovmë  par 
Buenos- AyreSj  en  faveur  de  rindépendance 
Américaine.  Le  Ccdbido  (conseil  municipal)  con- 
voque l'assemblée  générale  des  citoyens  de  la 
ville  ;  le  vice-roi  est  déposé  et  remplacé  par  une 
jufUa  de  neuf  personnes,  toutes  créoles.  Depuis 

1776   jusqu'en   1810,  Buenos -Ayres  eut  treize 
vice-rois. 

—  (Octobre.) —  La  Junte  de  Buenos -Ayres 
envoie  le  général  Belgrano  avec  un  miUier 
d'hommes  pour  déposer  le  gouverneur  du  Para- 
g^^Jf  dépendant  de  la  vice-royauté.  Belgrano 
est  battu  et  forte  d'évacuer. 

—  (24  octobre.) — Victoire  de  CotagaytaTeTa- 
portée  par  le  général  patriote  Antonio  Balcarcé 
sur  les  Espagnols. 

—  (7  novembre.  )—•  Action  de  Tupiza^  ga- 
gnée par  le  général  Balcarcé  sur  les  royalistes. 

1811  (14  mai.)— «Les  créoles  du  Paraguay 
goûtent  les  principes  d'indépendance  qu'on  ré- 
pand parmi  eux  ;  ils  déposent  leur  gouverneur 
et  s'affi-anchissent  de  la  domination  espagnole , 
sans  &ire  néanmoins,  cause  conunune  avec  les 
provinces-imies  du  Rio  de  la  Plata. 


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—  284  — 

'  1812  (24  septembre.  ) — VictoireduTucuman, 
remportée  par  le  général  Belgrano,  sur  les  roya- 
listes. 

iSlS  (20  février.)  Victoire  de  Salta,  rempor- 
tée par  le  général  Belgrano  sm*  les  royalistes. 

i8i4  (23  juin.)— Le  général  Don  Carlos  Al- 
year  occupe  Montevideo  avec  les  troupes  de  la 
république. 

i  816  (9  juillet.) — ^  Le  congrès,  réuni  au  Tu. 
cuman ,  proclame  Tindépeiidance  dès  provinces 
du  Rio  de  la  Plata.   * 

1817  (1*"*  février.) —  Victoire  de  Châcabuco^ 
remportée  par  le  général  Argentin  San-Martin, 
sur  les  Espagnols,  au  Chili.  —Ce  général  avait 
déjà  gagné  la  bataille  de  San-Lorenzo. 

—  (5  mai.  )  —  Action  de  Penco ,  gagnée  par 
les  patriotes  commandés  par  le  généi^  O'Higgins^ 

—  (6  décembre.  )*T-Talcahuano  est  pris  d'as- 
saut par  le  général  patriote  Grégorio  de  Las- 
Hcras. 

1818  ( 6  avril:); — ^^ Victoire  dé; Mâipii  rempor^ 


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—  285  — 

tëe  pSLV   le  général  San-Martin,   sur  les  Espa- 
^ols. 

1820.  —  Anarchie  complète  dans  les  Provinces - 
Unies,  causée  en  partie  ^^r. le  projet  de  la  cour 
de  France  de  faire  couronner  .  le  prince  de  Luc- 
ques  et  de  lui  donner  ce  gouvernement. 

1821  (19  juillet.  )  — Prise  de  Lima  par  le  gé- . 
néral  Argentin  San-Martin. 

—  (Juillet.) •*—  Organisation  d'un  pouvoir  ad- 
ministratif provincial. — On  établit  les  bases  du  : 
sjfstème  repr^entatif  républicain.  Le  système  de 
\  Union  prévaut;  on  s'occupe  de  former  un  con- 
grès général  dont  le  siège  doit  être  à  Buenos-  ' 
Ayres.  >  "       .    ■■  ^'  - 

1821.  — Le  gouvernement  de  Buénos-Ayres 
déclare  solennellement  qu'il  n'accueillera  aucuiie 
communication    diplomatique   ou  »  commerciale  ' 
de  la  part  d'un  négociateur  qui  se  présenterait  à  ^ 
main  armée,  ou  sans  les  formalités  voulues  par: 
le  droit  des  gens. 

1825  (décembre.)  —  Les  Etats-Unis  de  Nord-' 
Amérique   reconnaissent   rindépendancé  •  de   la- 


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—  886  — 

république  Argentine;  un  ministre  plénipoten- 
tiaire envoyé  par  eux  à  Buenos- A  jres,  est  accueilli 
avec  la  plus  grande  satis&ction. 

i824  (0  décembre.)  —  Bataille  d'Ayacucho 
gagnée  par  le  général  péruyien  Sucre. 

— •  Installation  du  congrès  national  à  Buenos- 
Ayres. 

i  8S5  (  août.  )  —  Bataille  de  Junin,  gagnée  par 
le  général  colombien  Bolivar,  laquelle  décide  du 
sort  de  T  Amérique. 

-^  Le  Haut-Pérou  se  sépare  des  provinces  du 
Rio  de  la  Plata  pour  former  un  état  indépendant, 
sous  le  T^isk  de  Bépublique  de  BolmoTy  nuxlifië 
depuis  par  celui  de  Bolivia. 

i825  (â  février.)— Un  traité  d'amitié,  de 
commerce  et  de  navigation  est  conclu  entre  la 
république  Argentine  et  l'Angleterre,  qui  recon- 
naît rindépendance  de  cet  état. 

—  (2  octobre.  )  —  Le  congrès  national  des  pro- 
vinces du  Rio  de  la  Pkta  déclare  solennellement 
et  décrète  que  «  le  droit  qui  appariieni  à  tout 


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—  »87  — 

homme  d adorer  Dieu ,  suivant  sa  conscience,  est 
imnolable  sur  le  territoire  de  la  r^ublique.  » 

—  (Décembre.  )  —  L'empereur  du  Brésil ,  Don 
Pedro  l®*",  déclare  la  guerre  à  la  république  Ar- 
gentine. 

1836  (28  janyier.  ) —  Le  gouTemement  natio- 
nal ,  en  vertu  d'une  loi  du  congrès,  établit  la 
banque  nationale  des  Proyinces-Unies  du  Rio-de- 
la-Plata. 

—  (8  février.  )  —  Le  citoyen  Bernardin  Riva- 
davia  est  nommé  président  de  la  république  par 
le  congrès  national. 

—  (H  juillet.) — Combat  naval,  livré  par  l'a- 
miral Brown,  avec  des  forces  très -inférieures,  à 
la  flotte  impériale,  en  rade  de  Buénos-Ajres. 

1827  (20  février.)  —  Victoire  d'Ituzaingo, 
remportée  par  le  général  Alvear  sur  les  Brésiliens. 

—  (7  juillet.  )  —  Le  vertueux  Rivadavia 
donne  sa  démission,  et  s'exile  volontairement. 
—  Le  congrès  national  est  dissous.  —  Le  système 
Jédércd  prévaut. 


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—  288  — 

'  4828  (27  août.)  On  signe  à  Rio-Janeiro  les 
préliminaires  de  paix  entre  la  victorieuse  répu- 
blique Argentine  et  le  Brésil. 

—  (4  octobre.) —  Le  traité  préliminaire  de 
paix ,  entre  la  république  et  le  Brésil,  est  ratifié  à 
Montevideo. 

—  (!«»•  décembre.)  —  Révolution  du  colonel 
Juan  Lavallé,  à  Buenos- Ayres ,  en  fiiveur  du 
système  unitaire. 

1829.  —  Lavallé  fait  une  convention  honora- 
ble poiu*  lui  et  son  parti.  —  Les  fédéraux  man- 
quent au  traité.  — •  Lavallé  s'expatrie  avec  ses 
gens.  —  Anarchie  dans  la  république.  —  Le  gé- 
néral Rosas  y  chef  de  la  campagne ,  est  nommé 
gouverneur  de  Buénos-Ayres. 

1850  —  Guerre  civile  dans  toutes  les  provin- 
ces: —  Buénos-Ayres,  Santa-Fé,  Entre-Rios  et 
Corrientes  se  liguent  pour  la  défense  du  système 
fédéral;  les  dix  autres  provinces  pour  le  système 
unitaire.  —  On  accorde  des  fiicultés  extraordi- 
naires k  Rosas  '. 

«  Ce  fht  à  cette  époque  que  ce  chef  ambitieux  chargea  un  habile 
écrivain  étranger  (  uu  gringo)  de  faire  sa  biographie  avec  celle  de 
Quiroga  et  de  Lopez,  de  Santa-Fé,  dans  Tunique  but  de  les  envo^, 
par  Ventrcniise  des  consuls  on  chargés  d'affaires,  aux  divers  gouvcr- 
nemens  étrangers.  On  se  doute  bien  quel  cas  les  monarques  en  ont 
fait? 


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—  289  — 

1831  •  — Le  général  Paz ,  commandant  en  chef 
l'armée  nationale ,  réunie  à  Cordova,  est  fait  pri- 
sonnier dans  ime  reconnaissance. — L'armée,  dé- 
moralisée, affaiblie  par  la  désertion,  se  retire  au 
Tucuman,  sous  les  ordres  du  colonel  Lamadrid. 

—  Le  général  Quiroga  l'attaque. — Les  che&  mi- 
litaires entrent  en  mésintelligence.  —  Quiroga 
triomphe  et,  avec  lui,  le  parti  de  la  fédération. 

1832. — Les  Indiens  Pampas  j  Avcaes.^  UuUi- 
ches ,  Te/uielches  j  et  Banqueles^  profitant  des 
divisions  intestines  des  Argentins,  envahissent, 
attaquent  et  dévastent  plusieurs  provinces. 

1853.  — i-  Buenos- Ayres,  Cordova  et  Mendoza 
se  liguent  pour  &ire  la  guerre  aux  Indiens.  — * 
Le  général  Rosas,  chargé  de  la  division  de  gau- 
che, s'avance  jusqu'au  Rio  Négro  de  Patagonie. 

—  U  y  passe  l'hiver  et  livre  quelques  combata 
partiels;  mais  les  autres  généraux  n'ayant  pa& 
opéré,  suivant  le  plan  de  campagne  adopté ,  l'ex- 
pédition n'a  d  autres  résultats  que  de  rendre  les 
Indiens  plus  audacieux  *  . 

I  On  prétend  que  leur  nombre  n^excède  pas  8000.  Ils  sont  armés  de 
frondes,  de  lances,  de  sabres  et  de  boules  ;  leur  grande  agilité  et  leur 
adresse  à  cheTai  leur  assurent  Timpunilé  des  vols  fréquens  qu'ils 
commettent,  de  bestiaux,  de  femmes  et  d'enfans.  Le  fameux /'tncA««ra, 
esiNignol  devenu  sauvage,  fut  tué  en  1833  par  les  chiliens. 

19 


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—  290  ~ 

1835. — Révolution  de  Ramon  Balcarcé,  tètedu 
parti  appelé  schismatique.  —  Rosas  reyient  pré- 
cipitamment et  en  arrête  les  progrès.  *—  Rosas 
reste  chef  de  la  campagne  avec  les  forces  maté- 
rielles de  la  ville. 

1834.  —  On  veut  nommer  Rosas  gouverneur 
de  la  province  de  Buenos- Ayres.  —  D  re&tse/or- 
mdlement.  —  Mais  il  n'en  est  pas  moins  consi- 
déré comme  chef  du  gouvernement  et  le  soutien 
du  parti  de  hijî^lération^  avec  les  généraux  Lo- 
pez  et  Qum>ga,  dans  l'intérieur. 

1835. — Quiroga  est  assassiné  dans  les  envi- 
rons de  Cordova.  —  Rosas  est  nommé  chef  su- 
prême, —  La  confédération  perd  une  de  ses 
provinces;  celle  de  Jujuy,  qui  se  déclare  indé- 
pendante. —  Salta,  le  Tucuman  et  Santiago-dd- 
Estero  font  alliance  avec  Buénos-Ayres. 


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JDntrtème  Partie. 


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CHAPITRE  XIII. 


UHVOVAT. 


En  septembre  4833  je  me  disposai  à  aller  visi- 
ter Porto-Alègre,  en  remontant  l'Uruguay,  tra- 
▼ersant  une  partie  des  anciennes  Missions  et  la 
pfoyince  de  San -Pedro.   M.    Edouard  Nouel, 


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—  296  — 
d'Angouléme,  l'un  de  mes  associés  dans  rétablis^ 
sèment  que  j'avais  formé  à  Buénos-Ayres  et  Eu- 
gène Gamblin,  le  préparateur  amené  de  France, 
voulurent  bien  m'accompagner.  Un  artisan  pro- 
vençal,  et  un  Allemand  demandèrent  à  être  de 
compagnie  jusqu'aux  Missions. 

Ayant  obtenu  du  ministre  de  la  guerre  et  du 
chef  de  police  l'autorisation  nécessaire  pour  sor- 
tir avec  les  armes  et  les  munitions  dont  j'avais 
besoin,  nous  nous  embarquâmes,  le  2S,  sur  la 
balandra  nationale  Isabeîa  :  il  était  dix  heures 
trois-quarts  du  matin  ;  le  vent  du  sud  soufflait 
grand  frais,  nous  filions  huit  à  neuf  nœuds  j 
c'est4i-dire  deux  lieues  deux  tiers  à  trois  lieues 
par  heure.  A  deux  heures  de  l'après-midi  nous 
aperçûmes  TUe  de  Martin-Garcia,  et  à  quatre 
heures ,  las  Vacas. 

L'île  de  Martin-Garcia  est  une  forteresse,  ou 
plutôt  une  position  fortifiée  par  la  nature,  ap- 
partenant à  Buénos-Ayres;  elle  défend  l'entrée 
de  l'Uruguay  et  du  Parana.  Sa  situation  est  en- 
tre la  Colonia  et  las  Vacas ,  à  distance  d'environ 
dix  fieues  de  ces  deux  points.  Vue  du  nord- 
ouest  ,  à  trois  ou  quatre  lieues  de  distance ,  sa 
forme  est  celle  d'une  voûte  noirâtre  sortant  de 


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—  297  — 

l'eau.  C'est  une  ile  intéressante  pour  les  natura^ 
listes  j  par  la  nature  de  son  sol  primordial  et  par 
la  Tariété  d'insectes  et  de  plantes  qui  s'y  rencon* 
trent. 

La  Colonia-delrSacramenio  j  fondée  en  1679 
par  un  gouverneur  de  Rio  Janeiro,  a  été  souvent 
disputée  par  les  Espagnols ,  les  Portugais ,  les 
Anglais  et  les  B):ésiliens ,  à  cause  de  l'importance 
de  sa  position.  EUe  est  enfin  restée  à  Tétat  Orien- 
tal; c'est  une  des  trois  villes  de  cette  république. 

n  s'y  fait  peu  de  commerce  parce  que  son 
port  est  petit,  mal  abrité  des  vents  les  plus  dan- 
gereux, ceux  de  sud-ouest  et  sud-est^  et  que 
l'entrée  en  est  difficile ,  les  eaux  de  la  Plata  ayant 
siu*  cette  côte  un  courant  rapide.  La  Colonia  est 
précisément  en  £ace  de  Buenos- Ayres  *. 

C'est  entre  celte  ville  et  le  village  de  las  Vacas 
que  se  trouve  le  ruisseau  de  SanrJuan ,  à  l'em- 
bouchure duquel  s'établirent  les  gens  de  Sébas- 
tien Cabot. 

Las  Vacas  est  un  village  assez  triste ,  situé  sur 

<  Position  astronomique  :  34-  28'  14"  de  lat.  et  60'  40'  S2"  Irnifc. 
relevée  en  1S31  par  M.  Barrai.  Déclin:  à  terre  (1830)  11*  8'  N.  £.  ^ 


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—  298  — 

les  bords  d^une  petite  rivière  du  même  nom ,  & 
quelque  distance  de  la  côte.  Les  ranchos  dont 
il  est  composé  ne  démentent  pas  à  rintërieur, 
dit  M.  d'Orbigny ,  l'idée  de  misère  que  fait 
naître  leur  extérieur.  Cependant  ce  lieu  est  re- 
nommé par  Fabondance  dé  bois  k  brûler  qu'il 
fournit  à  Buenos^  Ayres  ^  et  par  les  secours  que 
cette  grande  ville  en  a  tiré  pendant  les  divers 
sièges  qu'elle  a  eu  à  soutenir  du  côté  de  la  cam* 
pagne. 

Après  avoir  passé  près  des  petites  lies  de  las 
dos  Hermanas  et  dd  Juncal ,  nous  arrivâmes  à 
la  Punta  Garda ,  où  commence  l'Uruguay.  U 
était  presque  nuit;  le  fleuve  était  devenu 
calme ,  et  une  faible  brise  du  sud  enflait  molle* 
ment  les  voiles  de  notre  bateau  ;  nous  eûmes 
tout  le  tems  d'examiner ,  à  la  lueur  du  crépus- 
cule ,  les  bords  boisés  de  la  rive  gauche  de  l'Uru- 
guay *.  L'élévation  de  la  côte,  ainsi  cpi'une  suite 
d'anses  profondément  arrondies  ^  se  succédant 

1  Est-il  nécessaire  de  rappeler  que  la  droite  ou  la  gauche  d'unr 
ririère  esl  à  la  droite  ou  à  la  gauche  de  la  personne  qui  la  descend  P 
—  Je  fais  cette  remarque  ,  parce  que  des  voyageiu^  ,  d'ailleui-s 
très-savans,  ont  paru  oublier  cet  usage  adopté  par  tous  les  géographes. 
On  conçoit  qu'il  peut  en  résulter  des  erreurs  très-graves  dans  la  posîi 
tion,  sur  les  ciirtes,  des  lieux  dont  les  latitudes  et  longitudes  n'ont  pas 
encore  été  déterminéas. 


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—  299  — 

de  maoière  à  former  nue  plage  festonnée,  pro- 
duisent ^  àTec  les  bois  du  coteau,  des  points  de 
vue  assez  variés. 

UUruguay  *  prend  sa  source  vers  le  28«  degré 
de  latitude  australe,  dans  les  montagnesi  {^Serra 
do  Mot)  situées  au  couchant ,  et  assez  près  de 
l'ile  Santa-Catarina.  Son  cours  est  rapide,  obs- 
trué par  des  cataractes  et.  des  resciÊ.  Ses  eaux , 
enrichies  du  tribut  de  nombreux  afiluens ,  pas- 
sent pour  excellentes,  légèrement  purgatives, 
surtout  celles  que  lui  fournit  le  Rio  Négro^  «  quoi- 
que ,  dit  Azara,  les  os  et  les  troncs  d'aii)re  s'y 
pétrifient  *  » .  Ses  plus  grandes  crues  arrivent 
ordinairem^t  depuis  la  fin  de  juillet  jusqu'au 
commencement  de  novembre.  L'Uruguay  peut 
avoir  une  lieue,  ou  trois  milles  de  largeur  à  sa 
véritable  embouchure  qui  est  entre  la  petite  lie 

I  Le  mot  V  Uruguay  se  compose  de  deux  mots  guaranis  :  Uruguay 
limaçon  d'eau  (ampuUaire)  et  y,  eau,  rivière  :  vulgairement  rivière  de$ 
limaçons  d'eau ,  on  mieux  rivière  des  ampullaires  ;  nom  qui  lui  vient 
do  grand  nombre  de  coipiilles  qa*on  y  trouve.  C^est  comme  Piray,  de 
fira  poisson,  et  y  rivière  etc.  (Ak.  d'Orb.) 

s  C'est  uue  erreur  que  partagent  tous  les  habitans  des  rives  de 
rUruj^'uay  de  croire  que  les  eaux  de  cette  rivière  et  de  ses  affluens 
pétrifient.  Les  troncs  d'arbres  et  les  ossemens  qu'on  y  trouve,  en  effets 
y  sont  à  Tétat  fos&iU  et  non  pas  h  celui  de  •pétrification ,  qui  n'est 
comme  Ton  sait,  qu'une  incrustation  extérieure. 


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—  soo  — 

du  Juacal  et  le  hameau  de  las  Higuérîtas ,  à  la 
hauteur  de  la  Punta  Garda  (  grosse  pointe  ). 

Notre  patron  jeta  l'ancre  à  huit  heures  du  soir, 
en  face  de  Itis  Higiténtas.  L'obscurité  de  la  nuit, 
jointe  aux  lumières  de  qudques  habitations 
éparses  sur  la  côte ,  nous  faisaient  supposer  que 
ce  lieu  avait  de  l'importance,  ou  au  moins  quel- 
que chose  d'attrayant;  mais  nous  fÙmes  bien 
trompés  le  lendemain ,  en  nous  éveillant  !  Au  lieu 
d'un  site  enchanteur  tel  que  notre  imagination 
délirante  avait  pu  le  rêver,  nous  ne  vîmes  plus 
qu'une  plage  sablonneuse  et  un  coteau  argileux 
sur  le  penchant  duquel  étaient  construits  une 
vingtaine  de  ranchos  ou  cabanes  ^nt  l'aspect 
misérable  était  encore  attristé  par  des  buissons  et 
des  arbrisseaux  rabougris. 

Néanmoins,  ce  hameau  prendra  de  l'accrois- 
sement, grâce  à  sa  position;  le  bureau  de  la 
douane  qui  était  établi  à  las  Vacas,  y  a  été  trans- 
féré dernièrement ,  comme  étant  plus  convena- 
blement situé  pour  surveiller  la  navigation  y  car 
là  finissent  les  bouches  du  Parana  et  il  &ut,  de 
toute  n(»cessité,  passer  devant  ce  bureau  de 
douane,  soit  en  remontant,  soit  en  descendant. 
Une  pièce  de  canon,  de  gros  calibre,  posée  tout 


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—  501  — . 

simplement  à  terre ,  est  chargée  de  &ire  respec- 
ter le  pavillon  Oriental.  Cet  endroit  est  à  environ 
six  lieues  de  las  Vacas.  La  pointe  de  Chcfparro 
en  est  à  une  lieue  vers  le  nord. 

Le  26 ,  je  descendis  forcément  à  terre  pour 
Êdre  viser  nos  passeports  ;  je  fiis  reçu  très-poli- 
ment de  la  part  des  employés  de  la  douane,  et 
particulièrement  du  receveur,  qui  me  parut  ai- 
mer les  étrangers.  II  s'empressa  de  &ire  apporter 
une  racine  à  laquelle  on  donne ,  dans  le  pays ,  le 
nom  de  salsa  hlanca  (salsepareille  blanche)  ;  elle 
se  prend  en  infiisiou  comme  la  salsepareille  de 
nos  officines,  et  dans  les  mêmes  cas.  On  la  trouve 
dans  le  sablé,  au  bord  et  sous  VecuÂ.  Cette  racine 
est  composée  de  fibres  charnues  phis  ou  moins 
grosses;  longue  quelquefois  de  vingt  à  trente 
pieds  ;  elle  est  très  noueuse ,  et  les  nœuds  d'au- 
tant plus  rapprochés  et  plus  gros,  qu'elle  est  plus 
vieille.  De  ces  nœuds  partent  ime  quantité  de 
fibres  contenant  plus  essentiellement  la  propriété 
médicamenteuse.  Elle  appartient  à  un  arbrisseau 
peu  élevé,  à  tiges  ligneuses  et  grêles,  armées  d'é- 
pines * . 

1  On  peut  rapporter  cette  plante  à  la  famille  des  smilacéesde  Brown, 
ou  des  Àsparaginées.  C'est  une  espèce  difTérente  de  celle  de  la  Loui- 
siane et  du  Mexique,  se  rapprochant  plutôt  de  la  laiche  des  sabUs  ou 


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—  502  — 

Si  Ton  excepte  de  la  petite  population  de  las 
Higuëritas  les  employés  de  la  douane ,  véritables 
cahaUêrosy  et  trois  ou  quatre  familles,  le  restene 
respire  que  brigandage  ;  malheur  à  celui  que  là 
nuit  surprendrait  dans,  cet  ancien  domaine  des 
charruas  ! 

Nous  appareillâmes  de  nouveau ,  à  10  heures 
du  matin ,  avec  grand  vent  du  sud.  Nous  passA^ 
mes  successivement  devant  le  village  de  las  Vwa- 
rasj  situé  en  plaine  basse,  à  deux  lieues  au  nord 
de  las  Higuëritas  et  à  un  mille  de  la  plage.  €e 
lieu  est  renommé  pour  ses  excellens  chevaux  de 
selle  ;  sa  population  est  très  -  minime  ;  on  y  voit 
une  chapelle  autour  de  laquelle  *mt  groupes 
une  douzaine  de  ranchos.  El  Arénal^  grande 
baie  sablonneuse ,  à  quatre  lieues  de  las  Higuëri- 
tas ,  où  les  caboteurs  vont  couper  du  bois  d'cj- 
pimUo  *  pour  le  transporter  à  Buénos-Ayres  et 
à  Montevideo.  Et  le  confluent  du  Bio-Wégro ,  à 
dix  heures  de  las  Higuëritas. 

salsepareille  4'AUeiB«gne.  C'est  M.  Aisié  fionpanidqiii  Ta  fait  connaître 
aux  habitans  des  rives  de  l'Uruguay  ,  qui  s'en  servent  avec  succès  et 
reconnaissance.  Elle  existe  aux  Missions  et  à  TUe  de  Martin-Garcia. 

I  Cet  excellent  bois  de  chaufTage  couvre  une  grande  partie  des  pro- 
vinces de  Sanla-Fê  et  d'Kntre-Bios,  et  est  très-abomlant  sur  les  rifes 
de  l'Uruguay.  «  Ost  Vesjiino  des  habitans  du  Chili,  Voroma  des  Péru- 
viens et  une  espèce  d'acacia  des  t)Otanistes.  »  (Al.  d'Orb.) 


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—  JOÏ  ~ 

En  cet  endroit  l'UrU^ay  a  beaucoup  de  cou- 
rant ^  et  plm  de  trois  Kôues  de  krg^  ;  les  marim 
redoublent  d'attenti<m.  L^  eauK  du  Rio-Négro 
(rivière  noire),  très-purgatires,  peut^^être  à 
cause  de  Taboudance  de  salsepareille  croissant  sur 
les  bords,  forment  une  ligne  de  démarcatioin 
très-remarquable,  à  une  lieue  au  large.  Un  peu 
en  ayant  de  cette  ligne ,  le  lit  de  rochers  sur  le- 
quel parait  couler  le  Rio-Négro,  est  coupé  k 
piC|  et  il  y  a  une  très^grande  profondeur.  Le 
confluent  de  cette  rivière  de  second  ordre  (com- 
parée à  rUruguay )  présente  dfux  bouches ,  sépa- 
rées par  des  lies  très-étendues«  On  trouve  sur  sa 
rive  gauche  les  bourgades  de  Mercedes  et  de 
Santa-Domingo-Soriano  ;  cette  dernière  est  située 
au  confluent  de  la  bouche  australe  ;  elle  fut  fon- 
dée eu  1566  ,  sur  le  territoire  des  Indiens  Cha- 
nos ,  tinbu  des  Charmas ,  à  un  mille  et  demi  de 
l'endroit  où  elle  est  actuellement.  Le  change- 
ment de  situation  s^ opéra  en  4704.  Cest  à  la 
CcpUla  de  Mercedes  ,  située  plus  avant  dans  les 
terres,  que  se  firent  entendre  les  premiers  cris 
de  liberté!  proférés  par  les  orientalistes ,  en  pré- 
sence des  insignes  infernaux  du  despotisme  iu- 
quisitorial  de  FEspagne.  U  se  £iit  un  commerce 
de  cabotage  très-actif  sur  le  Rio-TSégro^  tant  avec 
Buenos- Ayres ,  qu'avec  Montevideo. 


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—  304  — 

Sur  la  rive  droite  du  Rio  Négro  commence  le 
Eincon  de  las  GaUiruzs  *  (  le  recoin  des  poules  ) , 
terrain  immense  et  des  plus  productif  de  la 
Banda-Oriental.  On  dit  qu'il  appartient  à  Riva- 
davia.  Il  a  été  divisé  en  plusieurs  estancias  affer- 
mées à  différens  particuliers  ;  sa  superficie  est 
évaluée  à  quatre- vingt  lieues  carrées.  VUruguaf 
au  nord  et  à  Fouest,  le  Rio  Negro  à  l'est  et  au  sud 
enclavent  le  Eincon  en  formant  de  ce  joli  terrein 
une  presqu'île  dont  on  peut  facilement  fermer 
l'isthme ,  soit  par  un  canal ,  soit  par  àes  fortifi- 
cations ;  aussi  a-t-il  servi  de  citadelle  pendant  les 
guerres  de  l'indépendance. 

II  y  a ,  à  Tendroit  oiirUruguay  forme  un  coude , 
un  promontoire  appelé  punta  de  Fray-Ventos  , 
se  trouvant  précisément  en  face  de  la  rivière 
Gucdeguay-Chu^ y  l'un  des  afïluens  de  l'Uruguay, 
sur  sa  rive  droite,  dans  la  province  d'Entre-Rios, 
A  quelques  milles  du  confluent  de  cette  rivière , 


1  Od  appelle  Hwstm  tout  terrain  ressen-é  enUre  deux  rivières,  eutre 
des  marais  ou  entouré  en  partie  par  les  sinuosités  d'une  rivière  \  c'est 
à  proprement  dire  une  presqu'île.  Un  rincon  peut  en  renfermer  lui- 
même  plusieurs  autres  de  moindre  étendue  ;  ce  sont  des  lieux  très* 
recherchés  pour  y  former  des  estancias. 

*  Prononcez  youalstfouat-tchou.  (nom  guarani.) 


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—  503  — 

de  quatrième  ordre  ' ,  est  située  la  bourgade  du 
même  nom,  où  il  se  fait  presque  autant  de  com- 
mierce  qu'à  la  Bajada^  sur  la  tvie  gauche  du 
Parana.  C'est  à  partir  de  la  PurUa  de  Fray-Ven- 
tos  jusqu'à  V  Arsenal  j  à  quatre  lieues  de  las  Hi- 
guëritas,  que  l'Uruguay  a  ime  largeur  extraor- 
naire  (3  à  4  lieues),  causée  par  rabaissement  des 
rives  d'Entre-Rios  et  la  jonction  du  Rio  Négro. 

Le  calme  étant  survenu  vers  le  soir,  et  la  force 
du  courant  nous  faisant  dériver,  il  fallut  jeter 
l'ancre  en  attendant  une  nouvelle  brise;  nous 
mouillâmes  un  peu  en  avant  de  la  première  île  de 
l'Uruguay ,  portant  le  nom  du  promontoire  cité 
plus  haut. 

Nous  passâmes  ainsi  la  nuit  du  26  et  la  jour- 
née du  27.  Après  le  dîner  nous  allâmes  chasser 
dans  un  joli  parage  du  Rincon ,  oii  la  végétation 
est  riche  et  variée.  Nous  restâmes  en  extase  de- 
vant une  foule  d'arbres ,  et  d  arbrisseaux  diffé- 
rens ,  de  plantes  en  fleurs  que  les  liserons ,  les 
convolvidus,  les  plantes  parasites  et  les  Heurs  de 
Voir  ornaient  avec  une  sorte  d'harmonie  enchan- 

I  On  doit  avoir  présent  à  la  mémoire  que  l'Uruguay^  deux  fois  lai'ge 
comme  la  Seine ,  dans  tout  son  cours,  me  sert  de  comparaison  pour 
toutes  les  autres  rivières. 

20 


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—  306  — 

teresse.  Un  grand  nombre  d'espimttM  (aux  bran^ 
ches  tortueuses  des  quelles  pendaient  les  singu- 
lières ruches  de  l'abeille  cartonnière),  araient 
cru  naturellement  à  de$  distances  presque»  régu- 
lières au  milieu  d'ime  herbe  yerte  et  toofihe^ 
de  manière  à  former  un  verger  assez  semblable 
k  nos  cours  de  Normandie;  il  ne  manquait  que 
des  pommes  aux  espinillos  ,  qui  ressemblent 
assez ,  (  quant  à  b  forme  )  aux  ponmiiers,  pour 
rendre  l'illusion  complète*  Et  ne  croyez  pas  que 
ce  lieu  charmant  fût  désert!  loin  delà  ,  nous 
troublâmes  singulièrement  la  tranquillité  de  ses 
nombreux  et  timides  habitans,  tels  que  le  Nandu 
(l'autruche  d'Amérique) ,  les  venados  (espèce 
de  cer&)  ,  réunis  en  petites  bandes  cachées  dans 
les  hautes  graminées  et  les  Carpinchos  (grands 
Cabiaïs)  espèces  d'amphibies  que  nous  reverrons 
souvent  au  bord  des  rivières  et  des  lacs  ;  et  puis, 
indépendamment  de  ces  animaux  Êmiiliers  avec 
les  troupeaux  de  bœufs  et  de  chevaux ,  on  voit 
encore  les  buissons  et  les  arbres  remplis  d'oiseaux 
de  proie  y  de  passereaux  et  de  grimpeurs.  Une 
autruche  se  leva  tout-à-coup  devant  noua  et 
nous  regarda;  mais  avant  d'avoir  eu  le  tems  de 
glisser  une  balle  dans  nos  fiisils...  psit  !  elle  avait 
déjà  parcouru  un  demi  mille.  —  Nous  dûmes 
nous    contenter    d'un    tangara  diadème^    d'un 


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—  307  — 

éperrier  varié  et  d'un  milan  blanc  k  calotte  noire. 
Ce  fiit  en  Tain  que  nous  essayâmes  de  surprendre 
les  venados. 

A  sept  heures  du  soir  nous  retournâmes  à  bord; 
peu  de  tems  après,  le  vent  étant  devenu  bon , 
le  patron  nous  remit  en  route. 

Le  Rincon  de  las  Gtûlinas  a  déjà  acq[uis  une 
certaine  célébrité  par  la  victoire  qu'y  remporta 
le  général  Rivera ,  en  1825,  sur  les  forces  brési  - 
tiennes. 

Notre  marche  était  lente;  nous  voguâmes  dou- 
cement toute  la  nuit  et  le  jour  suivant  au  mUieu 
des  nombreuses  îles  de  l'Uruguay.  * 

Pour  quiconque  n'a  pas  vu  l'étonnante  végéta- 
tion du  Brésil,  celle  de  l'Uruguay,  semblable  à 
celle  de  Parana ,  cause  véritablement  de  ia  sur- 
prise :  toutes  ces  lies  sont  tellement  encombrées 
d'arbres  difiFérens,  de  buissons  épineux,  de  plan- 
tes sarmenteuses,  qu'on  ne  peut  y  pénétrer  que 
la  hache  ouïe  couteau  à  la  main.  Notre  vue  était 

«  Depuis  le  y?tncon-<itf-/at-GaZ/inar  jusqu'aux  Missions,  on  rencon- 
tre fréquemment  des  iles ,  mais  elles  n'ont  pas  autant  d'étendue  que 
celles  du  Parana. 


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—  508  — 

sans  cesse  récrée  par  le  mélange  des  arbres ,  le 
contraste  des  verdures  et  des  fleurs  ,  le  palmier 
aux  longues  feuilles  d'un  vert  bleuâtre  arquées  en 
panache,  s'élevait  élégamment  au-dessus  des 
saules,  des  lauriers,  des  talasj  des  higuerones 
et  des  timbos  ;  ceux-ci  dominaient  à  leur  tour 
Yespinillo ,  couvert  de  ses  petites  fleurs  jaunes  et 
odorantes ,  les  SeïboSj  aux  belles  fleurs  monopé- 
tales d'un  rouge  brillant ,  le  charmant  plumé- 
rito  •  (petit  plumet)  dont  les  fleurs  sans  pétales, 
sont  uniquement  composées  de  longues  étamipes 
d'un  rouge  vif,  semblables  à  des  soies  raides  et 
verticales  comme  une  aigrette,  et  une  foule 
d'autres  arbustes  fleuris;  tout  cela  donnait  un 
aspect  délicieux,  un  air  embaumé ,  suave  et  ra- 
vissant à  ces  lies  solitaires,  dont  le  silence  n'est 
troublé  que  par  le  roucoulement  des  timides  et 
caressantes  tourterelles,  abondantes  partout,  ou 
par  des  bandes  de  perruches  paraissant  en  être 
les  reines,  tant  elles  font  retentir  les  échos  de 
leurs  cris  aigus.  Si  vous  vous  représentez  un 
beau  ciel  azuré >  ime  atmosphère  diaphane,  à 
peine  ondulée  par  le  jeu  éthéré  des  zéphirs 
qui ,  s'amusant  en  ce  moment  à  charriei*  dans 

t  Mimosa,  fani.  des  légumineuses,  3^  tribu  genre  sans  cottUie,ijcne 
bette  espèce  de  sensitive  dilTère  d'une  autre  du  Brésil  ùftni  les  étaoïines 
sont  rouges  et  blanches. 


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—  309  — 

le  ciel  de  petits  nuages  d'or,  ne  ridaient  plus 
la  surface  de  Fonde,  et  lui  laissaient  rétléchir, 
avec  la  riche  végétation  des  îles ,  notre  bateau , 
ses  Toiles  ,  ses  cordages  ,  et  jusqu  au  héron 
qui  passait  au-dessus,  vous  poiurez  imaginer 
quel  devait  être  le  délice,  le  bien-être  indéfinis- 
sable que  nous  éprouvions  au  milieu  de  cette  ri- 
vière calme,  coulant  si  majestueusement  sur  des 
bords  qu'elle  ne  semble  fertiliser  que  pour  se 
Élire  une  parure ,  et  voiler  ses  charmes  aux  jeux 
des  profanes. 

Vers  le  soir ,  le  calme  augmentant  encore,  le 
patron  fit  remorquer  la  balandre  par  le  canot; 
on  rama  l'espace  de  deux  lieues  au  clair  de  lune, 
en  longeant  les  arbres ,  le  plus  près  possible ,  pour 
éviter  le  courant.  £ntiu4e  vent  s' élevant  de  nou- 
veau avec  force ,  nous  passâmes  très-rapidement 
devant  l'estancia  d'^/mâgro,  située  sur  une  fei- 
'laise  calcaire  très  escarpée.  C'est  la  seule  &laise 
€[ue  j'aie  remarquée  depuis  le  Rincon  de  las  Gal- 
linas  dont  le  terrain  élevé  est  très-pierreux,  dans 
la  partie  nord,  et  argileux  dans  la  partie  sud.  Nous 
mouillâmes  devant  Paysandu  pendant  la  nuit  du 
28  septembre. 


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CHAPITRE   XIV. 


imvovAT. 


9mjtmMÈâmw  —  Imi  0«l«rA«d«-B«pqinii.  —  B  Salto- 


L'aspect  de  Pajsandu  '  est  peu  agréable  >  tq 
de  la  rivière ,  du  côté  du  sud-ouest.  Situé  sur  lé 
penchant  d  une  colline  dépourvue  d'arbres ,  de 
même  cpie  toutes  celles  qui  Favoisinent  ;  séparé 

1  Prononcer  paûsandou.  On  dit  aussi  simplement  sandou. 


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—  342  — 

de  la  rive  gauche  ou  du  port ,  par  une  plaine 
sablonneuse  d'environ  un  mille  ;  le  coup-d'œil 
en  est  monotone ,  relativement  aux  autres  Mtes 
de  l'Uruguay  depuis  son  embouchure  jusqu'ici. 
Pourtant ,  l'œil  finit  par  s'y  accoutumer  et  l'on 
reconnaît  en  s'avançant  dans  la  ville  (on  peut 
déjà  lui  donner  ce  nom) ,  qu'elle  n'est  pas  aussi 
désavantageusement  assise  qu'elle  le  parsdt  d'a- 
bord,  à  cause ,  surtout ,  des  inondations  de  lU- 
ruguay.  On  jouit  d'ailleurs  une  fois  arrivé  sur  le 
haut  de  la  colline,  d'une  vue  étendue,  rendue 
assez  pittoresque  par  les  accidens  du  terrain  et 
les  iles  de  la  rivière.  Quant  au  côté  de  la  campa- 
gne ,  à  l'est ,  il  est  on  ne  peut  plus  triste  par  sa 
nudité  et  son  manque  absolu  de  culture. 

L'Uruguay  peut  avoir  ici  y  deux  fois  la  largeur 
de  la  Seine  à  Rouen,  c'estrà-dire  cent  quati^ 
vingt  à  deux  cents  toises.  Il  n'y  avait  alors  que 
huit  navires  dans  ce  qu'on  appelle  le/?orf,  y 
compris  deux  goëlettes  de  guerre  appartenant 
à  l'EtatrOriental ,  mais  ordinairement  il  y  a  tou- 
jours bon  nombre  de  petits  bâtimens,  car  ce 
point  est  très-conmierçant ,  et  en  quelque  sorte 
le  marché  principal ,  des  diverses  peuplades  de 
l'Uruguay  ou  de  la  partie  occidentale  de  la 
Banda-Oriental. 


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—  515  — 

On  nous  fit  monter  abord  d'une  des  goélettes 
de  guerre  pour  y  vérifier  nos  passe-ports  ;  j'eus 
ainsi  occasion  de  remarquer  qu  elles  étaient  pro- 
prement tenues.  Le  commandant  fat  poli  envers 
nous ,  ce  qui  me  parut  de  bon  augure  pour  notre 
réception  à  terre. 

En  remettant  les  diverses  lettres  dont  nous 
étions  chargés ,  nous  eûmes  bientôt  parcouru  la 
ville  dans  toutes  ses  directions  :  en  une  couple 
d'heures ,  je  me  formai  une  idée  exacte  et  de 
son  importance  actuelle  et  de  celle  qu  elle  est 
susceptible  de  prendre  par  la  suite. 

Piyrsandu^  n'était,  il  y  a  quatre  à  cinq  ans, 
qu'un  hameau ,  comme  las  Higuéritas ,  avec  une 
douzaine  de  ranchos  épars  ça  et  là;  en  1855^  il 
pouvait  y  avoir  quatre  cents  ranchos  ou  chau- 
mières ,  une  trentaine  dé  maisons  de  briques  , 
bien  bâties  avec  azotéas  (toit  en  terrasse  ) ,  des 
rues  allf^iées ,  des  trottoirs ,  des  réverbères  et 
une  population  de  près  de  cinq  mille  âmes ,  y 
compris  celle  des  environs.  Les  rues  correspon- 
dent aux  quatre  points  cardinaux ,  comme  à 
Knénos-Ayres  et  à  Montevideo.  Les  cuadras  sont 


>  Lalilude  32*  15'  (carte  de  Azaia)  j  distance  de  Buenos- A>re« ,  eniri 
ron  40  lieues,  au  nord. 


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—  314  — 

plus  petites  qu'à  Buenos* A jres ,  ce  qui  est  plus 
favorable  aux  propriétés;  elles  n'ont  que  cent 
varas  sur  chaque  &ce  et  sont  divisées  en  quatre 
sûicM.  Il  y  a  peu  de  tems,  le  gouvernement 
concédait  gratis  des  terrains  à  ceux  qui  en  vou* 
laient ,  mais  à  présent  qu'ils  sont  tous  distribués 
dans  Tenceinte  de  la  ville ,  on  n'aurait  pas  un 
sitio  à  moins  de  deux  cents  piastres  fortes. 

La  population  va  toujours  croissant  ;  les  étran^ 
gers  y  abondent,  surtout  depuis  le  déplorable 
état  des  affîùres  à  Buénos-Ayres  et  la  constitu- 
tion définitive  de  cette  petite  république.  Ici  on 
a  compris,  on  a  eu  le  bon  esprit  de  comprendre 
qu'il  faut  attirer,  favoriser  le  plus  possible  le 

concours  des  étrangers  >  les  bras  industrieux 

Du  moins  j'ai  été  témoin  qu'ils  n'ont  k  supporter 
aucune  vexation  de  la  part  des  habitans  ou  des 
autorités  locales.  Celui  qui  veut  se  livrer  à  une 
industrie  quelconque  n'éprouve  point  d'entrave, 
au  contraire  il  est  aidé ,  encouragé  par  ces  mê- 
mes autorités. 

Il  y  a  ici  un  commandant  militaire  pour  le  dé- 
partement, remplissant  aussi  les  fonctions  de 
chef  de  police.  La  commandance,  la  police,  les 
contributions  et  VAlcadia  (mairie)  sont  réunies 
dans  la  même  maison. 


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—  515  — 

Le  chef  de  pc^ce  se  disposait  à  partir  avec 
quelques  soldats  pour  poursuivre  et  exterminer 
le  peu  d'Indiens  Charmas  restant  encore  dans 
ces  parages  et  qui ,  se  livrant  au  brigandage , 
pillaient  de  tems  à  autre  les  estancias  et  les  voya- 
geurs. J'ai  su  depuis  qu'on  est  parvenu  à  en  dé« 
barrasser  complètement  le  pays  ^  . 

Le  commerce  était  assez  florissant  à  Paysandu, 
lors  de  mon  passage  :  il  y  avait  une  soixantaine 
de  français  établis ,  mais  il  y  en  avait  im  bien 
plus  grand  nombre  qui  allaient  et  venaient  poiu*  le 
trafic  des  productions  du  pays;  lesquelles  pro- 
ductions sont  les  mêmes  qu'à  Buénos-Âyres.  Le^ 
Italiens  y  étaient  plus  nombreux;  mais  ils  per- 
.daient  le  commerce  par  le  brocantage  et  la 
fraude^  qu'ils  faisaient  avec  la  plus  grande  Êicilité, 
parce  que  ce  sont  presque  tous  marins. 

En  Eût  de  monumens,  il  n'y  avait  encore  que 

<  Ces  fien  aborigènes  ont  défendu  pied  à  pied  leur  terre  natale  que 
des  inirua  envahissaient  les  armes  à  la  main.  £n  1834  il  n*en  restai* 
plus  qu'un  40«  auxquels  s'étaient  joints  des  Gauchos  compromis  dans 
les  guerres  ciTÎles  ;  tous  se  livraient  en  commun  au  plus  audacieux 
brigandage.  Si  Ton  est  curieux  d'avoir  des  détails  sur  les  mœurs  sin- 
gulières de  ces  Indiens,  dont  il  ne  restera  bientôt  plus  de  traces,  on  peut 
lire  le  ^a^tonaZ  et  le  Cabinet  de  Lecture  àe  juillet  1833,  articles  rédigés 
h  l'occasion  du  séjour  de  plusieurs  charmas  i  Paris,  ou  bien  le 
tome  2«  du  f^oyage  de  Félix  de  Azara. 


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—  516  — 

Féglise  à  yoir  ;  mais  cda  yalait  bien  la  peine  de  se 
déranger  un  peu  :  je  montai  au  sommet  de  la 
colline  ;  j'arriyai  sur  la  place  et  je  vis  un  rancho  ! 
un  misérable  rancho ,  tenant  à  peine  debout,  dont 
l'intérieur  était  absolument  nu;  la  toiture  se  sou- 
tenait à  peine  sur  six  poteaux  recouverts  par  des 
planches  peintes ,  et  Tautel ,  placé  au  fond ,  avait 
la  plus  piteuse  apparence.  Je  fiis  attendri  en 
voyant  tant  de  misère  dans  cette  succursale  d'une 
église  ambitieuse;  mais  bientôt,  reportant  men- 
talement mes  regards  vers  Bethléem^  et  voyant  le 
sauveur  des  hommes  au  milieu  d'une  étable,  sou- 
rire, dans  sa  crèche,  aux  bergers  qui  rappro- 
chaient, je  me  dis  :  voilà  les  tçmples  qu'il  ambi- 
tionnait celui  qui  hantait  la  société  des  pauvres  !.. 
—  Et  si  telle  était  Fhumanité  du  législateur  des- 
chrétiens,  les  ministres  du  culte  qu'il  a  voulu 
établir  dcTaient-ils  donc  s'élever  si  orgueilleuse- 
ment au-dessus  de  \e\xrs  frères?...  —  Cette  ré- 
flexion me  vint  tout  naturellement  en  voyant  la 
maison  du  curé,  attenante  à  l'égUse  :  c'était  un 
presbytère  solidement  construit,  commodément 
distribué,  avec  terrasse  et  belvéder 

Il  y  avait  près  de  l'église  une  école  primaire 
gratuite,  suivant  la  méthode  de  l'enseignement 
mutuel.  D'autres  petites  écoles  particulières,  ré- 


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—  347  — 

parties  dans  la  ville,  suivaient  le  même  mode 
d'enseignement.  —  Les  parens  sont  forcés  d'en- 
voyer leurs  enfans  k  l'école. 

Paysandu  est  le  chef-lieu  d'un  des  trois  dépar- 
temens  formant  la  division  de  l'état  oriental;  il 
envoie  trois  députés  à  la  chambre  des  représen- 
tans  et  un  sénateur.  On  ne  lui  donnait  encore 
que  le  nom  de  villa  (bourgade),  bien  que  par  sou 
commerce  il  ait  infiniment  plus  d'importance  que 
la  Colonia  et  Maldonado. 

Le  2  octobre,  ayant  obtenu  un  logement  chez 
un  compatriote,  M.Danguy,  établi  récemment  à 
Paysandu,  nous  descendîmes  à  terre  tous  nos  ba- 
gages et  nous  nous  installâmes  le  moins  mal  pos- 
sible.. Je  disle mom^  malpossihle^  caràPaysandu, 
où  il  n'y  avait  pas  encore  d'auberge,  les  lits  étaient 
un  objet  de  luxe.  Heureusement  nous  étions  mu- 
nis, chacim ,  d'un  recado  *,  selle  du  pays ,  ser- 
vant en  même  tems  de  ///.  Voici  de  queUes 
pièces  se  compose  un  recado  :  !<>  deux  gergas  *, 
pièces  de  laine ,  longues  comme  une  petite  cou- 
verture, s'appliquant,  pliées  en  quatre,  sur  le  dos 
du  cheval ,  â""  une  carona  pièce  de  cuir  tanné , 

*  Qui  se  prononce,  par  abrévation,  recao. 
<  Pronoucez  hovgns^  avec  aspiration  <Iu  gosier. 


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—  318  — 

ornée  de  nombreux  dessins  firappés  au  marteau , 
longue  de  quatre  pieds  et  large  de  deux  et  demi  ; 
la  carona  se  place  sur  les  gergtis,  3®  le  recado ,  es- 
pèce de  bât,  qui  est  proprement  la  selle,  dont  les 
côtés  sont  garnis  de  cuir  façonné ,  comme  la  ca- 
rona; 4<*  la  cincha  *,  sangle  de  cuir,  très-large, 
façonnée  dans  la  partie  qui  s'applique  sur  le  re- 
cado; elle  passe  sous  le  rentre  du  cheval,  non 
près  des  jambes,  comme  chez  nous,  mais  au  mi- 
lieu même  du  ventre,  et,  au  moyen  de  deux  forts 
anneaux  (argollas)^  en  fer  ou  en  cuivre,  on  serre 
le  plus  possible  la  longue  courroie  de  la  cincha; 
50  un  petlon  •,  peau  de  mouton  tannée  avec  le 
poil,  teint  en  bleu,  ou  bien  une  peau  de  veau 
tannée  et  façonnée  ;  le  pellon  s'applique  sur  la 
cincha;  6^  un  sobre-pellon ,  autre  peau  tannée , 
plus  courte,  sans  poil,  souvent  découpée  à  Tem- 
porte-pièce,  ou  garnie  de  broderies  en  soie,  faites 
à  la  main ,  etc.;  1^  une  sobre-<:incha,  c'est  ime 
sous- ventrière  en  laine,  plus  ou  moins  fine ,  des- 
tinée à  soutenir  le  pellon  et  sobre-pellon.  Pour 
achever  de  décrire  l'équipement  du  cheval ,  je 
dois  parler  de  la  bride  :  elle  est  on  ne  peut  plus 
simple,  mais  en  même  tems  solide,  et  de  nature 
à  garantir  le  cavalier  contre  tout  caprice  du  che- 

1  Prononcez  cinn-icha. 

2  Prononcez  pellûmn^  bt^ef. 


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—  319  — 

val;  le  mors  (freno)  est  celui  usité  au  Chili ,  et 
c'est  sans  contredit  le  meilleur  que  l'on  connaisse; 
jamais  le  cheral  ne  peut  ni  le  mâcher  ni  lé  pren- 
dre aux  dents  ;  parce  qu'au  lieu  de  chainettes 
pour  gourmette,  il  y  a  un  anneau  en  fiar  passant 
dans  la  partie  très-ëlerée  du  centre  et  Tenant  as- 
sajetir  lamandibule  inférieure.  Cette  partie  élerée 
dumorsestplacéehorizontalementdans  labouche 
du  cheval,  tant  qu'on  ne  fait  aucun  effort  sur  les 
rênes,  mais  du  moment  que  la  résistance  du  che- 
val force  à  faire  agir  le  frein,  il  sufBt  de  tirer  for- 
tement sm*  la  bride  pour  l'arrêter  court  j  car 
alors,  il  est  torturé  à  la  fois  au  palais  et  à  la 
lèvre  infmeure  par  l'effet  du  mors,  lequel  se 
dressant  perpendiculairement  contre  le  palais , 
attire  nécessairement  l'anneau ,  qui  fait  effort  sur 
la  mandibule  inférieure.  Avec  ce  frein,  la  têtière 
(cabec^ra)  n'a  besoin  d'être  ni  compliquée,  ni 
très-forte;  aussi,  le  plus  communément,  ce  n'est 
qu'une  légère  lanière,  attachée  aux  branches  du 
mors ,  et  passée  simplement  derrière  les  oreilles 
du  cheval.  Quant  aux  rênes  (riendas)  elles  sont 
ordinairement  rondes ,  en  cuir  tressé  artistement 
par  les  Indiens,  réunies,  à  la  hauteur  des  épau- 
les du  cheval,  par  un  anneau,  duquel  anneau 
part  une  autre  rêne  très-longue  teiminée  par 
plusieurs  bouts ,  comme  un  martinet.  Il  est  évi- 


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~  320  — 

dent  que  les  rênes  sont  ainsi  toujoui's  égales;  il 
suffit  de  porter  la  main  à  droite  ou  à  planche 
pour  déterminer  le  mouvement  du  cheval. — 
L'extrémité  de  la  bride  sert  ordinairement  de 
fouet  pour  frapper  le  cheval  au  flanc  gauche,  et, 
s'il  n'obéit  pas,  des  éperons,  dont  tes  molettes 
ont  deux  à  trois  pouces  de  longueur,  se  chargent 
de  lui  chatouiller  les  flancs.  L'extrémité  du  pied, 
ou  simpj/ement  Forteil,  se  place  dans  un  très-petit 
étrier  en  bois  ou  en  cuivre,  de  forme  triangulaire. 
A  présent,  il  s'agit  de  faire  un  lit  de  tout  cet 
attirail  indispensable  :  on  étend  d'abord  par  terre 
la  carona  (ordinairement,  surtout  en  campagne, 
il  y  a  une  seconde  carona  en  cuir  non  tanné,  des- 
tinée à  empêcher  l'autre  d'être  tachée  par  la 
sueur  du  cheval)  ;  puisle/96//braet  lesobre-pellon; 
le  recado  sert  de  traversin  ou  d'oreîDer ,  les  ger- 
gas  servent  de  draps  et  l'on  se  couvre  avec  son 
poncho  *• .  Le  poncho  est  un  vêtement  non  moins 
indispensable  que  le  reste  pour  voyager  dans  ces 
plaines,  car  il  garantit  à  la  fois  de  la  pluie,  de  la 
poussière ,  de  la  chaleur  et  du  froid.  C'est  une 
pièce  de  laine  ou  de  coton,  ou  de  laine  mélangée 
de  coton,  mais  plus  ordinairement  de  laine,  bar- 
riolée  de  larges  raies  de  diverses  couleurs  ;  elle  a 

1  Prononcez  pon-^cAo. 


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~  321  — 
sept  palmes  €»  largeur  et  douze  eu  longueur 
arec  une  ouTcrture  d'un  pied ,  au  milieu ,  pour 
y  passer  la  téte^  he  poncho  ressemblant  9$9ez  k  la 
chasuble  d'un  pr^i«  est  ordiuairement  doublé 
d'une 0iitre  éuék  bleu  ciel,  rarte  ou  écariate.  Il 
y  a  9M»sd  beaucoup  àe  ponchos  ^n  drap  avec  un 
coHet  montant,  mais  ce  sont  les  riches  <|ui  en 
usant,  là  plèbe  porte  des  ponahos  ordinaires  fk- 
briquiés  dans  l'intérieur.  Il  est  encore  néo^ssaîre, 
Si  l'on  tient  k  être  bien  vu^  à  être  traité  en  ami 
par  les  Gauchos ,  d'ajouter  au  poncho ,  le  ctmripa^ 
les  calzondllas  ^ ,  les  bottes  de  potro  et  ies  épe- 
ran»*monstres«  Le  ehk'ipa  est  eacore  une  autre 
pièce  d'étoffe  de  laine  rouge,  l:deue  ou  Tcrte^  ja-* 
mais  d'antre  ^couleur ,  qui  se  met  autour  des  reins, 
tombe  au-dessous  des  genoux  comme  une  fcnxû* 
que  et  «'assujettit  au'-dessus  des  hanches  au  inoyeu 
d'une  eeîntnre  de  «;uiF,  dans  laquelle  on  passe, 
derrière  le  dos ,  un  grand  couteau^poignand  dans 
sa  gaine.  Quelquelaîs  les  fiancés  ou  les  amou- 
mnx  (enamoitadM)  ibat  un  chinpa  du  scfaaU  de 
leur  belle;  c'est  aiors  qu'on  les  yoit,  la  guitare  à 
la  matuj  improvîâant  sur  des  .diants  d'. églîee ,  des 
▼erscts  rimes  qu'ils  chanstent  à  la  porte  de  leur 
china  ^  ,  on  à  celle  d'une  pidpen'a.  Le  adion- 

I  Prononcez  calronnciUios . 

*  Femme  métis  nu  premier  ou  second  degré. 

21 


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—  522  — 

cSlo  est  un  large  caleçon  blanc  fitingé  ou 
brodé  dans  le  bas;  les  bottes  de  potro  sont  fiibri- 
quées  avec  la  peau ,  non  tannée ,  de  la  jemibe  du 
cheTal,  de  manière  à  laisser  les  orteils  libres;  la 
cou]i)ure  de  la  jambe  forme  le  talon  de  la  botte. 
D'autres,  principalement  dans  TEntre-Rios,  se 
servent  de  peaux  de  chat  ssLUYSLge(botasdegato). 
Il  arrive  souvent  qu'un  Gaucho  tue  un  poulain 
(poCro)  uniquement  pour  se  &ire  des  bottes.  11 
gratte  bien  le  poil  avec  son  couteau,  toujours 
très-affilé,  puis  il  frotte  ses  bottes  avec  les  mains, 
tout  en  trottant ,  jusqu'à  ce  qu  elles  soient  assez 
souples.  Avec  cette  sorte  de  chaussure ,  très-con- 
venable d'ailleurs  pour  un  long  exercice  k  cheval, 
ces  hommes  sont  incapables  de  supporter  ime 
longue  marche  à  pied ,  c'est  pourquoi ,  comme 
je  l'ai  observé  afUeurs ,  ce  sont  les  plus  vils  fim- 
tassins  du  monde;  mais  à  cheval,  ciddado  M.,..* 
La  coifiure  du  Gaucho  consiste ,  dans  la  Banda- 
Oriental,  en  un  chapeau  rond  à  larges  bords 
plats;  et  à  Buenos* Ayres  en.  un  très-petit  diapeau 
à  forme  élevée,  à  bords  étroits,  placé  de  cèté  sur 
un  mouchoir  blanc  noué  ea  fichu  sous  le  menton; 
le  chapeau,  enfonçant  à  peine  sur  la  tête,  est 
retenu  par  un  ruban  noir.  Un  grand  noml»^e  de 

1  Voyez  la  noteL. 


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—  525  — 
Gauchos,  tant  de  la  Banda-Oriental  que  de  Bué- 
nos-Ayres,  portent  un  bonnet  phrygien,  rouge, 
doublé  de  vert  *  et  orné  de  rubans  tricolôrs  à 
rextrénûté.  La  jaquette  (Jaqueta)^  petite  veste 
courte  comme  celle  d'un  marin,  est  bleue,  rouge 
ou  verte ,  qu'elle  soit  en  drap  ou  autrement. 
En  1834,1e  parti  deRosasà  Buénos-Ayres  avait 
adopté  ce  costume  tout-à-iait  pittoresque  :  ja- 
quette verte,  gilet  rouge  ;  pantalon  blanc  et  cha- 
peau rond  avec  cocarde  bleue  et  blanche  *  . 

Voila  le  lecteur  au  lait  du  costume  d'un 
Gaucho ,  ainsi  que  d'une  grande  partie  de  l'en- 
harchement  de  son.  cheval.  Quand  je  descendis  à 
Paysandu  j'étais  dans  cet  accoutrement  :  Jaquette 
marron,  gilet  blanc,  chiripableu  ciel,  calzoncillo 
blanc,  avec  franges^  au  dessous  d'un  pantalon  de 
drap  bleu,  et  un  poncho  anglais  placé  négligeni- 
ment  sur  l'épaule  gauche ,  plus  le  cigarrito  de 
papier  à  la  bouche  et  le  couteau  passé  dans  la 
ceinture  de  mon  chiripa^  derrière  le  dos,  le  cha- 

(  Voyez  la  gravure  ci-conlre,  an  moyen  de  laquelle  on  jiis^cra  mieux 
de  l'équipement  de  riiomnic  et  du  ctieval.  Le  harnais  est  ici  plus 
compliqué  que  je  ne  l'ai  dit,  parce  que  ce  Gauolio  est  en  travail. 
J'aurai  occasion  de  décrire  le  reste. 

9  C'est  ce  qu'on  nommait  le  parti  de  la  Mazorca^  à  cause  d'un  épi 
de  nuds  qu'As  portaient  au  bout  de  leurs  lances  et  dont  ils  menaçaient 
leur»  adTenaires  arec  un  geste  tfès-indécent. 


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—  524  — 

peau  à  medio  iao....  J'avais  ma  foi i  ait* d'un bou- 
nête  brigatid.  On  m'avait  con^iUë  de  descendre 
ainsi,  afin  de  ne  point  porter  ombrage  aux  Gau- 
<rhùs,  qui  eussent  pu  voir  de  mauvais  œil  l'appa- 
reil de  gtierre  que  nous  dëployimes  ensuite  à  la 
chasse.  Une  fois  la  première  impression  faite,  je 
repris  en  partie  mon  costume  de  chasseur  ;  seu- 
lement, à  cheval,  le  poncho  devenait  de  rigueur. 
Tous  Ces  changement  de  costume  et  d'habitudes 
me  coûtaient  peu ,  parce  qne  je  me  conforme 
volontiers  aux  usages  des  autres ,  quelque  ridi- 
iCttles  qu'ils  me  paraissent  au  premier  abord.  A 
cet  égard ,  je  mets  entièrement  de  oôté  les  sots 
préjuge  qui  portent,  assez. généralement ^  mes 
chers  compatHotes  à  blâmer  tout  ce  qui  sort  de 
leurs  habitudes ,  sans  vouloir  même  faire  la  part 
des  circonstances  locales  forçant  à  adiopter  tel  ou 
tel  genre  d^  vie.  Et  d'ailleurs,  oè  ne  sont  pas  les 
n^f  eà  d'un  périple  qu'il  &atfnmder,  ce  sont  ks 
travers  de  œux  qui  te  dirigent  ntol^ 

Le  3  ,  nous  allâmes  en  chasse ,  dans  la  partie 
sud-ouest  de  la  ville,  le  long  d'un  ruisseau  boisé, 
sur  les  bords  duquel  il  y  avait  plusieurs  hrique- 
ries  ,  des  chacras  (  fermes  cultivées  )  et  un  s(da- 
dero^  Le  4 ,  nous  nous  dirigeâmes  vers  le  nord; 
les  jours  suivans  dans  la  plaine  sablonneu^^  «et 


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—  525  — 

boisée  s'étendant  au  pied  de  la  colline,  de  manière 
à  explorer  tous  les  enyirons  et  à  découvrir  le  plu$ 
de  yanétés  possible  dans  les  oiseaux ,  qui  nous 
occupaient  plus  exclusivenient;  cfatemin  faisant 
j  examinais  la  composition  j^écdogique  des  ten^ins 
et  j'en  prenais  échantillon.  Les  premiers  jours 
nous  fumes  peu  satisÊdts  de  notre  chasse;  mais 
ensuite  une  crue  subite  de  l'Uruguay ,  tout4Hfait 
extraordinaire  9  vint  nous  dédommager  en  for- 
çant les  oiseaux  d'abandonner  les  lies  submer- 
gées potu*  se  réfogier  sur  la  terre  ferme«  Nous 
fumes  ainsi  tout  consolés  de  ne  pouvoir  nous  ren- 
dre à  l'estancia  d^un  compatriote^  M.  Sacriste ,  à 
cause  de  ce  débordement  qui  inonda  toutes  les 
plaines  basses.  Le  huitième  jour  de  chasse  nous 
rentrâmes  avec  60  pièces,  dont  42  oiseaux- mou- 
ches des  deux  seules  espèces  qu'on  rencontre 
dans  cette  localité*,  le  vert-doré,  très-commun,. 
Y  améthyste-topaze  assez  rare. 


I  HISTOIRE  NATURELLE.  —  ÀTant  de  faire  oonnaitte  les  animaux 
que  je  rencontrai  (ee  qui  ne  pourra  se  faire  que  trè«-su€dnctement 
▼a  la  nature  de  cet  ou?rage),  je  dois  k  rexem[Âe  de  M.  Akide  d'Orbi- 
gny,  rendre  au  e^èbre  don  Felipe  de  Azara  (prononcez  Açara)  TiMHU- 
mage  qui  lui  est  dû,  en  reconnaîasant  toute  la  justesse,  Texactitude  et 
Tiniportance  de  «ea  olMervations  dan«  ces  contrées,  qu'il  a  habitées  et 
parcourues  pendant  vintjt  aus. 

Azara  était  un  naturaliste  à  la  manière  de  notre  immortel  Buffon  ; 
il  était  né  sans  doute  avec  la  boa^e  de  la  mémoire  des  lieux  et  de  Tar- 
rangement  des  choses.  Je  crois  qu'avec  les  ressources  littéraires  et 


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—  326  — 

Les  oiseaux-mouches  sont  appelés  jmr  les  Es- 
pagnols picqflores  (  becs  -  fleurs  )  et  quelquefois 
tente  en  eî  ayre.  Les  Guaranis  les  appèlent  mci- 
numbi.  U  y  en  a  de  sédentaires  jusqu'au  35®  degré 
de  latitude  australe,  ce  qui  est  contraire  à  l'opi- 
nion de  Buffon  qui  croyait  que  ces  charmans  té- 
nuirostres  ne  vivaient  que  sous  la  zone  torride , 
et  ne  s'en  éloignaient  qu'avec  le  soleil  !  On  trouve 
les  deux  espèces  que  je  viens  de  nomniier,  toute 
l'année  à  Paysandu,  à  Montevideo,  à  Buenos- 
Âyres.  Le  vert-doré  était  si  commun  que  nous 
en  tuâmes  cent  vingt  en  peu  de  jours  et  sans 
nous  éloigner  beaucoup  des  habitations. 

scieDlifiques  qu'avait  Bufibn  ,  Azara  eût  fait  époque  en  Espagne. 
Quoiqu'il  en  soit,  à  le  prendre  comme  les  circonstances  Tont  fait,  et 
malgré  Tflpreté  de  son  style  il  est  digne  d'admiration.  Nos  célèbres 
savans  substitueront  souvent  des  noms  grecs ,  latins  ou  hébreux  à 
la  simplicité  des  noms  guaranis  du  voyageur  espagnol,  ils  se  dispute- 
ront gravement  sur  la  place  que  doit  occuper  dans  leur  méthode ,  tout 
artificielle,  tel  ou  tel  animal  du  Paraguay  ou  de  Buénos-Ayres,  mais 
les  exactes  descriptions,  les  yroupM  naturels^  les  noms  analogues  aux 
mœurs,  aux  inclinations,  aux  couleurs  du  manmiifére  ou  de  l'oiseau, 
ne  se  retrouveront  que  dans  le  livre  du  naturaliste  espagnol. 

MÉTÉOROLOGIE.  -—  Du  3  au  iS  octobre  (premier  mois  de  pria- 
tems  ),  que  je  restai  à  Paysandu ,  la  température  fut  très-TaiiaUe  : 
le  maximum  du  therm.  de  B^  fut  de  26*  et  le  mininum  12*,  à  midi  et 
i^  l'ombre.  Les  vents  varièrent  souvent  du  N.  0.  au  S.  E.  ;  de  forts 
orages ,  des  pluies  abondantes  en  furent  la  conséquence.  Dès  le  8, 
rUruguay,  grossi  étonnamment  par  ses  nombreux  afOuens,  monta 
toot-à-coup  de  10  pieds,  sortit  de  son  lit,  inonda  les  chétivcs  habita- 
tions du  port  et  contraignit  les  habitans  k  les  évacuer.  La  crue  dura, 
ainsi  que  les  orages  et  les  fortes  pluies,  jusqu'au  15  j  le  16,  le  vent 


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—  327  — 
L'étc»meiiient  des  Guaranis  et  même  des  Gau- 
chos  était  grand,  en  nous  voyant  tuer  à  cpiarante 
ou  cinquante  pas  un  si  petit  oiseau  qui  ne  pa-* 
raissait  souvent  pas  plus  gros  qu'un  bourdon, 
dans  la  corolle  infundibuliforme  d'un  conyolvu- 
lus!  Rien  n'était  plus  divertissant,  plus  «agréable 
à  voir  que  ces  magnifiques  oiseaux-mouches  , 
auxrettetsmëtalliques,  s'arrétant  tout-à-coup  au 
milieu  du  vol  le  plus  rapide,  comme  suspendus 
et  immobiles  devant  une  fleur,  battant  des  ailes 
avec  une  vitesse  inexprimable,  plongeant  dans 
)e  calice  leur  petite  langue  semblable  à  la  trompe 
d'un  papillon,    et  tenant  leur  corps  posé  ver- 


1  N.  £.  ;  le  temps  était  chaud  et  orageux,  mais  il  cessa  de 
pleuTotr,  rUragaay  iMÔssa  \  le  18  il  aTait  déjà  abandonné  la  plaine  et 
permis  aox  habitans  de  reprendre  leur  demeure.  La  hauteur  totale  de 
ITruguaj  fut  étaluée  à  environ  22  pieds  (8  varas)  les  ranchos  du  port» 
tarent  complètement  submergés,  ainsi  que  des  chacras  et  un  saladero 
appartenant  à  un  français  ;  une  grande  quantité  de  viande  salée ,  de 
soif,  de  cuirs,  des  récoltes  de  céréales  et  de  légumes,  furent  totalement 
perdues.  Les  courans,  tr^-rapides,  charriaient  des  arbres ,  des  bois 
équarris,  avec  des  débris  de  ranchos  ;  depuis  douze  ans,  on  n'avait  vu  de 
cme  n  forte,  si  subite.  Les  vents  de  N.  et  de  N.  O.,  très-chauds,  satu- 
rant Tatmosphère  des  exhalaisons  marécageuses  du  Chaco  et  de  XRntre- 
Ri9ê,  causent  ici,  comme  à  Buenos- Ayres,  des  pesanteurs  de  tète ,  de» 
lassitodes,  qui  n'ont  heureusement  d'autre  inconvénient  que  d'aCTaiblir 
rénergie  physique  et  de  porter  au  sommeil.  Ceux  du  S.  £.  sont  froids 
et  amènent  des  pluies  ;  ils  augmentent  aussi  l'intensité  des  débordc- 
nens  de  laPlata ,  du  Parana  et  de  TUruguay. 

GÉOLOGIE.  — Tout  le  terrain  sur  lequel  est  construite  la  ville  et 
les  envhrons  est  une  terre  végétale  ,  noirAtre,  recouvrant,  depuis 
quelques  ponces  jusqu'à  cinq  ou  six  pieds  d'épaisseur,  un  Knicalcaire" 


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—  528  — 

licalement,  cQmine  s'il  était  suspendu  par  le  bec. 
Les  battemens  Ti&  de  leurs  ailes  et  la  grande  ëla^ 
ticité  des  pennes ,  produisaient  un  bom^donne- 
ment  sourd  qui  trahissait  seul  leur  présence  5  car 
le  plus  souvent  ils  échappaient  à  nos  regards  par 
leur  eictraordinaire  irivacitéé  Nous  nous  amusions 
aussi  beaucoup  de  les  voir  attaquer  avec  courage 
et  acharnement  les  oiseauiL  cent  fois  plus  gros 
qu'eux  qui  approchaient  par  hasard  dé  leurs 
nids,  c'était  surtout  à  l'ignoble  carrancho  qu'ils 
en  voulaient  le  plus. 

J'ai  admiré  chez  don  Tomas  Creig ,  adminis- 
trateur de  la  poste  >  de  fort  jolies  cristallisations 

argiîifèrê  rouyeulre  *,  marneux  dans  beaucoup  d*endroiU  et  gypsem 
dans  d'autres.  On  n*en  peut  obtenir  de  bonne  chaux  par  la  ealciualioil, 
▼u  que  TargUe  y  domine  trop  ;  mais  on  en  obtient  immédiatement  et 
sans  aucune  autre  préparation  que  de  la  pulvériser  et  cribler,  une  espèce 
de  ciment  hydraulique,  très-dur.  J'en  ai  vu  construire  des  murs  autour 
de  réglise  d'une  manière  assez  curieuse  :  ce  calcaire  Argilifère  était 
extrait  sur  la  place  même,  où  il  était  à  découvert.  Après  avoir  été 
pulvérisé  ,  on  le  mouille  légèrement  et  on  le  met  dans  un  caisson 
formé  de  quatre  planches,  solidement  liées  ensemble  par  des  cheirilles 
en  fer,  aux  extrémités  desquelles  on  enfonce  des  defs  ;  on  pile  forte- 
ment, à  l'aide  de  pilons  de  bois,  le  tuf  ou  le  ciment  qu*ou  y  a  jeté,  et 
lorsqu'il  est  suffisamment  dur,  on  y  ajoute  une  nouvelle  couche,  quW 
pile  de  nouveau,  et  ainsi  de  suite  jusqu'à  ce  que  le  caisson  soit  plein; 

*  N**  1  et  1  des  cchantillont  déposés  par  moi  an  Muspp  de  Parts.  Jo  dola  k 
l'extrême  obligeance  d«  M.  Cordier  de  pouvoir  donner  quelques  rmueignament 
sur  la  compoKitioD  géologique  drs  terrcins  que  j'ai  pu  obs4>rvcr  dans  la  Raada- 
Oricntal  ol  le  l\io-(frandc  Ce  .savant  géologue  a  bien  voulu  déterminer  lui-m^me 
l»**  éch.intillon*  qno  j'ai  rapportés. 


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—  529  — 

de  quarC^^hyâlin,  blanches  et  violettes,  appor- 
tées de  rintérieur  de  la  Banda-Oriental.  A  voir 
la  croûte  extérieure  de  ces  petites  masses  géodi- 
ques,  on  ne  supposerait  vraiment  pas  quelles 
ptiissentrenfernierd*anssi  jolis  cristaux:  elle  est 
noirâtre ,  terne  ,  raboteuse ,  et  ce  n'est  qu'en 
..brisant  ces  blocs  plus  ou  moins  gros,  qu'on 
parvient  à  découvrir  ce  qu'ils  contiennent. 

Le  âtO  octobre ,  nous  nous  rembarquâmes  de 
nouveau  sur  une  autre  bàUmdra^  d'une  cinquan- 
taine de  tonneaux.  Nous  mimes  à  la  voile  à  huit 
heures  et  demie  du  matin  avec  vent  du  sud  et 


alors  on  enlère  Tappireil,  et  le  mur  fait  et  lolîde,  se  durcit  de  plus  en 
phM,  avec  le  lemi. 

A  qniAqiies  lleiies  au  nord  de  Sando,  II  y  a  detix  fottrs  à  chaux,  de 
très-médiocre  qualité. 

La  terre  noire,  tégétale,  composant  la  première  couche  du  terrain , 
est  employée  pour  la  construction  des  chaumières  et  des  maisons  \  elle 
a  beaucoup  de  liant  et  se  durcit  promptement.  Cette  espèce  d'aigile  est 
très-favorable  k  la  végétation  dei  herbacées  ou  des  arbrisseaux  \  mais 
son  peu  d'épaisseur  au-dessus  du  calcaire  fait  sans  doute  que  des  arbres 
ne  peuvent  y  prendre  racine  ;  car  toutes  les  collines  environnantes 
sont  nues  et  dépourvues  même  de  buissons  ;  on  n'en  aperçoit  que  dans 
les  vallons  et  les  endroit  où  la  couche  végétale  est  plus  épaisse. 

Dans  un  de  ces  vallons,  au  S.  £.  de  la  ville,  on  trouve  un  banc  peu 
étcfldii  de  grès  rougeâlre,  k  gi-os  grains,  exploité  en  pierres  plus  ou 
moins  grosses,  pour  la  construction  des  ranchos ,  les  fondations  des 
maisons  en  briques  et  le  pavage  des  rues.  On  en  trouve  encore  dans 
d'antres  endroits  de  celle  localité.  Il  y  a  plusieurs  fours  h  briques 
dans  les  vallons,  où  l'argile  linranenac  est  abondante. 


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—  350  — 

beau  teins.  Uue  goélette  brësUienne  leva  lancre 
peu  de  tems  après  nous  pour  la  même  destina- 
tion, celle  du  Saito. 

Pajsandu,  vu  du  nord-ouest  y  est  moins  désa- 
gréable que  vu  du  sud-ouest  ou  de  Fancrage, 
les  maisons  paraissant  plus  rassemblées. 

Vers  la  fin  du  jour  le  vent  manqua;  nous 
amarrâmes  à  des  saules>  sur  la  côte  d'Entre- 
Rios,  à  environ  dix  lieues  de  Sandu^  dans  un 
parage  très-sablonneux. 


Les  bords  de  lUruguay,  ainsi  qne  son  lit,  abondent  en  galets  de 
quartz  et  de  ses  Tariétés,  d*agate,  de  cornaline,  de  calcédoine,  de  sar- 
doine,  etc.,  parmi  lesquels  on  rencontre  quelques  débris  organiques 
fossilisés f  appartenant  au  régne  végétal.  Les  poudiogues  y  sont  rares. 
On  voit  sur  la  rive  droite  de  TUruguay,  en  face  de  Pajisandu,  des  mon- 
ticules de  sable  trés-fin  et  trés-blanc ,  s^étendant  assez  avant  dans  les 
terres.  Ces  terreins  sablonneux  produisent  diverses  espèces  de  bob 
grossissant  peu  généralement ,  maïs  qui  sont  très-compactes  et  très- 
durs  ,  très-épineux ,  tels  sont  :  Vespinillo ,  Valtforrobo ,  Vurundsy  ,  le 
Nandubay  et  plusieurs  autres. 

Je  n'ai  trouvé  aucun  fossile  animal  dans  cette  localité,  je  crois  pour- 
tant qu^il  doit  y  en  avoir  dans  les  carrières  du  calcaire  en  exploitation, 
parce  que  tout  ce  pays,  même  les  plaines  basses  et  allu viennes  de  Boé- 
Dos-A}Tes ,  renferment  des  ossemens  d*animaux  aniî-diluviens ,  tels 
que  le  mastodonte-  à  dents  étroites ,  les  tatous  gigantesques  et  les 
ichtyosaures.  Il  est  nécessaire  d^entier  dans  quelques  explications  à 
regard  de  ces  animaux  perdus,  avec  lesquels  on  est  encore  si  peufam^ 
liarisé,  que  des  moines  «avaiw  de  Buénos-Ayres  ont  cherché  à  persua- 
der les  crédules  que  les  os  de  certains  animaux  croissaient  dsns  la 
terre. 

Les  mastodontes  appartenaient  à  Tordre  des  Pachydermes  (animaux 


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—  351  — 

Le  âl  j  le  tems  était  beau,  mais  calme;  nous 
descendîmes  à  terre  pour  chasser.  Après  ayoir 
traversé  des  bancs  de  sable ,  nous  arrivâmes  à 
de  longues  lagunes,  ou  étangs,  dont  les  bords 
étaient  couverts  d'échassiers  et  de  palmipèdes; 
mais  si  sauvages  que  leurs  bandes  nombreuses 
s'envolaient  hors  portée.  11  £dlut  agir  de  ruse 
pour  en  approcher.  Tandis  que  nous  avions  re- 
cours à  nos  stratagèmes  de  chasseurs,  afin  de  sur- 
prendre les  autruches ,  les  hérons  et  les  canards, 
le  patron  de  la  balandre  nous  fit  signal  de  rallie- 
ment. Nous  en  eûmes  un  peu  de  dépit  ^  car  l'ar- 

à  sabots,  à  la  famille  des  PtoboscidUns  (à  trompe  et  à  défense  )  et 
fonuaient  un  genre  particulier,  voisin  des  Hippopotames  *. 

Les  tatous  fossiles  appartenaient  à  Tordre  des  Edentès  (c*est-à-dire 
sans  dents  sur  le  devant  des  mâchoires)  et  k  la  tribu  des  èdentés  ordi- 
naires', quelques  naturalistes  systématiques,  les  rapportent  A  ta  tribu 
des  Tardiyrades  (nom  exprimant  leur  excessive  lenteur)  et  les  confon- 
dent avec  les  genres  perdus  des  mégathérium  et  mégalonyx,  voisins 
des  fourmiliers  et  des  paresseux.  Sans  doute  M.  d'Orbigny  tranchera 
cette  question  de  nomenclature  et  rapportera  le  tatou  fossile  au  vrai 
type  de  son  genre.  (  Dasypus  de  L.)  Les  iclUyosaures  de  même  que 
les  plésiosaures,  étaient  des  reptiles  de  taille  gigantesque,  vivant  dans 
la  Tner,  Tichthyosaure  avait  une  tête  de  lézard ,  un  museau  efifilé 
comme  celui  du  dauphin,  des  pattes  de  cétacée  au  nombre  de  quatre, 
et  des  vertèbres  de  poisson,  hs  plésiosaure ,  avait  les  'mêmes  pattes 
une  petite  tête  de  lézard  portée  siu*  un  long  cou,  semblable  au  corps 
d*nn  serpent.  Ce  sont  les  laborieuses  recherches  de  Georges  Cuvier 
et  de  ses  savans  collaborateurs,  qui  ont  rendu  à  la  science  ces  an- 
ciennes espèces,  et  une  infinité  d'autres  appartenant  aux  divers  ordres 

*  Voyex  Cuvier  :  osstmensfostiUs  ;  les  Lettre*  sur  les  rèvoUuioiu  dm  Globe  et  tou* 
le*  livre*  élémentaire*  d'histoire  naturelle. 


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—  532  — 

deur  nous  ayait  emportés  bien  ayant  dans  les 
terres,  et  nous  ayions  Tespoir  de  rencontrer 
quelques  bonnes  espèces  d'oiseaux;  nous  dûmes 
nous  contenter  des  canards  et  des  pigeons,  (pa- 
lomas) ,  que  nous  ayions  tués,  &ute  de  mieux. 

Le  yent  était  toujours  sud,  mais  £uble;  nous 
yoguâmes  d'abord  très-lentement  et  si  près  des 
arbres  que  les  branches  embarrassaient  les  ma- 
nœuyres.  Plus  tardleyent  s'éleya;  nous  gagnâmes 
promptement  l'ancien  yillage  de  SanrJose,  miné 
par  les  Portugais  ,1   pendant  l'occupation  de  k 

du  règne  animal,  qui  semblaient  perdues  pour  eQe,  et  dont  les  ome- 
mens  sont  ensevelis  entiers,  ou  diverses  dans  les  couches  de  diver- 
ses formations.  En  recueillant  ces  débris  et  cherchant  à  les  rappro* 
cher  dans  leur  ordre  primitif,  Cuvier  est  parvenu  à  recompoeer  les 
êtres  auxquels  ils  ont  appartenu,  et  à  les  ressusciter  en  quelque  sorte, 
puisqu'il  a  retrouvé  leurs  formes,  leurs  proportions,  leurs  mceurs  et 
toutes  leurs  habitudes. 

Ou  renconU^  dans  différens  endroits  de  la  province  de  Buénos-Ayres, 
notamment  dans  les  environs  de  Lujan^  et  de  San^NtcoUts-de-loê- 
Arroyo9,  sur  la  rive  droite  du  J'arana,  beaucoup  d'ossemens  de  wuuUh 
dontê  à  deuts  étroites.  J'ai  vu  chez  un  négociant  à  Bnénos-Ayres  un 
squelette  à  peu  près  complet  de  cet  ancien  pachyderme.  Il  lui  avait  été 
apporté  de  rinlérieur  de  la  province  par  un  GauchOf  qui  le  vendit  la 
valeur  de  20  ou  25  fr.  Ce  négociant  en  «  refusé,  disait-il,  1200  fr.  Oa 
sait  que  les  ossemens  du  mastodonte  k  dents  étroites ,  improprement 
aiipelé  wammotMAySont  bien  plus  rares  que  ceux  du  grand  mastodonte? 
Le  premier  os  de  cette  espèce  (un  tibia),  fut  rapporté  par  M.  deHua- 
boldt,  qui  Vavait  trouvé  dans  le  camp  des  géants  près  Santa-Fé  de 
Bagota. 

Les  ossemens  de  UUovi-géant  se  trouvent  en  grande  abondance  sur 
les  bords  et  dans  le  voisinage  du  Rio-Néfjro  (Banda-Oriental)  ;  il  y  en 


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—  535  — 

BandarOnental ,  Puis  la  Calera  de  Barquin^  sur  la 
côte  d'Entre-Rios,  presque  en  &ce  de  San- José. 

Toute  la  côte  de  la  Calera  (fourà  chaux),  pen- 
dant deux  mille  environ ,  forme  falaise  escarpée, 
laissant  voir  une  roche  de  calcaire  grossier ,  un 
peu  gjpseux,  entremêlé  d'argile  blanche  et  de  sable. 

Le  paysage  de  la  Calera  est  assez  riant;  on  en 
ferait  une  jolie  petite  ville  dont  la  position  serait 
très-convenable  au  commerce.  Située  à  l'extré- 
mité S\m  coude  que  forme  FUruguay ,  à  envi- 

««BSBiMmteêfalâMêtargHo^alcahreé  àè  8im-Klcola»-4e-lM-Av«mM. 
M«  D'Orbigiqr  «n  a  Irouvé,  ei  il  peoM  que  cA  animal  était  de  la  gros- 
seur d'un  bceuf  ;  c'est-à-dire,  au  moins  vingt  fois  plus  volumineux  que 
le  Cataa-fèimt  du  Paraguay,  encore  existant. 

Les  ossemens  de  ricbthyosaure  se  rencontrent  sur  les  bords  du  Rio 
Arapey  (Banda  Oriental),  Tun  des  afflnens  de  ITJmguay.  Le  tenienle 
Gomez,  Inife^ten ,  que  j*ai  en  ocoasimi  de  iwir  chez  M.  Benpiand, 
trouva  un  jeor,  près  de  cette  rivière,  le  flqmAMte  comi^t^'nn  atriraal 
inconnu^  qni  lui  parai  fort  •étrange  ;  û  en  doima  9m  k  Rio  Janeiro,  et 
Tempereur  don  Pedro  4cr  Hiargea  devuîle  le  docteur  Frederick  StOow 
<on  Sèlo)  naturaliste  prussien,  de  recueillir  les  ossemens 4ecet  animal. 
Cenataraliste,  nortÛen  mrtliewnuacmeiit,  comme  je  Val'dit  dans  mon 
intreduelion ,  hii  donna  le  «om  'ê^icht^yoêuvrv9'Plotensis.  Ce  reptile 
monstrueux  est  le  type  détordre  des  Ï'c9ahy9swirienâ  delà  classe  de 
êqumdfkfê  de  Blainville. 

BOTANIQUE.  — Les  plaies  presque  continuelles  survenues  pendant 
mon  séjour  à  Paysandu  ne  m'ont  pas  permis  d^crboriser  ;  c'est  pour- 
quoi je  ne  suis  pas  àm^me  de  fbnmir  des  renseîgneniens  détaillés  sur 
la  note  de  cette  localité.  3e  ne  puis  présenter  que  quelques  obser- 
vations générales ,  résultant  de  rinspecHon  rapide  que  le  tenis  m'a 
permis  de  faire. 


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—  354  — 

ron  dix-huit  lîeues  du  Sako  et  douze  de  Pajsandu, 
elle  aurait  encore  Tavaiitage  d'être  à  proximité 
des  forêts  de  palmiers  yatcas  et  Carondcis 
qui  couronnent  la  Calera  de  deux  côtés ,  avec 
d'autres  arbres  très-propres  à  la  construction  des 
maisons.  (L'yataïs  est  une  espèce  de  palmier  qui 
s*ëlève  peu  ;  le  tronc  en  est  gros'et  couvert  des 
anciennes  traces  de3  attaches  des  feuilles.  Le  cœur 
ou  le  chou  en  est  excellent. — .Le  carondaïs  est  un 
autre  palmier  dont  on  emploie  le  tronc,  creusé,  en 
guise  de  tuile.)  Assise  sur  un  petit  plateau  élevé,  au 
bord  même  delà  rivière,  au  fond  d'une  anse, 
on  jouirait  à  la  Calera  d'un  air  pur,  d'une  jolie 
vue ,  et  les  navires  pourraient  y  venir  à  quai. 
Un  ruisseau  boisé ,  prenant  sa  source  dans  la  fo* 

J'ai  été  surpris  de  voir  id ,  comme  à  Montevideo  et  à  Buénos-Ayics, 
la  végétation  indigène  eavaliie,  sur  une  surface  considérable,  par  une 
plante  eiBotique  dont  la  propagation  va  toujours  croissant  ;  je  veux 
parler  de  cett^  espèce  de  cardon  d'Espagne  (  Hnara  carduncuivs)  (foi 
infeste  à  présent  ces  campagnes  au  point  de  couvrir  des  centaines  de 
lieues  de  superficie.  Cependant  les  hahitana  ne  s'en  plaignent  pas  trop, 
parce  qu'ils  sont  très-friands  des  cdtes  tendres  des  jeunes  pousses,  et 
que  y  de  plus,  les  tiges  séchéas  sur  pied  sont  eniptoyées,  par  eux  en 
guise  de  bois,  dont  la  pénurie  se  fait  sentir  partout  où  il  n'y  a  pas  de 
rivières.  Toutes  les  collines  de  Paysandu ,  principalement  vers  le  sud , 
ne  produisent  pas  d'autre  plante  que  ces  cardons.  Dans  les  plaines, 
ils  sont  encore  accompagnés  de  deux  espèces  de  chardons  indigènes , 
aussi  très-répandues,  l'une  est  connue  par  les  Espagnols  sous  le  nom 
d'a*/o/o  (formé  par  attraction  de  ces  deux  mots  tOtra-ojo,  ouvre  l'œil)  ; 
l'autre ,  dont  j'ai  oublié  le  nom ,  est  rampante  et  très-piquante.  Pour 


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—  555  — 

rêt  de  palmiers ,  contribuerait  encore  à  la  beauté 
du  site  et  serait  très-utile  à  l'établissement  de 
quelques  usines ,  telles  que  fonderies  de  suif,  sa- 
laderos,  tanneries,  etc. 

Il  y  a  un  fait  curieux  et  remarquable  dans  la 
Tégétation  de  cet  endroit:  c'est  que,  jusqu'à 
deux  ou  trois  lieues  au-^lessus  et  au-dessous  de 
la  Calera,  les  palmiers  abondent,  tandis  que  sur 
la  côte  orientale  on  n'en  découvre  pas  un  seul  ; 
cette  remarque  peut  s'étendre  à  tout  le  cours  de 
l'Uruguay;    depuis  son  embouchure   jusqu'aux 

se  former  une  idée  de  la  Tégétation  primitive  de  ces  liaix ,  il  fant  iîré- 
qaenter  la  plaine  sablonneuse ,  un  peu  aride ,  du  bord  de  rUnigaày  ^ 
où  Ton  remarque  avec  plaisir,  au  milieu  des  buissons  épineux ,  des 
arbrisseaux  et  des  cactus,  une  assez  grande  Tariété  de  chaimantes  fleurs 
dignes  d'être  cultivées.  «  Di^is  rhémisphère  austral ,  dit  un  célébra 
géographe ,  une  v^étation  analogue  à  celle  de  TEiirope  commence  à 
des  latitudes  plus  rapprochées  de  Téquatenr.  »  Ainsi  les  euTÎrons  de 
Montevideo ,  de  Buéuos-Ayres  et  de  Faysandu  sont  couverts  de  plan- 
tes qui  appartiennent ,  à  peu  d'exceptions  près ,  aux  genres  composant 
la  flore  française.  La  base  de  la  végétation  de  ces  plaines  est  formée 
de  gi-aminées ,  de  verbenacées ,  de  composées  ou  synanthérées ,  de 
lègaminenses ,  de  solahnées ,  d'ophrydées,  et  de  quelques  berraudien- 
nés  ou  sisyrinchyum ,  à  fleurs  de  couleurs  variées ,  les  unes  d^uu  beau 
▼îolet,  les  autres  d*un  beau  jaune.  On  remarque  encore  quelques  bro. 
meliacées  et  nuilvacées  ;  une  espèce  commune  de  cette  dernière  fa- 
mifle  est  très^répandue  près  des  habitations ,  où  elle  accompagne  tou. 
jours  le  tartagoon  palma  chrUH  (jairapha  cnrcas  dé  Lin.)  de  deux  es- 
pèces ,  trés^ropagées  dans  les  jardins. 

L.a  plaine  basse  est  couverts  d'un  cactus  globuleux  de  très-petite  es- 
pèce. Les  lieux  bas  et  marécageux  donnent  naissance  k  de  hautes  gra- 
minées ,  d'espèces  variées ,  à  des  joncs ,  des  pailles  coupantes ,  etc.. 


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—  556  — 

Missions^  on  observe  fréquemment  le  même  coq* 
traste*  Ces  arbres,  entremêlés  avec  d'aatrefi, 
produisent  un  joli  conpd'oeil)  maU  ûolés,  ccMmne 
ils  le  sont  au  nord-est  de  la  Calera ,  dans  toute 
la  longueur  du  détour  de  FUruguay,  et  dissémi- 
nés dans  an  terrain  saUoimeux  9  très^leTé,  ils 
donnent  au  pays  un  aspect  sauyage  ;  il  semUe 
qu'on  soit  transporté  dans  les  plaines  arides  de 
l'Afrique.  Tout  le  coteau  sablonueux  sur  lequel 
croissent  les  paliniers ,  à  Xexclusion  SmUres  ar- 
bres ,  est  rempli  de  sources  d'eau  minérale  ferru* 
ginexise* 


anpujmfe  les  Eaptgnols  en  pays  éiMinent  le  nom  &e  pt^onaUs.  Les 
plMoes  élevées  même,  enrCont  dans  les  liem  ééseHs,  peu  fréquentées 
fÊt  les  berfawx ,  soort  ooaTertes  de  «es  pafonaSês  qm  représentent  as- 
sez IneB  «m  champs  de  eéréeles,  àFépoqnedelamoisaoD.MaisdaBs 
les fiev  peuplés  de  bestiaux,  on  a  grand «ofn  de  mettre  le  feo  anx 
champs  à  l'époque  où  Therbe  desséchée  n^oikv  pins  q«rnne  aiide  pâ- 
ture ,  ain  de  donner  naissance  A  un  gazon  tendve  et*  noortssant.  Cette 
opération  doit  nécessairement  détruire  une  grande  quantité  de  plantes 


Depuis  la  rivière  de  la  Plata  jasqu*aux  Missions,  on  ne  trouve  de 
bois  que  sur  le  bord  des  rivières  et  des  ruisseaux  j  mais  ces  bois  se  dé- 
truisent  à  mesure  que  le  pays  se  peuple.  On  les  remplace  ^  dans  quel- 
ques localités ,  par  des  pêchers  croissant  ti'ès-facilement  et  dorauni 
un  fnut  délicieux  ,  appelé  durasno  (c^est  la  duradne.) 

Les  cryptg^mes  sont  asaea  tares  dans  les^n^irans  de  Pa^aandu^ 
▼tt  rabsence  de  gcands  bois  et  de  rochen  On  retronve  uâ  ,  comme  à 

Montevideo ,  une  espèce  de  fougère  »  irès-voîaine  deiWwfirfg  re^is, 
de  France,  et  un  lycop^dium  inundaium.  J'ai  remarqué  que  Jes  cactus 
du  genre  nopale  paraissaient  soufitir  beancoup  d'un  petit  liciien  qai 
les  envahit  entièrement. 


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—  357  — 

Le  coude  formé  ici  pa^  FUruguay  est  assez 
difficile  à  remonter ,  quand  le  vent  n'est  pas  Ùl- 
Torable  ;  aussi ,  nous  ayant  abandonné  ou  plutôt 
les  falaises  argilo-calcaires  de  la  Banda-Oriental 
l'ayant  intercepté  complètement ,  il  i^Iut  pren^ 
dre  le  parti  de  haHer  le  navire  au  moyen  d'une 
corde  amarrée  amx  arbres  ;  mais  même  avec  cette 
ressource ,  les  marins  ne  purent  dompter  la  force 
du  courant.  Le  patron  prit  le  parti  de  &ire  une 


ZOOLOGIE. —  Mammalogiê  et  Omitholoyiê.  En  fait  de  mammifères 
en  ne  rencontre  communément  à  Paysandu  que  des  carjnmcho*  (grands 
cabûns);  des  venados  (cerfs,  Tespèce  appelée  ^iMuu/ipar  les  Guaranis 
et  Azara);  des  comadrejas  (I)idelphes)j  des  apereas{\e  Gui,  cavia  co- 
baia)'y  des  zorrilloa  (Yaguaré,  d^Az.  mouflette-vitwrra méphitîs, Gmel.); 
des  armadillostimulHaa  {TBUna-dasypus,  Lin.) — Le  Jaguar,  el  tigre- 
mipkitiê  n'y  apparaît  qu'accidentellement ,  quand  les  lies  sont  submer- 
gées.—La  pizcacha  {callomys-viscacia^  J.  Geoff.  St-Hil.),  si  commune 
aux  environs  de  Buénos^Ayres,  ne  se  trouve  pas  sur  la  rive  gauche  de 
lUruguay  ^  maison  la  rencontre  assez  fréquemment  dans  rEntre-Rios, 
sur  la  rive  droite. 

11  n*y  a  pas  ici  une  grande  variété  d'oiseaux  :  je  n'en  ai  rencontré 
qu'une  quarantaine  d'espèces ,  h  répartir  dans  les  six  ordres  ;  je  crois 
cependant  qu'on  pourrait  en  réunir  beaucoup  plus  si  l'on  y  séjournait 
long-tems  ;  l'ordre  des  passereaux  m'en  a  fourni  vingt-quatre. 

Oiêeama;  rapacês.  •»  Les  vautours  urubu  (aUhartes  uruhu.  Vieillot  ^ 
d'Orb.)  n'y  étaient  pas  communs  ;  je  n'y  ai  pas  vu  l'aura. —  Les  trois 
espèces  de  caracaras  de  Azara  (le  caraneho^  le  chimango  et  le  chima- 
çhima)  y  sont  communs,  ainsi  que  la  chevèche-Zopin  {urucurea  d'Az.) 

Passereaux  ou  Syloains. —  J'ai  tué  dans  cette  localité,  et  pas  ailleurs^ 
un  tangara  à  bec  dentelé^  qu'on  m'a  dit  être  le  philotome  rapporté  dei--> 
nièrement  du  Chili.  —  Le  cardinal  huppe  rouge  de  Az.  (  oxia  cucuU 

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—  558  — 

nouvelle  statiou  sur  la  rive  droite ,  en  attendant 
une  brise. 

Le  2â^  le  vent  élait  contraire;  le  tems  était 
beau  j  mais  extrêmenaent  chaud  et  un  peu  ora- 
geux. Nous  de3cend}mes  à  terre,  au  nombre  de 
cinq  individus  I  avec  toutes^  nos  armes»  parce 
que  nous  avions  à  redouter  non-seulementla  ren- 
contre des  jaguars  y  mais  encore,  celle  d'un  parti 
de  Gauchos  vagabonds,  comme  il  y  en  avait 
souvent  à  cette  époque;  heureusement  cette  pré- 
caution devint  inutile. 

lata y  Latli.)  est  commoR,  MsiqaeYongUt  deBiiflbn  (  Hnde  d*Az.)  — 
Le  gobe-mooche  ruHn  {churrinchê  Az.)  —  Le  tyran  à  queue  fourchue 
{suiriHy  petits-ciseau»  de  Az.)  sont  assez  communs  ainsi  qu*an  gobe- 
moiicbe  blanc  et  noir,  appelé  viuda  (veaTe),  qne  je  croîs  être  Viruper9 
de  Az.  ;  le  hienteveo,  le  foumier,  le  troquet  d  lunettes.  —  On  y  tronTe 
encore  le  troupiade  dragon  de  Az.,  cehii  à  tête  jaune  ;  le  casdqne  à 
gorge-rouge  {étoumettu  des  terres  Magellantques ,  BnlT.);  un  engoule- 
vent à  ventre  biane  ;  un  gros-bec  à  collier  noir  ;  trois  espèces  de  bec- 
fins  i  un  roitelet  ;  Toiseau-mouche  vert-doré  et  V améthyste  émerauds; 
ce  dernier  n^est  pas  commun. 

Grimpeurs.  —  U  y  avait  des  bandes  du  maracami  psÊêago9L  de  Ai. 
beaucoup  de perruches{coi  orras)  à  louque-queue,'^  Le  pic  aux  oUes 
dorées  ;  celui  k  tête  pourprée  {Picus  Linéaêus  de  lin.);  un  pkoSde 
huppé  eoulemr  de  tofto»  à^ Espagne,  n'enstattl  pas  encore  au  ■Mnèa  dt 
Paris.  Enfin  le  eoucou  piririgmm  de  Az.  (  Gmiru  êminrm,  ) 

Gallinacés,  — Deux  espèces  de  ramiers  ;  deux  espèces  de  pigeoBs  ; 
deux  espèces  de  tourterelles,  trés-nomnwnsj  répandus  par  bandes  dans 
les  champs.— La  petite  perdrix  G'yfMvii^i  deAz.,  tinamusmaeulosus. 
Temm.),  la  grande  perdrix,  ou  grand  tinamous  {Inambu  guoMu  d'Az., 
Unamus  rufercens  Temm.  ),  en  grande  quantité. 


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—  339  — 

La  rire  est  bordée  d'arbres  yerte  et  touffiis  > 
d'espèces  rariées  produisant  un  bel  effet  ;  presque 
toujours  baignés  par  la  riyière ,  ils  croissent  rapi* 
dément  et  arec  feu  ;  mais  ce  qu'il  y  a  de  singu- 
lier, c'est  que,  passé  cette  ceinture  verte,  épaisse 
et  branchue ,  on  ne  Toit  phis  dans  l'intérieur  du 
pays  9  plat  et  sablonneux,  que  des  palmiers  isolés 
on  réunis  par  groupes  de  trois  ou  quatre ,  sem- 
MaUes  à  des  débris  de  péristyle  dont  il  ne  reste- 
rait plus  que  les  colonnes.  La  végétation  est 
singulière  dans  cette  contrée.  Nous  vîmes  peu 
d'oiseaux;  aucim  mammifère,  excepté  xm  tàon 
du  cervtMS  campestris,  que  le  hasard  fit  tuer 
à  Fun  de  mes  compagnons  de  voyage.  Cepen- 
dant nous  remarquâmes  des  traces  de  jaguar, 
de  carpinchos  (cabiaïs)  et  d*autruche.  Quelques 
oiseaux  de  rapine,  des  cathartes  urubu  et  aura , 
des  caracaras,  des  buses  rousses  et  des  milans  à 
calotte  noire  planaient  silencieusement  an-dessus 


Echoêtieri  et  palmipèdes. '^tes  bords  de  rUni^^ay  de  même  que 
ceux  de  laFlata  etdaParana,  abondent  ea  oiseaux  de  ces  deux  ordres. 
La  fanulle  nombreuse  des  longirostres,  qui  comprend  en  partie  cette 
Tariété  d^oiseaux  de  rivage,  connus  à  Buenos- Ayres  sous  le  nom  de 
dWrittiify  wiilHniie  plus  d*vn  genre  iadéienwnè  capable  d*cnbanrasser 
nos  nmneiiclaleurs.  En  fait  d'échassiers,  je  n*aitué  ici  que  le  vofineau 
armé  (terutero  de  Az.)  différent  de  celui  de  Gayenne^  des  petits  plu 
«iers  à  cellier  noir  ;  le  jacuna  commun  et  PhirondeUe  de  mer  atema 
miMuia  de  Lin. — C'est  à  Buenos- Ayres  que  j'ai  tué  le  rkynekea  hUafia 
et  le  Hwfchorus,  genres  nouTcaux. 


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—  340  — 

d'un  Taste  champ  brûlé  la  Teille,  et  encore  fil- 
mant; quelques  perruches  et  perroquets  passaient 
en  criant  au-dessus  de  nos  têtes,  et  des  pics  aux 
ailes  dorées  *  guettaient ,  sur  le  tronc  échauffé 
des  palmiers,  la  sortie  des  insectes  que  l'incendie 
avait  fait  se  réfiigier  dans  ce  seul  asile  qui  leur 
f¥lt  offert.  Nous  tuâmes  de  tous  ces  oiseaux  >  ainsi 
qu'une  variété  du  troupiale  dragon ,  que  je  crois 
être  le  guirahuro  de  Azara,  et,  au  bord  de  la 
rivière ,  une  jolie  pie  blëu-turquin  à  ventre  jau- 
nâtre et  à  sourcils  bleu  ciel  *  . 

Le  25,  letems  était  redevenu  beau,  une  petite 
brise  de  sud,  irrégulière,  nous  poussa  tout  le  jour. 
Nous  passâmes  devant  YHervidero^  estancia  et 
four  à  chaux,  à  huit  lieues  du  Salto,  vers  le  sud, 
dans  un  endroit  où  le  lit  de  la  rivière  fort  encaissé, 
d'un  courant  rapide ,  n'a  pas  plus  de  soixante  à 
soixante-dix  toises  de  largeur.  U  paraît  que  la 
chaux,  &ite  sur  les  lieux ,  est  d'assez  bonne  qua- 
lité. 

A  un  mille  plus  loin  nous  passâmes  devant  le 
confluent  du   Jkefvtany   rivière  de  quatrième 


1    Charpentiers  des  champs ,  d'A2.  Picus  amatus.  Lin.   The-sold- 
winged-jwcker,  catesby. 
s  J caché  de  Azara. 


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—  34i  — 

ordre  descendant  de  Test,  dans  le  lit  de  laquelle 
on  trouve  de  magnifiques  cristallisations  de 
quartz-hyalin ,  diversement  colorées. 

A  la  fin  du  jour,  le  vent  ayant  manqué  de 
nouveau ,  nous  aidâmes  courageusement  les  ma- 
riniers à  haller  le  navire  d'arbre  en  arbre  )us- 
qu  au  Saladero  del  CorraUto. 

Le  24  9  au  lever  du  soleil,  nous  descendîmes 
tous  à  terre.  Après  avoir  exploré  les  environs  du 
Saladero ,  nous  allâmes  rendre  visite  au  proprié- 
taire don  Léandro  *** ,  espagnol  européen ,  par- 
lant assez  bien  le  fi:*ançais  ;  il  nous  donna  Thospi- 
talité  avec  une  politesse  toute  gracieuse ,  la  plus 
digne  des  belles  manières  d'un  CahaUero. 

Après  le  déjeûner ,  au  lieu  de  nous  rembar- 
quer 9  nous  primes  la  résolution  de  nous  diriger 
sur  le  Salto,  à  travers  la  campagne,  conservant 
l'espoir  de  trouver  en  route  quelque  chose  d'in- 
téressant ;  nous  fîmes  ainsi  plus  de  quatre  lieues 
eu  chassant ,  mais  inutilement  ;  nous  ne  vîmes 
que  fort  peu  d'oiseaux,  et  toutes  espèces  commu- 
nes à  Buenos- Ayres,  telles  que  pics  à  ailes  dorées, 
tyrans,  troupiales,  caracaras,  teruteros,  etc.  Nous 
tuâmes  pourtant  deux  belles  espèces  d'engoule- 


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—  542  — 

vens  et  un  fort  joli  gros-bec  roage  et  gris.  Nous 
vimes  aussi  beaucoup  de  couleuvres  et  cet  énorme 
lézard  appelé  tejru  par  les  Guaranis  *  . 

Conune l'Uruguay  avait  recommencé  à  croître, 
.  nousnousfatiguAmesbeaucoupà&iredesdétours, 
nécessités  par  le  gonflement  des  nombreux  ruis- 
seaux et  des  hanados  ou  terrains  inondés.  Tout 
ce  pays,  comme  la  Banda-Oriental  entière  n'offire 
à  la  perspective,  que  campas  quëbradosj  c^e^rk- 
dire,  des  terrains  fréquemment  entre-coupés  de 
petits  vallons,  de  monticules  et  de  collines  peu 
élevées ,  sans  direction  déterminée  ;  on  ne  voit 
guère  d  arbres  que  le  long  des  rivières  et  des 
ruisseaux  ;  mais  conune  ceux-ci  abondent  par- 
tout, il  en  résulte  une  fertilité  très-grande  et 
tous  les  avantages  désirables  pour  l'éducation  des 
bestiaux. 

Quelques  maisons  blanches,  dont  les  fenêtres 
réverbéraient  la  lumière  rougeâtre  du  soleil  cou- 
chant, nous  annoncèrent  le  Sedto  ;  cette  vue  nous 
attrista,  au  lieu  de  nous  réjouir;  nous  nous  étions 
figuré,  je  ne  saurais  trop  dire  pourquoi,  que 
plus  nous  avancions,  plus  les  sites  et  les  paysages 

A  Lagarta  en  portugais  {Lecerta  tefjmisin  Lin.) 


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-^  545  -= 

devaient  être  charmans. — N'est-ce  pas  ainsi  que 
nous  cheminons  dans  le  sentier  aride  et  tortueux 
de  la  irie?4».— •Dëôenchantemens  sur désenchan- 
temens^  mystifications  sur  ni]fstîlications,  jus- 
qu'au moment  où  la  tombe  s'ouvrant ,  cetitu- 
plera  peut-être  la  somme  des  mystifications  et  des 
dësenchantemens  ! 

Le  SùUo  *  est  un  village  qui  n'a  pas  la  moitié 
de  l'importance  de  Paysandu.  Il  est  situé  sur  une 
hauteur  isolée,  formant  Une  presqu'île  à  l'épo- 
que defe  débordemens  de  l'Uruguay.  Le  terrain  est 
aride,  couvert  de  cailloux  roulés,  ou  de  galet, 
avec  d'innombrables  fi^agmens  de  roches  tendres  : 
on  dirait  un  monceau  de  ruines ,  tant  ce  sol  est 
bouleversé,  couvert  de  pierres  de  toutes  gros- 
seurs. Les  autres  collines  environnantes  ont  exac- 
tement le  même  aspect  :  presque  toutes  ces  pierres 
ou  fragmens  de  roche,  ne  sont  qu'une  agglomé- 
ration de  sable,  de  graviers  et  de  galets  unis 
grossièrement,  sans  ténacité,  par  un  ciment  cal- 
caire-argilifère.  L'argile  jaune  est  la  substance 
qui>  avec  un  peu  de  calcaire  ♦marneux ,  paV*a!t 
former  la  base  de  ces  collines.  Il  y  a  aussi  des 
bancs  d'un  grès  arenacé  fort  grossier. 

t  Latitude  Si*  28'  me  gandie  de  rUrugady. 


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—  344  — 

Je  remarquai  en  venant  du  Saladero  dd  corra- 
ïito ,  à  enTÎron  deux  lieues  du  Salto ,  sur  le  bord 
de  l'Uruguay  9  des  grès  ferrugineux  géodypies, 
formant  des  blpcs  isolés  plus  ou  moins  Tolumi- 
neux  ;  les  cavités  en  étaient  remj^es  par  du  sa- 
ble très-chargé  d  oxide  de  fer. 

Il  n  y  ayait  pas  plus  de  cinq  maisons  à^uxotea 
(en  terrasse  )  au  Salto ,  lors  de  notre  arrÎTée  ;  les 
autres  habitations  étaient  des  ranchos,  (çhau^ 
mières)  bien  bâtis,  blanchis,  pour  la  plupart, 
extérieurement;  T église  était  aussi  un /loncAo , 
conune  à  Sandu  ;^  seulement  on  avait  élevé  à  coté 
de  rentrée  un  simulacre  de  clocher ,  en  forme  de 
portail,  où  étaient  suspendues  deux  cloches  de 
moyenne  grosseur.  Les  rues  sont  comme  dans 
toute  la  Banda-Oriental,  bien  alignées^  garnies 
de  trottoirs,  correspondant  aux  quatre  points 
cardinaux.  Quoique  les  cuadras  soient  loin  d'être 
renoplies  de  maisons,  cette . régularité  de  plan, 
donne  néanmoins  à  ce  village  Fapparence  d'uno 
petite  ville.  Il  n'y  avait  pas  encore  de  réverbères, 
ou  fimaux  dans  1q3  rues ,  mais  on  devait  en  pla- 
cer prochainement. 

De  chaque  côté  du  village,  au  nord  et  au  sud, 
il  y  a  un  ruisseau  boisé;  coulant  dans  un  vallon 


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—  546  — 

profond,  jusqu'à  TUruguay.  Pendant  les  cruM 
de  la  riyière,  le  côté  sud  s  inonde  fiu^ilément,  et 
il  y  a  alors  assez  d'eau  pour  .permettre  aux  goélet- 
tes et  aux  balandres  de  s'approcher  à  quai;  mais 
quand  les  eaux  sont  basses,  que  l'Uruguay  m  re- 
pris son  lit,  ce  qui  a  lieu  les  deux  tiers  de  Fan- 
née ,  les  navires  Tenant  dien-hiMS ,  sont  obligés  de 
rester  au  Saladero  dd  corraiUo ,  pour  y  opérer 
leur  chargement  et  déchargement,  opérations 
très-coûteuses  pour  le  conamerce. 

IjeSaboy  c'est-à-dire  la  cataracte,  n'est  pas 
en  face  du  village  ;  il  en  est  éloigné  d'environ 
deux  lieues  au  nord  :  c'est  ce  qu  on  nomme  le 
Salto  cfUco.  Il  en  existe  un  autre  plus  grand,  à 
trois  lieues  de  celui-ci,  également  au  nord,  apT 
pelé  Salio  grande.  C'est  le  premier  qui  a  donné 
son  nomauviUage(t'ii22a).  Ces  deuxsaltos,  qu'on 
ne  reconnaît  qu'à  la  rapidité  du  courant,  lorsque 
la  rivière  est  très-haute,  sont  à  découvert  les  trois 
quarts  de  l'année  et  rendent  toute  navigation 
impossible  dans  ces  parages  ^  •  Les  bateaux  ve- 
nant d'en-fiaiU  restent  à  huit  licites  du  village , 
dans  une  petite  anse  appelée e/ ^u^rfo  (le  port), 
en  £ice  d'uu  groupe  d  lies  désignées  sous  le  nom 

*  Au  sallo,  rUruguay  est  deiu  fois  large  oomnie  la  Seine  à  ParU, 
c'eat-à-dire  de  120  à  i30  toises. 


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—  84«  -- 

éè  isicm  ddhê^ttftù.  Le  trajet  del  poerto  au  vil- 
lage se  &it  par  term^  k  cheral  oa  en  «hiEOreite; 
mais,  dans  ce  cas,  on  a  quime  lieues  à  parcourir 
auL  lieu  de  huit  5  à  cause  d^un  détour  qu'il  faut 
faire  pour  éviter  des  banadas  ou  marécages* 
Une  fois  passés  ces  deux  saltos^  formés  de  roches 
à  ileur  d'eau,  l'Uruguaj,  bien  que  très^rapideen 
beaucoup  d'endroits,  est  navigable  pour  de  gran- 
des pinces  et  des  bateaux  plats  jusqu'à  la  hau- 
teur du  Paraguay,  c'est-à-dire  k  plus  de  deux 
cent  cinquante  lieues  de  sa  jonction  avec  le  Pa- 
rana.  Une  nation  industrieixse  comme  celle  des 
Nord  •'Américains  9  par  exemple,  aurait  déjà 
aplani  les  légères  difficultés  qui  entravent  la  na- 
vigation de  rUmguaj,  et  sillonné  cette  bdle 
rivière  de  plusieurs  bateaux  à  vapeur  pour  &ci- 
liter  Faccroissement  de  la  population  et  le  dé* 
bouché  des  produits  de  l'industrie  agricole  :  loin 
de  là^  on  perd  son  tems  en  vaines  querelles  ^  en 
disputes  Sanglantes,  et  l'apathie  des  habitans  est 
poussée  à  tel  point  qu'ils  ne  comprennent  même 
pas  comment  on  pourrait  vivifier  ces  lieux,  qui 


Iles  du  forgeron  on  serrurier,  à  cau§e  d^un  oiseau  de  Tordre  des 
{RBAfléfeaux,  genre  cotiiigiy  aous-genre  procfiU,  eonim  àU  Brésil  mus  le 
nom  de  ferrador  et  é^araponga  (  casmarynchoe  nudicolis  ).  Sa  voix  éda- 
lante  imite  tour-à-tour  le  bruit  de  la  lime  et  celui  du  marteau  sur  une 
enclume. 


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—  S47  — 

ne  leur  paraissent  destines  qu'à  nourrir  des  che- 
Taux  et  des  vaches.  Cet  endroit  •  est  réellement 
susceptible  de  prendre  de  raccroissement  9  quand 
le  commerce  avec  le  Paraguay  deviendra  libre  et 
que  les  Missions  seront  peuplées;  car  la  voie  de 
l'Uruguay  est  toujours  préféraMe,  pour  le  trans^ 
port  (des  marchandises,  à  celk  de  l'intérieur. 

Les  autorités  du  Salto  sont  r  un  commandant 
militaire,  en  même  tems  chef  de  police,  tm 
commandant  de  port,  un  )uge-de-paix,  un  al- 
cade et  un  receveur  de  la  douane.  U  y  a  une 
école  primaire-élémentaire,  pour  l'enseignement 
mutuel,  aux  frais  du  gouvernement. 

Cknnme  il  n'y  avait  pas  plus  d'auberge  au Sadto 
qu'il  n'y  en  a  dans  les  autres  peuplades  de  l'Uru- 
guay ou  de  rintérieur,  nous  eussions  été  assec 
embarrassés  si  M.  Antoine  Thedy ,  suisse-français , 
n'avait  eu  l'extrême  bonté  de  nous  accueillir  et 
de  nous  héberger  pendant  trois  jours  que  nous 
y  restâmes,  en  attendant  un  vent  propice  pour 
remonter  la  rivière  jusqu'aux  Missions.  M.  Thedy 
exerça  envers  nous  les  lois  de  l'hospitalité  d'une 
manière  trop  généreuse  vraiment  ;  car  nous  étions 
cinq  individus,  affamés  par  les  privations  du 
voyage ,  et  nous  disions  un  tel  honneur  à  sa  cui- 


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-^  548  ^ 

sine^e  j'en  restais  confus;  il  ne  voulut  pourtant 
accepter  aucune  espèce  de  compensation.  Au 
reste ,  ce  désintéressement ,  qui  deyait  nécessai- 
rement nous  étonner,  était  si  familier,  si  naturel 
à  M.  Thedy ,  il  y  mettait  tant  de  bonne  grâce, 
qu'il  méritait  bien  ce  titre  flatteur  de  père  des 
Français  que  nos  pauvres  compatriotes  expatriés 
se  plaisaient  à  lui  donner,  non-seulement  au 
Salto,  mais  encore  à  une  grande  distance  à  la 
ronde. 

Le  jour  même  où  nous  arrivâmes,  nous  eûmes 
le  hasard  de  rencontrer  chez  M.  Thedy  un  vieux 
marin  à'Hon/Ieitr^  nommé  Victor,  prêta  par- 
tir pour.Fancienne  Mission  de  San-Borjà.  U  me 
sembla  que  nous  ne  pouvions  trouver  une  occa- 
sion plus  Êivorable;  nous  nous  hâtâmes  d'arrêter 
passage ,  dans  la  crainte  de  faire  un  trop  long  sé- 
jour au  Salto.  Le  bateau  de  ce  marin  (  jaugeant 
au  plus  deux  tonneaux) était  plat ,  non  ponté, 
assez  mal  installé  d'ailleurs  et  fort  inconunode  à 
tous  égards,  puisque  nos  bagages  le  remplissaient 
et  qu'il  n'y  avait  d'abri ,  en  cas  de  pluie ,  que 
pour  nos  provisions!  Belle  perspective  pour  un 
voyage  de  cinq  semaines  dans  la  saison  des  pluies? 
Il  est  vrai  que  notre  compatriote ,  vieux  loi^  de 
mer  dégénéré,  se  faisait  fort  de  franchir  les  qua- 


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—  349  — 

tre-vingt  et  tant  de  lieues  qu'il  y  a  du  Salto  à' 
San-Borja  en  quinze  jours ,  et  en  cas  de  pluie,  il 
promettait  de  dre^er  une  tente  avec  des  cuirs; 
mais  on  verra  plus  loin  comment  il  tint  sa  parole. 

En  attendant  le  bon  vent,  nous  nous  mtmes  à 
chasser  pour  tuer  le  tems,  uniquement;  car 
des  naturalistes  n'ont  pas  grand  chose  à  recueillir 
au  Salto ,  si  ce  n'est  des  cailloux  roulés ,  des  bois 
fossiles  et  des  cristallisations  de  quartz-améthyste, 
en  prismes  implantés ,  qu'on  apporte  en  grande 
abondance  deTintérieur,  pour  £dre  des  cadeaux. 
Les  tourterelles  et  les  ramiers  étaient  si  nombreux, 
qu'en  moins  de  deux  heures  nous  en  eûmes 
notre  charge.  Quant  aux  autres  oiseaux,  ils  furent, 
fort  heureusement  pour  eux,  jugés  indignes  de 
la  mitraiUe  que  nous  prodiguâmes  à  leurs  co-vo- 
latiles  les  gallinarès.  Nous  nous  amusâmes  beau- 
coup à  regarder  un  cariama  '  privé ,  dans  la 
cour  de  M.  Thedy. —  C'était  un  oiseau  paisible, 
assez   craintif,  mais   très-curieux   et   tout  aussi 


1  Cariama  est  le  nom  Inrésilien  et  saria  celui  des  Guaranis  et  de 
Azara.  Cet  oiseau,  classé  dans  Tordre  des  échassiers^  famille  étipres- 
siro9tres^  est  le  type  du  genre  cariama  (microdactylug  crisiattu:).  Il  me 
semble  que  cet  oîseaUi  le  nandu^  le  ckaja  et  plusieurs  autres,  «eraient 
plus  convenablement  classés  parmi  les  gallinacés^  dont  ils  ont  le  bec 
et  les  habitudes  ?. . 


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—  350  — 

vorace  qœ  le  nandu.  Q  visitait  tou5  les  apparte- 
rnena  et  sortait  qudiquefiHsdansla  rue.  Sa  hauteur 
était  de  deux  pieds  et  demi  ;  son  bec  celui  desg'aZ- 
Unace$\  son  cou  et  son  port  ceux  du  nandu;  sa 
paupière  nue ,  et  l'œil  très-grand  ;  ses  plumes 
cotonneuses;  sa  couleur  mélangée  de  blanc ,  de 
noir  et  de  gris.  Cet  oiseau  a  été  très^bien  décrit 
par  Feliz  de  Azara,  M,  Thedy  élevait  encore 
d'autres  animaux  fort  curieux,  et  il  avait  une 
petite  ccdlecticm  de  minéraux  ou  Ton  remarquait 
de  magnifiques  cristaux  d'améthyste,  de  fiiusse 
tc^Mze  et  de  cristal  blanc  >  avec  des  galets  de  FU- 
ruguay,  arrondis  de  teUe  sorte  qu'ils  ressem- 
blaient à  des  fiiiits. 


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CHAPITRE  XV. 


S4pwt  da  Sallo.  — Soitode  resploralioa ■  Vowte.  • 

—  ]|«|Df «  —  Vort  de  BaaJogJa. 


Le  dimanche  27  octobre,  à  quatre  heures  de 
Taprès-midi ,  notre  loup  de  mer  d'Honfleur  jugea 
à  propos  de  nous  faire  embarquer.  A  peine  ayions- 
nous  fait  une  demi-lieue  qu'un  orage  violent 

23 


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—  SS4  — 

éclata  et  qu'une  bourrasque-pampero  nous  fit 
tournoyer  À-peu-près  comme  une  toupie.  Le  pa- 
tron ne  voulait  pas,  pour  tous  les  diables,  retour- 
ner au  Salto,  par  cette  raison  «  quU  n  cubait  ja- 
mais relâché  en  mer.  »  Pourtant  ime  forte  ra£&le 
ayant  déchiré  la  seule  voile  en  coton  que  nous 
eussions  dans  notre  galère,  l'obligea,  bien  mal- 
gré lui,  à  nous  faire  aborder  dans  un  îlot  formé 
par  le  débordement  de  l'Uruguay.  On  ne  se  figure 
pas  ce  que  nous  eûmes  à  souf&ir  dans  ce  malheu- 
reux îlot,  où  il  n'y  avait  pas  un  seul  morceau  de 
bois  sec.  La  pluie  commença  juste  au  moment  où 
nous  abordâmes  et  ne  cessa  que  le  lendemain  vers 
midi  ;  on  sait  déjà  qu*îl  n'y  avait  pas  d*abri  à  bord, 
ni  même  possibilité  d'y  coucher;  nou&  avions 
compté  sur  les  cuirs  que  le  patron  devait  embar- 
quer pour  nous  faire  un  toit ,  au  besoin ,  mais  il 
en  avait  pris  tout  juste  assez  pour  préserver  nos 
provisions  de  bouche  et  nos  bagages  !  Ainsi ,  nous 
dûmes  nous  résigner,  non-seulement  à  nouis  pas- 
ser de  souper,  mais  encore  à  nous  coucher  sous 
la  voûte,  un  tant  soit  peu  humide,  du  firmament. 
Le  lendemain  nous  avions  l'air  de  gens  sortis  du 
naufi:*age  ;  nous  grelottions  à  claque-dents  et  nous 
étions  affamés.  Dès  que  la  tempête  fut  calmée,  le 
patron  nous  fit  sortir  de  là  et  nous  conduisit  à 
proximité  d'un  saladero.  Nous  sautâmes  bien  vite 


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—  5S5  — 

à  lerre,  courant  Du-)ainbcs,  à  trayers  les  maréca- 
ges et  les  -pajonales  vers  un  rancho^  où  nous  de- 
mandâmes rhospitalité  ;  on  nous  accueillit  bien. 
Nos  hôtes  étaient  de  pauvres  canariens  venus  de- 
puis long-tems  déjà ,  comme  beaucoup  d'autres, 
pour  peupler  ces  déserts  et  remplacer  les  natu- 
rels. Leur  habitation,  comme  toutes  celles  des 
Gauchos  était  une  hutte  de  terre ,  entremêlée  de 
roseaux^  couverte  en  paille  coupante,  construite 
enfin  avec  toute  la  simplicité  de  Farchitecture  de 
l'âge  d'or.  Elle  était  composée  de  deux-pièces , 
la  chambre  à  coucher  et  l'appartement  de  ré- 
ception servant  en  même  tems  de  cuisine.  Un 
lit ,  formé  de  quatre  piquets  plantés  en  terre , 
supportant  une  claie  de  roseaux,  ou  des  courroies 
de  cuir  entrelacées,  sur  lequel  se  place  en  guise 
de  matelas ,  une  magnifique  peau  de  bœuf  non 
tannée;  quelques  autres  cuirs  étendus  à  terre 
pour  coucher  les  en&ns  ;  des  bolas,  des  lazos^ 
(armes  mdispensables  du  Gaucho),  des  harnais  de 
chevaux  suspendus  aux  parois  du  rancho,  for- 
maient l'unique  ameublement  de  la  chambre. 
Une  autre  claie  de  roseaux,  supportée  par  six  pi- 
quets et  servant  à  ces  dames  de  canapé  ou  de 
sofa,  deux  têtes  de  bœuf,  en  guise  de  fauteuil, 
un  petit  baril  d'eau,  une  marmite  en  fonte,  deux 
ou  trois  calebasses  servant  de  vases,  une  jatte  en 


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—  556  — 

bois,  et  une  broche  en  fer  piquée  yerticalement 
devant  le  foyer,  placé  au  nulieu  même  de  la  cui- 
sine, composaient  rigoureusement  Tinventaire 
de  l'appartement  de  réception.  Je  dois  ajouter 
que,  chez  les  Gauchos  plus  riches,  il  y  a  souvent, 
à  côté  du  principal  corps  d'habitation,  à  la  dis- 
tance de  huit  ou  dix  pieds ,  ime  seconde  hutte, 
analogue  à  la  première ,  serrant  de  cuisine ,  de 
garde-manger  et  de  basse-cour:  Qn'y  a  jamais  de 
cheminée;  le  foyer  se  trouve  au  milieu,  et  la  fu- 
mée s'échappe  par  où  elle  peut.  Les  ordures  des 
animaux  domestiques  ,  les  exhalaisons  des  vian- 
des accrochées ,  ou  des  cuirs  étendus ,  y  entre- 
tiennent une  puanteur  insupportable,  et  des 
myriades  d'insectes  bourdonnent  sans  cesse,  tan- 
dis que  des  volées  de  troupiales ,  de  caracaras 
ou  de  vautours-urubu  se  disputent  les  débris  des 
ruminans  ou  des  solipèdes  dont  les  cmBemens 
sont  entassés  comme  dans  des  catacombes , 
ou  épars  de  côté  et  d'autre  à  la  surfiice  du  sol , 
comme  sur  un  champ  de  bataille. 

Tandis  que  nous  séchions  nos  vêtemens  devant 
le  foyer  enfumé ,  les  braves  gens  se  plaignaient  de 
la  misère  du  tems  et  des  querelles  interminables 
des  partis  dans  ces  malheureuses  provinces   *.  Ds 

I  Ils  faisaient  allusion  aux  projets  ambitieux  de  LavaUeja  dui9  la 
Banda-Oriental,  et  à  cenx  de  Manuel  Basas  à  Buéoos-Ayres. 


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—  35^7  — 

nous  présentèrent,  dans  une  corne,  du  lait  sortant- 
de  la  vache  :  nous  acceptâmes  ayec  empressement 
et  leur  of&lmes,  en  retour,  un  peu  dejcana  *  qui 
nous  restait.  Us  allaient  nous  préparer  un  asiukh 
(rôti)  de  yiande  fraîche ,  quand  le  patron  nous^ 
envoya  intimer  Tordre  du  ralliement. 

Ce  )0ur-là  le  Salto-Chico  fut  passé  sans  trop  de 
peine,  grâce  aux  saules  (seirandis)  bordant  la 
rive.  Vers  le  soir,  on  s'arrêta,  sur  la  côte  d'Entre- 
Rios  pour  fiiire  à  souper  et  passer  la  nuit.  Cette 
fois,  nous  bivouaquâmes  Êicilement  et  gaîment, 
car  le  bois  sec  étant  très-abondant,  nous  fimes 
un  inunense  feu  de  joie,  autant  pour  ache- 
ver de  nous  sécher,  que  pour  nous  garantir  pen- 
dant la  nuit  de  toute  visite  importune  de  Thon- 
nètejagtdor  ou  de  tout  autre  aimable  voisin.  Après 
nous  être  repus  de  Fo^ao,  après  avoir  savouré  le 
queso  de  Goya  \  \ai  farina  de  madioca  ',  et  avoir 
doiÉié  du  ton  à  notre  estomac  en  avalant  un 
traguito  de  la  brûlante  cami,  nous  installâmes 
confortablement  nos  recados  dans  le  foin,  au  pied 

t  Prononcez  Caytut^  mouillé  ;  espèce  de  lack  ou  de  tafia,  connue  an 
Brésil  sous  le  nom  de  cachaca^  c'est  de  Teau-de-vie  de  sucre^ 

s  Fromage  rond,  trèo-sce  et  très-salé,  fabriqué  principalement  à 
Goya,  peuplade  de  la  province  de  Comentes. 

3  Farine  de  manioc  (prononcez  farûjna^  mouillé);  en  portugais,  on 
écnX  farinha  et  Ton  prononce  comme  en  espagnol. 


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—  358  — 

d*iiii  palmier  carondai,  et,  nous  trouTant  toutrà- 
£iit  snug ,  nous  réparâmes  par  un  sommeil  pai- 
sible les  &l;igues  et  le  malaise  de  la  nuit  précé- 
dente. N  est-ce  pas  ainsi  que  le  pauvre  doit 
envisager  la  vie?., • 

Le  lendemain ,  29 ,  bon  vent  et  beau  t«ms. 
En  un  instant,  tout  le  monde  fut  sur  pied,  les 
recados  plies,  les  armes  nettoyées  %  et  tout  à 
bord.  Nous  primes  le  mate\  avant  Faurore;  ce 
cordial  devait  nous  soutenir  jusqu'à  midi,  beore 
du  diner.  La  sobriété  est  une  vertu  passée,  forcé- 
mentj  dans  les  moeurs  des  Espagnols  américains; 
ils  ne  font  jamais  que  deux  repas  par  jour;  mais 
ils  prennent  le  maté  à  chaque  instant.  Noos  finies 
bonne  route  jusqu'au  Salto-Gnmde.  Là,  il  fallut 
nous  arrêter  pour  attendre  un  vent  j&vorafale, 
parce  que  Feau  coulait  avec  trop  de  rapidité 
pour  espérer  de  dompter  le  courant;  nous  édoos 
d'ailleurs  sur  la  rive  droite,  et  de  ce  ciùÊé  il 
n  y  a  point  d'arbres  aux  branches  desquels  on 


<  C*est  un  soin  qa*il  faut  prendre  chaque  jour,  surtout  arec  les  armes 
â  piston,  sons  peine  d*ètre  exposé  aux  plus  grands  dangers.  Les  Gan* 
chos,  qui  sont  Irës-p.'u  soigneux  éprouvent  souvent  la  mystification 
de  Toir  rater  lenrs  pistolets  ;  aussi  conunencent-ils  à  n*avoir  phis  la 
moindre  confiance  dans  les  armes  à  piston.  Il  faudrait  avoir  soin  de 
n'envoyer  aussi  que  des  cheminées  bien  êridéos. 


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—  5S9  — 

puisse  s'accrocher,  pour  fi^auchir  ce  mauvais  pas- 
sa^. Nous  campâmes  peadant  trois  jours,  et 
nous  nous  occupâmes  à  chasser,  k  pêcher,  à 
ex[dorer  la  campagne. 

Nous  étions  au  milieu  d'un  bosquet  surmonté 
de  quelques  grands  arbres,  sur  une  plage  de 
sable  et  de  galet;  nous  avions  pour  limite,  au 
nord  un  rocher  de  grès  tendre ,  très-schisteux , 
assez  éleyé  pour  fomiei^/]proniontoire;  à  Fouest 
des  collines  {campas  quehrados)  couvertes  de 
galets  semblaUes  k  ceux  du  village  dél  Scdto;  à 
Test  rUruguay,  emportant  avec  la  rapidité  du 
vent  des  nuées  de  cormorans  %  et  au  sud,  une 
petite  rivière  dans  laquelle  nous  péchâmes  des 
tortues  dont  nousfimes  d'excellent  bouillon.  Nos 
mariniers  étaient  deux  Indiens  guaranis,  habiles 
à  pécher;  ils  prk^nt  souvent  un  poisson  très- 
abondant  partout,  appelé  dorade  *  (doré)  à  cause 
de* ses  couleurs;  il  y  en  avait  de  fort  gros,  de 
deux  à  trois  pieds  de  long,  pesant  près  de  vingt 
livres,  et  une  grande  quantité  de  petites  espèces 
attirant  continueUement  les  insatiables  cormo- 
rans. 

I  Les  zaramaijulloiis  cle  Azara  \  les  viguas  des  Guaranis  j  c*cst  je 
crois,  une  espèce  de  Graculvs  ? 

1  Espèce  voisine  du  MiltUa  micropo  (Al.  D'Orb.) 


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—  360  — 

L'Uruguay  peut  avoir,  en  cet  endroit,  un  mille 
de  largeur.  Sa  rive  droite  est  bordée,  Fespace 
d'une  demi-lieue,  par  des  rochers  de  gués  tendre 
et  schisteux;  il  y  a  trois  masses  principales  où 
viennent  ahoutir  des  collines,  séparées  par  des 
vallons  profonds  et  marécageux ,  très-boisés  ;  ces 
trois  masses  de  grès  forment  autant  de  pointes 
où  Feau  coule  avec  une  rapidité  eflfrayante.  Vu 
ilôt,  couvert  de  saules  .^e  trouve  juste  au  milieu 
de  la  rivière ,  en  Êice  o^a  première  pointe,  en 
remontant  ;  un  ilôt,  plus  étendu,  est  en  arrière  de 
la  troisième  pointe,  puis  ensuite  viennent  des  iles 
très-longues.  Ces  îlots,  dont  la  base  est  de  roches 
d'alluvion,  c  est-à-dire  de  matières  arénacées, 
agrégées  et  unies  plus  ou  moins  fortement  par 
les  sédimens ,  le  battement  et  le  poids  des  eaux , 
resserrent  le  lit  de  l'Uruguay  et  en  précipitent  le 
cours  sur  une  multitude  de  fragmens  de  rochers, 
dont  quelques-uns,  très-volumineux,  ont  vingt- 
cinq  à  trente  pieds  d'élévation  pendant  la  morte- 
eau.  On  conçoit  que  le  courant  doit  s'accr<^tre  en 
raison  de  l'inclinaison  du  lit^  des  obstacles  et  des 
chûtes  causés  par  les  masses  de  rochers ,  de  telle 
sorte  que  le  passage  devient  impraticable  quand 
la  rivière  est  encaissée  dans  son  lit  naturel.  Mal- 
gré la  crue  excessive  de  1833,  (nous  passions  au> 
dessus  des  rochers  et  des  arbres  les  plus  élevés), 


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—  561  — 

il  fallait  un  vent  extrêmement  fort ,  Taide  des 
rames  et  de  bras  vigoureux ,  pour  effectuer  le 
passage  du  Salto-Grande.  L'endroit  le  plus  diffi- 
cile ,  le  plus  périlleux,  est  sans  contredit  les  trois 
pointes  du  promontoire  dont  j'ai  parlé  ;  mais  on 
n'est  pas  encore  tranquille  pour  les  avoir  fran- 
chies !  Pendant  six  milles  environ,  jusqu'aux  iles 
del  Herrero  ou  del  Puerto ,  le  courant  est  encore 
excessivement  rapide  ;  il  serait  impossible  mêm.e 
de  tenir  le  milieu  de  la  rivière  avec  le  vent  le 
plus  fort  ;  on  est  obligé  d'avoir  recours  aux  bran- 
ches d'arbres  et  de  s'y  accrocher  successivement 
jusques  passé  ce  mauvais  pas.  Il  parait  que  la  ca- 
taracte est  peu  sensible ,  en  tems  ordinaire ,  mais 
il  n'y  a  pas  assez  d'eau  pour  passer,  et  des  rochers 
nombreux  s'élèvent  beaucoup  au-dessus  du  ni- 
veau* 

La  rive  droite  étant,  en  plusieurs  endroits,  une 
falaise  haute  et  escarpée,  très-rocheuse,  on  ne 
pourrait  conséquemment  songer  à  y  creuser  un 
canal  latéral;  mais  la  rive  gauche,  peu  élevée, 
argileuse ,  offrirait  toute  facilité  pour  cette  opé- 
ration utile. 

Ce  fut  avec  beaucoup  de  difriculté  et  de  gran- 
des contrariétés,  que  nous  effectuâmes  le  passage, 


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—  562  — 

le  2  nOTCmbre.  Partis  à  cinq  heures  du  matin  de 
la  troisième  pointe,  nous  mîmes  six  heures  à  la 
franchir  et  nous  arrivâmes  vers  onze  heures  de- 
yant  une  estancia  (ferme  pastorale)  située  sur  la 
rive  gauche,  à  environ  une  lieue  de  la  pramière 
pointe  du  Salto-Grande.  Nous  courûmes  nous  y 
réchauffer,  car  nous  avions  encore  passé  une  nuit 
pluvieuse,  en  plein  air,  sans  autre  abri  que  nos 
ponchos  et  nosgergM.  Vestcmciero  ^propriétaire) 
était  un  Indien  Guarani,  très-riche  et  hospitalier; 
nous  y  déjeunâmes  avec  un  excdllent  (uao  et  du 
lait  sortant  de  la  vache  ;  il  voulut,  de  plus ,  que 
nous  emportassions  deux  amobas  (  50  Uvres)  de 
viande  fraîche. 

En  sortant  de  chez  lui  nous  nous  vîmes  dans 
la  campagne  des  bandes  de  ramiers  et  de  tourte- 
reUes  (palonuis) ,  beaucoup  de  venados  (cer&), 
des  tinamous  (perdrix)  et  des  nandous  (autru- 
ches) eu  quantité. 

Le  3,  nous  passâmes  devant  le  Puerto  (leport): 
nous  cherchâmes  vainement  ce  qui  pouvait  loi 
mériter  ce  nom;  nous  ne  vîmes  quune  plage 
basse,  marécageuse  et  un  chemin  peu  fréquenté, 
conduisant  au  village  du  Salto.  U  n'y  avait  à 
proximité  del  Puerto  qu'un  rancho  désert,  frappé 


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—  563  — 

de  malédiction ,  car  le  Jbu  du  ciel  j  était  tombé 
récemment  et  avait  rempli  d'épouvante  une  fii* 
mille  indienne,  en  donnant  la  mort  à  une  jeune 
fille  de  douze  ans,  dont  on  voyait  encore  la  mo- 
deste tombe*  On  me  montra  quelques  cbevaux 
abandonnés ,  rev^Kint  chaque  soir  passer  la  nuit 
près  du  corraloù,  naguères,  une  main  innocente 
les  avait  caressés.  J'éprouvai  un  grand  serrement 
de  cœur^  à  les  voir  ainsi ,  tristement  arrêtés,  la 
tête  basse ,  près  du  tombeau  de  leur  jeune  mai- 
tresse On  eût  dit  que  seuls,  au  milieu  du  dé- 
sert, ils  étaient  restés  pour  la  pleurer,  et  donner 
au  voyageur,  passant  près  de  cette  tombe,  un 
exemple  de  fidélité  et  de  reconnaissance,  ins- 
piré par  la  nature. 

Ici  finit  la  grande  rapidité  des  courans  et  com* 
mencent  les  terreins  bas  et  inondés  au  dessus 
desquels  on  peut  naviguer  quand  la  rivière  est 
débordée  jusqu'à  plusieurs  milles  de  distance. 
Cela  est  d'un  grand  secours  aux  mariniers ,  en  ce 
qu'ils  peuvent  ainsi  naviguer  de  tous  tems^  soit 
à  la  rame,  soit  à  l'aide  de  roseaux;  tandis  que 
dans  le  lit  de  l'Uruguay  il  &ut  toujours  un  vent 
favorable  et  très-fort  pour  le  remonter;  car,  in- 
dépendanunent  des  deux  Saltos ,  il  y  a  encore 
certains  hauts- fonds  rocheux,   sur  lesquels  l'eau 


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—  364  — 
coule  avec  force,  ce  c^  retarde  et  contrarie , 
en  tout  tems  la  navigation  à  la  voile.  On  a  vu  de 
grands  bateaux  (chalanas)  rester  trois  et  même 
six  mois  en  route  pour  se  rendre  del  Puerto  à 
San-Borja  qui  esta  moin&  de  cent  lieues  du  Salto. 
Quand  on  navigue  dans  les  banados^  le  voyage 
est  ordinairement  de  trois  semaines  à  un  mois, 
et  cependant  le  trajet  est  augmente  au  moins 
d'un  tiers  à  cause  des  détours.  C'est  un  voyage 
bien  Êitiguant  et  bien  monotone  pour  quiconque 
n'est  pas  amant  de  la  nature  et  admirateur  pas- 
sionné de  ses  oeuvres  !  On  doit  s'attendre  à  des 
privations  de  tout  genre;  heureux  encore  si  Ton 
peut  conserver  intacts  ses  effets,  ses  marchan- 
dises ou  ses  collections;  car  on  n'a  nul  abri  et 
malgré  tous  ses  soins  on  peut  rarement  garantir 
de  l'eau  les  caisses  ou  les  malles  qu'il  Êiut  quel- 
quefois décharger  pour  faciliter  le  passage  du 
bateau  sur  un  haut-fond.  Pour  un  naturaliste  | 
méme^  l'exploration  des  rives  de  Tllruguay,  jus- 
qu'au delà  du  Salto ,  en  remontant,  surtout  pen- 
dant le  débordement ,  oflfre  peu  d'intérêt  et  des 
difficultés  nombreuses,  que  ne  compensent  pas 
les  découvertes.  Le  Parana  est  plus  fécond ,  sous 
ce  rapport,  et  récrée  davantage  la  vue  par  la  di- 
versité des  sites*  L'Uruguay,  au  contraire,  k  par- 
tir du  Salto  jusqu'à  Itaquy,  ne  présente  sur  ses 


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—  5«5  — 

deux  marges  qu  une  bordure  peu  étendue  en 
largeur,  d'arbres  assez  variés,  à  la  Tenté,  mais 
dont  les  espèces  sont  les  mêmes  dans  tout  le  coiu*s 
dufleuye:  ce  sont  des  espimUos  ^  des  saules,  des 
hxureles^  des  séSfos ,  des  nandubaïsj  des  timbos  ', 
des  taias ,  des  lapachbs  *  ,  des  palmiers  et  beau- 
coup de  buissons  épineux,  dont  quelques-uns, 
parmi  lesquels  les  mimosas,  portent  de  char- 
mantes fleurs;  des  lianes  nombreuses,  des  plan- 
tes parasites,  des  fleurs  de  l'air  {flores  del  qjrre) 
qui  s'entrelacent  de  toutes  parts  en  semant  des 
fleiu*s  de  toutes  couleurs  jusqu'aux  sommités  des 
arbres  les  plus  toufBis.  Tant  qu  on  navigue  dans 
le  lit  de  la  rivière,  on  jouit  de  ce  spectacle,  qui 
a  bien  son  mérite,  il  £iut  en  convenir  ;  mais  en 
suivant  les  savanes,  ouïes  terreins  inondés,  la 
vue  peut  à  peine  se  reposer  en  planant  sur  de  vas- 
tes campagnes,  basses,  ou  Êtiblement ondulées, 
dépouillées  d'arbres,  n'offrant  qu'une  herbe 
épaisse,  rôtie  par  les  feux  du  soleil,  plus  haute 
qu'un  homme,  en  beaucoup  d'endroits,  et  bai- 
gnées jusqu'à  de  grandes  distances  dans  les  tems 
de  débordement.  Ceci  s'entend  particulièrement 
de  la  rive  gauche  ou  de  la  Banda-Oriental  et  des 

1  Espèce  d'acacia. 

*  Grande  espèce  de  la  Famille  des  biguoniacées  (Aie.  B'Orb.) 


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—  566  •— 

mission  brésiliennes  ;  car  la  rive  droite,  on  TEn- 
tre-Rios  et  Corrientes,  offre  assez  généralement 
des  tenreirâ  plus  élerés,  une  Y^étatîoD  plus  va- 
riée: on  y  voit  de  loin  en  loin  quelques  forêts, 
quelques  coteaux  boisés,  où  les  élégans  palmiers 
aux  touffes  globuleuses  dominent  toujours,  des 
estancias  (  fermes  pastorales)  des  chacras  (fermes 
agricoles)  qui  récréent  la  yue,  en  consolant  le 
voyageur  souvent  effrayé  de  son  isolement  au 
milieu  de  ces  vastes  solitudes. 

Nous  arrêtâmes ,  pour  Êiire  à  souper  et  passer 
la  nuit,  dans  un  pajorudy  à  demi-baigné,  où  il 
£dlut  nous  mettre  à  Teau  jusques  par-dessus  les 
genoux  pour  gagner  un  endroit  sec  ^ .  Nous  y 
trouvâmes  quelquies  morceaux  de  bois ,  au  moyen 
desquels  nous  pûmes  fiure  un  bon  feu ,  destiné  à 
nous  sécher  et  à  nous  garantir  de  la  visite  des 
tigres.  Au  milieu  de  la  nuit  je  fus  éveillé  en  sot- 
saut  par  Eugène  Gamblin  :  xnon  premier  mouve- 
ment fiit  de  porter  la  main  sur  mon  fiisil ,  chargé 
k  balle,  et  toujours  placé  sous  mon  poncho ,  car 
nous  avions  à  redouter  les  terribles/ûguor^ ,  mais 
c'était  autre  chose  ;  notre  bivouac  venait  d'être 

1  Sans  la  précaution  qne  f  avais  eue  de  me  munir  d'eau-de-vie  cam- 
phrée et  de  savon,  nous  eussions  eu  les  pieds  entamés  et  déchirés,  à 
force  de  marcher  dans  Peau,  le  sable  et  les  paiDes  coupantes. 


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—  567  — 

enyahi  par  les  eafax!  La  rivière  continuait  tou- 
jours son  débordement;  il  fidlut  se  hâter  de 
chercher  un  meilleur  ^te.  Le  feu  avait  été  éteint'; 
la  nuit  était  obscure  ;  nous  ne  pûmes  nous  ren- 
dormir, d'abord  à  cause  de  Thiunidité,  ensuite 
par  la  nécessité  d'être  sur  le  iftd  vi^. 

Nous  n'eûmes  pas  de  peine  à  être  debout  avant 
l'aurore.  On  ralluma  le  feu;  nous  primes  le  maté 
cimarron,  c'est-à-dire  sans  sucre,  et  naos  repar- 
tîmes avec  une  légère  brise  de  sud-est,  laqudle 
cessa  au  lever  du  soleil.  La  chaleur  était  exces- 
sive, étouffante. — Vous  représentez-vous  bien  la 
position  d'individus  exposés  tour4i-€our  aux  in- 
jures de  l'orage,  à  l'humidité  glaciale  de  la  nuit 
et  aux  feux  dévorans  du  soleil  ?  Telle  était  la 
nôtre.  Nous  n'avions  pas  à  nous  en  plaindre 
nous,  puisque  cette  vie  était  de  notre  choix; 
mais  le  pauvre  diable  qui  est  forcé  d'en  &ire  son 
état!....  T  songe^vous?...  Ah!  que  vous  devez 
plaindre  ces  malheureux  Français  qu'une  fortune 
adverse  oblige  à  colporter,  dans  les  populations 
rares  de  ces  déserts,  quelques  produits  de  nos 
manufactures ,  souvent  si  chers,  si  peu  convena- 
bles, si  inutiles,  que  leurs  détenteurs,  après 
avoir  supplié  les  habitans  de  les  en  débarrasser, 
pour  une  modique  somme,    se  voient  encore 


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! 


—  568  — 

ravir  jusqu'à  Fespoir  de  retourner  un  jour  dans 
leur  patrie!!! 

Nous  arrêtâmes. de  bonne  heure  dans  un  assez 
joli  parage ,  au  fond  d'une  anse  formée  par  le 
confluent  de  ÏArapey^  rivière  prenant  sa  source 
très-avant  dans  l'intérieur  de  la  Banda-Oriental. 
Deux  ranchos,  imcorral,  un  four,  ixaeroinada  S 
et  des  jardinages  en  assez  bon  ordre,  étaient  com- 
plètement abandonnés.  Le  patron  nous  apprit  que 
ces  lieux  avaient  été  la  propriété  d'Indiens  gua- 
ranis des  Hautes-Missions ,  que  le  gouvernement 
oriental  avait  obligés  de  s'éloigner  récemment,  à 
cause  de  leurs  brigandages ,  bien  qu'ils  accordas- 
sent une  hospitalité  franche  et  cordiale  aux  voya- 
geurs. Cet  endroit,  distant  d'environ  douze 
lieues  du  Salto,  est  un  des  plus  convenables  pour 
l'établissement  d'une  estancia ,  ou  d'un  village  ;  il 
y  a  du  bois  sufiisamment;  une  partie  élevée  do- 
minant la  campagne  (point  important  pour  ïes- 
tunciero)  ;  des  champs  fertiles  en  pâturages  d'une 
bonne  qualité;  la  proximité  de  deux  rivières na- 


1  Ce  sont  quatre  oa  m  poteaux,  de  6  on  8  pieds  de  hauteur  au-demis 
desquels  sont  posés,  horizontalement,  des  branchages  ou  des  troncs 
de  palmiers  fendus  en  deux.  La  ramada  est  destinée  à  donner  de 
Tombre  devant  Phabitation  et  aussi  k  senir  de  lit  pour  se  garantir  do 
moustiques,  ou  des  tigres. 


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—  369  — 

vigables,  FUruguay  et  FArapey;  cette  dernière  > 
de  troisième  ordre,  navigable  pour  de  grandes 
pirogues,  très^avant  dans  Tinter ieur,  faciliterait 
le  transport  par  eau  des  productions  de  ces  con- 
trées. En  Êice ,  on  voit ,  sur  la  rive  droite  de  l'U- 
ruguay^ la  Capilla  de  San-Gregorio. 

U  y  avait  autour  des  ranchos  une  grande 
quantitéde  calebasses  et  de  courges,  les  unes  vertes, 
les  autres  déjà  desséchées;  des  fragmens  de 
troncs  de  hois  fossilisés  et  quelques  belles  masses 
de  cristaux  de  quartz-hyalin  ,  &iblement  colorés 
de  bleu ,  apportés  sans  doute  de  l'intérieur  par 
les  Indiens. 

Ici  commence  une  suite  d'habitations  éparses, 
de  hameaux  et  de  villages  qui  furent  peuplés  par 
des  Indiens  guaranis^  enlevés  aux  ;izie6/o5  des  mis- 
sions pendant  la  guerre  avec  les  Portugais  et  le 
Brésil.  La  mesure  était  bonne,  le  projet  bien 
conçu;  car  depuis  l'Arapey  jusqu'à  la  frontière 
brésilienne ,  on  ne  Eût  pas  trois  lieues  sans  ren- 
contrer un  hameau  ou  au  moins  quelques  caba- 
nes; mais  malheureusement,  ces  Indiens,  sans 
industrie,  enclins  natureUement  à  la  paresse, 
furent  trop  abandonnés  à  eux-mêmes.  Les  brési- 
liens voyant  avec  dépit  se  dépeupler  journelle- 

24 


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—  S70  — 

ment  le  territoire  qu'ils  convoitaient,  intriguè- 
rent de  teUe  sorte  auprès  des  Guaranis  qu'ils 
firent  de  ceux-ci  des  ennemis  déclarés  des  Orienr 
talistes.  Cest  alors  qu'on  vit  ces  Indiens,  d'abord 
dociles,  s'unir  aux  fiers  Charmas ^  s'adjoindre  des 
Gauchos  criminels,  piller,  dévaster  en  conunun 
toutes  les  estancias,  ainsi  que  les  populations  de 
l'intérieur,  pour  vendre  les  bestiaux  ou  les  cuirs 
volés ,  aux  Portugais  et  aux  Brésiliens,  qui  trou- 
vaient ce  moyen  de  s'enrichir  fort  commode,  en 
même  tems  qu'il  servait  merveilleusement  la  haine 
qu'ils  portent  à  ceux  qu'ils  appellent  encore  Es- 
pagnols. Les  Guaranis  et  les  Charmas  servaient 
aussi  d'instrumens  aux  fiictieux  pour  porter  le 
trouble  dans  la  république;  le  gouvernement 
Oriental  dut  prendre  une  mesure  énei^que, 
dans  le  but  de  garantir  les  propriétés  des  citoyens 
et  maintenir  l'ordre  dans  Tétat.  Il  mit  donc  des 
troupes  en  campagne,  lesquelles  détruisirent 
toutes  ces  peuplades  d'Indiens,  ainsi  que  les 
restes  de  Charmas,  retranchés  dans  les  monta- 
gnes de  la  fi*ontière  nord:  une  partie  retourna 
dans  les  anciennes  Missions ,  et  l'autre  fiit  emme- 
née captive  à  la  capitale ,  où  les  femmes  et  les 
en&ns  forent  répartis  dans  des  maisons  particu- 
lières, tandis  que  les  hommes  forent  enrôlés  dans 
Farmée.  Depuis  cette  époque,  qui  ne  date  que 


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—  371  — 

de  i833 ,  tout  le  pays  s' étendant  depuis  le  Salto 
jusqu'au  Brésil,  est  en  partie  désert,  et  l'on  ne 
pourra  y  créer  d'établissemens  stables,  un  peu 
importans,  qu'en  y  installant  des  colonies  d'é- 
trangers industrieux,  surveillées,  encouragées, 
prudemment  dirigées  par  des  hommes  habiles. 
Alors  on  Terrait  se  former,  avec  la  protection 
d'un  gouvernement  éclairé,  des  établissemens 
agricoles  ou  industriels  qui  prospéreraient,  sur- 
tout si  la  culture  de  IsLferba  venait  à  s'amâiorer 
dans  les  Missions. 

Nous  passâmes  la  nuit  dans  ce  lieu  abandonné. 
Nous  rimes  beaucoup  d'une  mystification  qui 
nous  y  arriva  :  en  cheminant  par  terre ,  à  deux 
ou  trois  lieues  de  là,  nous  avions  rencontré  un 
nid  de  nandu  %  c'est-à-dire  im  monceau  de  plus- 
de  soixante  œufsj  qu'un  nandu  mâle  était  occupé 
h  couver.  Dans  notre  empressement,  et  notre 
joie  d'une  si  belle  capture,  nous  nous  hâ- 
mes  d'en    répartir   une   portion   entre     tous, 

i  On  sait  déjà  que  le  nandu  (pionoDoez  g^aïutoo)  est  raotrucbc 
d'Aniiéri<iae.  EUe  diffère  de  celle  d'Afrique  en  ce  qu'elle  est  beaucoup 
phis  petite,  et  qu'elle  est  pourvue  de  trois  doigts  au  Heu  de  deux  seule- 
ment  que  possède  Tautruche  de  l'ancien  Continent.  Le  nandu  va  9hmr% 
des  Guaranis,  Yavêsirum  des  Espagnols,  l'Mia  des  Portugais  sont  le 
même  oiseau  appartenant  quant  à  pritêni^  k  Tordie  des  échassiêrs, 
famSiÊ  àeÈ'brivipênnvs^  genre  autrtidie. 


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—  574  — 

dans  nos  carnassières^  nos  poches  et  nos  moa- 
choirs.  Le  Provençal,  plus  gourmand  que  nous, 
avait  dë&it5on  pantalon  et  s'en  était  servi  en 
guise  de  sac  pour  en'  emporter  davantage.  Nous 
voilà  cheminant  joyeusement,  avec  notre  trésor, 
à  travers  les  hautes  graminées,  les  joncs  et  les 
marais  fimgeux.  En  arrivant  au  bateau ,  l'un  de 
nous  tombe  à  Teau,  ëasse  ses  œu&  et  nous 
montre  très-clairement  qu'ils  étaient  couvés  !  Le 
Provençal ,  seul ,  eut  le  bénéfice  d'une  omdette 
qui  s'était  faite  en  route  dans  son  pantalon  de 
velours. 

Le  6 ,  nous  passâmes  devant  le  village  ruiné 
de  Belen  ;  on  s'y  arrêta  pour  dluer.  Situé  sur  une 
petite  éminence ,  à  plus  d'un  mille  du  lit  de  lU- 
ruguay ,  ce  village  se  trouvait  être,  par  Feffi^t  de 
l'inondation ,  au  niveau  de  l'eau.  Nous  en  visi- 
tâmes les  ranchos  délabrés;  j'en  comptai  vingt- 
deux  encore  debout,  y  compris  l'église  qui 
n'était  comme  le  reste  qu'un  simple  rancho  ou 
chaumière.  Belen  était  éloigné  d'environ  vingt 
lieues  du  Salto  ,  dans  une  assez  bonne  situation 
pour  la  culture  des  champs  et  le  commerce  de 
l'Uruguay. 

Le  8 ,  nous  arrêtâmes ,  poiu*  passer  la  nuit  , 


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—  375  — 

dans  un  endroit  appelé  la  Chacra  del  Tadrey 
parce  qu'elle  appartenait  au  curé  de  Santa-Rosa 
ou  de  la  BeHa-Umon  dont  nous  n'étions  qu'à 
trois  lieues.  Nous  transportâmes  nos  recados  et 
nosarmes  dans  lé  rancho  abandonné,  etnous  nous 
y  installâmes  avec  autant  de  joie  que  si  c'eût  été 
ime  bonne  hôtellerie,  car  nous  commencions  à 
nous  fatiguer  de  coucher  en  plein  air  dans  les  po- 
jonales.  On  fit  grand  feu  devant  la  porte,  autant 
pour  chasser  les  moustiques  que  pour  nous  sé- 
cher; nous  n'avions  pas  un  fil  sec  sur  le  corps. 

J'eus  le  hasard  de  rencontrer  dans  le  rancho 
un  très- joli  sphinx  et  des  phalènes  de  grande 
espèce  *  ;  des  nids  du  charmant  oiseau-mouche 
i^ert-doré^  suspendus  au  toit  enfiuné  par  un  brin 
de  jonc  ou  une  petite  courroie  de  cuir  ;  des  cas- 
sides  de  deux  espèces  * ,  si  abondantes  sous  les 
bois  des  parcs  qu'on  eût  dit  une  fourmilière. 
Peu  avant  d'arriver  à  cette  ancienne  chacra ,  nous 
avions  vu  beaucoup  d'oiseaux  aquatiques,  mais 
au  milieu  de  marécages  si  impraticables,  qu'il  eût 

I  Lépidoptères  (Tulgairement  papillons)  crépusculaires  el  nocturnes. 

<  L'une  d'un  beau  bleu  métallique  ;  l'autre  rouge  pointillée  de  noir. 
—  Les  cassidês  sont  des  insectes  appartenant  à  Tordre  des  coléoptères  ^ 
section  des  tiiramères,  famille  des  cycliques  (Métb.  d'Oliv.).  On  les 
appelle  Tnlgairement  tortue  ou  ecarabéê*tortuey  à  cause  de  la  forme 
de  leurs  élytres. 


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—  374  — 

été  impossible  d'en  approcher.  Cétaient  des  ja- 
birus  S  des  aigrettes  (ardéa  egretta  Lin)  :  des  ct^ 
gognes  nuxrgu€try^  des  crabiers  dn  cbili  {flûte  du 
soleil  j  d'Az:)  de  grands  hérons  cendrés  ^  des 
canards  musqués  *  virant  tons  en  bonne  inleHi- 
gence,  sans  être  inquiétés,  au  miheu  de  ces  im- 
menses marais  où  l'on  ne  voit  en  fait  d'adirés, 
qne  des  siSbos  aux  fleurs  purpurines  et  quelques 
mimosas  aux  étamines  ricdettes. 

Dans  ces  parages  il  y  a  une  grande  Ue  connue 
des  mariniers  sous  le  nom  de  isla  de  las  Garzas 
(lie  des  hérons)  à  cause  de  la  grande  quantité 
d'aigrettes  nichant  sur  les  arbres  élevés  dont 
File  est  couverte.  Au  tems  des  amours ,  il  pandt 
que  cette  ile  est  toute  blanche ,  tant  est  innom- 
brable la  quantité  d'aigrettes  perchées. 

Le  9  y  nous  passâmes  devant  le  irillage  aban- 
donné de  la  Bella-Ufuon  ou  de  Santa-Rosa.  D 
ne  restait  plus  qu'une  quarantaine  de  ranchos 
debout,  mais  il  parait  qu'il  y  en  avait  plus  de 

I  Prononcez  j'oMroM  ;  le  géut  des  oiseata  de  rivage  (MyeUria  ame- 
ricana ,  lin.)  c*eit  le  iuynyu  ou  mangeur  de  terre  des  Giunruiis. 

t  (Anê^  fRMcAote,  Lin,)  C*estrespèee  sanrag»  dn  grand  canard  do- 
mestique qn*on  élève  en  France  sons  le  nom  de  canard  d'Inde.  Les 
Es|Mgnols  le  nomment  pato  réal  et  les  Gnaranis  ipa  guann  (grand  ca- 
nard) ;  il  abonde  aux  Missions. 


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—  ST»  — 

deux  cents  en  1 832  et  que  ce  point  était  plus  pe» 
plé»  plus  commerçant  que  le  Salto  :  il  y  avait  un- 
bureau  de  douane ,  un  commandant  de  port  et 
un  commandant  militaire,  chargé  de  la  police* 
Cétait  la  dernière  population  de  la  Banda-Orien- 
tal vers  les  Missions  brésiliennes,  dont  la  fron« 
lière  nest  éloignée  que  de  deux  lieues. 

On  compte  quarante  lieues  de  cet  endroit  au 
Salto ,  par  la  riyière. 

Nous  ne  tardâmes  pas  à  atteindre  la  terre  bré- 
silienne et  nous  remarquâmes  avec  satisfaction 
une  différence  notable  dans  l'aspect  du  pays; 
des  champs  yerdoyans,  des  arbres  dans  la  cam- 
pagne ,  de  nombreux  troupeaux  sur  le  penchant 
des  collines  et  dans  les  plaines  ;  des  cer& ,  des  au- 
truches en  abondance,  enfin  une  apparence  de 
▼le  et  de  culture  contrastant  singulièrement  avec 
les  déserts  que  nous  venions  de  parcourir.  Les 
Brésiliens  ne  sont  pas  plus  industrieux  ni  plus 
travailleurs  que  les  Orientalistes  et  les  Argentins, 
mais  les  estancias  se  sont  multipliées  beaucoup 
dans  ces  contrées  pendant  et  après  la  gu^re 
ai  occupation  *  une  grande    partie  des  bestiaux 

1  Voyei  la  note  M. 


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—  «76, — 

enlevés ,  ceux  que  les  Gauchos  ont  rolés  pendant 
les  guerres  de  parti  sont  venus  peupler  les  pâtu- 
rages brésiliens.  On  a  aussi  le  soin  de  brûler  sou- 
vent les  champs,  ce  qui  renouvelle  l'herbe  et 
contribue  beaucoup  k  leur  fertilité ,  à  cause  des 
sels  contenus  dans  les  cendres,  tout  en  détrui- 
sant les  animaux  nuisibles,  tels  que  les  reptiles, 
les  sauterelles,  les  fourmis,  pullulant  de  toutes 
parts  pendant  les  chaleurs. 

Nous  passâmes  la  nuit  du  9  à  la  lisière  d'un 
bois  au  bord  de  Varrofo  del  Tigre  (ruisseau  du 

Tigre).  Nous  y  fumes  jointspar  quatre brésiUens, 
armés,  se  rendant,  avec  une  longue  pirogue  faite 
d'un  seul  tronc  d'arbre  '  ,  à  un  endroit  peu 
éloigné  de  là.  Ils  nous  donnèrent,  de  bonne 
grâce,  im  morceau  de  viande  fraîche,  ce  dont 
nous  avions  grand  besoin ,  carnotrecAoryiie  en- 
tassé dans  un  cuir  ,  avant  d'être  bien  sec ,  ayant 
souffert  d'ailleurs  par  les  pluies  continuelles, 
commençait  à  se  corrompre,  et,  sauf  quelques 
pîi^eons ,  des  vanneaux  armés  (  teruteros  )  et  du 


>  Je  vis  pour  la  première  fois  au  Saito  de  ces  longues  pirogues  »  sen- 
blables  à  des  baleinières,  fabriquées  avec  le  tronc  creusé  d^un  arbre , 
d  ont  le  bois  très-légei*  et  très-tenace,  convient  parfaitement  à  cet  usage; 
elles  avaient  été  construites  dans  le  Ilcatt  Uruguay. 


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—  577  — 

venadoj  qjjLanà  nous  pôuTions  en  attraper,  nons 
ne  mangions  ordinairement  que  cette  mauyaise 
viande 9  très  salée  ,  rôtie  ou  hachée,  avec  de  la 
&rine  de  mandioca  en  guise  de  pain.  Us  se  hâtè- 
rent de  nous  dire  que  nous  n'avions  rien  à  redou- 
ter sur  la  terre  brésilienne  * ,  ni  des  animaux,  ni 
des  hommes ,  mais  qu'il  n'en  était  pas  ainsi  du 
pays  que  nous  avions  parcouru  ;  ils  nous  citèrent 
plusieurs  brigandiiges  qu'on  avait  commis  depuis 
peu  et  prétendirent  que  nous  avions  été  fort  heu- 
reux  de  n'avoir  pas  été  attaqués  par  les  Indiens 
vagabonds  rôdant  au  bord  de  TUruguay  pour 
piller  les  voyageurs. 

Je  passerai  rapidement  sur  les  privations,  la 
misère  que  nous  eûmes  à  endurer  pendant  cette 
navigation  de  cinq  semaines  sur  une  grande  ri* 
vière  débordée ,  dans  un  pays  presque  désert, 
exposés  aux  intempéries  d'une  saison  pluvieuse 
et  orageuse;  du  iO  au  13,  par  exemple,  il  plut 
constammait  ;  il  survint  un  vent  si  violent  que 
nous  fûmes  entraînés  au  milieu  de  la  rivière; 
notre  gouvernail  en  fiit  démonté;  sans  des  outils 
dont  j'étais  mimi  nous  n'eussions  jamais  pu  l'ins- 
taller de  nouveau.  Ce  ne  fut  qu'au  bout  de  deux 

I  Estahèhoa  terra!...  a  terra  do  Brasil! hè  coisal.     f.  ilfca  néo 
i€m  que  temer  nada ,  nâo. . .  pois  ndo  !  pois  entaô  P. .  »  etc. 


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—  378  — 

jours  passés  sous  une  tente  percée^  &ite  avec  k 
seule  Toile  en  coton^  <ki  bateau^  que  nous  Times 
le  soleil  reparaître  pâle  et  U^ide  comme  un  ma- 
lade échappé  au  tombeau.  Bina  powtant ,  toat 
triste  qu'il  était,  il  ramenait  panm  nous  Tespé- 
ranoe  d'un  meilleur  sort;  son  apparition  ranimait 
notre  courage  abattu  par  la  contrariété  de  Yoir 
nos  bagages,  nos  collections,  exposés  à  être  pe^ 
dus  ainsi  que  différans  ouvrages  que  nous  por- 
tions à  M.  Bonpland. 

Quand,  peu-à-peu,  le  sdeil,  reprenant  de  la 
vigueur,  pénétrait  et  réchau£Bût  de  ses  rayons 
vivifians  nos  habits  imbibés  d'eau,  la  gaîté  com- 
mençait à  renaître  sur  nos  visages  devenus  un 
tant  soit  peu  moroses. ••  Àh!  combien  le  soleil 
est  nécessaire  dans  ces  vastes  solitudes  où  l'on 
parcourt  de  si  grandes  distances  sans  trouver 
sur  son  chemin  une  seule  chaumière  pour  se 
mettre  à  l'abri.des orages  ou  du  froid poifyKfo!.. 
On  peut  toujours  se  garantir  des  feux  du  soleil, 
quelque  brûlaos  qu'ils  soient,  mais  fdusieurs 
jours  de  pluie  suffisent  ici  pour  produire  des 
inondations  et  opérer  de  grands  ravages.  Dans 
les  villes  et  les  villages  de  ces  contrées  basses, 
une  saison  trop  pluvieuse  porte  la  consterna- 
tion parmi    les  habitans;    les  communications 


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—  579  — 

deviennent  difficiles  par  la  crue  des  riyières  ; 
les  terrains  deviennent  Êmgeux;  les  charriots  de 
transport  restent  embourbés,  ou  leurs  immoases 
roues  opérant  difficilement  leur  rotation  snr  un 
axe  de  bois ,  mettent  des  mois  entiars  à  parcou* 
rir  une  carrière  de  trente  ou  quarante  lieues  ! 
les  habitations ,  mal  doses,  couvertes  en  jonc  ou 
en  roseau ,  laissent  filtrer  les  eaux  dans  leur  inté- 
rieur :  chacim  reste  enfermé  chez  soi;  le  com- 
merce est  paralysé  ;  enfin  tout  est  triste,  tout 
dépérit,  les  animaux  même  sont  silencieux  et 
abattus  lorsqu'il  pleut  souvent. 

Le  14,  nous  passâmes  devant  le  hameau  de 
ScirUtè-Anna»  première  garde  brésilienne,  en  re* 
montant  l'Uruguay.  La  crue  excessive  de  la  ri- 
vière avait  fait  des  ravages  dans  ce  hameau,  com- 
posé d'une  doutaine  de  ranchos  :  plusieurs  avaient 
été  emportés  par  les  eaux  et  le  reste  était  menacé 
d'être  prochainement  envahi  ;  les  pauvres  habi*- 
tans  étaient  campés  sur  un  monticule  en  atten- 
dant la  fin  de  ce  déluge. 

Qui  croirait  qu'en  voyageant  sur  une  rivière  on 
soit  exposé  à  la  fimiine  et  la  misère  la  plus  grande  !^ 
Pourtant  c'est  ce  qui  arrive  trop  firéquemment  à 
ceux  qui  ne  sont  pas,  comme  nous  Tétions,  pour- 


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—  580  — 

TUS  d'armes  et  de  munitions.  Des  Portugais,  que 
nous  vîmes  passer  dans  ime  pirogue  et  qui  remon- 
taient aussi  l'Uruguay^  araient  été  trois  jours  sans 
manger;  nous  leur  donnâmes  le  restant  de  notre 
chartfue^  à  demi-  pourri,  et  nous  leurs  rendîmes, 
dirent  *  ils,  un  grand  service.  Ils  étaient  furieux 
contre  San-Anionio  qui  était  resté  sourd  à  leurs 
Toeux  et  à  leuirs  supplications.  Nous-mêmes,  nous 
étions  à  la  ration;  nous  ne  disions  que  deux  lé- 
gers repas de  ces  excellens  repas  composés 

d'une  ratatouille  de  cfutrque  et  de  Êirine  de  ma- 
nioc, mariés  ensemble  dansla/?andZa  (marmite) 
au  moyen  de  graisse  de  bœuf  et  d'eau  de  rivière  ! . . 
Et  pour  étancher  la  soif  brûlante  qui  dévorait  nos 
entrailles  à  la  suite  de  cette  comessation  brési- 
lienne, rUruguay  était  le  tonneau  dans  lequel 
nous  puisions  largement.  Notre  chasse  n'était  pas 
toujours  fiructueuse,  les  venados  et\e&nandus  ne 
se  laissaient  pas  approcher  et  quant  aux  tina- 
mous  et  aux  vanneaux  armés,  notre  provision  de 
sel  ayant  été  fondue,  nous  leur  préférions  encore 
du  charque  pourri,  tant  leur  chair  est  sèche  et 
insipide. 

Non  loin  d'un  ruisseau  appelé  el  Sauce  ^  je  vis, 
au  bord  d'un  ravin,  au  milieu  de  la  plaine,  un 
grand  nombre  de  cristallisations  blanches  et  vio- 


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—  581  — 

lettes  en  prismes  implantés,  et  engrenés  les  uns 
dans  les  autres  de  manière  à  former  un  bloc  assez 
volumineux,  compact  en  apparence  y  mais  qui, 
se  séparant  par  un  choc  violent,  laissait  voir 
de  beaux  cristaux  d'un  clivage  peu  tenace.  Les 
blocs  étaient  enfoncés  dans  la  terre  siliceuse, 
comme  des  pavés,  et  ne  laissaient  voir  qu'une 
sur&ce  noirâtre  et  raboteuse.  Le  long  des  ravins 
je  recueillis,  dans  une  couche  très-mince  de 
tomrbe  sèche,  beaucoup  de  petites  géodes  quart- 
zeuses  et  calcédonieuses ,  en  partie  cloisonnées  et 
pseudomorfiques.  On  eut  dit  de  racines  et  de 
boisettes  pétrifiées  sur  la  place.  Il  y  en  avait  en 
assez  grande  quantité;  le  ravin  était,  de  plus, 
encombré  de  galets  quartzeux.  Il  est  à  remarquer 
que  l'Uruguay  ne  peut  plus  atteindre  le  niveau 
de  cette  plaine. 

Le  i8  novembre,  au  moment  où  nous  admi- 
rions un  beau  lever  de  soleil,  notre  patron  nous 
dit,  en  nous  montrant  au  loin  un  palmier  très- 
élevé,  le  seul  que  nous  eussions  vu  sur  la  rive 
orientale.  «  Vous  touchez  à  la  fin  de  vos  maux; 
voici  l'estancia  de  San-Marcos ,  éloignée  seule- 
ment d'une  dixaine  de  lieues  du  village  d'Itaquy.» 
On  fit  alors  force  de  rames  pour  y  arriver  avant 
la  nuit,  car  nous  avions  toujours  vent  contraire 


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et  lin  oonrant  difficile  à  Tamcrey  à  cause  de  k 
crue  excessive  de  FUragnay.  Vers  midi  M.  Nouel 
et  moi  descendîmes  à  terre  dans  Tintention  de 
nous  rendre  à  Festancia ,  en  chassant  ;  nons  gra- 
vîmes d'abord  des  coteaux  un  peu  élevés,  cou- 
verts de  cailloux  roulés  ou  de  galets  de  quartz, 
puis  nous  eûmes  ensuite  à  traverser  des  maréca- 
ges >  au  milieu  desquels  nous  vtmes  beaucoup 
d'échassiers,  des  nandus^  des  venados  *  ,  des 
carpmchos  *  ,  des  garxas  hlancM  {ardea  ciba) 
ou  barons  blancs  et  des  péludos  '.  D  était  nuit 
dose  quand  nous  arrivâmes  &  Festancia,   située 

I  IndèpoidamMent  du  guazoti  (  cenms  ûtmipesi.  it  )  aboiMUiit  ftr- 
tout,  je  tU  dans  cette  localité,  le  plus  grand  des  cerfs  décrit  par 
Azara ,  le  gwazu  pucu  (  prononcez  gouaçou  poucou)— cervi»  pelvdùtut 
Deam.)  Il  habite  les  Keiix  marécageux,  tandis  que  le  gvunti  vit  tel 
les  terrains  secs,  mais  découverts. 

9  Les  cùrffinchos  étB  Argentins,  les  eapirvaras  des  Brésilens,  sont  les 
cabûM  des  auteurs.  On  n'en  connaît  qu'une  espèce,  celle  qui  setrooTe 
abondamment  sur  le  bord  des  lacs  et  des  rivi^^s  de  ces  contrées,  et 
décrite  par  Azara  sous  le  nom  de  capiy-ifuara  {cavia  capy-vara  de  lia.) 
elle  appartient  à  Tordre  des  rongeurs.  Cet  animal,  qui  a  le  port  do 
cochon,  avec  un  museau  plus  obtus,  vit  autant  sous  Veau  que  sur 
terrej  il  est  impossible  de  voir  un  amphibie  plus  multiplié  que  cdui-d. 
Sa  chafar,  bien  assaisonnée,  n*e8t  pas  désagréable. 

3  T\aou9,  n  y  a  encore  une  grande  confusion  dans  la  dètemination 
dea  espèces  de  ce  singulier  mammifère  appartenant  à  Tordre  do 
édentés,  tribu  des  èdentés  ordinaires  genre  talou  (Dasypus  ,  Un.) 
9eliz  de  Aiara  en  a  décrit  huit  espèces,  nwis  il  en  existe  mopt»  un 
plus  grand  nombre  que  M.  D'Orfaigny  fera  sans  doute  connaître.  U 
chair  des  petites  espèces  {nuUUus)  est  très-délicalc  et  très-recherchée 
des  gourmets  à  Buénos-Ayres. 


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—  885  -- 

sur  une  hauteur  dominant  toutes  les  terres  qui 
en  dépendent.  Une  position  semblable  est  très- 
enriée  des  esiancieros ,  parce  que,  dans  les 
tems  de  trouble,  où  l'on  peut  craindre  le  vol 
des  bestiaux ,  le  maître  peut  yeiller  sur  eux  sans 
se  déranger.  Dès  que  nous  débarquâmes , 
M.  Nouel  et  moi ,  nous  fûmes  aperçus  ,  bien  que 
ce  fût  à  près  de  trois  lieues  de  Thabitaiion,  et  j 
ne  sachant  pas  qui  nous  étions,  Testanciero  dé- 
pécha immédiatement  deux  peones  pom*  rallier 
tous  les  cheraux  épars  dans  la  campagne  et  les 
entrer  au  corral  (parc). 

La  base  de  ces  coteaux  isdiés,  couTerts  de  ga- 
lets jusqu'à  la  cime,  est  degrés  rouge-sang  y  assez 
bien  formé,  propre  à  aiguiser,  d'ailleurs  très- 
conTcnable  au  pavage  des  trottoirs,  des  maisons, 
etc.  On  était  occupé  à  faire  un  mur  destiné  à 
enclore  le  corral ^  avec  des  plaques  de  ce  grès, 
longues  de  quatre  à  cinq  pieds  sur  six  à  huit 
pouces  d'épaisseur.  Gela  me  fit  juger  que  ce  banc 
de  grès  devait  être  stratiforme. 

On  nous  reçut  très-bien  à  l'estancia  de  San- 
Marcos;  Testanciero  brésilien  nous  donna  chez 
lui  un  repas  spkndidej  arrosé  d'excellent  vin 
à'Oporto  ;  il  est  vrai  que ,    nous  prenant  pour 


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—  584  — 

des  marchands,  il  avait  Tespoir  de  traiter  quel- 
que afiaire  avantageuse,  et  son  désappointement 
fiit  un  peu  grand  quand  il  sut  que  nous  étions 
dès  ccpanhadores  de  hichinhos.  Quoiqu'il  en  soit, 
nous  passâmes  là  trois  jours  à  nous  ravitailler.  D 
regrettait  surtout  que  nous  n'eussions  pas  de  tabac, 
Aeyerhas  de  sucre  et  de  papier  à  lui  vendre, 
parce  que  le  débordement  des  rivières  l'avait  em- 
pêché d'aller  renouveler  ses  provisions  à  Alegrete^ 
petite  viUe  frontière  à  dix  lieues  de  là  vers  l'est- 
sud-est. 

Le  21 ,  nous  allâmes  coucher  à  deux  lieues 
plus  au  nord,  dans  un  grand  pajonal  (champ  de 
de  hautes  herbes) . 

Le  22 ,  une  bonne  Ixîse  de  vent  de  sud-est 
nous  poussa  enfin  rondement;  nous  passâmes 
devant  le  confluent  de  VYbicujr-ifuazu  (  grande 
rivière  de  YYbicu),  ancienne  limite  de  la  Banda- 
Oriental  vers  le  nord,  à  neuf  lieues  sud  dltaquy. 
C'est  une  rivière  de  second  ordre.  Puis,  vint 
l'estancia  de  SantorMariay  à  cinq  lieues  d'Ita- 
quy,  et  celles  de  la  Tnnidadey  à  quatre  lieoes. 
Ces  dernières,  au  nombre  de  trois,  fcMinent  unha- 
meau  ;  nousen  passâmes  très-près  et  allâmes  cou- 
cher un  peu  plus  loin>  en  fitcedu  pueMo  ^xHirg) 


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—  385  — 

la  Crux^  petite  peuplade  d'Indiens  Guaranis  et 
de  quelques  Espagnols-américains,  sui*Ia  côte  de 
Corrientes ,  à  deux  lieues  sud  d'Itaquy. 

Le  23  novembre,  nous  arrivâmes  à  Itaquy.  La 
vue  de  ce  village  nous  attrista  encore  plus  que 
celle  du  Saltô.  Il  venait  d'être  envahi  complète- 
ment par  l'Uruguay,  et  les  habitans  en  petit 
nombre,  ne  faisaient  que  d'y  rentrer  après  avoir 
bivouaqué  huit  jours  sur  une  coUine  voisine. 

Une  vingtaine  de  ranchos  mal  construits,  pla- 
cés sans  aucun  ordre,  fort  rapprochés  les  uns  des 
autres  ;  un  sol  pierreux  (  grès  quartzeux  )  rempli 
de  lézards  et  de  couleuvres ,  dans  la  partie  de 
l'ouest ,  vaseux  et  aride  dans  celle  de  l'est ,  voilà 
l'aspect  d'Itaquy  en  l'an  de  grâce  1833.  Ce  village 
est  la  seconde  garde  brésilienne  en  venant  du 
Salto.  Il  y  a  un  commandant  militaire  dépendant 
de  celui  de  San-Borja,  un  juge  de  paix,  etc. 

Nous  restâmes  encore  trois  jours  pleins  à  Ita- 
quy pour  changer  de  bateau,  parce  que  notre  ci- 
devant  loup^-mer  d'Honfleur  en  avait  décidé 
ainsi;  ce  dont  nous  fûmes  fort  aises,  car  le  carac- 
tère de  ce  marin  s'était  tellement  démenti  en  route 
qu'il  nous  était  devenu  à  charge.  Nous  gagnâmes 

2S 


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—  586  — 

aussi  à  1  ecbange  de  la  Cfudana  ^  ,  bateau  ji^t 
surmonté  d*un  toit  léger  &it  avec  des  roseaux  et 
des  cuirs  tendus  à  Taide  de  courroies. 

En  attendant  notre  départ  nous  étions  campés 
sous  une  tente,  au  bord  de  l'eau,  et  pour  utiliser 
le  tems  nous  chassions  aux  enyirons ,  mais  il  n'y 
avait  que  des  troupiales  à  tête  et  ventre  jaunes  * 
et  des  martins-pécheurs  de  grande  espèce  * ,  ve- 
nant se  percher  jusques  sur  le  toit  des  ranchos. 

On  ne  saurait  croire  combien  les  habitans  d'I- 
taquy,  et  généralement  tous  les  Brésiliens  cpie 
nous  rencontrâmes,  étaient  intrigués  de  nous 
voir  avec  tant  de  bagages,  tant  de  choses  inutiles 
à  leurs  yeux ,  tant  defrioleiras  ^  tant  de  harbo* 
ïetas  ' ,  de  bichinhos  ^,  de  axpim  ^ ,  de  pedrin^ 
has  *  etc.  Cela  donnait  lieu  à  de  curieux  entre- 
tiens entre  eux  >    à  de  singulières  conjectures. 

i  Mot  espagnol  correspondant  à  chaland. 

s  Oriolua  Flavus,  Lin  et  Lath;  espèce  répandue  dans  presque  tonte 
l'Amérique. 
s  Le  martin-pècheur  bleu  de  ciel,  de  Az:  {Alced»  OinériftonSy  YieOlot) . 
4  Niaiseries ,  bagateUes. 
s  Papillons. 
c  Insectes. 
7  Foin, 
s  Petites  pierres. 


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—  387  — 

Suivant  les  uns,  j'étais  un  é^éque,  venant  rétablir 
le  règne  des  jésuites  aux  Missions  ;  suivant  d'au- 
tres, nous  étions  des  espions,  envoyés  par  le  gou* 
vemement  français  pour  reconn^dlre  le  pays  et 
en  rendre  compte  ;  suivant  quelques  uns ,  d'un 
esprit  pénétrant,  nous  étions  de  vils  émissaires 
de  don  Pedro  l^"",  et  suivant  le  plus  grand  nom- 
bre, nous  éiionsJ'ojÂs! 

Le  25,  nous  suivîmes  notre  route  pour  San- 
Borja  ;  mais  cette  fois ,  dans  le  lit  de  FUruguay 
qui  avait  déjà  baissé  de  plus  de  vingt  pieds  en 
huit  jours.  La  chalana  étant  grande  et  couverte 
nous  n'eûmes  plus  besoin  d'aller  coucher  chaque 
jour  dans  les  terrains  marécageux ,  et  puis  nous 
pûmes  jouir  véritablement  de  la  vie  contempla- 
tive et  d'extase ,  car  l'espace  de  trente  lieues  qui 
nous  séparait  de  la  première  Mission,  est  rempli, 
le  long  de  l'Uruguay,  de  forêts  magnifiques  où  un 
luxe  de  végétation  brésilienne  se  déploie  à  chaque 
pas ,  et  nous  eûmes  le  plaisir  de  faire  une  assez 
jcdiê  récolte. 

Les  oiseaux  les  pluscommims  étaient  :  des  mar- 
tîns-pècheurs  de  trois  espèces ,  des  crabiers ,  des 
pies  bleu-ciel  et  acah^^  des  perroquets,  des  anis  % 

I  L*anno-g:uazu  de  Az.  (crotophagvs-major^  Bris.)  aiii  des  palétuviers 
^Bafr 


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—  388  — 

des  couroucous  *  aux  couleurs  magnifiques ,  et  de 
beaux  toucans  *  à  gorge  blanche ,  mais  fort  di£B- 
ciles  à  approcher. 

Le  premier  décembre ,  nous  arriYàmes  au  port 
de  San-Borja.  D  y  avec  alors  deux  bateaux  pon- 
tés avec  une  demi*douzaine  de  bateaux  plats, 
ou  Chalanas  ;  un  nayire  d'une  cinquantaine  de 
tonneaux  était  sur  les  chantiers,  destiné  à  être 
armé  en  goélette ,  pour  faire  la  navigation  de 
l'Uruguay  jusqu'au  Salto.  Le  porto  ou  le  passo 
(  gué)  est  tout  simplement  une  clairière  assez  es- 
carpée, pratiquée  au  milieu  des  bois,  assez  in- 
commode pour  ceux  qui  ont  des  marchandises 
à  embarquer  ou  à  débarquer.  Le  terrein  est  d*ar- 
gile  jaune  et  de  terre  limoneuse,  conséquem- 
ment  d'aUuyion  nouvelle. 

San-Borja  (la  bourgade)  est  situé  à  plus  d'une 
lieue  du  port.  On  trouve,  après  avoir  passé  les  bois 
de  la  rive  gauche  par  des  chemins  tortueux  et  va- 
seux, quelques  ranchos^  ce  sont  ceux  do  Porto. 

Nous  nous  rendîmes  à  pied  à  la  bourgade , 
quoique  la  chaleur  fut  excessive;  les  habitans  s'en 

•  Le  sumcua  de  Àz.  (trogon  curaicui»  Lin.)  couroucou  k  Tentre rouge 
des  Aut. 

t  Toco  de  BufT.  {ramphastos  toco.  Lin.)  \\  diffère  de  celui  de  U 
Guyane,  en  ce  qu*il  n  «  pas  de  cercle  rouge  à  la  gorge. 


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—  389  — 

ëtonnèrent  beaucoup ,  étant  accoutumés ,  comme 
les  Argentins  et  les  Orientalistes,  à  ne  pas  £iire 
un  pas  à  pied.  Nous  traversâmes  une  campagne 
dépouillée  d'arbres,  de  buissons  et  même  de  ver- 
dure ,  car  l'herbe  (  espèce  de  gramen  très-odo- 
rant, d'un  goût  de  citron  fort  prononcé)  était 
déjà  sèche  et  jaune.  Bientôt  la  tour  carrée  de 
Téglise  s'offrit  à  nos  regards.  A  mesure  que  nous 
nous  élevions,  nous  découvrions  devant  nous,  des 
bosquets,  des  bois  d'orangers,  des chacciras  ^  en- 
tourées de  fossés  garnis  de  bromélias  (nicaf^uata) 
aux  feuilles  rouge  de  sang  et  aux  belles  fleurs  en 
épi,  et  au  loin ,  dans  l'est,  des  bois  de  peu 
d'étendue,  espacés  comme  des  fermes  de  Haute- 
Normandie.  En  nous  détournant  nous  nous 
aperçûmes  que  nous  donùnions  beaucoup  l'Uru- 
guay dont  le  cours  sinueux ,  en  cet  endroit  ' ,  était 
Yoilé  en  partie  par  d'épaisses  et  magnifiques 
forêts  ;  c'est  que  le  sol  argileux  {Jerrugineux  ) 
s'élevait  par  une  pente  douce  jusqu'à  San-Borja. 

I  C^est  la  même  chose  quo  chacras^n  Esgagnol;  mais  ici,  de  même 
que  dans  la  province  de  Çorrientes^  ce  mot  ne  s^emploie  pas  seulement 
imm*  une  ferme  agricole,  il  désigne  aussi  toute  espèce  de  maison  de 
campagne  avec  jardin  ou  bosquet;  il  correspond  alors  aux  quintae  de 
Buenos- Ayres.  On  voit  presque  toujours  un  bois  &  orangers  et  de 
citronniers  assez  étendu,  près  de  ces  chacaras, 

•  À  cette  distance  de  son  embouchure,  TUruguay  est  encore  large 
comme  la  Seine  à  Paris;  son  lit  conserve  à  peu  près  la  même  largeur 
depuis  les  Hautes-Missions  jusqu'à  Itaquy,  et  de  là  au  Salto,  il  déhorde 
fréquemment. 


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CHAPITRE  HVl. 


vm  lAo-vinao. 


9«i«Boij««  —  &••  «MÎeiuief  Mimcwf.  —  Hëpft  pour  FintémQr. 
.  ^  Al«gMto.  *- 1«  BoqiMMB  4e  SuMûifO. — 
. — &e  Jagnary.— Xe  Toropj. — &' YliÎMij-Mifi. 
A«Sen«.  -— 8«5-llartiBho«  •—  0««mii^«t«* 
-  Arrivée  ea  Jaeaj* 


«  Quoi!  ce  sont  là  yos  &meuses  Missions? 

Ces  édifices  inimitables ,  ce  gigantesque ,  ce  gran* 
diose,  ces  adnùrables  plans,  ces  puehïos  enfin 

que  TOUS  nous  vantiez  tant! Le  diable  vous 

emporte ,  tous  ,  et  les  jésuites.  » 


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—  392  — 

Cest  ainsi  que  m'apostrophaient  mes  fidèles 
compagnons,  courroucés  de  ce  que ,  sur  la  foi 
de  Gharlevoix,  de  Funeset  de  yieux  chroniqueurs 
espagnols ,  je  leur  ayais  fiiit  une  peinture  peu  fi- 
dèle, mais  pompeuse  des  Missions  d'Uruguay. 
J'eus  toutes  les  peines  du  monde  à  les  calmer. 
Toute  Téloquence  poétique  de  l'auteur  du  G^ue 
du  Christianisme  eût  échoué  devant  la  convic- 
tion d'une  imposture  flagrante. 

Les  Missions  d'Uruguay  étant  toutes,  à  peu 
de  chose  près,  bâties  sur  le  même  plan;  il  suffit 
donc  d'en  décrire  une  pour  se  former  une  idée 
des  autres. 

Sur  les  trois  côtés  d'une  place,  longue  d'envi- 
ron cinq  cents  pieds  sur  quatre  cents  de  lai^e , 
sont  bâtis  des  rez-de-chaussée  en  argile  et  en 
charpente ,  distribués  de  manière  &  former  des 
logemens  à  peu  près  semblables.  Un  toit  en  tuile 
recouvre  ces  habitations  et  les  dépasse  assez  pour 
qu'il  règne  dans  le  pourtour  de  la  place  ime  es- 
pèce de  péristyle  ou  de  galerie  ouverte,  soutenue, 
de  distance  en  distance ,  par  des  pilastres  carrés, 
formés  de  pierre  de  taille  rosâtré. 

Sur  le  côté  nord  de  la  place ,  se  trouve  l'église, 


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—  595  — 

yérîtable  théâtre ,  quant  au  luxe  d'omemens  et 
de  détails  intérieurs.  Au  dehors  elle  n'a  rien  de 
remarquable;  cest  tout  simplement  quatre  mu* 
railles  en  pierre  de  taille ,  surmontées  d'un  toit 
en  tuile  et  d'une  petite  tour  carrée  formant  une 
coupole  à  l'intérieur  ;  le  portail  seul  se  distingue 
du  reste  en  ce  qu'il  a  été  sculpté  très-artistement 
par  des  Indiens  j  sous  la  direction  des  jésuites ,  et 
qu'il  n'est  entré  aucune  ferrure  dans  sa  construo; 
tion  9  de  même  que  dans  celle  de  toutes  les  ha- 
bitations. Un  porche,  soutenu  par  des  colonnes 
en  bois  dur ,  occupait  la  fiiçade  de  l'église ,  à  la- 
quelle on  arriyait  par  un  perron  carré,  formé  de 
quelques  marches. 

A  gauche  de  l'église  ,  dans  un  enfoncement , 
était  situé  le  collège ,  derrière  lequel  s'étendait 
un  superbe  jardin  planté  d'orangers ,  de  citron- 
niers ,  de  figuiers ,  d'un  grand  nombre  de  plan- 
tes indigènes,  etc,  et  entouré  d'un  mur  de 
pierres  dans  toute  son  étendue»  Le  collège, 
comme  on  doit  le  penser  était  confortablement 
distribué ,  solidement  bâti.  A  côté  était  un  hos- 
pice y  attenant ,  puis  des  ateliers  publics ,  des 
magasins  publics^  des  cuisines  publiques j  etc,  etc. 

On  entre  à  la  place  par  les  extrémités  nord  et 


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—  394  — 

sud.  C'est  une  Téritable  caserne  que  cette  place , 
autour  de  laquelle  rayonnent,  sans  ordre  régulier 
des  ranchos ,  des  chacras  et  quelques  maison- 
netteSy  assez  proprement  tenues.  Les  autorités  et 
les  commerçans  notables  sont  logés  dans  les  an- 
ciennes habitations  des  Indiens;  le  commandant 
militaire  occupe  le  collège;  l'hospice,  les  maga- 
sins et  ateliers  sont  en  ruine;  loin  de  songer  à  le$ 
réparer  ou  en  enlève  les  matériaux  pour  les  em- 
ployer à  des  constructions  nouvelles.  Le  coite 
catholiqueest  célébré  dans  une  cbapelle  attenante 
aux  galeries  latérales  de  la  place  *. 

Nous  hésitâmes  quelque  tems  avant  de  visiter 
l'église,  car  on  s'attendait  à  en  voir  crouler  le  faite 
d'un  moment  à  Fautre.  Chaque  fois  qu'il  £dt  du 
vent  il  se  détache  du  toit  d'énormes  poutres,  qui 
roulant  avec  fracas,  ébranlent  le  reste  ^e  l'anti- 
que édifice,  dont  la  forme  est  un  carré  long,  sans 
bas  côtés,  ni  clocher;  seulement,  à  l'entrée  du 

«  Le  curé  de  San-Boija,  pen  prud&nt  8*est  fait  chnser  du  payt  pen- 
dAAl  noire  s^our.  II  y  a  beaucoup  dlnunoralité  chez  les  prètrcabrèi- 
liens;  je  fus  témoin  de  plusieurs  scènes  très-scandalettses,  en  difTéreates 
localités.  L'évèque  même  de  Rio-Janeiro,  disait  publiquement,  ea 
achetant  des  coliflchetB  parisiens ,  pour  nne  de  ses  flOes  «  Ai  para 
hum  frtUo  de  minhaa  fragUidades  ».  —  Les  législateurs  brésiliens 
songeaient  sérieusement  an  mariage  des  préires  et  à  la  suppression  de 
la  confession^  mesures  de  la  plus  urgente  nioessiU, 


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—  395  — 

chœur,  au-dessus  du  jubé,  s'élevait  la  coupole  eu 
charpente  dont  j'ai  parlé ,  laquelle  était  décorée 
d'assez  belles  peintures.  Deux  rangées  de  colon* 
nés  en  bois  dur>  d'ordre  tascan  ou  rustique,  sou- 
tenaient la  charpente  dans  le  milieu  et  formaient 
une  nef.  Les  omemens  ont  été  enlevés  ;  il  ne  res- 
tait phis  que  deuxautds  sur  les  côtés  ;  mais  nous 
retrouvâmes  une  grande  partie  des  omemens  du 
chœurs  entassés  pêle-mêle  dans  deux  pièces  laté- 
rales ,  servant  autrefois  de  sacristies.  Les  dorures 
étaient  encore  très-fralches;  elles  n'avaient  pas 
été  épargnées  par  les  jésuites,  pas  plus  que  les 
peintures  et  les  muiges.  Cet  ensemble  de  chapi* 
taux,  de  fix>ntons,  de  colonnes  torses,  cannelées 
ou  lisses;  ces  tableaux,  ces  ornemens  surchargés 
de  dorures  très*iines,  de  peintures  remarquables, 
de  sculptiures  délicates,  ces  seânis  de  toutes  gran- 
deurs, de  tous  ordres  monastiques,  destinés  à 
jouer  un  rôle  imposant  y  au  milieu  d'un  peuple 
de  néophytes  ^cilement  crédules,  tout  cela  nous 
fit  re£fet  d'un  magasin  de  théâtre  ^  et  rien  de 
plus....  Je  gémis  de  pitié,  en  songeant  à  la  con- 
dition misérable  des  chrétiens,  dont  le  sort 
se  réglait  dans  un  concile  de  Trente ,  ou  dans  la 
ceUule  d'tm  sectateur  de  Loyola ,  sur  ce  thème 
fondamental  :  que  tous  les  moyens  étaient  bons 
^OOT fasciner  les  peuples!!!,..  Mais  de  la  pitié  je 


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—  396  — 

passai  promptement  à  Vindignation  \  en  voyant 
des  saints  de  grandeur  naturelle ,  dont  les  jeax 
mobiles  dans  leur  orbite ,  étaient  destinés  à  ver- 
ser des  larmes  de  sang  !..  tandis  que  d'antres  saints 
avaient  pour  mission  spéciale  de  fidre  des  signes 
négat^s  ou  approhaJtifs  de  la  tête  ou  de  la  main!  !  ! 
«  Et  que  Élisaient  de  plus  les  idolâtres,  me  dirent 

mes  compagnons? »  —  Voilà  cependant  les 

grands  moyens  que  tolère  la  religion  cathoUque , 
€fpostoîique  et  romaine  H!  0.  stupidité .  des  peu- 
ples !  vos  confesseurs  ont  bien  raison  de  vous 
&ire  un  crime  de  la  curiosité!  Allez,  bons  peuples, 
allez ,  continuez  à  vous  faire  jeter  de  la  poudre 
auxyeux 

La  mission  de  San-Borja  fut  fondée  en  i690, 
par  une  colonie  de  la  peuplade  de  Santo-Tome^ 
car  la  tactique  (d'ailleurs  très-judicieuse)  des  ré- 
vérends pères,  était  toujours  de  prendre  un  cer- 
tain nombre  d'habitans  d'une  ancienne  bourgade 
d'Indiens ,  pour  noyau  de  la  population  nouvelle, 
et  les  saunages  y  étaient  attirés,  moins  par  les 
bien&its  du  christianisme,  auquel  ils  ne  compre- 
naient rien ,  que  par  la  perspective  d'y  trouver 
un  asile  contre  les  rigueurs  des  Espagnols,  et  so^ 
tout  contre  la  cruauté  des  Portugais,  qui  leur 
donnaient  la  chasse  avec  des  chiens  pour  les  en- 


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—  397  — 

TOjer  périr  dans  les  mines,  après ,  toutefois ,  les 
aToir  hixptisés  \ 

Jetons  un  coup-d'œil  sur  le  gouvernement 
théocratique  des  jésuites  *  : 

Les  Missions  du  Paraguay  étaient  composées 
de  trente  bourgades  ou  pueblosj  dont  voici  la  si- 
tuation :  sept  se  trouvent  sur  la  rive  gauche  de 
l'Uruguay  et  font,  à  présent,  partie  du  Brésil; 
quinze  étaient  situées  entre  l'Uruguay  et  le  Pa- 
rana ,  dans  la  partie  nord-est  de  la  province  de 
Corrientes;  elles  ont  cessé  d'exister,  mais  on  en 
distingue  encore  les  ruines.  Les  Brésiliens ,  dans 
la  guerre  d^Artigas  d'un  côté ,  les  Indiens  eux- 
mêmes  dans  leur  soulèvement  de  l'autre,  et,  en 
dernier  lieu,  les  Paraguay  s  lors  de  leur  retraite , 
concoururent  tour-à-tour  à  leur  ruine ,  qui  ftit 
finalement  consommée  par  les  Orientalistes.  En- 
fin huit  Missions  se  trouvent  sur  la  rive  droite  du 
Parana>  par  conséquent  dans  le  Paraguay  pro- 
prement dit ,  et  existent  toujours. 

Les  sept  Missions  de  la  rive  gauche  de  l'Uru- 

I  Charievoix;  Raynal,  Azara  et  Funes. 

s  11  ne  faut  pas  perdre  de  viie  que  c'était  ud  gouvernement  modèle, 
tel  que  la  sainte  corporation  eAt  voulu  le  voir  établi  en  Europe. 


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—  598  — 

guay  étaient  distribuées  ainsi  :  SenrBarja ,  à  une 
lieue  de  l'Uruguay  et  à  trois  lieues  au  sud  de  la 
rivière  Camacua  ;  Son-Nicolas  sur  la  rive  droite 
du  Piratini,  à  environ  trois  lieues  de  son  con- 
fluent avec  rUruguay;  SanrLuis^'  Son-Miguel^ 
Son-Lorenzo  et  Son-Juon ,  entre  les  rivières  Pira- 
tini  et  Tiui ,  et  Sanio-Angel  dans  les  yerboks  * , 
sur  la  rive  droite  de  TYiui.  San*>Miguel  était  k 
capitale  des  Missions  d'Uruguay. 

Les  huit  Missions  existant  encore  au  Paraguay, 
bien  que  les  jésuites  en  aient  été  expulsés,  comme 
de  toutes  les  autres,  dès  l'année  4768,  peuvent 
néanmoins  donner  une  fidUe  idée  de  cet  édifice 
fameux  des  trop  astucieux  pères.  Quoiqu'en 
dise  le  doyen  Funes  (disciple  de  la  savante  cor- 
poration) ,  le  zèle  apostotique  a  en  certainement 
la  moindre  part  dans  toutes  leurs  entreprises. 
Les  jésuites ,  penseurs  profonds,  hommes  de  ta- 
lent (dans  leur  système),  Iong*tems  les  seuls 
dépositaires  des  sciences,  nont  pas  été  sans  réfié- 


I  Forêts  ou  croit  Tarbrisseau  improprement  appelé  herbe  du  Paraguay 
et  des  Missions.  11  a  été  déait  par  M.  Auguste  Saint-Hilaire  tous  If 
nom  de  Ilex  Paragua  yensis,  et  par  Linnœus  sous  celui  de  psoralea 
glandulosa.  Ses  feuilles  que  les  Guaranis  désignent  sous  les  noms  de 
vna-cuys,  caa-mini  et  de  cao-gnozn  suivant  Tétat  de  leur  développe- 
ment, ne  peuvent  être  prises  en  infusion  qu'après  avoir  été  macérées 
ou  matées  plusieurs  fois. 


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—  399  — 

chir,  sans  s'apercevoir ,  dès  les  premières  tenta- 
tives, qu  il  faut,  de  toute  nécessité,  àl'honune  tin 
premier  degré  de  civilisation  pour  qu'il  puisse 
seulement  comprendre  de  quoi  il  s'agit  quand 
on  lui  parle  de  religion....  surtout  d'une  religion 
hérissée  de  dogmes.  Aussi,  ne  doit-on  pas  croire 
que  les  trop  célèbres  Missions  des  jésuites  aient 
été  formées  par  la  prédication  de  l'évangile  ;  ils 
trouvèrent  plusieurs  grands  établissemens  déjà 
créés  par  les  conquérans  et  qu'ils  ne  firent  que 
transférer  ^  Ils  avaient  donc  affaire  à  des  Indiens 
déjà  vaincus ,  abattus,  asservis  et  appartenant  à 
la  race  des  Guctrams ,  dont  les  tribus ,  qui  vivent 
encore  sauvages  dans  les  montagnes  septentrio- 
nales du  Paraguay,  sont  si  peu  entreprenantes, 
qu  elles  causent  rarement  des  dommages.  On  a 
vu  quel  moyen  fort  simple  les  jésuites  employaient 
pour  former  une  nouvelle  peuplade;  mais  il  est 
de  Eût  que  la  ruse  et  la  /orce  ont  aussi  été  em* 
ployées  par  eux  pour  augmenter  le  nombre  des 
néophytes- 
Ces  Missions,  dit  M.  Rengger ,  ont  eu  pom^tant 

1  Voyea  Fintéressant  ouvrage  de  MM.  Rengger  et  Long-champ. 
Eêêai  historique  sur  la  révolution  du  Paraguay  ;  Feliz  de  Azara , 
tome  II,  et  surtout  ie  liirre  huitième  de  \ Histoire  Philosophique  des 
Deux-Indes j  par  Baynal,  où  la  conduite  des  jésuites  est  jugée  avec  la 
plus  grande  impartialité. 


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—  400  — 

l'avantage  de  protéger  les  Indiens  ;  mais  au  lieu 
de  les  &ire  entrer  dans  la  voie  de  la  civilisation, 
afin  de  parvenir  un  jour  à  les  rendre  chrétiens^ 
les  jésuites  n'eu  firent  que  des  automates  j  qu'ils 
exploitaient  à  leur  profit. 

Tous  les  travaux  les  plus  pénibles  se  fesaient 
au  son  de  la  flûte  et  du  tambourml  Comme  c  est 
poétique!  Vous  représentez- vous  bien,  trente 
mille  Indiens  dansant  et  travaillant  chaque  jour 
au  Sun  de  la  flûte ,  devant  les  hons  pères  qui  ne 
faisaient  rien?...  Apportant  péniblement  des  car- 
rières très-éloignées  des  pierres  de  taille  d'une 
grosseur  considérable^  destinées  à  faire  des  loge- 
mens  spacieux  et  commodes  aux  révérends  pères; 
des  poutres  énormes,  des  colonnes  de  la  plus 
grande  dimension ,  charriées  sur  les  épaules; 
d'incalculables  richesses,  produit  des  estandasy 
des  chacras  y  des  plantations  de  maté ,  de  coton, 
de  tabac,  de  riz,  de  canne  à  sucre,  de  blé,  etc., 
déposées  chaque  jour  dans  les  magasins  publics  ^ 
pour  la  communauté.....  tout  cela  au  son  de  la 
flûte  et  an  tambourin....  en  cadence.  —  Voilà  ce 
qui  s'appelle  comprendre  la  Bible  !  —  Dépêchez- 
vous  donc  de  mettre  vos  biens  en  communauté 
avec  MM.  les  jésuites,  pour  avoir  comme  les  Gua- 
ranis, une  chemise  commune  ^  un  caleçon  com- 


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—  401  — 

murij  la  ration  commune  et  les  pieds  nus  toute 
notre  yie  !  —  M ais^  mauyaises  têtes  que  vous  êtes , 
TOUS  serez  exempts  de  réi^olutîons ,  vous  serez 
garantis  contre  l'ambition  de  vos  semblables, 
vous  serez  heureux. — ^Merci.  Vous  rappelez- vous, 
par  hasard,  que  votre  bonne  maman  vous  ait 
ùàt  répéter  (quand  vous  étiez  bambin,  et  que 
vous  n'entendiez  encore  malice  à  rien)  la  fable 
du  pot  de  terre  et  du  pot  de  fer  ?  eh  bien ,  le  pot 
de  terre ,  c'est  nous  et  le  pot  de  fer,  ce  sont  les 
jésuites ,  ou  ceux  qni  entendent  la  Bible  comme 
eux...  Croyez -moi  ,  faites  vos  affaires  vous*- 
mêmes  \  ne  perdez  pas  de  vue  ce  dogme  fonda- 
mental de  la  liberté  du  peuple  aux  Etais -Unis  : 

«  La  proindence  a  donné  à  cfuufue  indwidu  le 
degré  de  raison  nécessaire  pour  qu  il  puisse  se  di- 
riger hd-méme  dans  les  choses  qui  l'intéressent 
exclusù^ement.  » — ^Telle  est  la  grande  maxime  sur 
laquelle  repose  la  société  civile  et  politique  du 
Continent  américain  '. 


>  Le  pire  de  famille  en  fait  rapplication  à  ses  enfans,  le  moUre  à 
ses  serrîteurs,  la  commune  à  ses  administrés,  la  province  aux  communes, 
rétat  aux  provinces ,  et  Vunion  aux  états.  Etendue  à  Fensemble  de  la 
nation,  cette  maxime  est  la  plus  liante  expression  de  la  souveraineté 
populaire.  —  Voyez  l'ouvrage  de  M.  Alexis  de  Tocqueville  :  De  la 
Démocratie  en  Amérique ,  2  vol.  in^'. 

26 


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«-  402  — 

JNbus  séjournâmes  deux  mois  aux  Missions , 
allant  et  venant  de  San-Borja  au  Piratini,  au 
confluent  duquel  était  Texcdlent  M.  Bonpland  \ 
vivant  en  solitaire ,  logé  à-peu-près  comme  le 
consolateur  de  Ghactas.  L' ex-intendant  de  Tim- 
përatrice  Joséphine^  le  voyageur  célèln^^  nous 
accueillit  avec  ube  bonté  toute  paternelle  et  s'ef- 
força de  contribuer ,  en  ce  qui  dépendait  de  lui^ 
au  succès  de  nos  chasses  et  de  nos  récentes  zoolo- 
logi^ues.  Quaïid  nous  partîmes  de  San-Borja, 
M.  Bonpland  se  préparait  à  se  rendre  dans  la 
province  de  Corrientes  d'où  il  devait  descendre 
ensuite  à  Buénos-Ayres. 

Toute  la  campagne  avoisinant  le  Piratini  *  est 
montueuse?  les  pâturages  sont  très-convenahles 
à  l'éducation  des  chevaux ,  des  mules  et  des  bétes 
à  laine.  Il  s'y  fait  un  grand  commerce  de  mulets 
pour  la  province  voisine  de  San-Paulo  (St-Paul). 
Les  grès  rougeâtres ,'  quarteeux  m'ont  paru^  for* 
mer  la  base  des  coteaux.  Il  y  a  beaucoup  de 
forêts  de  peu  d'étendue^  mais  fréquemment 
répétées;   on  les  appelle  ccpoes  '  ou  motos  ^ 

1  Au  rincon  de  San-Juan-Miri. 

«  Rivière  de  4«  ordre,  comme  le  camacua. 

3  Singulier,  capao  (prononcez  capaon,  capaons).  C'est  au  milieu  de 
ces  bois  que  se  font  les  cultures  île  maïs  ou  autres  ;  ils  prennent  alors 
le  nom  de  roea  ou  de  rocado. 


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—  403  — 

suivant  leur  étendue;  c  est  ce  qu  on  nomme  isla$ 
dans  la  province  de  Corrientes. 

Le  4  février  1834,  nous  primes  congé  de 
MM.  Ingres  et  Semi  pour  profiter  d'une  cara- 
vane ou  troupe  de  charrettes  retournant  à  Bio- 
Pardo.  Cette  caravane  se  composait  de  sept  char* 
rettes  dont  trois  étaient  couvertes ,  attelées  de 
huit  bœufs  chacune ,  plus  trente  autre  bœu&  et 
huit  chevaux  marchant  en  troupeau  devant  nous 
pour  les  relais.  Outre  mes  deux  compagnons  et 
moi,  le  personnel  se  composait  du  tropero  ou 
capataz  (contre-maître)  et  de  quatre  careado- 
res  (piqueurs)  dont  deux  étaient  nègres  et  un 
Indien  ;  le  capataz  et  un  arreador  étaient  Brési- 
liens. Nous  cheminions  tantôt  à  cheval,  tantôt 
à  pied,  ou  en  charrette. 

Le  10,  à  la  fin  du  jour,  nous  arrivâmes  sur  la 
rive  gauche  de  la  Guaîaraça ,  petite  rivière  cou- 
lant siur  un  lit  de  grès  rouge;  elle  prend  sa  source, 
non  loin  de  là,  dans  les  montagnes,  et,  après 
s'être  grossie  de  nombreux  ruisseaux ,  elle  va  se 
jeter  au  nord-ouest ,  dans  le  Camacoa  ;  il  n' j 
avait  alors  que  quelques  pouces  d'eau,  mais  aux 
moindres  pluies  elle  déborde  beaucoup  dans  les 
plaines  adjacentes  et  son  cours  devient  rapide. 


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«^  404  — 

Testimai  que  nous,  avions  parcouru  quatorze  à 
quinze  lieues  au  sud-est  de  San-Borja.  Ce  pays 
est  montueux ,  alternant  fréquemment  avec  des 
vallons  profonds  et  des  côtes  à  pente  raide.  Sol 
de  transport  et  de  sédiment;  des  grès  grossiers 
recouverts  d'un  peu  de  terre  végétale.  Cest  à 
ce  ruisseau  que  commence ,  ou  aboutit,  la  Serra^ 
chaîne  de  montagnes  appartenant  à  la  Serra-do- 
Mar,  ou  chaîne  orientale  du  système  brési- 
liens. 

Le  1 1 ,  à  trois  heures  du  soir,  nous  commençâmes 
à  gravir  des  côtes  qui  pouvait  avoir  soixante  toises 
d'élévation  ;  les  points  de  vue  étaient  variées ,  on 
découvrait  une  étendue  d'au  moins  dix  lieues  de 
pays  au  nord  et  à  l'ouest;  beaucoup  de  forêts  de 
peu  d'étendue  mais  épaisses  et  multipUées  dans 
les  lieux  humides  et  sur  la  pente  australe  des 
côtes. 

Environ  à  vingt  lieues  dans  le  sud  de  la  Gmaa- 
raça  se  trouve  Alegrete  petite  ville  frontière  de 
la  province  de  Rio-Grande  avec  la  Banda-Orien- 
tal; elle  est  située,  suivant  les  renseignemens  que 
j'ai  pu  obtenir,  par  les  trente  dégrés  dix  minutes 
de  latitude  (sauf  eireur) ,  sur  la  rive  droite  du 


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—  405  — 

Garapuftao ,  petite  rivière  nommée  Ybiripita  par 
les  Guaranis  et  qui  va  se  jeter ,  au  nord ,  dans 
l'Ybicuy.  Cette  petite  ville,  toute  nouvelle ,  est 
assise  sur  des  collines  rocheuses ,  produisant  des 
pâturages  extrêmement  nourrissans.  On  y  élève 
beaucoup  de  bestiaux ,  de  mulets  très-renommés. 
Le  commerce  y  est  actif.  A  quelques  lieues,  vers 
le  sud,  il  y  a  des  montagnes  riches  en  métaux; 
tme  d'elles  contient  une  mine  d'or  d'ime  exploi- 
tation &cile. 

Le  i  3  au  soir  nous  arrivâmes  dans  un  parage, 
delà  chna  da  Serra^  appelé  Boqueron-de-Santia- 
go,  à  environ  treize  lieues  sud-est  de  la  Guaïaraça. 
Trois  on  quatre  chacaras  et  estancias  à  l'entrée 
d'un  vallon  boisé,  où  coulait  un  ruisseau  limpide  ; 
passablement  de  bestiaux ,  paissant  dans  les  plai- 
nesondulées,  formaient  un  petit  paysage  animé. — 
Culture  de  maïs ,  de  mandioca,  de  tabac ,  de  ha- 
ricots noirs  et  autres  légumes.  —  Beaucoup  de 
perroquets  à  gorge  et  ventre  violets  (^acamaUle 
vineux);  une  autre  belle  espèce,  vert, tendre 
à  front,  épaulettes  et  cuisses  rouge  vif,  vivant  par 
bandes  ;  Vépervier  à  larmes  et  le  petit  épervier-' 
9Haié;  l'oiseau-mouche  vert-doré  ;  des  troupiales 
noirs  ;  des  cathartes  aura  et  urubu  étaient  les  seuls 
oiseaux  qu'il  y  avait  dans  cette  localité  ou  nou& 


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—  406  — 

restâmes    quatre  jours   à    réparer   des    essieux 
brisés*. 

Le  47  nous  arrivâines  dans  la  partie  de  la  Gma 
da  Serra  la  plus  bouleversée,  la  plus  agreste,  mais 
aussi  la  plus  pittoresque.  Ici  des  forets  antiques 
où  domine  le  gigantesque  Tùnha  «  w^a  dont 
le  tronc  creusé  sert  à  &ire  des  pirogues  de 
la  plus  grande  dimension,  un  ruisseau  d'une  eau 
claire  et  limpide ,  des  chaumières  de  pauvres 
moradores  (habitans)  isolées  au  fond  d'un  large 
et  profond  vallon,  où  paissaient  quelques  vaches 
et  quelques  moutons  ;  des  roches  escarpées  me- 
naçant le  voyageur,  des  coteaux  récemment 
brûlés ,  audessus  desquels  planaient  silencieuse- 
ment des  vautours  aura  ;  d'autres  encore  couverts 
de  hautes  graminées  (  andropogon  )  aux  tiges 
d'or,  destinées  à  être  aussi  la  proie  des  flammes 
dévorantes ,  étaient  les  principaux  détails  d'un 
vaste  tableau  dont  l'œil  saisissait  à  peine  les  con- 
tours ». 


A 11  y  a  beaucoup  de  fragmens  de  grès  ^wsriMux  aryilifère  endurci 
(no  6),  fomi«int  de  nombreux  blocs  allongés,  servant  à  aiguiser,  et  se 
trouvant  disséminés  sur  un  sol  argilo-calcaire  contenant  en  outre  du 
êilex  noir,  des  géodes ,  rognons,  cristallines,  etc. 

t  Les  roches  sont  toutes  de  grès  variés  en  espèces  ;  mais  ceux  qui 
dominent ,  sont  les  grès  quartzeux  tendres ,  rougeâires  ei  jaunâtres , 
avec  d'autres  d^m  grain  plus  fin ,  plus  diu*  et  lustrés.  Des  monticutot 


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—  407  — 

Le  i  8^  ncrnsdescendimes  dan&une  vallée  profim-. 
de,  sablonneuse^  bordée  de  grands  bois  très-épais  ^ 
dominés  de  toutes  parts  par  d'immenses  blocs  de 
grès ,  penchés  sur  la  vallée  comme  des  édiiicea 
prêts  à  crouler.  Une  autre  caravane  nous  avait 
rejomts  pendant  la  nuit  de  sorte  que  les  échos 
de  oes  montagnes  retentissaient  bruyamment  des 
cris  sauvages  des  orrpacîor&ï  animant  continuelle- 
ment les  bœufs  du  geste  et  de  la  voix ,  et  plus 
encore  du  cri  indéfinissable  des  essieux  de  bois 
échauffés  par  le  frottement.  — <-  Pâturages  abon- 
dans,  herfaagestrès-épais ,  mais  dépourvus  de  sa- 
veur et  de  qualités  nutritives,  car  les  hahitans  de 
ces  montagnes  sont  obligés  de  donner ,  quatre  à 
cinq  fois  Tan,  du  sel  à  leurs  bestiaux,  pour  les 
exciter  à  mangw,  et  les  animaux  le  recherchent 

«ont  coimiQs^  uniquement  dVgile  ferrugineuse  rouge ,  comme  am 
environs  de  San-Borja  ;  point  de  a-istallisation.  Nous  nous  arrèUmes 
iwès  d^BB  ruisseau  coulant  au  milieu  des  roches  masaivBs  de  grès ,  sur 
UB  fond  d'une  matière  rouge  de  sang ,  cellulaire ,  assez  semblable  à 
rhjdrate  de  fer,  mais  si  dure  que  je  ne  pus  en  détacher  un  seul  frag- 
BMBt.  Je  fus  tenté  de  la  prendre  pour  une  lave,  quoiqu'il  n*y  eût  aucune 
«pparenoe  de  Yolcan  aux  environs.  Un  peu  avant  d'arriver  à  cette 
localité,  j'avais  trouvé  dans  un  torrent  de  petites  masses  de  pouzzo- 
HU  (scorie  rouge  décomposée),  consistante  et  endurcie  par  de  U 
^àolite  (déterminé  par  M.  Cordier).  Plus  des  petits  blocs  de  cqlçaire 
concrèHonné  renfermant  de  l'argile  rougeâtie,  vraisemblablement  d'ori- 
gine volcanique ,  et  enfin  de  la  rètinite  noirâtre.  Dans  les  forêts  je 
teeBeillis  deux  espèces  de  cafiiUaires,  qu'on  rencontre  aussi  aux  Mis- 
sÎBBS,  Vadianthum  capillus  venerU^  Lin.  et  Xadicmthum  agine  Sjpr.  avec 
plunsura.  autres  ci^rigtog^es  intéresaans. 


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—  408  — 

avec  avidité.  Nous  avons  vu  des  vaches  et  des 
bœufs  venir  autour  de  nos  charrettes,  les  suivre 
long-tems ,  les  lécher  de  toutes  parts ,  comme 
pour  nous  montrer  le  besoin  urgent  qu'ils  avaient 
de  manger  du  sel.  Après  leiu*  en  avoir  donné,  les 
moradores  de  la  Serra  ont  la  coutume  de  brûler 
certains  végétaux  alcalins  et  de  leur  en  £dre 
manger  la  cendre  ;  cela  les  purge  et  les  dispose 
à  engraisser  > . 

U  y  a  peu  d'habitans  dans  cette  partie  de  la 
Serra.  Ceux  qu'on  y  rencontre  sont  de  pauvres 
gens  laborieux,  mais  non  industrieux,  ayant  ob- 
tenu des  concessions  gratuites  de  terrein  au  mi- 
lieu ou  à  proximité  des  bois;  ils  vivent  ou  plutôt 
ils  végètent  avec  leurs  Êimilles,  aidés  par  une  na- 
ture vivifiante  et  l'aménité  d'un  climat  salubre. 
Ils  cultivent  un  peu  de  maïs,  de  mandioca,  des 
haricots,  des  pastèques,  (sandias)  dans  la  saison. 
Ils  ne  peuvent  élever  beaucoup  de  bétail,  par  la 
difficulté  de  se  procurer  le  sel  nécessaire  à  sa  nour- 
riture. Cet  inconvénient ,  dû  entièrement  à  la 
qualité  des  pâturages  est  général  dans  tout  le  haut- 
pays  du  Brésil ,  ainsi  que  dans  une  partie  de  la 

1  À  Buenos- Ayres,  j*ai  vu  les  Gauchos  reooirir  à  ce  moyen  peur 
se  purger;  ils  fesaient  rôtir  de  la  viande,  la  saupoudraient  de  cendre 
et  la  mangeaient,  puis  après  ils  buvaient  lUie  grande  quantité  d'eau. 


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—  409  — 

Banda-Oriental  ;  mais  dans  cette  province,  il  nj 
a  guère  que  sur  la  Serra  ^  et  surtout  entre  le  Ja- 
guarjr  et  la  Gueauraça  que  le  besoin  de  sel  se  fait 
impérieusement  sentir  ;  parce  qu'il  existe  dans  les 
autres  endroits  une  argile  limoneuse ,  salpêtrée , 
appelée  b€irro ,  (glaise) ,  que  les  animaux  man- 
gent arec  la  même  avidité  que  le  sel  *.  Il  serait 
Ëicile  de  remédier  à  rinconvénient  du  manque 
de  sel  avec  des  moyens  suf fisans  pour  en  Êiire  ve- 
nir, soit  par  la  voie  de  l'Uruguay,  etde  F Ybicuy , 
soit  par  celle  de  Porto- Alégre  et  du  Jacuy  ;  alors 
on  pourrait  former  des  établissemens  fort  avan- 
tageux dans  ces  montagnes  pour  l'éducation  des 
bestiaux ,  des  mulets  principalement. 

Après  avoir  suivi  la  vallée ,  dans  la  direction 
de  l'est,  l'espace  de  deux  lieues,  la  route  tourne 
au  sud  en  gravissant  de  nouveau  les  montagnes, 

1  Les  tenraÏDs  où  se  reooontre  cette  glaise,  sont  appelés  barrêfos 
par  les  Espagnols,  el  barreiras  par  les  Portugais.  M.  Àaguste  Saint- 
Hilaire  dit  qu^il  en  existe  dans  la  proTince  de  Minas-Geraés  et  parti- 
cnlièrement  dans  le  seriao  (désert)  j  c'est  une  chose  très  -  importante 
pour  les  estancieros.  Les  bestiaux  de  la  Serra  ont  souvent  à  souffrir 
beaucoup  d'un  insecte  connu  au  Brésil  sous  le  nom  de  carrapato  ;  il 
est  de  Tordre  des  parasites,  genre  ricinus  de  G.  {ixodes  de  Latr.)  et  il 
iuconunode  les  hommes  autant  que  les  animaux.  En  4834 ,  il  s'était 
propagé  de  telle  sorte,  qu'il  était  devenu  un  véritable  fléau  ;  les 
bestiaux  en  étaient  couverts  et  ils  mouraient  en  peu  de  jours.  On 
avait  ofTert  une  forte  récompense  Si  celui  qui  hrouverait  le  moyen  de 
détruire  cet  insecte. 


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—  410  — 

alors  on  arrÎTe  sur  un  nouveau  plateau,  et  Fa»- 
pect  du  pays  change  complëtem^it.  Ou  descend 
continueUement,  l'espace  de  cinq  à  six  lieuea, 
jusqu'à  la  rivière  Jaguary-GuMU*  Le  scd  n'est 
plus  caillouteux;  on  ne  Toit  que  duaaUe  fin, 
blanc  comme  neige  en  beaucoup  d'^idroits  et 
rouge  dans  d'autres;  ce  dernier  est  inférieur  au 
premier,  dans  la  superposition  desoouches  ^  En 
descendant ,  nous  trayersâmes  le  hameau  de  Sitnr 
Francisco  y  où  il  y  avait  jadis  une  chapelle  et  une 
petite  peuplade  de  Guaranis,  relevant  des  Mis- 
sioffis.  Il  n'y  a  phis  à  présent  que  dix  ou  douce 
chaumières  et  trois  ou  quatre  maisons  en  char- 
pente couvertes  en  tuile  rouge.  Néanmoins,  de 
VLony  es^x3Lpoi^adores  (fondateurs)  commençaient 
à  s'y  établir  et  à  cultiver  les  terres;  il  y  avait 
même  deux  vendus  (pulperias),  œ  qui  ne  man- 
quera pas  d'y  attirerd'autresmonoefere^desiBon- 
tagnes.  Ce  lieu  est  convenablement  situé  sur  un 


«  ^tiuk  géologique  d'un  ravin  do  20  pieds  de  pmfondeiv»  wir  ce 
pialMun  de  la  Serra,  Tert9  wriréUre,  pravesanl  dq  déUiiiw  de»  véeé- 
taux,  2  à  3  pieds  ;  sable  blanc ^  fin,  compacte,  6  pieds;  table  rouge,  mé- 
langé d*argile,  2  pieds  ;  argile  limeneuee  ou  glaise,  2  à  3  pieds  ;  une 
roche  tendre,  en  /ôrtiia<»09i,  d^une  Jolie  couleur  rose,  marbrée  de  jaune, 
provenant  du  mélange  des  couches  de  sable  rouge  et  blanc,  unii  par 
un  ciment  argilo-calcaire  en  dissolution  dans  Teau  du  ravin,  fonuait 
le  fond  et  s'étendait  très-avant.  Prés  de  ce  ravin,  un  ottonticule  mar- 
neux. Du  reste  peu  de  calcaire;  tontes  les  montagnes,  les  monies  isolét 
ne  m*ont  offert  que  des  grès  variés  en  espèces. 


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—  4H  — 

petit  plateau  y  traversé  par  la  route  des  Missions, 
domiiiant  une  grande  étendue  de  pays^  entouré 
de  forêts,  de  ruisseaux  et  de  pâturages;  à  proid- 
mité  du  Jaguafy-GuazUy  afiluent  de  YYbiciiy^ 
ce  lieu  deyiendra  bientôt  lé  marché  des  hameaux 
et  des  estancias  de  la  Serra  des  Missions. 

A  une  lieue  du  hameau  de  San-Frcmcisco , 
nous  passâmes  une  petite  rivière  appelée  Jisguary- 
Miri  (petit  Jaguary):  elle  coule  sur  du  sable 
blanc  et  débor4e  aux  moindres  pluies;  mais  son 
peu  de  profondeur  la  rend  guéable  en  tout  tems. 

Le  19,  nous  avions  la  Serra  <à  7io/re  gauche. 
Après  avoir  monté  et  descendu  souvent ,  tourné 
des  mornes  isolés  couverts  de  forêts  sombres, 
nous  arrivâmes  sur  la  rive  droite  du  Jaguary- 
Guazu  (grand  Jaguary),  rivière  de  troisième  or- 
dre, dont  les  environs  sont  magnifiques;  elle 
prend  sa  source  dans  la  Serra  ^  vers  le  nord-est  * , 
et  va  se  jeter,  après  bien  des  détours,  dans  IT- 
hicujr-Guazu  au  sud*ouest. 


«  Â  paitir  du  rio  Toropy  la  Serra  fait  un  gi-and  zig-zag  en  s'écarlant 
un  peu  de  la  ligne  est  et  ouest  ^  vers  le  nord  \  puis  elle  redescend  au 
sud'Oitûst,  entre  le  Jaguary  ei  la  petite  rivière  Guataraça^  en  se  rami- 
fiant et  s'étendant  beaucoup  vers  la  Banda-Oriental  et  les  Hautes- 
Missions.  Sa  niasse  principale,  non  interrompue ,  est  entre  le  hameau 
de  San-FrancUeo  et  le  boq^têrom  de  SamHa^, 


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—  412  — 

Le  Jaguary  était  fort  bas,  heureusement  pour 
nous,  car  il  eût  été  difiScile  de  le  passer  sans  ac- 
cident. Dans  cet  endroit  (le  passo)  il  coule  sur 
un  fond  de  sable  et  de  galet;  les  bords,  ayant 
près  de  vingt  pieds  d'escarpement  sont  de  sable 
blanc  à  gros  grain;  la  rive  gauche  semble  une 
dune ,  tant  le  sable  y  est  amoncelé.  Malgré  l'es- 
carpement de  ses  rives,  cette  rivière  déborda 
dernièrement,  dans  les  plaines  voisines,  à  une 
hauteur  de  quatre  ou  cinq  pieds  au  dessus  de 
son  lit  naturel. 

Les  cailloux  roulés  et  les  blocs  épars  dans  le 
fond  du  Jaguary  sont  tous  de  grès  d'espèces  dif- 
férentes. Une  partie  considérable  de  la  rive  gau- 
che, mélangée  d'argile  et  de  sable^  âK)ulée,  dé- 
tâchée ,  entraînée  au  milieu  du  lit  et  l'obstruant, 
avait  déjà  pris  une  consistance  pierreuse  ;  quel- 
ques parties  même,  battues  par  le&  courans, 
étaient  lustrées  ^  Mais  ce  qui  m' étonna  davan- 
tage, moi ,  qui  cherchais  à  prendre  la  nature  sur 
le /ait  y  c'est  que  je  retrouvai  là,  sur  la  rive  droite, 
une  roche  de  grès  marbré,  ou  bigarré,  seniblable 
à  celle  que  j'avais  observée  en  formation  Aacas  un 
ravin  de  la  Serra.  C'était,  à  la  superficie  du  sol, 

1  A  et  B  n*  iO  des  échaiitiUoi»  déposés  au  muséuiii. 


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—  413  — 

un  grès  quartzeux  argilifère  tendre,  bigarré  de 
jaune  et  de  ronge,  et  au-dessous ,  jusques  très- 
avants  probablement,  le  même  grès^  avec  les  mê- 
mes couleurs,  mais  très-dur,  lustré,  et  non  ai*- 
gilifère  '. 

En  face  du  gué,  à  distance  d*un  quart  de 
lieue ,  une  montagne ,  isolée  dans  la  plaine  ver- 
doyante ,  s'élèye  à  plus  de  cent  toises  de  hauteiu* 
et  parait  une  immense  forteresse  élevée  pour  dé- 
fendre le  passage  et  protéger  la  plaine.  Sa  forme 
est  exactement  celle  d'un  cata£dque ,  pouvant 
avoir  une  soixantaine  de  toises  de  longueur,  au 
sommet,  sur  une  dixaine  de  toises  de  largeur, 
tandis  que  les  croupes  s'étendent  beaucoup  de 
chaque  côté,  au  nord  et  au  sud.  La  partie  prê- 
tant face  à  l'ouest  est  boisée  irrégulièrement  et 
laisse  voir  des  clairières  verdoyantes.  La  roche. 


sN<»dObi8etdO  ter.  id. 

En  géologie ,  le  mot  roche  ne  sVmploie  pas  seulement  pour  désigner 
un  amas  pierreux  très-dur  ^  comme  on  le  comprend  communément;  il 
désigne  aussi  un  amas  de  substance  minérale  simple ,  ou  ccmposé,  de 
quelque  étendue.  L'écorce  minérale ,  ou  la  partie  connue  du  globe 
terrestre  se  divise  en  terreins,  dont  chacun  est  formé  par  un  certain  as- 
semblage de  couches  f  ces  couches  sont  composées  de  masses  minéra- 
les appelées  roches ,  et  ces  roches  le  sont  k  leur  tour  de  substances 
minérales  simples.  La  roche  qui  contient  des  substances  utiles ,  telles 
que  des  métaux,  est  appelée  minerai.  Les  terreins  appartiennent  h  di- 
verses formations  on  périodes,  caractérisées  par  la  nature  des  fos.nl ps 
qu'on  y  rencontre. 


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—  4U  — . 

((jui tt'a  paraqvartieuse)  miseà  nu Ters  le  som- 
m^,  (orme  une  oomiche  oocupant  toute  la  lon- 
gueur, et  est  recouTerte ,  à  la  cime,  par  un  ta- 
pis de  gazon  toujours  Tert.  La  partie  prêtant  face 
à  l'est  était  une  forêt  épaisse.  Des  croupes  et  du 
pied  de  cette  jolie  montagne  partent  en  diver- 
geant, des  ruisseaux  et  des  sources^  ombmgés  de 
grands  arbres^  La  plupart  des  ruisseaux  vont  au 
Jiaguary ,  après  avoir  serpenté  dans  la  plaine  ; 
cette  rivière,  encfatTant  depuis  le  nord-est  jus- 
i|n'au  sud-est  toutes  ces  prairies ,  contribue  beau- 
coup à  la  beaubé  du  paysage*  Un  peu  plus  loin» 
^rers  le  ^sud^^esit,  une  autre  montagne  isolée,  de  la 
même  hauteur,  ou  à«peu-près,  quelecata&lq[uey 
prt^eiite  l'aspect  d'un  oone  afibissé,  mais  si  cou- 
▼eit  de  forêts  jusqu'à  la  cime,  qu'il  en  parait  tout 
noir.-^  Sur  la  rive  gandie  du  Jaguari  étak  alors 
une  estancia,  avec  twndbj  sur  la  rive  droite,ina£» 
à  quelque  distance  de  la  rivière  et  sur  une  autre 
colline,  une  autre  estancia  couverte  en  tuile 
rouge,  fabriquée  sur  les  lieux. 

En  partant  du  Boquieron  nous  avions  Ëdt  cinq 
lieues  au  nord  -  est,  quatre  et  demie  au  sud* 
est,  et  ensuite  quatre  lieues  à  Test  ;  en  tout  treize 
lieues  et  demie(approximativement),  àsxBiHiueron 
de  Santiago  jusqu'au  passo  du  Jaguary-Guaxu. 


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—  418  — 

On  rencontre  dans  cette  localité  beaUcoBp  de 
singes  ^u  genre  ttfouoffe,  appelés  par  les  Brési- 
liens hugios  '.  Nous  tuâmes  un  vieux  mâle  très- 
barbu,  presque  rouge;  la  femelle  que  nous 
blessâmes,  était  d'une  teinte  blanchâtre,  comme 
celle  du  hurleur  noir;  quant  au  jeune  nâle  de 
moins  de  deux  ans ,  il  variait  en  couleur  depuis 
le  blanc  jusqu'au  marron-roux.  Nous  en  retrou- 
yâmes  fréquemment ,  dans  tous  les  grands  boîs , 
jusqu'à  Porto- Alègre ,  par  les  3<y>  de  kuùt$de  et  je 
puis  afiSrmer  positivement  qu'il  y  ^en  a  au  sud  de 
Cûssa-pa^a^  sous  la  51^  parail^,  ce  qui  est  con- 
traire k  l'opinion  d'un  célèbre  voyageur,  qui 
pense  que  la  limite  géographique  des  singes  est 
le  27^  degré ,  dans  la  partie  australe  du  nouveau 
cfontinent.  J'ai  vu,  de  plus  sur  XeSmcay^  entre  Aio- 
Pardo  et  Pokto-Âlègre,  ime  espèce  de  omstiti  assee 
commune,  quoique  le  froid  y  soit  vif  pendant 

I  C'egt  ValfmaU'Owrson  {stenior-ursinus)  du  Muséum.  Je  n'aipag  tu  ^ 
ce  hurleur  dam  la  Mission  de  San-Borja ,  où  Von  ne  ti*ouve ,  je  crois 
4ae!e  coraya  de  Az.  :  («i^nli^-coraya).  Gomme  tes  carayas,les  ^urtans 
grlw^nt  par  bandes  au  sommet  des  grands  art>res  (les  cèdres  princi- 
palement, et  poussent,  au  lever,  au  coucher  du  soleil ,  (t  même  dans 
la  jonrtiée ,  surtout  lorsqu'il  ^oit  ftleuvolr ,  <les  faarlemens  épottvni- 
tables  qui  aop[mèntent  progressivement  comme  imc  bourrasque  de 
vent  et  cessent  tout-à-coup  pour  faire  place  à  un  court  silence  ou  à  un 
gtog^^entsilliiblable  k  celui  d'one  Irospe  de  cochons.  On  tti*li  offert, 
chez  M.  Bonpland  ,  une  femeUe  de  caraya.  Elle  était  d'un  gris 
blanchAtre  tirant  sur  le  jaune  paille,  dans  les  'parties  supérieures  du 
dos. 


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—  416  — 

ITiîver.  Un  de  mes  amis  (M.  Zambeccary)  en  em- 
porta un  Tirant  au  mois  de  juin  à  Buénos-Ajres. 
Les  coatis  sont  aussi  très-nombreux  dans  les  mê- 
mes localités.  Les  nègres  de  Porto-Alègre  en 
Tendent  de  fort  belles  peaux,  ainsi  que  de  bugios  *, 
pour  des  bagatelles. 

Les  chacaras,  les  estancias  sont  multipliées 
dans  cette  localité.  Le  sol  est  composé  d'argile 
jaune  et  rouge ,  contenant  des  parcelles  de  mica, 
J'obserTai  dans  les  rarinsque  les  grès  de  formation 
récente  ainsi  que  ceux  qui  n'ont  pasencore  acquis 
la  dureté  des  pierres,  se  trouTent  presque  toujours 
au-dessus  d'im  banc  d! argile ,  recouTcrt  lui-même 
d'un  banc  de  sahle ,  ou  vice-^ersa  ;  d'où  je  conclus 
que  c'est  l'infiltration  des  eaux  dans  ces  substan- 
ces qui  prépare  le  ciment  nécessaire  à  leur  union 
intime,  de  manière  à  former  un  corps  compacte, 
se  durcissant  de  plus  en  plus  aTCC  le  tems ,  et  le 
grain  doit  être  d'autant  plus  fin  qu'il  y  a  moins 
de  sable  dans  le  mélange.  Je  remarquai  beaucoup 
de  grès  arénacé,  suffisamment  poreux  pour  fidre 
des  pierres  à  filtrer  ;  mais  les  habitans  de  ce  pays 
faTorisé  de  la  nature ,  n'ont  pas  besoin  de  se 
donner  ce  traTail>  chaque  bois,  chaque  Talion 

i  Prononcez  bougios  ;  les  nègres  les  appellent  bujus. 


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—  417  — 

renfermant  un  ruisseau  ou  une  source  d'eau  cris- 
tallisée, invitant  à  boire  par  sa  fraîcheur  et  sa 
transparence. 

Le  SI ,  le  tems était  nuageux;  le  vent,  d'abord 
nord,  passa  au  nord-ouest,  puis  à  Fouest  yers  le 
milieu  du  jour  et  soufila  ayec  force.  La  chaleur 
devint  suiFoquante.  Un  orage  se  forma  dans  le 
sud  et  monta  rapidement  vers  le  nord ,  au-dessus 
de  la  Serra ,  où  il  éclata  sur  les  cinq  heures  du 
soir.  Alors  il  plut  abondamment  ;  nous  admirâmes 
les  étonnans  e£fets  de  nuages ,  fortement  conden- 
sés, passant  comme  des  colonnes  de  fumée  entre 
les  pics  des  montagnes  et  les  forêts  dont  ils  sont 
couverts. 

Nous  passâmes  par  le  hameau  de  San-Vicente. 
Une  chapelle ,  une  vingtaine  de  familles  d'In- 
diens-Guaranîs,  dirigées  par  un  lieutenant  brési- 
lien, dépendant  du  commandant  de  Saô-Borja, 
en  formaient  la  population.  Ce  n'est  proprement 
quune  esianciaj  restée  par  miracle  entre  les 
mains  des  Guaranis;  celle-ci  dépendait  de  la  Mis- 
sion de  San  -  Miguel.  Les  herbages  y  sont  meil- 
leurs que  dans  la  Serra.  A  partir  du  Jaguarj , 
ils  ont  moins  de  hauteur,  sont  plus  nomrissans, 
paraissent  ayoir  plus  de  saveur;    on  y  trouve 

27 


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—  418  — 

probablement  des  harreiros^  car  les  bestiau:^  en« 
graissent  sans  le  secours  du  sel.  Le  terrein  est 
très-sablonneux,  ondulé,  les  arbres,  moins  vigou- 
reux, sont  envahis,  de  la  cime  jusqu'au  pied, 
par  des  lichens,  des  mousses  lichéneuses  et  des 
plantes  parasites. 

Entre  SaS-Vicente  et  le  Toropy,  je  commençai 
à  rencontrer,  sur  les  collines,  de  nombreux  débris 
organiques  appartenant  au  règne  végétal,  à 
Véiatfossile.  C'étaient  des  troncs  d'arbres  siliceux, 
dicoPfl^Jonés^  de  trois  à  quatre  piedsde  longueur. 
La  route  en  était  pavée  ,  ainsi  que  de  grès  et  de 
galets  de  silex  noir.  J'eusse  désiré  pouvoir  &ire 
quelques  excavations ,  parce  qu'il  est  probable 
que  ces  collines  sont  formées,  en  grande  partie, 
de  débris  de  cette  nature  et  qu  on  devait  y  ren- 
contrer des  ossemens  d'animaux.  Je  pris  plusieurs 
beaux  firagmens  de  ces  bois ,  qu  on  peut  voir  au 
Muséum  ^  on  en  trouve  sur  une  étendue  de 
plus  de  quarante  lieues.  — A  la  fin  du  jour  nous 
airivâmes  sur  la  rive  droite  du  Toropy ,  rivière 
de  quatrième  ordre  (  toujours  comparativement 
à  l'Uruguay  )  ;  la  pluie  tombait  avec  force  et  le 
tonnerre  grondait  avec  fracas  dans  la  Serra  ,  que 
nous  wions  à  notre  gauche ,  à  distance  de  trois 
ou  quatre  lieues.  Craignant,  avec  raison,  que  ces 


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—  419  — 
pluies  d'orage  ne  fissent  enfler  promptement  la 
rivière  ,  nous  conseillâmes  au  Tropero  de  tenter 
le  passage  ;  ce  qu^il  se  détermina  à  Eure  malgré 
Tobscurité  profonde  dont  nous  étions  menacés. 

Le  passage  du  Toropy  est  très-mauvais  en  tout 
tems  mais  plus  particulièrement  à  la  suite  des 
pluies.  Du  côté  de  l'ouest,  on  traverse  un  bois 
sombre,  entrecoupé  de  saignées  profondes  et 
boueuses  avant  d'y  arriver.  Le  fond  du  lit  est  de 
sable  mélangé  de  galet,  par  places  ;  la  rive  gauche, 
élevée  de  douze  à  quinze  pieds ,  est  formée  d'un 
banc  de  glaise  unie  à  du  sable  et,  conséquemment, 
fort  glissante  en  tems  de  pluie  ^  aussi  est-ce  un 
véritable  écueil  pour  les  troupes  de  charrettes. 
Ce  fat  avec  un  mal  incroyable  que  nous  parvîn- 
mes à  passer  ;  on  fat  forcé  de  mettre  jusqu'à  huit 
paires  de  bœufs.,  et  malgré  la  force  qu'ils  faisaient, 
l'une  des  charrettes  de  la  caravane  versa  en  mon- 
tant; une  autre  resta  embourbée  fort  long- tems, 
ce  ne  fat  que  très-avant  dans  la  nuit ,  et  à  force 
de  bœufs ,  de  travaux  autour  des  roues  qu'on  par- 
vînt enfin  à  la  tirer  du  mauvais  pas.  11  plut  toute 
la  nuit;  nousétionsdansunétat  pitoyable,  et  pour 
comble  de  disgrâce,  il  fat  impossible  de  faire  du  feu. 

Ce  n'est  pas  un  petit  travail  que  de  relever  une 


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—  4S0  ~ 

de  ces  charrettes!  il  faut  d'abord  enlever  les 
cuirs ,  les  &rdeaux  de  crin  ou  autres  denrées 
dont  elle  est  chargée,  attacher  des  cordes  au  somr 
met  du  toldo  (toiture  légère ,  arquée ,  mais  très- 
éleyée,  dont  elles  sont  couyertes),  puis  atteler  un 
grand  nombre  de  boeu&  pour  la  mater  ;  mais  on 
ne  réussit  pas  toujours  du  premier  coup. 

• 
Le  lendemain  je  descendis  dans  le  lit  du  To- 
ropy  et  je  trouvai  une  grande  quantité  de  fiag- 
mens  de  bois  fossiles,  roulés,  d'espèces  variées  ; 
plus  de  la  moitié  des  galets  étaient  de  cette  na- 
ture. 

Nous  avioils  fidt  environ  neuf  lieues,  du  Ja- 
guary  jusqu'au  Toropy  ,  d'abord  au  rumb 
nord-est ,  puis  est ,  puis  est-sud-est  auprès  du 
passage  de  cette  dernière  rivière. 

Le  22 ,  à  onze  heures  du  matin  nous  nous 
remîmes  en  route  pour  gagner  le  passage  de  YY- 
hicujf ,  distant  seulementde  deux  lieues  et  demie 
de  celui-ci.  Nous  eûmes  à  traverser  une  plaine 
basse ,  fort  marécageuse ,  remplie  d'oiseaux  aqua- 
tiques. Jamais  je  n'avais  vu  tant  d'oiseaux  réu- 
nis, et  d'espèces  si  variées;  c'étaient  surtout  des 
ibis ,  des  hérons,  des  grues  ;  ce  joli  héron  flûie 


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—  48i  — 

du  soleil  de  Az/  :  (  ardea  cyanoeq»hala  de  Lin)  : 
de6  poules  d'eau,  le  râle  géant ,  des  bécassines^ 
(rhynchées)  des  vanneaux  armés,  des  canards  etc» 

Nous  chass&mes  tout  le  long  de  la  route ,  au 
milieu  des  criques,  des  lagunes  et  des  joncs: 
nous  tuâmes  un  catharte  aura  et  trois  mandur- 
fias  couleur  de  plomb  (d'Az.  )  *. 

On  rencontre  plusieurs  mauvais  pas  avi^t  d'ar- 
river à  VYIhci^;  un,  entre  autres ,  qui  pourrait 
bien  passer  pour  une  rivière  par  sa  .profondeur. 

• 

UYbicuf  est  ici,  une  rivière  de  quatrième  or- 
dre, venant  du  nord-est,  où  elle  prend  sa  source, 
au  milieu  de  la  Serra.  Après  avoir  coulé,  l'espace 
de  douze  ou  quinze  lieues,  parallèlement  à  la 
chaîne  de  montagnes,  elle  dirige  son  cours  au 

1  Trè»-bien  nomin^  vnn ,  car  j'ai  <a  Ke  ten»  de  Tolwerver  aux 
Missions ,  où  il  est  extrêmement  commun,  et,  tous  les  matins,  nous 
Papercevions ,  perché  sur  un  arbre  sec,  le  cou  droit,  Terticalement 
tendu,  regardant  le  soleil  et  faisant  entendre  un  sifflement  prolongé, 
doux  et  mélancolique,  semblable  à  des  notes  détachées  d'une  flûte,  et 
répétés  plusieurs  fois  sur  le  même  ton.  Il  se  tient  prés  des  habitations. 

tLamandurria  ou  curucau,  proprement  dit,  (Tantale  alhicollisét 
Lin.)  est  commune  aux  Missions  et  dans  Tintérieur  de  cette  province. 
On  Tentend,  malin  et  soir,  à  une  grande  distance.  Lorsque  je  chassais 
am  bords  du  Camae^a^  je  les  Toyaia  partir  des  bois,  le  matin,  filer 
bien  k)in  dans  les  plaines,  puis  reveqir  le  soir  au  même  gîte,  en 
tenant  presque  toujours  le  même  chemin. 


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I 

—  422  — 


sud-ouest  pour  se  réunir  à  FUruguay,  se  grossi- 
sant  de  plus  en  plus  du  tribut  de  nombreux  af- 
fluens.  Il  paraît,  si  j'en  dois  croire  les  renseigne- 
mens  recueillis  sur  les  lieux,  que  c'est  à  tort 
qu'on  désigne  cette  rivière  sous  le  nom  de  Tnim 
ou  miri  (mots  guaranis  signifiant  petit  ou  petite), 
car  on  affirme  que  c'est  la  même  qui  se  rend  di- 
rectement à  l'Uruguay,  après  avoir  reçu  les  eaux 
du  Toropjr  j  du  Jaguary  et  d'une  infinité  d'au- 
tres rivières ,  d'un  ordre  inférieur ,  tant  du  nord 
que  du  sud.  Il  n'y  aurait  rien  d'étonnant  à  cela 
puisque  la  chaîne  de  montagnes  (la  Serra)  est 
indiquée  sur  toutes  les  cartes  (  même  sur  celles  de 
Âzara)  comme  se  dirigeant  au  sud,  entre  le  Ja- 
cuy  et  YYbicuf'TTuri  j  tandis  qu'au  contraire  eDe 
suit  les  rumbs  est  et  ouest  jusqu'au-delà  du  Ja- 
guary. Il  y  a  donc  une  rectification  importante 
à  faire  sur  les  cartes. 

Le  passage  de  VYbicuy  est  très-facile  à  eflFec- 
tuer  en  basses  eaux,  parce  que  ses  rives ,  toutes 
de  sable  pur,  sans  mélange  de  galet  ni  de  pierres 
quelconques,  sont  faciles  à  gravir. 

La  pluie  de  la  veille  l'avait  déjà  lait  croître 
suffisamment  .pour  nous  contraindre  à  décharger 
nos  bagages  et  à  les  placer  au-dessus  du  toldo  de 


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—  425  — 

notre  charrette;  nous  fûmes  heureux  d'avoir  nos 
collections  enfermées  dans  des  caisses  de  fer^ 
hlanc^  car,  dans  le  cas  contraire,  elles  eussent 
souffert  beaucoup ,  Teau  étant  entrée  de  deux 
pieds  dans  la  charrette.  Les  bœu&  étaient  à  la 
nage.  Le  jour  suivant  nous  n'eussions  pu  passer, 
parce  qu'il  n'y  avait  aucune  pirogue  pour  trans- 
porter les  marchandises ,  ce  qui  eût  obligé  à  at- 
tendre la  baisse  des  eaux.  On  conçoit  que  c'eût 
été  fort  peu  récréatif  de  rester  là  comme  Gaspard 
l'avisé. 

Les  deux  lieues  et  demie  que  nous  eûmes  à 
Êûre  au  milieu  des  marécages ,  furent  au  rumb 
sud. 

Le  33  fut  employé  à  Êiire  sécher  les  cuirs , 
mouillés  pendant  le  passage ,  et  à  camear  (  faire 
de  la  viande). 

D  y  avait  une  estancia  à  deux  portées  de  fusil 
du  peissOy  sur  une  colline  se  prolongeant  de  l'est 
au  sud-ouest.  La  qualité  des  pâturages  augmente 
de  plus  en  plus,  ils  sont  très-nourrissans  ;  le  bétail 
engraisse  vite ,  le  besoin  de  sel  ne  se  faisant  plus 
sentir,  à  partir  du  Toropy.  —  Peu  de  variété 
dans  la  végétation,  mais  de  jolies  graminées  avec 


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—  424  — 

de  nombreuses  sjmanthérées  flosculeuses  de  cou- 
leur bleue,  des  solanées  jaunes ,  des  yerbenacées 
Meues ,  parsemées  au  milieu  de  la  verdure  des 

prés. 

Dans  l'Ybicuy,  le  poisson  est  abondant^  ainsi 
que  dans  toutes  les  rivières  et  ruisseaux  que 
nous  trayersâmes. 

Il  passe  fréquemment  des  troupeaux  de  boeu& 
et  de  yacbes  que  l'on  conduit  aux  chtxrqueadaa  ^ 
dans  les  environs  de  Rio-Pardo.  Il  passa  plus  de 
douze  cents  vacbes  pendant  les  deux  jours  que 
nous  restâmes  là.  C'est  une  cbose  curieuse  à  voir 
que  ces  passages  :  les  effets  des  arreadores  (pi- 
queurs,  conducteurs)  se  placent  dans  un  cuir, 
dont  les  bords  relevés  forment  une  petite  nacelle 
Éumageant  très-bien.  Un  Indien,  ou  tout  autre, 
à  la  nage ,  la  conduit  au  moyen  d'une  corde  qu'il 
tient  à  la  main  ;  nous  vîmes  Êiire  ainsi  huit  voya- 
ges de  suite  au  même  Indien,  sans  s'arrêter,  sans 
qu'il  parût  fatigué;  le  trajet  était  pourtant  d'au- 
moins  quinze  toises.  Les  autres  peones  passèrent 
sur  leurs  chevaux,  à  poil  nu,  prenant  la  précau- 
tion de  se  laisser  glisser  le  long  des  flancs  du 
cheyal,  et  se  tenant  de  la  main  droite  à  la 
crinière  tandis  que  de  l'autre  ils   nageaient  et 


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—  485  — 
dirigeaient  ranimai  en  le  finappant  à  la  tète. 
Quand  le  passage  est  difficile,  soit  par  une  crue 
excessive,  soit  par  un  courant  tn^  violent ,  et 
qu'un  honune  ne  sait  pas  nager  suffisamment 
poujr  se  risquer,  il  se  place  dans  le  cuir,  avec  les 
effets  et  une  partie  des  bagages,  cela  s'appelle 
passer  en  pelota,  pai*ce  qu'en  effet,  le  cuir  relevé 
par  les  bords  ressemble  à  une  pelote  ;  la  corde 
s'attache  à  la  queue  d'un  cheval  et  il  passe  ainsi 
non  sans  danger,  car  si  le  cheval  est  mauvais  na- 
geur ou  peu  docile  ou  &tigué ,  la  pelote  de  cuir 
court  grand  risque  de  s'emplir  d'eau  ou  d'être 
emportée  avec  l'animal.  C'est  ainsi  que  périt 
malheureusement  le  docteur  Frédéric  SÔlowavec 
deux  de  ses  compagnons  de  voyage  >  en  passant 
une  grande  rivière  débordée,  de  la  province  de 
Saint-Paul. 

Les  environs  du  Toropy  et  de  l' Ybicuy  ne  sont 
pas ,  à  beaucoup  près ,  aussi  agréables  que  ceux 
du  Jaguary  et  du  Jacuy  ;  je  ne  les  crois  pas  non 
plus  très-sains.  Cependant  les  montagnes  de  la 
Serra,  couvertes  de  forêts,  qu'on  aperçoit  dans 
le  nord-ouest  du  Toropy  e|^  nord-est  de  l'Ybi- 
cuy  sont  d'un  aspect  imposmt.  Tout  le  pays  s'é- 
tendant  au-dessous  de  ces  montagnes,  c'est-à-dire, 
à  Test,  au  sud-est,  et  au  sud-ouest,  présente  de 


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—  426  ^■ 

grandes  plaines  basses ,  marécageuses,  terminées 
par  des  collines  peu  élevées ,  couvertes  d'excel- 
lent nâtura^es. 


lens  pâturages, 


Les  terreins  sont  d'alluvion ,  couiposés  uni^e- 
ment  de  saUe,  de  terre  limoneuse,  de  galets 
quartzeux,  de  bois  fossilisé  et  d'argile  diverse- 
ment colorée;  point  de  calcaire >  du  moins  à  la 
superficie» 

Le  24,  nous  tuâmes,  dans FTbicuy,  un  jacaré 
(caïman)  long  de  sept  pieds.  Us  sont  communs 
dans  toutes  ces  rivières,  et  même  les  lagunes; 
quelques  uns  ont  quinze  pieds  de  long  ;  ceux-ci 
tuent  des  vaches ,  des  chevaux^  des  mulets  qu'ils 
entraînent  au  fond  des  eaux  en  les  tenant  par  le 
museau,  et  quand  les  membres  commencent  à 
se  désunir  par  la  putréfaction  >  ils  en  mangent  les 
chairs. 

Le  25 ,  beau  tems,  mais  orage  ux  ;  vent  de 
nord ,  brûlant.  Le  thermomètre  Réaumur  mar- 
quait à  une  heure  vingt-neuf  degrés  et  demi ,  à 
l'ombre,  et  au  soleil  ouarante-six  degrés  deux  tiers. 
En  route  à  quatre  fluiSes  du  matin  ;  rumb  nord- 
est;  suivi  la  rive  gauche  de  l'Ubicuy  l'espace  de 
cinq  lieues  dans  la  [daine  marécageuse.  Le  che- 


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—  427  — 

min  est  a£Breux,  fi^quemment  coupé  par  des 
mares,  des  fossés  profonds  et  boueax.  —  Dé- 
chargé plusiem*s  fois  les  charrettes  pour  passer 
des  ruisseaux  débordés,  ayant  cinq  à  six  pieds 
de  profondeur.  Quand  ITThicny  débordg,  toute 
cette  plaine  est  inondée  ;  on  suit  alors  une  autre 
route,  passant  au-dessus  des  collines  vers  Test- 
sud-est,mais  elle  est  beaucoup  plus  longue.  Nous 
mimes  sept  heures  à  faire  trois  lieues  dans  ces 
marécages. 

Vers  cinq  heures  du  soir  un  orage  qui  s'était 
formé  dans  Test,  passa  dans  le  nord  puis  éclata. 
Le  plus  fort  de  la  pluie  tomba  dans  la  Serra  où 
la  grande  chaleur  concentrée  la  fit  à  Tinstant  va- 
poriser, et  nous  yimes  des  nuages  épais  s'élever  de 
terre  et  restersuspendus  à  quelques  centaines  de 
pieds  au  dessus  des  forêts.  A  neuf  heures  du  soir, 
il  s'éleva  un  vent  du  sud  assez  violent  qui  balaya 
tous  les  nuages  et  Tatmosphère  resta  pm^e  et 
diaphane. 

Le  26,  beau  tems;  le  vent,  nord-est  le  matin 
passa  au  nord  vers  le  milieu  du  jour;  alors  la 
chaleiu*  redevint  excessive,  l'atmosphère  se  char- 
gea de  nouveau  de  nuages  épais  et  il  se  forma 
bientôt  *un  nouvel  orage  qui  éclata  sur  les  huit 


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—  488  — 

heures  du  soir;  mais  il  dura  peu,  le  yent  de  sud* 
est  souffla  fortement  comme  la  veille. 

Après  avoir  suivi  les  bords  marécageux  de  FT- 
bicuyregpace  de  cinq  lieues  au  nord-est,  la  route 
tourne  à  Test ,  en  montant  par  des  coteaux  dis- 
posés en  amphitéâtre ,  jusqu'à  une  estancia  oit 
les  voyageurs  s'arrêtent  ordinairement. 

Dans  la  plupart  des  estcmcias  ou  desjaxendag 
il  y  a  un  rancho  ouvert,  sans  autres  meubles 
qu'un  baril  ou  une  cruche  d'eau,  une  corne , 
une  banquette  ou  deux ,  et  quelquefois ,  mais  ra- 
rement, un  lit  de  sangle  £dt  avec  des  lanières  de 
cuir  non  tanné  :  c'est  ce  que  les  Brésiliens  appel- 
lent casa  dos  hospedes  (maison  des  hôtes).  Le 
voyageur,  à  cheval  ou  à  pied,  s'approche  de 
l'habitation  principale ,  mais  toujours  en  dehors 
des  balustrades  dont  elles  sont  entourées,  et  dit 
Oh!  de  casa!...  ou  bien,  le  plus  ordinairement, 
Cristo  *  /  Alors  le  maître  ou  un  capataz  se  pré- 
sente et  dit:  pode  V.  M***,  apear  (vous  pouvez 
mettre  pied  à  terre)  ou  bien,  brusquement  pode 
entrar  (entrez)  ;  mais  il  y  a  loin  de  l'urbanité 

«  Les  Argentins  et  les  Orientalistes  disent  ave  wiaria  purit^ma  !  et 
Ton  répond  de  Tintérieur  sin  pecado  concelnda...  Pose  v^f,  adeltmie, 
eaballeroi  entrez  nonsienr. 


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—  4S9  — 

des  Brésiliens  de  la  proyince  de  Rîo-Grande  à 
celle  des  Orientalistes,  surtout  sur  la  route  des 
Missions  à  Porto-Alègre.  On  £dt  passer  le  voya- 
geur à  la  casa  dos  hospedes  et  là,  il  est  servi  par 
un n^re  esclave,  ou  un  Indien,  sans  communi- 
quer davantage  avec  la  famiUe  de  Yestcmciero  ou 
ànfaxendeiro. 

Ici  recommencent  les  forêts,  les  hauteurs,  les 
jolis  sites,  les  points  de  vue  étendus;  on  trouve 
aussi  très-fréquemment  des  chaumières  sur  le 
passage. 

En  route,  vers  quatre  heures.— «Notre  manœu-* 
vre  de  chaque  jour  était,  de  partir  au  lever  du 
soleil,  quand  on  avait  pu  réussir  à  rallier  tout  le 
troupeau  de  boeu&  et  de  chevaux  épars  dans  la 
campagne,  et  de  marcher  jusqu'à  onze  heures 
ou  midi;  alors  on  choisissait  un  endroit  à  proxi- 
mité d'une  source ,  d'un  ruisseau,  d'un  marais , 
ou  d'un  bois,  pour  camper;  les  charrettes  de  la 
caravane  se  plaçaient  de  front  sur  une  même  li- 
gne, les  bœufi  étaient  lâchés  dans  la  campagne , 
et  l'on  Êdsait  la  cuisine  pour  diner;  elle  consas^ 
tait  en  un  morceau  d'assado^  avec  de  la  farine 
sèche  (de  mandiocd),  ou  en  un  guisado  fait  dans 
une  marmite  avec  de  la  graisse  et  de  làfarinha 


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—  450  — 

détrempée.  Après  le  dtner  on  dormait  à  Tombre 
sous  une  charrette,  jusqu  à  ce  que  le  fort  de  la 
chaleur  fût  passé;  je  mettais  cet  instant  à  profit 
pour  chasser  aux  insectes  ou  aux  oiseaux,  et  pour 
sécher  les  plantes  recueillies  en  route.  Vers  trois 
ou  quatre  heiires  on  rassemblait  les  bœu&  et  les 
chevaux,  portant  tous  un  nom  distinctif;  on  en- 
laçait ceux  qui  deyaient  travailler  etl'onmarchait 
jusqu'à  huit  ou  neuf  heures  du  soir,  pour  cam- 
per de  nouveau  et  Êiire  à  souper  :  nous  mangions 
ordinairement  des  feijoes  pretos  (haricots  noirs), 
cuits  avec  un  morceau  de  charque^  et  saupou- 
drés dans  la  gamelle  avec  de  \aifarinha.  Tout  le 
monde  mangeait  au  même  plat;  nous  ne  buvions 
jamais  en  mangeant ,  mais  après  le  repas  un 
nègre  apportait  un  chifre  (corne)  plein  d'eau,  et 
chacun  buvait  à  la  ronde  *  ;  celui  qui  se  fût  dé- 
rangé pendant  le  repas  pour  aller  boire  eût  couru 
le  risque  de  se  brosser  le  ventre  au  retour;  car 
les  animaux  de  proie  ne  mangent  pas  avec  plus 
de  voracité  que  les  Brésiliens  do  campa.  Quelque- 
fois nous  régalions  le  tropero  d'un  morceau  de 
fromage  et  d'un  coup  de  cachaça;  alors  nous 
étions  bons  amis  et  il  nous  dpnnait  des  preuves 
manifestes  de  son  amitié  par  les  nombreuses  fla- 

I  Voyez  la  note  K. 


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—  451  — 

tuosités  que  son  estomac  en  trayail  laborieux 
laissait  échapper  avec  bruit  :  c'est,  du  reste, 
passé  en  usage  dans  la  bonne  compagnie;  c^est 
l'accompagnement  obligé  du  jeu  du  cure-dent  j 
ou  de  la  pointe  du/acad  (couteau-poignard)  qui 
en  tient  lieu. 

Le  27,  nous  trayersàmes  le  hameau  de  la  Por- 
terinhay  ainsi  nommé  à  cause  d'une  ancienne 
porte  à^estancia ,  du  tems  des  jésuites,  dont  on 
voit  encore  des  vestiges.  Les  chétives  demeures  de 
ce  hameau  ne  sont  pas  groupées  ensemble ,  mais 
disséminées  à  de  grandes  distances,  comme  dans 
la  plupart  des  villages  et  des  districts  de  ces 
contrées.  De  ce  lieu  on  aperçoit,  dans  le 
lointain  ,  la  chapelle  de  Santa-Maria  da  Serra , 
assise  sur  une  croupe  du  versant  austral  de  la 
Serra  ;  il  peut  y  avoir  six  lieues  de  distance  dans 
l'est.    •:  ^ 

Même  terrain  argileux  ;  toujours  des  bois  fossi- 
les et  des  forêts  multipliées. 

28.  Tems  couvert;  vent  nord-est,  tempéra- 
ture douce  ;  pluie  par  intervalles. 

Nous  observâmes  des  effets  d'évaporation  ad- 


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—  432  — 

mirables  au-dessus  de  la  Serra ,  que  nous  avions 
à  notre  gauche  à  distance  de  trois  ou  quatre  Keues. 
ToutesIesmontagnesdelaSerra-do- Mar,  ouSerra- 
Gérai ,  sont  couTertes ,  dans  la  partie  regardant 
le  sud  et  Vest^  de  forêts  épaisses^  Uparait  qu'après 
plusieurs  fours  de  chaleurs  excessives  ces  forêts 
s'échauffent  considérablement ,  car  nous  avons 
remarqué  que  les  fouies  d'orage ,  qui  venaient  à 
tomber  se  vaporisaient  immédiatement ,  en  s'éle- 
vant  comme  un  rideau  de  gaze  dans  une  décora- 
tion théâtrale.  Ces  vapem^  se  condensent  bientôt 
en  nuages  épais  au-dessus  des  montagnes  et  for- 
ment de  beaux  arcs-en-ciel,  quand  la  température 
est  firoide,  mais  si  la  chaleur  continue  à  raréfier 
l'air  et  que  le  soleil  darde  de  ses  rayons  brûlans 
ces  nuages  vaporeux,  alors  ils  se  résolvent  de 
nouveau  en  pluie  fine,  retombent  dans  les  mêmes 
montagnes,  forment  des  torrens,  de  nombreux 
ruisseaux,  et  contribuent  au  débordemeat  rapide 
des  rivières  et  des  fleuves.  C'est  alors  ^ve  si  les 
pluies  et  le  firoid  durent  plusieurs  jours,  les  débor- 
demens  deviennent  considérables  et  se  maintien- 
nent long  -  tems ,  parce  que  presque  toutes  les 
collines  et  les  montagnes  de  ce  pays  sont  com- 
posées d'argile,  de  grès  quartzeux,  arénacés, 
renfermant  de  vastes  réservoirs  où  les  eaux  sont 
reçues  par  d'innombrables  conduits,  en  £)rme 


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—  45S  — 

d'entonnoirs  (qu'on  obserre  fréquemment  à  la 
surface  du  sol)  d  où  l'eau  filtre  ensuite  de  toutes 
parts  pour  alimenter  les  sources.  «Tai  vu  beaucoup 
de  ces  citernes  naturelles,  découveites  par  des 
éboulemens  de  terrain,  contenant  une  eau  plus 
pure  que  le  cristal  et  inyitant  à  boire  par  sa  fraî- 
cheur. Iln'y  a  pas  de  coteau,  de  colline,  de  mon- 
ticule qui  n'o£Ere  au  moins  une  source;  aussi  la 
plupart  des  Talions  sont-ils  marécageux  ou  fiin« 
geux ,  donnant  naissance  à  ces  esti^ ,  à  ces  ba- 
nadosj  désespoir  du  voyageur,  mais  la  consolation, 
\a.  fortune  des  estancieros  de  la  provitace  de  Rio- 
Grande  et  de  la  Banda-Oriental ,  en  ce  qu'ils  ga- 
rantissent leurs  pâturages  de  la  sécheresse  dont 
sont  ravagés  si  souvent  ceux  du  sud  de  la  Plata. 

Nous  approchions  de  plus  en  plus  de  la  &fta , 
qui  restait  sur  la  gauche ,  parallèlement  à  notre 
marche  ,  c'est-ii-dire  tantôt  est ,  tantôt  nord-est. 
Mauvais  chemins;  la  pluie,  tombée  deux  jours  de 
suite ,  en  les  délayant  atait  laissé  des  amas  d'eau 
assez  profonds.  Une  de  nos  charrettes  s'embourba 
en  passant  un  bois  à  une  lieue  de  Santa-Mària. 

Le  l*""  Mars ,  nous  montâmes  une  côte  pour 
traverser  la  bourgade  de  Santa-Maria-da-Serra  ; 
nous  étions  alors  au  pied  même  de  la  Serra  for- 

28 


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—  454  — 

mant  comme  une  grande  muraille  sombre ,  des- 
tinée à  séparer  en  deux  portions  à- peu -près 
égales ,  nord  et  sud ,  l'intéressante  province  de 
Rio  Grande-do-Sul. 

La  situation  de  cette  bourgade  est  assez  agréa- 
ble; les  environs  sont  charmans,  passablement 
peuplés.  L'architecture  des  maisons  est  simple , 
mais  on  voit  avec  plaisir  un  toit  rose ,  un  peu 
relevé  et  saillant ,  &ire  ressortir  la  blancheur  des 
murailles.  Les  maisons  sont  en  charpente,  enduite 
d'argile  ;  il  y  a  plusieurs  rues ,  et  une  chapelle 
fort  simple.  La  population  peut  s'élever  de  mille 
à  douze  cents  âmes.  Presque  toutes  les  maisons 
ont  un  petit  jardin  renfermant  un  bois  d'oran- 
gers * ,  ce  qui  leur  donne  de  l'ombrage  et  con- 
tribue à  l'embellissementdu  paysage.  Onremarque 
beaucoup  d'activité  dans  cette  population  cen- 
trale de  la  province  :  Santa-Maria  est  le  marché 
des  hameaux  d'alentour,  comprisentrela  Cachefra^ 
CassorPara ,  Alegrete ,  et  San-Boija.  Il  a  encore 
l'avantage  d'être  situé  sur  la  route  des  YerhaHes 


>  Bans  les  Missions,  les  jésuites  avaient  beaucoup  multiplié  ks 
plantations  dVangers;  ils  s*y  sont  naturalisés;  on  en  troure  partoot* 
même  dans  les  lieux  inhabités,  mais  tous  ne  produisent  pas  de  bon 
fruit.  Comme  Ta  remarqué  d'Azara,  les  orangers  ne  souffrent  aucun 
autre  végétal  parmi  eux  :  ce  sont  les  aristocrates  du  règne  végélal. 


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—  455  — 

et  des  Missions,  et  d'être  à  proidmité  d'ime  autre 
bourgade  des  montagnes,  appelée  Saé-Martinhoj 
située  à  environ  tix)is  lieues  de  là,  sur  la  Cùna  da 
Serraj  dans  le  nord-ouest. 

A  cinq  lieues  au  sud  dé  Santa-Maria  on  yoit 
une  mine  d'or  en  exploitation^  qu'on  dit  être 
très-productive.  L'or  pur  se  trouve  en  grains  dis- 
séminés dans  une  roche  de  je  ne  sais  quelle*  na- 
ture (quartzeuse,  je  suppose),  qu'on  brise  à  l'aide 
de  pilons,  pour  l'en  extraire.  Il  n'y  a  pas  long- 
tems  que  cette  mine  fut  découverte  :  un  estan- 
cierOy  propriétaire  du  terreia ,  marchait  et  fai- 
sait pattre  tous  les  jours  ses  bestiaux  sur  l'or,  sans 
s'en  douter  le  moins  du  monde  ,  quand  un  indi- 
vidu (hum  dîabof)  lui  révéla  un  jour  ses  richesses  ! 

A  une  vingtaine  de  lieues  plus  au  sud,  près  de  la 
petite  ville  de  Cassa-Paifa,  on  trouve  d'autres  mines 
d'or  en  exploitation;  celles-ci  donnent  moins  de 
travail;  c'est  une  rivière  nommée  Camacua^  l'un 
des  afiluens  du  lac  dos  Patos^  qui  prend  là  peine  de 
le  détacher  et  de  le  charrier  avec  les  sables  et  gra- 
viers de  son  lit.  Une  infinité  de  ruisseaux  et  de  ter- 
reins  sont  aurifères^  dans  cette  province,  mais  les 
méthodes  de  lavages  sont  très-mauvaises  et  lapou^ 
dre  qu'on  en  obtient  ne  laisse  pas  grand  bénéfice 
au  propriétaire  des  nègres  employés  à  ce  travail; 


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~  456  — 

on  en  perd  d'ailleurs  la  plus  grande  partie ,  celle 
qui  est  imperceptible.  Avec  des  machines  conve- 
nables on  obvierait  à  ces  inconvéniens  ^ 

En  traversant   Santa-Maria-da-Serra  ^  je  re- 
marquai ,  au  milieu  même  de  la  route,  des  por*  1 
tions  de  troncs  d'arbres  fossiles ,  ayant  siœ  pieds 
et  plus  de  circonférence,  sur  une  longueur  de  , 
deux  à  trois  pieds.  H  y  en  avait  huit  ëpars  ça  et 
là,  que  les  liabîtans  prenaient  pour  des  pierres 
ordinaires.    Plus  loin ,  à  environ  im  mille ,  nous 
en  retrouvâmes  d'autres  en  fragmens  plus  petits, 
dont  je  pris  des  échantillons.  Lie  terrein  dans  le- 
quel ils   gisaient  était  de  Fargile  ferrugineuse,  ' 
très-mélangée  de  sable,  mais  sans  aucune  autre 
pierre  que  ces  débris  du  règne  organique  végé- 
tal. Dans  ce  même  lieu,  au  sud-est  de  la  bour- 
gade ,  sont  plusiem^  mornes  isolés,  assez  élevés, 
sur  Tun  desquels  j'observai  beaucoup  de  Uocs ,  i 
plus  ou  moins  volumineux ,  sensiblement  arron*  | 
dis  par  le  frottement  des  eaux  ;  c'est,  suivant  j 


>  Bans  les  environs  de  Cassa-Pava,  on  troure  un  banc  d'albâtre 
gypseus,  dn  basalte,  du  grès  ronge,  du  /«rr  et  grande  Tariètè  d*antre< 
minéraux.  Généralement  toute  la  partie  sud  de  la  proYince  de  Rio- 
Grande,  ainsi  que  la  partie  nord  de  la  Banda-Oriental,  sont  riches  en 
minéraux.  Je  dois  ce  renseignement  au  docteur  Hillebrand,  médecin 
allemand  à  la  colonie  de  saà-Leopoldo  près  Forto-Alègre,  lequel  a 
accompagné  quelque  tenis,  le  docteur  Frédéric  Sillow  lors  des  explo^ 
rations  de  ce  naturaliste  dans  la  Banda-OrientaL 


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\ 


—  457  — . 

M.  Cordier,  de  la  witcle  endurcie ,  brunâtre,  con* 
tenant  quelques  amandes  de  calcédoine  et  de 
quartz. 

Nous  avions  £dt  à -peu -près  seize  lieues  au 
nord-est  et  à  l'est,  depuis  TThiciiy  jusqu'à  Santa- 
M aria.  Nous  reprîmes  notre  route  à  l'esc-sud-est. 

Le  3  nous  cheminâmes  parmi  des  forêts  en- 
trecoupées depâturages  nourrissans.  Beaucoup  de 
bêtes  à  corne,  mais  peu  dliabitations.  Perruches, 
perroquets,  et  toucans  à  yentre  roug^e,  en  grand 
nombre.  Des  lapins  {coeDios).  —  Végétation  peu 
variée  en  phanérogames  (si  ce  n^est 'parmi  les  ar- 
bres forestiers),  mais  grande  abondance  de  cryp- 
togames. 

En  descendant  une  côte  rapide,  la  lourde 
charrette  contenant  nos  bagages  versa  et  tomba 
dans  un  trou  ;  peu  s'en  fallut  que  mon  cher  com- 
pagnon Nouel  ne  fût  tué  ;  nous  l'exhumâmes 
difficilement  de  dessous  les  caisses,  dont  les  échan- 
tillons de  bois  fossile  ne  diminuaient  certes  pas  la 
pesanteur.  La  route  fait  ici  de  nombreux  détours, 
à  cause  de  la  disposition  du  terrein ,  coupé  de 
vallons  profonds,  ou  couvert  de  forêts,  au  milieu 
desquelles  on  a  pratiqué  le  chemin  (picada).  La 


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—  438  — 

Serra  f  toa jours  à  notre  gauche ,  à  distance  Taria- 
ble  de  deux  à  cinq  lieues.  Terreins  argîlo-sablon- 
neux  ;  minéraux  rares.  —  Campé  près  de  Tarrojo 
del  sol  (ruisseau  du  soleil). 

.  Le  5  on  arrêta  pour  diner  à  deux  lieues  du 
Jacufi  à  la  lisière  d'un  grand  bois,  traversé  .par 
un  ruisseau.  Jeremarquai,pour  la  première  fois, 
des  £ruits  jaunes ,  de  la  grosseur  et  de  la  forme 
d'une  petite  poire  ayant  le  goût  de  fi'ambroise. 
L'arbrisseau  qui  les  produit  est  connu  dans  cette 
province  sous  le  nom  dUaraça^  il  y  en  a  en  grande 
abondailce  dans  toutes  les  forêts  peu  élevées  de 
la  province.  Ce  finit  a  cela  de  particulier  que , 
de  même  que  la  duracine  à  Buenos- Ayres ,  il  ne 
fait  jamais  de  mal,  quelle  que  soit  la  quantité 
qu'on  en  mange.  On  en  £dt  aussi  des  confitures 
(dulces)  assez  semblables  à  celles  de  gouyaves. 

Au  moment  où  nous  nous  remettions  en  route, 
un  nouvel  essieu  cassa;  ce  ne  fiit  que  le  lendemain 
à  cinq  heures  du  soir  que  nous  pûmes  arriver 
sur  la  rive  droite  du  Jacuy.  Nous  avions  parcouru 
treize  à  quatorze  lieues ,  en  siœ  jours ,  versé  deux 
fois,  brisé  trois  essieux  et  embourbé  la  caravane, 
pour  nous  rendre  de  Santa-Maria-da- Serra  au 
passo  do  Jacuy  ! 


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CHAPITRE  XVII. 


nraiaixuB  os  s4lo.vxdbo. 


Jacny.  —  La  Caolittra.  —  Le  Butuoaraliy.  —  La  On»>Alte. 
Bîo-Vardb.  —  Le  Jaimy  Jusqu'à  Vorto-Alègre. 


Le  Jacuy  ëuit  en  basses  eaux  quand  nous  y 
arriyâmes;  dans  cet  état  il  j  avait  encc»^  plus  de 
dix  pieds  de  profondeur  au  milieu  de  son  fit  ;  ses 
b(H*ds  ont  un  escarpement  de  vingt  pieds  ;  la  des- 


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~  442  — 

cente  de  la  rive  droite  et  la  montée  delà  gauche 
sont  difficiles  pour  les  charrettes.  Ses  alentours 
sont  fort  beaux  et  ne  le  cèdent  pas  de  beaucoup 
à  ceux  du  Jaguarj;  couronné  à  Fouest,  au  nord 
et  au  nord*est  par  des  coteaux  à  demi-boisés,  il 
coule  entre  de  belles  prairies  vertes,  arrosées  de 
nombreux  ruisseaux,  ombragées  d'arbrisseaux 
fleuris ,  autour  desquels  voltigent  sans  cesse  plu- 
sieurs espèces  d*oiseaux-mouches  disputant  à  de 
magnifiques  lépidoptères  le  nectar  embaumé  ré- 
pandu avec  jNTofusion  dans  le  calice  des  fleurs.  - 

Le  cours  de  cette  rivière  de  second  oi'dre  se 
dirige,  en  cet  endroit,  de  Fouest  à  l'est;  il  est 
sinueux  et  rapide  ;  cependant  des  bateaux  plats 
peuvent  encore  le  remonter  assez  loin.  Descen- 
dant du  nord  à  travers  la  Serra  il  £dt  d'abord 
plusieurs  coudes  à  l'ouest  et  à  l'est,  puis  il  prend 
définitivement  sa  course  au  sud-est,  à  travers 
d'épaisses  forêts,  des  bords  marécageux,  jusqu'à 
Porto- Alègre,  en  passant  par  les  villes  de  la  Ca- 
cheira  et  de  Rio-Pardo^  les  villages  de  SarUo- 
Amaro^  Fréguésia-Noi^a  et  les  charqueadas.  U 
s'est  grossi  dans  sa  course,  des  eaux  du  BcUuca- 
rahjrdnRio-Pardo  et  du  Ttiçiuirjr-Guazu  du  côté 
du  nord>  et  d'une  multitude  de  ruisseaux  du 
côté  du  sud ,  jusqu'à  ce  qu'il  contribue  lui-même 


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—  445  — 
à  former  le  Bio^Grande.  A  l'endroit  où  nous  le 
trayersâmes ,  il  est  à  -.peu  -  près  large  conune  la 
Seine,  en  Êice  des  Tuileries  '.  Le  terrain  est  d'ar- 
gile jaune  mélangée  de  sable,  il  n'y  a  en  cet  en* 
droit,  ni  galets,  ni  débris  organiques  à  l'état  fos- 
sile ;  on  ne  trouve  dans  le  lit  qu^une  roche  de 
hornfeU  (petrôsilex  corné)  d'un  brun  de  foie, 
très-chargé  d  amphibole  et  fondant  en  Terre  noir 
très-facilement  *,  avec  une  masse  à  fleur  d'eau , 
de  petrôsilex  de  même  couleur  fondant  difficile- 
ment en  verre-blanc;  cette  dernière  substance 
contient  des  points  limpides  de  quartz  infusibie 
et  des  points  d'amphiboleyâ/idora^  en  verre  noir. 
La  masse  est  stratiforme  et  les  tranches  perpendi- 
culaires au  sol ,  apparemment  par  le  bouleverse- 
ment de  la  roche  que  la  force  des  courans  aura 
déplacée. 

Le  passa  du  Jacuy  est  très- fréquenté  :  c'est  un 
mouvement  perpétuel  de  charrettes,  de  chevaux, 
de  mules,  de  bœufs,  de  voyageurs,  de  marchan- 
dises se  croisant  dans  la  rivière.  Il  y  aurait  lieu 
à  exercer  le  crayon  d'un  caricaturiste,  ou  la 
plume  d'un  écrivain  spirituel  dans  ce  lieu  où 
tant  de  scènes  grotesques  s'offrent  au  spectateur 

1  Soixante  toises. 

s  Déterminé  par  M.  Cordier. 


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—  444  — 
attentif.  Les  costumes  ou  raceoutrement  des 
Toyageurs  nationaux  et  étrangers,  le  mélange 
des  figures  noire»,  blanches,  cuiTrées,  oUvàtres, 
bazanées,  les  nageurs  métis  on  Indiens  accompa- 
gnant un  trpupeau  d'animaux,  ceux-ô  que  le 
courant  entraîne,  ceux-là  fidsant  d'étonnans  ef- 
forts pour  rallier  leurs  bœufi  ou  empêcher  les 
charrettes  de  couler  ;  les  longues  et  étroites  pi- 
rogues, £dtes  d'un  tronc  d'arbre,  passant  aTec 
la  rapidité  dn  vent  arec  leurs  passagers  qœ  la 
crainte  de  diarirer  tient  attentiTcment  immo- 
biles ,  ces  forêts  de  cornes  s'entrechoquant;  ces 
immenses  cfaarriots  couyerts  de  peaux  de  bœufi 
à  demi  enfoncées  dans  l'eau^  suspendus  seulemoit 
par  une  legàe  pirogue  ou  une  simple  bairique 
attachés  dans  leur  intérieur  ;  les  six  boeufs  attelés 
que  Yarreador  dirige  d'un  bras  nerveux  ou 
d'une  Toixde  Stentor... •  tout  cela  n'est  que  l'es- 
quisse d'un  tableau  très  -  animé,  bien  digne 
de  captiver  l'attention  de  lobservateur  ,  car 
il  passera  souvent  de  l'hilarité  que  produit  une 
scène  grotesque,  à  la  crainte  ou  à  la  douleur  d'un 
accident  tragique.  Il  n'arrive  que  trop  firéquem- 
ment  des  malheurs  dans  ces  passages  de  rivières 
rapides:  ou  un  homme  est  estropié  par  les  ani- 
maux qu'il  s'efforce  de  ralliera  la  nage,  ou  noyé 
dans  une  charrette  qui  chavire,  ou  emporté  dans 


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—  443  — 

une  pelota.  Quant  aux  animaux  il  est  rare  qu'il 
n  y  en  ait  pas  quekpes-iuis  d'entraînés  par  le 
courant  ou  de  noyés  sous  les  charrettes* 

Nous  effectuâmes  notre  passage  sans  accident , 
grâces  à  la  longue  expérience  du  tropero,  et 
nous  allâmes  camper  à  un  quart  de  lieue  de  la 
rive  gauche  pour  camear ,  c'est-à-dire  tuer  une 
yache  et  fidre  du  charque. 

U  est  bien  f&cheux  que  toutes  ces  belles  plaines 
basses  du  Jacuy  et  des  autres  ririères  soient  ex 
posées  à  des  débordemens  fréquens;  cela  est  un 
obstacle,  jusqu'à  présent  insurmontable ,  à  leur 
culture  9  en  ménie  tems  qu'il  oblige  les  habitans 
riverains,  possédant  des  bestiaux,  à  réunir  une 
plus  grande  étendue  de  terrein  afin  de  pouvoir 
retirer  les  animaux  sur  les  hauteurs  pendant  les 
inondations.  Cet  inconvénient  nuit  à  la  fois  aux 
progrès  de  1  agriculture  et  de  la  population.  En- 
suite, l'ambition  des  estancieros  consistant  à 
posséder  de  grands  troupeaux  comme  par  exem- 
ple cinq  mille,  dix  mille,  trente  miUe  têtes  de 
bétail^  il  en  résulte  qu^ils  cherchent  à  s'appro^ 
prier  le  plus  de  terrein  possible  ;  aussi  n'est-il  pas 
rare  de  voir  des  estancias ,  surtout  dans  les  Mis- 
sions et  la  partie  voisine  de  la  Banda-Oriental , 


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—  U6  — 

posséder  dix,  Vingt  ou  trente  lieues,  et  plus  d'é- 
tendue! Et  s'ils  n'obtiennent  pas  tous  ces  vastes 
terreins  à  titre  de  concessions ,  de  la  part  du 
gouvernement,  ils  achètent  de  leurs  voisins  pau- 
vres les  terres  qui  les  entourent  et  se  délivrent 
ainsi  de  toute  concurrence  importune.  On  con- 
çoit facilement  que  cette  répartition  d'une  grande 
étendue  de  pays  entre  les  mains  d'un  seul  indi- 
vidu ou  d'une  seule  famille  doit  retarder  consi- 
dérablement les  progrès  de  la  population.  On 
répondra  peut  être  à  cela  que  ces  grandesproprié- 
tés  se  diviseront  nécessairement  par  la  multipli- 
cation des  &milles;  mais  combien  de  siècles 
fiiudrait-il,  pour  peupler  commeune  province  des 
États-Unis  par  exemple ,  une  superficie  de  plus 
de  quinze  mille  lieues  carrées  que  peut  avoir  la 
province  de  Rio-Grande?...  Quand  elle  n'a  en- 
core que  cent  soixante  mille  âmes  depuis  plus  de 
deux  cents  ans  qu'elle  est  fondée  !  ! 

Le  gouvernement  Brésilien  a  voulu,  en  quel- 
que sorte,  remédier  à  ce  grave  inconvénient 
(pour  ne  pas  dire  abus) ,  en  rendant  ime  loi  dé- 
fendant la  concession,  au- même  individu,  de 
plus  d'une  sesmaria  '  ,  àla  fois,  et,  l'étendue  de 

I  TerreÎD  inculte. 


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—  447  — 

la  sesmarià  fiit  fixée  à  trois  lieaes  en  Ums  sens; 
mais  il  parait  qu'on  ne  Tobserve  pas  rigoureuse- 
ment,  et  d'ailleurs^  comment  dépouiller  de  leurs 
droits,  sans  une  injustice  criante^  les  grands pro 
priétaires  qui  ont  acquis  et  acquièrent  encore  des 
terres? 

Par  toutes  ces  raisons,  une  grande  quantité  de 
sites  charmans,  de  terreins  très-fertiles,  très-pro- 
pres k  la  culture  des  céréales,  du  coton,  du  su- 
cre, du  café  ou  de  la  mandioca  resteront  long- 
tems  encore  sans  autres  habitans  que  les  boQuÊ , 
les  moutons,  les  mules ,  ou  les  cheyaux. 

Le  peu  de  culture  qu'on  fait  dans  les  chaccunsy 
les/axendas  ou  autour  des  estancicis  consiste 
miiquement,  à  planter  de  lainuxndiôca (manioc) 
semer  du  mcas^  des  Jeijoes  (haricots)  du  riz  et 
quelques  légumes ,  le  tout  pour  les  besoins  de  la 
Êimille  et  sans  se  donner  beaucoup  de  mal.  Le 
jardin  ou  le  champ  cultivé  se  trouve  le  plus  com- 
munément placé  au  milieu  d'un  bois ,  afin,  de  le 
préserver  de  l'invasion  des  bestiaux  *  ;  c'est  ce 

s  Four  n'avoir  pas  pris  ces  précautions,  Texcellent  M.  Bonpland  a 
perdu  toutes  les  cultures  qu'il  avait  essajé  de  faire  à  San-Juan-Miri. 
Il  a  eu  d'ailleurs  beaucoup  à  se  plaindre  de  trois  Français  qu'il  avait 
amenés  de  Buenos- Ayres,  à  grands  frais,  et  qu'il  s'est  vu  forcé  de  mettre 
à  la  porte. 


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~  448  — 

qu'on  appelle  une  roça  ou  un  roçado  (  défriché). 
Pour  cela  on  se  contente  de  fiiîre  un  abatis  de 
grands  arbk^es au  milieu  du  moto  (bois  ou  forêt), 
d  en  brûler  le  pied  pour  détruire  les  racines  et  de 
remuer  ensuite  légèrement  la  teire  ;  la  nature , 
cette  excellente  et  prévoyante  mère,  fait  le  reste. 
Tous  les  travaux  d'agriculture  se  bornent  à-peu- 
près  à  cela  dans  la  province  de  Rio-Grande  aussi 
bien  que  dans  les  autres  provinces  du  riche  et 
fertile  Brésil  *.  Cependant  j'ai  remarqué  des  ex<> 
ceptions  ;  on  rencontre  quelques  roçados  mieux 
tenus  que  d'autres  et  cultivés  à  la  manière  de  nos 
potagers  ;  inais  aussi  il  &ut  convenir  que  cela  est 
rare  et  ne  se  voit  guère  que  chez  les  Européens. 
Si  les  bestiaux  font  peu  de  l'avages  dans  ces  endos, 
il  y  a,  par  contre,  l'inconvénient  des  oiseaux^  des 
perroquets  surtottt,  deâ  singesr  et  autres  animaux, 
auqud  il  est  assez  difficile  de  remédier  ;  du  reste 
on  s'en  oC(;tipe  peu  *. 

Le  13  nous  aperçûmes  la  Cacheira ,  des  hau- 
teurs dont  elle  se  trouve  dominée  et  par  lesquelles 
passSe  la  route  des  Missions.  C'est  une  yX^  petite 


<  Voyez  la  première  et  la  seconde  partie  du  voyage  de  M.  Auguste 
Saint-Hilaire  au  Brésil. 

t  Voyez  la  note  M. 


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—  449  — 

yilie  y  récemment  fondée ,  située  sur  une  colline 
de  la  rive  gauche  du  Jacuy,  non  loin  du  confluent 
du  Butucarahf.  Les  maisons,  blanchies  exté- 
rieurement, sont  bâties  en  pierre  et  en  brique, 
couvertes  en  tuile  rouge.  L'église,  d'une  extrême 
simplicité,  n'a  l'air  que  d'une  grande  maison. 

La  situation  de  la  Cacheira  est  assez  riante  et 
très-favorable  au  commerce  d'échange,  puisque 
sa  proximité  du  Jacuy  lui  permet  de  communi- 
quer par  eau  avec  la  capitale  de  la  province.  De 
plus ,  il  n'y  a  que  huit  lieues  par  terre,  de  cet 
endroit  à  Rio-Pardo.  D'élégantes  gondoles  vont 
et  viennent  continuellement  de  Porto-Alègre  jus- 
qu'à la  Cacheira  en  passant  par  Rio-Pardo.  Il  était 
question  d'établir  très-prochainement  un  ligne  de 
bateaux  à  vapeur  depuis  la  ville  de  Sad-Pedro 
(ou  Rio-Grande)  jusqu'à  cette  petite  ville,  en  ser- 
vant tous  les  points  intermédiaires. 

La  pierre  dont  on  bâtit  les  maisons  et  les  édi- 
fices à  la  Cacheira  provient  d'une  carrière  située 
dans  la  partie  la  plus  élevée  des  collines,  où  passe 
la  route  des  Missions.  C'est  un  grès  quartzeux 
argilifere,  à  gros  grains ,  contenant  des  fragmens 
volumineux  d'argile  bolaire  rougeâtre.  Il  parait 
qu'il  j  a  aussi  des  carrières  de  calcaire  commun 

29 


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—  480  — 

dans  les  enyirons ,  dont  on  fait  la  chaux  néces- 
saire aux  constructions. 

La  plupart  des  hautes  collines  a  voisinant  la 
Gacheira  sont  couvertes  de  cailloux  roulés  et  de 
graviers;  elles  sont  moins  boisées  que  celles  de 
Santa- Maria,  assez  élevées  au  nord,  un  peu  raides, 
mais  basses  et  ondulées  du  côté  du  sud. 

Nous  arrivâmes  au  passa  do  Buiucarahjr  à  onze 
heures  du  matin.  Cette  rivière  ayant  crû  déjà 
beaucoup  par  les  pluies  du  huit  et  du  neuf ,  et 
nous  trouvant  dans  la  nécessité  de  décharger  les 
charrettes,  nous  campâmes  sur  la  rive  droite  jus- 
qu'au lendemain.  Nous  avions  fait ,  depuis  le 
Jacuy  9  sept  à  huit  Ueues  à  l'est. 

Le  Butucarahf  est  une  rivière  de  quatrième 
ordre  ;  elle  a  beaucoup  de  profondeur  et  de  cou- 
rant ;  elle  prend  sa  source  vers  le  nord,  au  delà 
de  la  Serra  et  se  dirige  au  sud  par  de  nombreux 
circuits,  poiv  se  réunir  au  Jacuy,  non  loin  de  la 
Gacheira.  La  rive  droite  àupasso  est  formée  d'une 
colline  d'argile  sablonneuse,  très  -  mélangée  de 
galets  de  silex  ^  de  calcaire  et  de  bois  fossile.  La 
rive  gauche  est  une  plaine  marécageuse  d'^ivi- 
ron  deux  Ueues  de  contour,  formant  comme  wi 


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—  451  — 

bassin  ovale  entouré  de  collines.  Le  fond  de  ce 
bassin  est  du  limon  miélangé  de  sable,  recouvrant 
une  roche  très-étendue  d'argile  plastique. 

On  voit  sur  la  rive  gauche  une  heSle  roche  de 
grès  quartzeux  argilifère  tendre  et  rubané.  Elle 
peut  avoir  quinze  à  dix-huit  pieds  de  puissance 
au  dessus  de  Teau  quand  la  rivière  est  basse , 
mais  elle  m'a  paru  s'étendre  beaucoup  au  dessous. 
Elle  est  stratifiée  par  couches  alternatives  roses  et 
blanches;  ces  couches  sont  plus  minces  et  plus 
nombreuses  vers  le  bas  de  la  roche  que  dans  le 
haut,  mais  eUes  sont  si  bien  marquées  qu'on 
pourrait  compter  le  nombre  des  débordemens 
auxquels  je  suppose  que  cette  roche  doit  sa  forma- 
tion ,  et  calculer  ainsi ,  approximativement ,  son 
ancienneté.  La  matière  dont  elle  est  composée  est 
du  sable  fin  uni  à  de  l'argile  alumineuse  extrême- 
ment fine.  Élisant  pâte  avec  l'eau  et  contenant  des 
parcelles  de  mica  pulvéïiilent  qui  la  rendent 
schisteuse.  Cette  roche  ,  vraiment  curieuse ,  est 
meuble  dans  les  couches  supérieures,yna&/e  dans 
les  intermédiaires  et  augmente  de  solidité  k  me- 
sure qu'elle  s'enfonce  sous  l'eau.  Je  pris  des  firag- 
mens  des  couches  inférieures  présentant  assez  de 
ténacité  pour  donner  des  étincdles  au  choc  du 
briquet ,  coramme  les  autres  grès  ;  je  remarquai 


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—  4S2  — 

aussi  qu'elle  contient  des  rognons  très  calcari- 
fères,  ce  qu'il  fait  produire  à  ce  grès  une  eflFerves- 
cence  dans  l'acide  nitrique ,  ou  sulfiuîque.  Près 
de  là,  en  arrière  de  la  maison  àxipasseiro  était  un 
banc  d'argile  rougeâtre  un  peu  micacée  et  feuil- 
letée, s'étendanten  couches  horizontales.  Un  rayin 
voisin  était  encombré  de  cailloux  roulés. 

Le  passage  du  Butucarahy  est  encore  plus  fi*é- 
quenté  que  celui  du  Jacuy,  parce  que  toutes  les 
caravanes  partant  de  Rio-Pardo  pour  l'intérieur 
de  la  province ,  sont  obligées  de  passer  par  cette 
rivière.  — Pendant  la  nuit  les  eaux  avaient  baissé 
d'un  pied  et  demi  et  continuaient  à  baisser. 
Comme  le  courant  est  rapide ,  les  débordemens 
n'y  sont  pas  de  longue  durée,  et  même  Teau 
baisse  par  fois  au  point  de  permettre  le  passage  à 
pied. 

On  a  déjà  vu  que  la  manière  dont  s'opère  le 
passage  des  rivières  dans  cette  province ,  est  fort 
lente  et  périlleuse.  Il  est  extraordinaire  que ,  dans 
un  pays  où  les  forêts  sont  si  nombreuses^  on  n'ait 
pas  l'idée  de  construire  des  radeaux  ou  ponts  vo- 
lans ,  de  manière  à  passer  les  charrettes  toutes 
chargées  ;  cela  ne  coûterait  que  la  main-d'œuvre 
et  serait  bien  plus  expéditif ,  puis  qu'il  n'y  aurait 


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—  453  — 

qu  a  placer  un  tourniquet  ou  cabestan  sur  la  rWe 
opposée  pour  tirer  le  radeau.  Une  rétribution  un 
peu  plus  forte  pour  le  passage ,  dédommagerait 
bientôt  l'entrepreneur  et  tout  le  monde  y  trou- 
yerait  son  compte.  Mais  la  paresse  et  l'indolence 
des  naturels  sont  un  obstacle  à  toute  espèce  d'in- 
novation utile  ;  Il  Êiudrait  que  des  étrangers  don- 
nassent l'exemple....  Mais  alors  !  on  les  accuserait 
de  dépouiller  les  crA}les  de  leur  industrie! !  car 
il  Êiut  que  l'on  sache  que  les  Brésiliens  sont  aussi 
jaloux  des  étrangers  que  les  Argentins.  J'entends 
parler,  toutefois,  des  gens  peu  éclairés,  et  prin- 
cipalement des  hommes  do  campo  (les  paysans)  ; 
car  il  est  peu  d'hommes  d'éducation ,  dans  toute 
l'Amérique  du  sud ,  qui  n'accueille  bien  les  étran- 
gers et  ne  s'empresse  d'exercer  à  leur  égard  l'hos- 
pitalité la  plus  généreuse.  Mais  il  n'en  est  pas 
ainsi  au  dehors  des  villes,  où  l'éducation  des  hom- 
mes se  borne  à  savoir  enlacer  ou  bouler  les  ani- 
maux avec  dextérité ,  à  dompter  un  chei^ed  et  à 
le  monter  avec  grâce  ;  ils  voient  avec  peine ,  ces 
honunes  à  demi  sauvages ,  que  les  étrangers  les 
forcent  à  sortir  de  leur  genre  de  vie  rustique, 
pour  se  mettre  au  niveau  de  la  civilisation ,  ou 
du  moins  pour  essayer  d'y  parvenir;  ils  se  res- 
sentent, au  surplus ,  de  l'esprit  méfiant  et  ombra- 
geux des  Portugais^  qui  ont  tenu  si  long-tems 


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—  454  — 

leurs  colonies  fermées  aux  nations  étrangères.  A 
cet  égard  j'eus  des  conversations  vraiment  cu- 
rieuses avec  des  estancieros. 

Nous  rencontrâmes  au  passo  do  Butucarahj 
un  jeune  Brésilien,  (M.  Jardin)  de  Rio  Janeiro^ 
de  fort  bonne  éducation ,  de  belles  manières  , 
parlant  français  et  espagnol  et  voyageant  pour 
connaître  son  pays.  U  nous  avoua  qu'il  se  trouvait 
aussi  étranger  que  nous  dans  ces  contrées  encore 
barbares.  Il  suivait  une  caravane  jusqu'à  San- 
Borja,  d'où  il  devait  passer  aux  autres  Missions 
de  la  rive  gauche  de  l'Uruguay  ;  nous  lui  souhai- 
tâmes beaucoup^de  plaisir. 

Au  nord-est  du  pctsso ,  à  distance  de  qilatre  à 
cinq  lieues,  est  unemontagne boisée,  appelée  Serra 
do  Butucarahy ,  s'étendant  un  peu  k  sa  base ,  à 
l'est  et  à  l'ouest ,  formant  comme  im  chahion  de 
monts  élevés  indépendans  de  la  Serra-Grande^  et 
d'ailleurs  placé  dans  une  direction  paraUèle  à 
celle-ci.  Vue  de  loin  (on  l'aperçoit  du  Jacuy  ), 
elle  ne  parait  être  qu'un  pic  très  élevé,  mais  en 
approchant  on  voit  que  le  mamelon  du  centre  se 
termine  par  une  plate  forme  assez  grande.  Je  suis 
porté  à  croire  que  cette  montagne  est  volcanique, 
parce  que  les  moradores  du  lieu  m'ont  assuré  avoir 


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—  455  — 

entendu  des  détonations  très  fortes  dans  son  inté- 
rieur; ils  prétendent  encore  qu'il  y  a  un  lac  à  la 
cime,  dont  les  eaux,  en  filtrant  ou  en  débordant, 
produisent  des  éboulemens  qui  mettent  à  nu  la 
roche  qu'elle  semble  avoir  pour  noyau  ;  aussi  la 
partie  supérieure  est  -  elle  devenue  inaccessible 
à  cause  de  sa  dénudation.  Après  les  grandes  pluies 
d'orage ,  et  pendant  les  gelées ,  l'eau  se  trouvant 
dans  les  fissures  du  rocher  en  détache  des  fi:*ag- 
mens  qui  tombent  avec  fi:*acas  ;  sa  grande  hauteur^ 
ou  plutôt  son  isolement  attire  le  tonnerre  * ,  ce 
qui  Élit  que  cette  montagne.est  souvent  foudroyée. 

La  Serra  do  Butucarahy  contient  beaucoup 
d'or  et  de  pierres  précieuses  ;  il  y  a  peu  de  tems 
qu'on  l'exploitait  avec  avantage  et  il  s'était  déjà 
construit  un  assez  grand  nombre  d'habitations  à 
Tentour ,  mais  on  îat  forcé  de  l'abandonner  à 
cause  des  éboulemens  dont  furent  victimes  plu- 
sieurs mineurs.  Les  gens  de  la  campagne  croient 
fermement  qu^elle  est  enchantée  (enfeihçada)j 
parce  que,  disent-ils,  dès  qu'on  tente  d'y  tra- 
vailler on  entend  un  bruit  épouvantable  et  les 
terres  commencent  à  s'ébouler  avec  des  quartiers 

>  Je  me  sers  de  Texpression  vulgaire  ;  mais  il  parait,  diaprés  de 
nouvelles  observations,  que  le  courant  électrique  se  dirige  de  bas  en 
haut  et  non  pas  de  haut  en  bas. 


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^  456  — 

énormes  de  la  roche  du  sommet  ;  malheur  à  Fm- 
prudent  qui  ne  s'éloignerait  pas  pix)mptement  ! 
il  parait  aussi  que  les  Bougres ,  Indiens  anthropo- 
phages vivant  encore  dans  les  forêts  de  la 
Serra-Grande  « ,  ne  veulent  pas  souflfrir  qu'on  y 
travaille  et  les  fréquentes  incursions  qu'ils  ont 
£iites  ont  dégoûté  pour  long-tems  ceux  que  Tavi- 
dite  de  l'or  j  attirait. 

On  m'a  raconté,  qu'avant  que  cette  mine  fut 
connue,  un  individu,  étranger,  retira  du  lavage 
des  terres  de  la  montagne,  en  moins  d'un  noiois, 
plus  de  100  livres  d'or  pur,  et  cela  sans  le  secours 
de  personne  ;  il  s'embarqua  aussitôt  pour  l'Eu- 
rope. Ce  fidt  est  très-croyable,  et  il  y  a  d'autres 
exemples  de  découvertes  semblables  dans  la  même 
province  :  on  connaît  plusieurs  estancias  traver- 
sées par  des  ruisseaux  aurifères;  dans  d'autres, 
on  le  rencontre  dans  les  sables  des  lagunes  peu 
profondes  ou  sous  les  touffes  d'herbes^  mais  les 
estancieros  se  refusent  à  l'extraction  de  ce  mé- 
tal ,  même  pour  leur  compte,  par  la  crainte  d'être 


1  Les  Bougres  sont  une  tribu  de  la  nation  Msilienti9\  ils  apparte- 
naient consé(iueininent  à  la  grande  famille  ijuarani ,  si  Tethnographie 
ne  fait  pas  erreur.  Cependant ,  leurs  mœurs  féroces  sont  bien  dilTé- 
rentes  de  celles  des  paisibles  et  agricoles  Guaranis  ?...  Au  reste  ce  sont 
les  sêuh  saitvayes  restant  dans  celle  province,  et  l'on  a  l'espoir  de  les 
voir  former  une  rcduciion  lers  les  frontières  de  S.  Paul. 


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—  457  — 
dépouillés  de  leurs  immenses  terrains.  Néanmoins 
on  cite  un  estanciero  puissanunent  riche,  qu'on 
.  suppose  faire  ku^er  en  secret,  quoiqu'il  soutienne 
que  ses  troupeaux  fournissent  seuls  à  ses  dépenses 
extraordinaires. 

Le  14 ,  à  midi  et  demi ,  nous  partîmes  du  passo 
do  Butucaraliy.  La  chaleur  était  devenue  excès* 
siye.  On  suivit  le  rumb  nord  -  est  ,  quoique 
Rio-Pardo  restât  au  sud-est  et  qu'il  y  eût  une 
autre  route  dans  cette  dernière  direction ,  mais 
il  parait  qu'elle  n'est  praticable  que  pour  les  che- 
vaux. 

Après  avoir  fsiit  une  demi-lieue  dans  la  plaine 
basse ,  nous  reprîmes  les  collines  et  les  bois.  Nous 
vîmes  de  nombreuses  fougères ,  entre  autres  une 
espèce  arborescente  ayant  de  quinze  à  vingt  pieds 
d  élévation ,  étendant  ses  feuilles  à  la  manière  des 
palmiers.  Les  plantes  parasites  pendaient  de  tou- 
tes parts  aux  arbres  vigoiu*eux  de  ces  forêts  qui 
commencent  à  perdre  leur  virginité.  —  Je  remar- 
quai en  passant  à  la  lisière  d'un  bois ,  une  grande 
quantité  de  feuilles  de  liseron  entièrement  dissé- 
quées par  les  fourmis  qui  en  avaient  dévoré  le 
parenchyme;  elles  laissaient  voir  parfaitement  les 
nervures  et  les  fibres  de  leur  tissu.  J'admirai  aussi 


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—  458  — 

des  lianes  monstres  entourant  en  spirale  des  arbres 
très-droits  et  ornés  de  lichens  tricolores  ;  des  ar- 
bres réunis  enfidsceau  dans  leur  en£uice,  formant 
actuellement  des  troncs  gros  et  élevés ,  ayant 
l'apparence  de  colonnes  caniielées. 

En  approchant  de  Kio-Pardo  les  habitations 
deyiennent  plus  fi-équentes,  onyoit  des  chacaras 
mieux  cultivées ,  ombragées  par  des  bois  d'oran- 
gers et  de  citronniers. 

Le  15  nous  passâmes  par  la  Cruz-AUa  (la 
croix-haute).  C'est  un  hameau  assez  peuplé  à 
trois  lieues  et  demie  de  Rio-Pardo.  Là,  une  roue 
d'une  de  nos  charrettes  se  brisa. 

A  la  Cruz-Alta  on  trouve  un  chemin  condui- 
sant à  la  Serra  do  Butucarahf.  Dans  les  environs 
du  Jacuy,  j'avais  rencontré  un  Brésilien  de  très- 
bonnes  manières,  qui  m'avait  donné  un  mot  pour 
le  juge  de  paix  du  district  do  Batucarahy,  dans 
le  cas  ou  il  m'aurait  convenu  de  m'y  arrêter.  Il 
m'avait  assuré  en  même  tems>  que  je  trouva:^ 
là,  réunies,  toutes  les  espèces  d'animaux  de  la 
province,  et  sax\jo\xt\eyciguaréténégro  (le  jaguar 
noir)  lequel  est  bien  une  espèce  distincte  et  non 


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—  459  — 

pas  une  variùéy  comme  oa  Fa  cru  jusqu'à  pré- 
sent ' . 

Le  16  nous  campâmes  à  une  lieue  de  Rio- 
Pardo.  A  mesure  que  nous  approchions  de  cette 
ville  nous  remarquions  avec  satisfaction  une  cul- 
ture plus  soignée,  des  chacarM  agréablement 
situées. 

On  arrive  à  Rio-Pardo,  du  côté  des  Missions, 
par  une  suite  de  coUines  et  de  vallons  qui  ne  per* 
mettent  de  l'apercevoir  que  lorsqu'on  en  est 
très-proche.  On  descend  alors  une  côte  rapide 
et  l'on  traverse  une  plaine  basse  d'environ  un 
demi-quart  de  lieue ,  aboutissant  à  un  pont. 

Rio^Pardo  est  située  sur  la  cime  et  la  pente 
d'un  groupe  de  monticules  dépendans  d'une 
chatne  de  collines  s' étendant  de  nord  k  sud  et 
allant  en  diminuant  de  hauteur,  aboutir  à  la  rive 
gauche  du  Jacuy,  précisément  au  confluent  de 
la  rivière  dont  la  ville  porte  le  nom.  Ainsi  Rio- 
Pardo  se  trouve  enclavée  par  le  coiu*s  de  ces 


I  Je  visitai  à  la  Cniz-Alta,  im  ravin  très-large?,  ayant  plus  de  60  pieds 
de  profondeur  et  ne  présentant  partout  que  de  l'argile  rougeâtre  unie 
à  du  saMe  lui  donnant  de  la  solidité.  Ce  grand  ravin  était  produit  par 
réboulement  de  la  voûte  d'une  de  ces  citernes  naturelles  dont  j*ai  parlé. 


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—  460  — 

deux  rivières  de  manière  à  former  une  presqu'fle, 
le  Rio  Pardo  la  bornant  au  nord-ouest,  à  Touest 
et  au  sud-ouest)  et  le  Jacuy  au  sud,  au  sud-est, 
à  l'est  et  au  nord-est. 

Des  maisons  d'un  étage  (au-dessus  du  rez-de- 
chaussée,  bien  entendu),  blanchies  extérieure^ 
ment,  dune  architecture  gracieuse,  couyertes 
en  tuile  ronde  et  rouge  ;  des  églises  sur  les  points 
les  plus  élevés;  des  jardins  plantés  d'orangers, 
de  bananiers,  de  cocotiers;  des  chacaras  et  des 
faxendas  bien  cultivées,  voilà  pour  le  coup-d'œil 
de  la  ville  vue  des  hauteurs  de  l'ouest. 

Sur  la  droite  de  la  ville ,  toujours  en  la  regar- 
dant des  hauteurs  de  l'ouest ,  sont  trois  coteaux 
séparés  les  uns  des  autres  par  des  arbres  et  des 
buissons  [cuctësias  et  mimosas)  portant  de  jolies 
fleurs  et  enclavant  des  pâturages  verdoyans.  Sur 
la  gauche  sont  d'autres  coteaux  plus  élevés,  plus 
boisés ,  où  se  remarquent  quelques  maisons  de 
plaisance  (^quintas)  *.  Au  bas  de  ces  coteaux , 
coule  le  Rio-Pardo ,  rivière  de  quatrième  ordre 


I  Au  Brésil  une  qvinta  est  un  pavillon ,  une  maison  de  plaisanoe  \ 
une  chacara  une  petite  ferme  avec  jardinages  ;  une  fajunda  une  habita- 
tion avec  plantation  de  coton  ou  de  café  et  même  des  troupeaux ,  et 
hum  enyenkoj  une  sucrerie. 


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—  461  — 

(relativement  à  l'Uruguay)  dont  les  bordssont  très- 
boisés;  elle  est  trayersëe  par  un  pont  en  bois^ 
porté  sur  des  pilastres  en  pierre.  Puis ,  entre  la 
rivière  et  le  spectateur,  une  plaine  verte  décri- 
vant un  demi-cercle ,  formant  un  bassin  d'envi- 
ron une  demi-lieue  de  circuit  entourée  de  coUi- 
nes  plus  ou  moins  élevées  s'ouvrant  au  nord-ouest 
et  au  sud-ouest  pour  laisser  couler  le  RÈo-Pardo. 

Toutes  ces  collines  sont  boisées,  principale- 
ment du  côté  du  nord  et  du  nord-ouest,  où  Ton 
aperçoit  des  forêts  considérables  s' étendant  jus- 
qu'au pied  de  la  Serra ,  à  une  distance  de  buit  à 
dix  lieues.  La  partie  ouest  et  sud  est  couverte  de 
chacaras  et  ie/azendas. 

Je  traversai  une  de  ces  Jazandas^  très  bien  te- 
nue, où  l'on  cultivait  en  grand,  le  coton,  la 
mandioca ,  le  riz ,  le  tabac ,  le  maïs  et  même  des 
légumes. 

Le  sol  de  toutes  les  collines  avoisinant  Rio- 
Pardo  est  argUeux  *. 


<  Ces  argiles  sont  plus  ou  moins  compactes  et  pierreuses ,  diverse- 
ment colorées  ,  renfermant  sur  les  hauteurs  des  bancs  à'Arkosê  à 
gros  grains  fortement  cimentés.  La  couleur  dominanle  des  argiles  est 
un  rose  foncé  semblable  k  la  roche  observée  au  passo  du  Buiucnrahy, 


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—  462  — 

On  traverse  le  Rio-Pardo  sur  un  pont  de  bois 
n  Ayant  que  la  largeur  d'une  yoiture  ;  il  est  sup- 
porté par  des  pilastres  de  quatre  pieds  d'épaisseur 
formant  six  arches  élevées  d'euTiron  trente  pieds. 
Ce  pont  a  été  construit  en  1825  ou  26  par  les 
prisonniers  Argentins  et  Orientalistes  ;  mais  il  ne 
durera  pas  long-tems ,  les  pierres  employées  à  sa 
construction  n'étant  pas  de  nature  à  résister  aux 
grands  débordemens  de  la  rivière;  les  murailles 
formant  talus  sur  les  deux  rives  ,  ainsi  que  les 
parapets  sont  déjà  lézardés  par  la  force  des  cou- 
rans.  Les  eaux  ont  surmonté  le  pont  de  plus  de 
dix  pieds  en  1833.  Cependant,  les  habitans  qui 
ne  sont  point  accoutumés  à  voir  des  ponts , 
croient  posséder  un  monument  remarquable, 
susceptible  de  durer  des  siècles!  Den  est  du  pont 
de  Rio-Pardo  comme  du  Pyrcanen  de  Buénos- 
Ayres. 

Le  terrein  sur  lequel  est  bâtie  la  TÎUe  en  eat  entièrement  fomié  ;  c'est 
encore  ce  que  je  crois  pouvoir  appeler  un  grès  en  formation ,  car  îl  a 
suffisamment  de  consistance  dans  les  couches  les  plus  inférieures 
ponr  pouvoir  être  trille  en  pknes  de  divetses  grosseors,  dont  on  fait 
des  murs,  ou  qu'on  emploie  avec  d'autres  pierres  plus  dures  dans  la 
construction  des  maisons. 

Plusieurs  ravins  des  vallons  de  Touest  renferment  de  l'argile  ocrenae, 
jaune  et  rouge,  colorant  suffisamment  pour  tenir  lieu  de  peinture  sor 
les  murailles  ;  la  rouge  est  schisloïdc  et  contient  des  paillettes  de 
mica ,  presque  imperceptibles. 

Au  nord  de  Rio-Pardo  il  y  a ,  m'a-t-on  affirmé,  dans  une  estancia , 
une  mine  de  cuivre  non  exploitée.  11  parait  pourtant  qu'elle  serait 
:  productive. 


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—  463  — 

Quand  on  est  amyéaupont,IaTiUea  diqmni; 
elle  est  cachée  par  la  colline ,  qu'il  £3iut  graTÎr 
ayant  d'entrer  dans  la  ddade.  Alors  elle  se  pré- 
sente bien  et  fidt  naître  de  suite  une  opinion  &- 
ToraUe  de  sa  situation,  par  l'activité  de  ses  habi- 
tans;  les  principaux  conunercans  se  trouvant 
précisément  à  l'entrée ,  du  côté  de  l'ouest  ;  c'est 
la  ville  neuve.  On  croirait,  au  premier  abord,  que 
Rio-Pardo  est  une  ville  naissante,  tant  il  j  a  de 
constructions  nouvelles,  mais  en  avançant  du  côté 
du  sud^est,  ou  Auport^  on  reconnaît  bien  vite 
qu'elle  est  ancienne  à  la  vue  des  vieilles  maisons 
basses  et  enfumées,  encore  garnies  de  rotulas 
(jalousies)  en  treillage.  Effectivement  Rio-Pardo 
compte  plus  de  deux  cents  ans  d'existence  ;  )e 
crois  que  les  jésuites  y  avaient  un  collège.  Elle  a 
été  mal  bâtie  dans  le  principe,  située  dans  un 
lieu  incommode ,  à  cause  des  grandes  inégalités 
du  terrein;  mais  on  cherche  à  réparer  cette  faute 
en  étendant  les  rues  du  côté  dunord  et  du  nord- 
ouest,  points  les  plus  élevés  et  les  plus  Êiciles  k 
niveler. 

Les  nouvelles  maisons  sont  à  un  étage,  très- 
hautes,  carrées,  percées  de  beaucoup  de  fenê- 
tres au  premier,  mais  seulement  de  portes  hau- 
tes et  étroites  au  rez-de-chaussée,  occupé  par  des 


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_  464  — 

magasins  et  des  boutiques.  Les  anciennes  maisons 
ayaient  des  croisées  à  coulisse  ^  garnies  d'immen- 
ses jalousie^,  les  nouTcUes  ont  d'élégantes  fenê- 
tres cintrées ,  à  deux  battans  et  à  grands  car^ 
reaux  taillés  diversement.  On  s'occupait  du  pa- 
yage  et  de  Falignement  des  rues;  les  nouvelles 
ont  des  trottoirs  commodes. 

Il  y  a  trois  églises  bâties  sur  le  plan  de  toutes 
celles  du  Brésil ,  c'est-à-dire  avec  beaucoup  de 
simplicité.  La  principale,  toute  en  briques,  né- 
tait  pas  encore  achevé  extérieurement. 

On  compte  cinq  à  six  mille  habitans  à  Rio- 
Par  do;  le  nombre  des  maisons  semblerait  en 
comporter  davantage,  mais  il  n'y  a  comnrané- 
ment  qu'une  seule  famille  dans  une  maison ,  ce 
qui  donne  beaucoup  d'extension  à  la  ville. 

Le  commerce  y  prospère,  parce  que  ce  point 
est  l'entrepôt  des  villes  et  villages  du  nord  et  de 
l'ouest;  de  là,  partent  continuellement  des  trou- 
pes de  mulets  et  de  charrettes  pom»  toutes  les  po- 
pulations de  l'intérieur.  Les  conununications  avec 
Porto  -  Alègre  sont  très-promptes  ;  le  transport  des 
marchandises  lourdes  s'opère  par  des  bateaux 
pontés  de  vingt  à  cinquante  tonneaux;  les  mar- 


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—  465  — 

chandîses  légères  9  d'un  petit  volume,  et  les  voya- 
geurs sont  transportés  dans  de  grandes  pirogues 
armées  en  gondoles.  Ces  pirogues,  très-élégantes, 
sont  faites  d'un  seul  tronc  d'arbre  creusé,  longues 
de  trente-^^inq  à  quarante  pieds  ^  et  larges  de 
trois  et  demi  à  quatre  :  quelques-unes  ont  jusqu'à 
quatre-vingts  pieds  de  long  sur  six  à  sept  de  large. 
La  forme  en  est  gracieuse  et  commode  ;  on  est 
garanti  des  feux  du  soleil  et  de  la  pluie  au  moyen 
d'un  toit  plat,  occupant  la  moitié  de  la  gondole 
sur  l'arrière.  Ce  toit,  d'où  pendent  de  petits  ri- 
deaux de  toile ,  est  supporté  par  des  barrettes  de 
fer  ou  de  cuivre;  le  tout  est  peint  de  couleurs 
vives  et  tenu  avec  propreté.  Quelques  gondoles 
ont  encore,  outre  le  toit  de  l'arrière,  une  tente 
festonnée  se  prolongeant  jusqu'à  la  proue.  Il  en 
part  et  arrive  constamment  ;  on  est  d'autant  plus 
sûr  d  être  transporté  avec  célérité  que ,  lorsque 
le  vent  n'est  pas  fiivorable,  quatre  ou  six  nègres 
à  demi-nus,  rament  sans  relâche  jom»  et  nuit. 

Le  19  mars ,  nous  nous  embarquâmes  sur  une 
de  ces  gondoles  où  nous  nous  trouvâmes  un  peu 
plus  à  notre  aise  que  dans  les  chalanas  de  lUru- 
guay. 

Du  côté  du  Jacujr ,  de  même  que  du  côté  du 

50 


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—  466  — 

Rio-Pardo^  on  ne  yoit  pas  la  ville,  à  cause  des 
hauteurs.  Ce  qu'on  appelle  le  port,^  ou  praia 
(l^ge)  n'est  rien  moins  que  cda,  car  1^  rive 
gauche  du  Jacuy  étant,  dans  cet  endroit,  très- 
escarpée,  argileuse ,  et  conséquenunent  glissante 
en  tems  de  pluie,  rembarquement  ou  le  débar- 
quement des  voyageurs  et  des  marchandises  est 
fort  incommode.  Je  crois  qu'il  était  question  de 
fiure  un  débarcadère.  Lorsqu'il  j  a  assez  d'eau 
dans  le  BkhPardo  les  navires  chargés  de  marchan- 
dises se  rendent  auprès  du  pont. 

Pendant  deux  à  trois  lieues ,  le  Jacuy  tourne 
fréquemment  du  sud-est  au  nord-est;  les  bords 
en  sont  très-bas  et  formés  de  terreins  d'alluvions 
nouvelles;  les  débordemens  sont  fréquens. 

A  cinq  lieues  de  Rio  -Pardo ,  sur  la  rive  gauche 
du  Jacuy ,  il  existe  une  petite  carrière  de  calcaire 
grosffler,  noirâtre,  dont  on  fait  d'assez  bonne 
chaux.  De  l'autre  bord  de  la  rivière,  on  extrait 
\me  pierre  meulière  grise  dont  on  pave  les  trot- 
toirs et  les  cours  de  Rio-Pardo ,  mais  le  ciment  eti 
est  si  peu  tenace  qu'on  en  détache  des  particules 
en  marchant,  lorsqu'il  pleut. 

Nous  arrêtâmes  à  k  fin  du  jour  au  vâlage  de 


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—  467  — 

SaniO'Amaro ,  à  moitié  chemin  de  Porto-Alègre 
à  RioPardo;  il  était  jadis  commerçant,  mais  il 
s'appauvrit  maintenant  de  plus  en  plus;  il  e&t 
cependant  agi^éablement  situé  sur  des  coteaux 
élevés  bordant  la  rive  gauche  du  Jacuy.  On  y 
remarque  une  église  asse;^  belle  et  quelques  mai- 
sons particulières  bien  construites. 

Après  avoir  laissé  sur  notre  gauche  Fregue- 
sia^Noi^a,  village  situé  au  confluent  du  Tacuarj-. 
Giiazuj  rivière  de  troisième  ordre,  nous  passâ- 
mes devant  les  Charqueadas  :  sur  plus  d'une  lieue 
d'étendue  (rive  droite  du  Jacuy)  on  a  fonné 
beaucoup  d'établîssemens  dans  le  genre  des  Sala- 
deros  de  Buenos- Ayrcs ,  mais  montés  sur  im 
meilleur  pied,  aux  quels  ont  a  joint  la  fonderie 
des  graisses  ;  c'est-à-dire  des  graisses  proprement 
dites ,  car  le  suif  en  branche  se  pile  encore  dans 
des  barrils  ou  des  cuirs  et  s'expédie  ainsi  dans  les 
divers  ports  du  Brésil.  Il  y  a  à  la  Charqueada  de 
très-belles  maisons ,  solidement  construites  et  or- 
nées de  jardins  ;  j'en  remarquai  une,  entre  autres, 
ayant  l'air  d'un  édifice  public,  tant  elle  est  vaste. 
On  voit  que  ces  usines  prospèrent ,  à  la  manière 
dont  elles  sont  tenues  et  à  l'activité  qui  y  règne  ; 
il  y  avait  alors  cinq  navires  en  chargement,  pou- 
vant porter  depuis  cinquante  jusqu'à  quatre-vingts 
tonneaux. 


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—  468  — 

Lors  du  débordement  extraordinaire  qui  eut 
lieu  par  toute  la  proTince ,  à  la  fin  de  1833  ,  la 
Charqueada  fixt  submergée^  ce  qui  occasionna 
de  grandes  pertes;  mais  il  y  avait  fort  long-tems 
que  cela  n'était  arrivé  ;  le  terrein  est  d'ailleurs  un 
peu  plus  élevé  là  qu'aux  environs. 

Le  cours  du  Jacuy  est  sinueux,  tournant  sou- 
vent de  l'est  au  nord  ;  il  est  interrompu  par  de 
longues  lies  de  sable  blanc,  si  basses  qu'elles  pa- 
raissent &  peine  à  fleur  d'eau.  Des  arbres  grêles, 
peu  élevés,  couverts  de  plantes  parasites,  de 
mousses  lichéneuses,  de  longues  barbes  etc.  en 
encombrent  les  bords.  Â  partir  de  la  Charqueada 
vers  l'est ,  les  arbres  ont  un  peu  plus  de  grosseur 
et  d'élévation. 

Le  20,  vers  onze  heures ,  le  vent  souffla  forte- 
tement  de  l' ouest-nord-ouest.  Nous  arrivâmes  à 
Porto-Alègreàmidi.  Nous  avions  parcouru  trente 
lieues  portugaises  en  vingt  hernies,  mais  le  vent 
n'avait  été  favorable  que  pendant  six  heures. 

Quelques  lieues  avant  d'arriver,  on  aperçoit 
Porto- Alègre  ;  celle  ville  semble  flanquée  par  des 
momes  élevés;  ils  en  sont  cependant  à  plus  d'une 
lieue  de  distance.  Le  Jacuy  se  divise  eu  deux  bras, 


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—  469  -- 

Fun  coulant  au  nord-est  et  l'autre  au  sud-est;  le 
gondolier  prit  celui-ci  comme  étant  le  plus  court. 
L'intervalle  des  deux  bras  est  rempli  par  des  îles 
cultiyées  et  habitées,  ainsi  cjue  l'une  et  l'autre 
rives. 


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^rmième  |)aDCtie. 


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—  474  — 

des  satellites  officieux  se  cliargent  du  soin  de  les 
répandre  aussi  également  que  les  intdligences  le 
permettent;  voyez  quel  ciel  et  quels  sites!  c'est 
un  ciel  dltalie  ;  ce  sont  des  sites  et  une  végéta- 
tion de  Provence  :  nous  sommes  à  Porto- Alègre! 
Humanisons-nous ,  essayons  de  décrire  vulgaire- 
ment le  pittoresque  d'une  ville  du  Brésil ,  dont 
le  nom,  certainement  heureux,  est  cependant 
loin  de  donner  ime  idée. 

A  l'extrémité  d'une  colline  venant  de  Test ,  sons 
le  50™«  parallèle  de  latitude  australe  et  le  34™»  de- 
gré delongitude  occidentale  du  méridien  de  Paris, 
s'élève  en  amphithéâtre ,  sur  une  pente  d'environ 
soixante  mètres,  la  jolie  petite  ville  de  Porto- Alè- 
gre,  dont  les  toits  roses  un  peu  relevés  et  saillans, 
se  détachent  admirablement  en  couronnant  des 
maisons  blanches,  ou  jaunes,  d'une  architecture 
simple  et  gracieuse. 

Cinq  rivières,  apportant  le  tribut  de  leurs  eaux 
fécondes  et  se  réunissant  là,  pour  former  le  Rio- 
Grande-doSid j  présentent,  en  £ace  de  la  viUe, 
im  vaste  bassin,  parsemé  d'ilesnombreuses ,  très- 
boisées  ,  peuplées  d'habitations  champêtres.  En 
arrière  de  la  ville,  ou  de  la  colline,  à  distance 
d'une  lieue  j  un  chaînon  de  mornes  élevés  de 


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—  475  — 

deux  cents  mètres  (plus  ou  moins)  décrit  un  demi- 
cercle  et  se  dirige  au  sud ,  en  bordant  inégale- 
ment le  fleuve  Tespace  de  huit  à  neuf  lieues.  En- 
tre ce  chaînon  de  mornes  et  la  ville,  s'étend  une 
plaine  basse ,  unie ,  de  trois  à  quatre  lieues  de 
circuit ,  se  trouvant  enclavée  par  les  montagnes 
du  sud,  par  des  coteaux  à  Test  et  au  nord,  et  par 
le  Rio'Grande  à  l'ouest,  lequel,  fier  du  volume 
de  ses  eaux ,  prend  son  cours  majestueusement 
vers  le  sud ,  à  travers  des  roches  de  conglomé- 
rats ,  et  va  former  dans  sa  course  le  Lagoa  dos 
Patos,  dont  je  parlerai  dans  la  suite, 

A  vrai  dire ,  la  position  de  Porto- Alègre  est  au 
milieu  de  deux  grandes  baies  séparées  par  la  col- 
line sur  laquelle  la  ville  est  assise  :  Tune  au  nord, 
formant  la  rade  et  le  port,  l'autre  au  sud,  aban- 
donnée en  partie  par  les  eaux  et  formant  déjà 
comme  ime  ville-basse  embellie  par  des  -jardins , 
des  prairies,  des  usinas,  etc.  Userait,  connue 
on  voit ,  très  -  facile  de  former  une  île  de  Porto- 
Alègre  en  coupant  la  colline  à  l'est,  et  ouvrant 
un  canal  de  jonction  avec  un  ruisseau  serpen- 
tant dans  la  plaine. 

Voulez-vous  jouir  maintenant  d'un  spectacle 
comme  on  en  donne  peu,  même  Ai  Grand-Opéra  ? 


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—  476  — 

rendez-vous  sur  le  point  le  plus  élevé  de  la  colline, 
sur  la  place  principale  :  vous  aurez  au-dessous  de 
vous,  au  nord ,  (qui  comme  vous  le  savez  est  le 
midi  de  Thémisphère  austral)  la  ville  se  dérou- 
lant en  talus  ;  la  rade  couverte  de  navires;  les 
îles  et  le  cours  sinueux  des  cinq  rivières  s' éten- 
dant exactement  comme  une  main  ouverte,  dont 
les  doigts  seraient  écartés;  puis,  les  maisons  de 
plaisance  bordant  en  demi-cercle  le  rivage  om- 
bragé de  la  baie,  les  vallons  boisés  se  prolongeant 
parallèlement  aux  collines  du  nord-est,  iaiVaar^em 
ou  plaine  en  arrière  de  la  ville ,  avec  ses  jardins, 
ses  plantations  d'orangers,  de  bananiers,  de  pal- 
miers ,  de  cactus,  tous  entourés  de  haies  épaisses, 
de  mimosas  jaunes,  rouges,  violets  ou  blancs, 
presque  toujours  couverts  de  fleurs;  et  encore 
au-delà  de  cette  plaine  du  sud ,  reposant  si  agréa- 
blement la  vue ,  de  jolies  maisons  de  campagne 
(quintasj  ckacaras^  om  fazendas)  bien  Mties, 
pittoresquement  placées  sur  la  pente  des  mornes. 

Supposez  que  vous  avez  choisi  pour  jouir  de 
ce  tableau  délicieux  une  de  ces  bdles  journées  si 
communes  sous  cette  superbe  zone,  un  tems  calme 
rheiu*e  où  Zéphire  Ëdt  la  siesta ,  ce  moment  qui 
transmet  au  bassin  et  au  fleuve  même  Fapparence 
d'un  immense  «liroir ,  ce  sera  pour  vous  un  pa- 


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—  477  — 
ïiorama  des  plus  pittoresques  et  des  plus  animés. 
Tout  ce  que  vous  avez  vu  se  double  en  se  réflé- 
chissant :  les  lies  et  leurs  bestiaux^  les  maisons  et 
leurs  plantations  de  la  zone  torride ,  les  navires  à 
la  voile  et  une  foule  d'élégantes  gondoles,  ba- 
riolées de  couleurs  vives ,  sillonnant  les  cinq  con- 
fluens.  Enfin ,  en  reportant  vos  regards  à  l'hori- 
zon, vers  le  nord ,  vous  voyez  (si  vous  n'êtes  pas 
myope),  à  distance  de  quinze  lieues,  la  chainede 
montagnes  de  la  Serra-Grande^  qu'une  atmos- 
phère vaporeuse  voile  en  partie,  par  une  coquet- 
terie toute  féminine ,  comme  pour  irriter  notre 
curiosité. 

Sachez  qu'on  ne  jouit  pas  seulement  d'une  vue 
agréable  à  Porto-Alègre,  on  y  jouit  encore  d'une 
bonne  santé;  jamais  climat  ne  fut  plus  convena- 
ble à  des  Européens.  Ce  ne  sont  pas  les  chaleurs 
suffoquantes  ^{a^raiia  de  Rio-Janeiro>  les  pohade- 
ras  et  les  nuits  froides  de  Buenos- Ayres  ;  c'est  un 
air  tempéré ,  embaumé ,  pur  et  salubre  ;  aussi  les 
médecins  n'y  font-ils  pas  fortune  !  Les  pharma- 
ciens même  y  sont  réduits  à  se  feire  parfumeurs  » . 


1  MÉTÉOROLOGIE. — Les  saisons  commencent  è  être  marquées  et 
à  faire  sentir  leur  influence  dans  cette  partie  du  Brésil  ;  néanmoins , 
j*ai  remarqué  une  transition  brusque  entre  la  chaleur  et  le  froid  ;  cela 
peut  s'attribuer  à  Tinfluence  du  vent  minuano  ou  pampero  (sud-ouest), 


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—  478  — 

J'ai  déjà  dit  que  les  édifices ,  quoique  d'une 
architecture  simple,  n étaient  pas  dépourvus 
d- élégance  ;  ceci  s'applique  aux  maisons  de  nou- 
velle construction.  Bâties  en  briques  et  en  pierre 
de  taille,  elles  sont  généralement  à  un  seul  étage, 
jnais  très-élevées ,  d'une  forme  le  plus  souvent 
carrée ,  percées  d'un  grand  nombre  de  fenêtres 
au  premier ,  et  seulement  de  portes  au  rez-de- 
chaussée  ;  celles-ci,  dont  la  hauteur  est  de  quinze 
à  dix-huit  pieds ,  sont  étroites  et  multipliées  ;  les 
croisées  ont  aussi  beaucoup  d'élévation^  elles  sont 
généralement  doubles ,  à  deux  battans  ,  cintrées, 
à  grands  vitraux  diversement  taillés  en  losange , 

qai  après  avoir  passé  sur  la  Cordillera  des  Andes  du  Chili ,  et  traversé 
les  Pampas^  vient  refroidir  subitement  Tatmosphère.  Ce  phénomène  a 
lieu  vers  la  fin  de  mai  ;  alors  une  partie  des  végétaux  ligneax  perd 
ses  feuilles  :  on  peut  évaluer  au  quarts  le  nombre  des  arbres  forestiers 
se  dépouillant  complètement  pendant  la  saison  froide.  L*eaa  gèle 
quelquefois  dans  les  mois  de  juin  et  de  juiUet. 

Voici ,  du  reste ,  le  résultat  de  quelques  observations  météorologi- 
ques faites  pendant  mon  séjour  à  Porto-Alègre  :  les  quatre  mois  sni- 
vans  correspondent  à  Taulomne  et  k  nne  partie  deVhiver. 

Mars.  -—  Vingt-deux  jours  de  beau  lems,  qvatre  jours  sébsleux  , 
cinq  jours  d'orage  et  de  pluie  abondante.  Maximum  de  chaleur,  25'  ijZ- 
minimum  12*  1/3  Rr  ;  vent  dominant,  £.,  variable  du  N.  E.  au  S.-F. 

Avril, — Treize  jours  de  beau  tems,  dix  brumeux,  jusqu'à  dix  heures 
du  matin  ;  trois  jours  de  pluie  fine,  quatre  jours  orageux.  Maximum 
de  chaleur,  23*;  minimum  12*  1/4;  vent  dominant,  S.-E.  et  S. 

Mai.  —  Seize  jours  de  beau  tems ,  sept  brumeux  le  malin,  six  de 
pluie  ou  vent,  deux  de  forte  pluie;  maximum  de  dialenr  22*  1/4  ;  mini- 
mum 2*;  vent  dominant  S.  S.-E. 


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—  479  — 

en  earré,  en  hexagone  ou  en  octogone.  Un  balcon 
en  fer  bien  découpé,  souvent  doré,  occupe  toute 
la  façade,  qudques  arceaux  légers  le  surmontent 
de  distance  en  distance,  pour  recevoir,  à  Fépoque 
des  chaleurs ,  une  tente  festonnée.  Le  toit ,  cou- 
vert de  tuiles  rondes ,  déborde,  en  relevant  à  la 
manière  des  toits  chinois  une  corniche  bien 
sculptée  ;  cette  partie  saillante  du  toit  est  peinte 
en  rouge  et  tranche  admirablement  sur  les  .mou- 
lures de  la  corniche  peinte  en  blanc. 

Les  maisons  d'ancienne  constructionsont  basses, 
garnies  de  croisées  à  coulisses  et  de  portes  à  ja- 
lousies ;  mais  depuis  que  don  Pedro  l®'  fit  abattre. 

Juin.  —  Vingt  jours  de  beau  tems ,  cinq  de  brouillards ,  quatre  de 
pluie,  un  d'orage.  Maximum  de  chaleur  18*  et  minimum  0. — ^Vent  do- 
minant S. 

GÉOLOGIE.— Le  sol  de  Porto-Alègre,  semblable  à  celui  de  Monté- 
yidèo,  me  parait  être  un  sol  primordial  décomposé  sur  place  et  modifié 
par  les  cataclysmes  des  périodes  diluvienne  et  aDuvienne  ;  ces  décom- 
positions auraient  donné  naissance  k  des  terrains  tertiaires^  et, 
conséquemment,  à  un  sol  de  transport  et  de  sédiment.  Au  reste,  je 
vais  tâcher  de  mettre  les  géologues  à  même  de  se  former  une  opinion 
plus  précise ,  en  indiquant  la  nature  des  roches  composant  les  divers 
terrains  que  j'ai  observés  aux  environs  de  la  ville ,  et  dont  j^ai  déposé 
des  échantillons  au  Muséum  de  Paris. 

Les  mornes  les  plus  élevés  du  sud  de  la  plaine  sont  formés  de  mas- 
ses volumineuses  et  de  fragmens  de  petjmatito  rosùtre  décomposée 
(no  46),  unis  k  de  Targile  ferrugineuse.  On  voit ,  avec  étonnement , 
sur  la  cime  de  ces  hauteurs,  d'énormes  blocs  de  conglomérats  (brèches), 
arrondis  et  durcis  extérieurement  parle  frottement  des  eaux.  U  est  à 


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—  480  — 

un  jour  de  mauvaise  humeur ,  toutes  les  raturas 
de  RionJaneiro,  elles  disparaissent  aussi,  peu-à- 
peu,  dans  les  autres  villes  de  Tempire. 

Rien  de  plus  désagréable  à  voir  que  ces  rotu- 
lasj  espèces  de  portes  ou  croisées  à  claire- voie, 
fesant  l'ofEce  de  jalousie:  figurez  vous  une  lon- 
gue rue  garnie  de  chaque  côté  par  des  rotulas^ 
servant- de  retranchement,  de  parapet,  de  che- 
min couvert  {des  balcons  entiers  en  étaient  gar- 
nis! )  et  de  parasol  à  de  jolis  minois...  (Du  moins 
vous  aimez  à  les  supposer  tels),  que  vous  enten- 
dez ricaner  à  vos  dépens  sans  pouvoir  même  vous 
venger  par  un  regard  d'admiration  ou  de  dédain! 

croire  qu'ils  auront  été  roulés  par  les  courans  des  hauteurs  de  f^iamon, 
k  trois  lieues  dans  Test  ;  quoique  plusieurs  Talions  profonds  interroni- 
peut  à  présent  la  chaîne  qui  devait  lier  ce  groupe  de  montagnes. 

Toute  la  plaine  et  les  vallons  situés  contre  les  mornes  et  la  ville  sont 
composés  d'argile  limoneuse  et  d'argile  plastique ,  avec  lesquelles  on 
fabrique  beaucoup  de  tuile  ronde,  de  la  brique,  et  surtout  de  la  pote- 
rie d'une  excellente  qualité  ;  Porto  Alégre  est  même  renommé  pour 
cette  dernière  fabrication.  —  Le  rivage  et  les  ravins  sont  couverts  de 
graviers  et  de  sables  micacés. 

La  base  de  la  colline  sur  laquelle  est  assise  la  ville,  est  en  partie  une 
roche  massive  de  pegmatUe  d  gros  grains  avec  mica  k  grandes  lames 
(  n.  17  ) ,  qu'on  voit  s'enfoncer  sous  le  fleuve,  vers  rextrémité  sud- 
ouest  de  cette  colline  ;  et  en  partie  de  gneiss  contenant  beaucoup  de 
quarts  (  17  bis.  )  La  colline  entière  est  composée  de  débris  de  quarts 
et  de  Mica ,  résultant  de  la  désagrégation  et  décomposition  de  la 
pegniatite  n.  17.  Cette  roche  plus  ou  moins  friable  ayant  plus  de  dem 
cents  pieds  d'élévation  et  reposant  sur  la  pegmatite  non  altérée  n.  17, 


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— .  481  — 

Vous  êtes  seul  dans  cette  rue,  car  vous  ne 
pouvez  pas  décemment,  malgré  le  haut  degré  de 
votre  philantropie,  vous  croire  en  société  au 
milieu  de  nègres  abrutis  ^  circulant  péle-mêle 
avec  les  boucs  et  les  chèvres  dont  les  rues  sont 
encombrées;  vous  vous  croyez  donc  seul  avec 
vous-même  en  voyant  tout  barricadé  autour  de 
vous;  eh  bien,  pas  du  tout!  au  moment  où  vous 
y  pensez  le  moins,  une  immense  rotula  s'ouvre 
pour  laisser  passer  un  gros  rire  bête,  puis  cette 
rotula  se  referme  précipitanunent  comme  si  vous 

étiez  colporteur  du  choléra-morbus N'aUez 

pas  crier  à  l'indécence ,  au  moins  !    N'aUez  pas 
non  plus  vous  fâcher  î  On  vous  rirait  au  nez  sans 

est  (ra\ersé  horizontalement  par  des  filons  de  kaolin  rougeâtre, 
((iiartzirère  et  micacé,  provenant  de  la  décomposition  du  feldspath  de 
lapegmatite  (n.  17).  Il  y  a  aussi  de  petits  amas  d'aryih  bolaire  sirati. 
forme  provenant ,  vraisemblablement,  d'une  roche  pétrosiliceuse  dé- 
composée. Le  Mica  lamelliforme  ou  pulvérulent  est  si  abondant ,  si 
brillant  à  la  surface  du  sol,  que  bien  des  gens,  ti'ompés  par  l'apparence, 
ont  cm  que  cette  belle  colline  contonait  une  mine  d'or  ou  d'argent. 
A  quelque  lieues  dans  l'est  de  Porto- Alègre  on  exploite  un  banc  de 
-porphyre  pétronliceus  ordinaire,  d'un  brun  rougeAtre  clair,  en  niasse 
subordonnée  au  milieu  de  la  décomposition  des  autres  roches  déjà 
citées.  Il  est  employé  au  pavage  des  rues  avec  un  poudingue  composé 
de  galets  agglutinés  par  un  ciment  assez  dur.  La  pierre  de  taille  dont 
est  parée  la  devanture  des  édifices  est  une  méiasite  rougeâtre  (  grès 
(|iiarl/.eiiK  avec  kaolin  )  extraite  à  peu  de  distance  de  la  ville.  £nfin  on 
trouve  encore  aux  environs,  des  masses  subordonnées  au  sol  de  tians- 
port  de  diorite  grisâtre  à  grains  fins,  contenant  très-peu  d'cimphibole, 
employée,  comme  le  porphyre  pétrosiliceux,  soit  au  pavage  des  rues  , 
ao'il  aux  fondations  des  édifices. 

51 


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—  482  — 

cérémonie ,  car  la  rate  s'épanouit  &cileiDent  dans 
cet  heureux  climat Passes  vite,  passez,  con- 
tentez-vous  de  maudire  en  secret  la  barbarie  des 
Portugais  qui ,  confinant  ainsi  leurs  fensunes  dans 
des  espèces  de  harems  les  rendent  si  ignorantes , 
si  ridicules,  que  la  vue  d'un  étranger  est  pour 
elles  une  ombre  chinoise,  une  fantasmagorie  ! 
Tel  était  pourtant  Rio- Janeiro  avant  rarriyée  de 
don  Pedro ,  et  telles  sont  encore  une  infiaiilé  de 
petites  Tilles  de  l'intérieur. 

Il  faut  se  hâter  de  dire  qu*à  Porto- Alègre  on 
n  éprouve  pas  tout-à-fait  les  n&émes  mystifica- 
tions ;  les  Portugais  et  les  Brésiliens  n'y  sont  pas 
moins  jaloux,  il  est  vrai,  qu'à  Rio^  à  Bahia,  à 
Feniamboiu*g  ou  ailleurs ,  mais  leur  jalousie  ne 


Il  n*e»ste  pas  de  cakaire  aux  enTiroiis,  àa  bumiisob  n*«  pa  { 
en  découvrir  malgré  les  recherches  soigneuses  qui  ont  èlë  faîtes  du» 
ce  but.  La  chaux  employée  à  la  oonstruclion  d^  maisoiis  vient  de 
Sainte-Catherine ,  où  ,  Ui  même ,  on  ne  robtient  que  de  la  càlcteatioD 
des  coquilles  de  la  mer  * 

L'eau  surgit  de  toutes  parts  an  pied  de  la  oothne  ;  il  sont  de  creu- 
ser de  quelques  pouces  pour  Tobtenir  abondamaMOty  onis  on  hii  pré- 
fère Veau  du  fleuve. 

Je  n'ai  tronvé  aucun  osaement  fossile  aux  environa  de  Poalo-Alégra 
et  je  n'ai  pas  connaissance  que  d'autres  aient  été  plna  henrcoK  dans 
leurs  recherches. 

*  Cependant  le  docteur  FrMéric  SlUow  a  d^oarert^eB  isso^dana  k  pimijne 
de  Saiate-CatheriBe ,  au  pied  de  la  S^rm-do'Mmr  denz  carrîàrei  4a  BMriMe  de  la 
plui  belle  qualité  ;  l'ane  eat  du  mariire  rou$e  compacu,  et  l'avlra  ^  i 
hlane  sacehmroide  (  ou  ctatuaire  )  ;  mai*  point  da  calcaivt  eoHBwn. 


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— .  483  — 

se  manifeste  plus  d'une  manière  aussi  choquante. 
Le  voisinage  des  CasteUanos  (  c'est  ainsi  qu'ils  dé- 
signent les  habitans  des  provinces  de  la  Plata) 
contribue  pour  beaucoup  à  modifier  leurs 
moeurs  ottomanes.  Le  tems  n'est  pas  éloigné  où 
les  femmes  de  cette  partie  intéressante  du  Brésil 
obtiendront  la  somme  de  liberté  dont  jouissent 
les  Montéyidéennes  et  les  Buenos  -  ayréennes  ; 
mais  cette  heureuse  époque  n'est  pas  encore  ve- 
nue,  et,  en  attendant^  elles  subissent  toujours  le 
joug  de  leurs  ennuyeux  maris,  je  pourrais  dire  de 
leurs  tyrans  domestiques,  espèces  d'Argus  vigilans 
qui ,  non  contens  de  les  maintenir  dans  la  plus 
honteuse  ignorance,  les  confinent  encore  dans 
im  appartement  reculé  >  comme  des  esclaves  de 
l'hyménée....  Il  est  fort  difficile  d'être  introduit 
dans  ce  sanctuaire  mystérieux  :  la  sévérité  des 
maris  ne  se  relâche  un  peu  que  lorsqu'un  étran- 
ger, a{M:ès  avoir  séjourné  quelque  tems  dans  la 
ville ,  prouve  par  sa  bonne  conduite ,  qu'il  peut* 
être  présenté  sans  danger  à  la  Êunille  du  brésilien 
auquel  il  a  été  recommandé ,  ou  dont  il  a  £iit  la 
connaissance.  Alors,  le  sanctuaire  lui  est  ouvert, 
mais  il  ne  doit  user  de  cette  faveur  insigne  qu  a- 
vec  la  plus  grande  réserve,  la  plus  grande  cir- 
conspection    Malheur  !  Catastrophe  !    à  celui 

qui  trahirait  la  confiance  d'un  Argus  brésilien... 


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_  484  — 

Une  volée  de  bois  vert  serait  le  minimum  de  la 
poine  encourue  par  son  abus  de  confiance. 

Le  caractère  ombrageux  et  excessivement  ja- 
loux des  Brésiliens  contribue  donc  à  l'isolement 
auquel  leurs  femmes  paraissent  être  condam- 
nées à  vivre  encore  quelque  tems.  J'en  ai  connu 
d'enjouées,  de  jolies,  d'aimables,  de....  j'allais 
dire  gracieuses,  lesquelles  n'auraient  pas  demandé 
mieux  que  d^aUer  souvent  à  la  promenade,  en 
société,  et  d'embellir,  d'animer  par  leur  présence 
les  réunions  d'hommes  que  je  trouvais  fort  tristes 
et  souvent  insipides ,  pour  ne  pas  dire  maus- 
sades.—  0  Voltaire!  ô  Légouvé!  ô  madame  de 
Staël  !  Pourquoi  vos  éloquentes  réponses  aux  sa- 
tyres aussi  injustes  que  mordantes  des  Juvénal  et 
des  Boileau  ne  peuvent-elles  être  lues  par  toutes 
les  Brésiliennes!  Elles  en  acquerraient  du  moins 
un  juste  sentiment  d'amour-propre,  de  noble  di- 
•  gnité  qui  leur  révélerait  ce  qu  elles  valent ,  ou  ce 
qu  eUes  peuvent  valoir ,  et  leiu*  bouche  ne  reste- 
rait pas  muette  quand  les  lourds  sophistes  du 
gothique  Portugal  prétendent  leur  inculquer  des 
principes  réprouvés  du  monde  civilisé  '. 


1  Voltaire  a  dit  :  «  La  société  dépend  des  femmes.  Tous  les  peuples 
qui  ont  le  malheur  de  les  enfermer  sont  insociables.  » 


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—  485  — 

Porto- Alègre  est  une  vifle  toute  neuve;  elle  ne 
compte  pas  plus  d'une  soixantaine  d'années  de 
fondation;  peu  avant  cette  époque  son  emplace- 
ment était  couvert  de  forêts  sombres,  donnant 
asile  à  des  jaguars,  des  tamanduas,  des  cou- 
gouars et  des  caïmans;  à  présent  c'est  la  capitale 
de  la  province  de  Rio-Grande-do-Sul  ou  de  San- 
Pedro  ;  elle  peut  avoir  douze  mille  habitans  , 
mais  elles  compte  bien  quinze  mille  ames^  à  cause 
de  la  population  flottante  d'étrangers  qui  viennent 
de  toutes  parts  poiu*  y  commercer  temporaire- 
ment. C'est  surtout  dans  ces  dernières  années 
qu'eUe  a  conunencé  à  prendre  un  accroissement 
rapide,  qui  va  toujours  en  augmentant  :  je  ne 
restai  pas  peu  émerveillé  quand  on  m'assura 
qu'il  y  a  deux  ans,  il  s'y  bâtissait  une  maison  par 
jour! 

La  ville  est  aussi  régulière  que  peut  le  permettre 
l'inégalité  d'ime  colline  un  peu  raide ,  surtout 
▼ers  le  haut.  On  s'occupe  d'ailleurs,  chaque  jour, 
de  niveler  le  terrein  et  d'aligner  les  rues;  elles 
sont  toutes  bordées  de  trottoirs  et  dirigées  vers 
les  quatre  points  cardinaux  ;  celles  qui  vont  nord 
et  sud  sont  les  moins  mgréables  à  fréquenter,  vu 
qu'elles  sont  dans  le  sens  de  la  hauteur.  Celles 
qui  sont  parallèles  à  la  direction   de   la  colline 


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—  486  — 

iODt  plus  beUes;  deux^enfre  autres,  la  rue  da 
Praia  (de  la  plage)  et  celle  da  Iglesia  (de  Fégiise) 
sont  remarquables  par  le  grand  nombre  de  jo- 
lies maisons  qu'on  y  voit.  La  première,  tout-à* 
Élit  dans  le  bas^  est  la  plus  commerçante;  c'est  là 
que  sont  les  magasins  et  les  principales  maisons 
de  commerce.  L'autre  est  sur  le  plateau  de  h 
colline:  on  y  trouTe  la  maison  du  gouremement 
de  la  province,  la  trésorerie,  Féglise  principale, 
tous  édifices  n  ayant  de  remarquable  que  leur 
extrême  simplicité*  C'est  aussi  le  rendea-yous  du 
beau  monde  dans  les  jours  de  fêtes  civiles  ou  re- 
ligieuses; on  y  vient  jouir  de  la  fraicbeur  d'une 
beUe  nuit  et  du  coup-d'œil  encbanteur,  dont  j'ai 
essayé  de  donner  une  idée. 

Tout-à-Êdt  dans  le  bas  de  la  ville  j  au  bord  de 
l'eau,  on  a  construit  et  l'on  construit  encore 
journellement  d'assez  belles  maisons  ;  ce  sont  cel- 
les du  port ,  exposées  par  fois  à  des  inondations, 
comme  il  est  arrivé  à  la  fin  de  1S33;  mais  un 
plan  était  définitivement  arrêté  pour  £3rmer  des 
quais  ;  par  ce  moyen  on  espère  reculer  beaucoup 
les  eaux  et  augmenter  d'autant  l'emplacement 
de  la  ville. 

Au  bord  du  fleuve  est  bâtie  la  douane,  édifice 


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—  487  — 
carrée  solidement  constniit,  et  disposé  pour  le 
plus  grand  avantage  du  commerce  :  de  la  porte 
donnant  sur  le  quai,  part  une  jetée  ou  môle  en 
bois,  supporté  par  des  piliers  en  maçonnerie ,  et 
se  prolongeant  d'une  centaine  de  pas  dans  le 
fleuve ,  ou  plutôt  dans  le  bassin  donnant  naissance 
au  fleuve.  A  l'extrémité  du  môle  est  un  vaste 
hangar  où  l'on  a  placé  des  grues;  les  navires 
peuvent  accoster  le  long  de  ce  hangar  pour  j 
charger  ou  décharger  leurs  marchandises.  Les 
&rdeaux,    quelque  pesans  qu'ils  soient,   sont 
transportés  par  des  nègres  dans  la  cour  de  la 
douane  pour  j  être  visités;  de  là  d'autres  nègres 
(car  la  race  africaine  £ùt  au  Brésil  l'office  de  che- 
vaux et  de  mulets)  les  transportent  à  leur  desti- 
nation.  J'aurai  occasion,  un  peu  plus  loin,  de 
dire  un  mot  sur  le  sort  des  esclaves  dans  la  pro- 
vince de  Rio^Grande.  Des  voyageurs  qui  avaient 
été  témoins  de  la  barbarie  impitoyable  des  co- 
lons finançais  et  anglais  ont  pu  trouver  le  joug  des 
esclaves  plus  supportable  au  Brésil;  mais  moi  qui 
ai  vu  les  nègres  libres ,  industrieux  ^fesant  vi^re 
les  bkmcs,   au  rang  (t hommes  enfin,  dans  la  ré- 
publique Argentine  et  la  Banda-Oriental ,  qu'il 
me  soit  permis   de  trouver  leur  sort  déplorable 
au  Brésil  et  de  dévoiler  l'infamie  des  Européens 
qui  n'ont  pas  honte  de  pousser  l'immoralité  jus- 


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—  488  — 

quà  faire  encore  clandestinement  le  commerce  de 
chair  humaine!!!...  O  yénérable  abbé  de  Pradt! 
VOUS'  eussiez  gémi  comme  moi,  en  yoyant  les 
scènes  affligeantes  dont  j'ai  été  témoin,  mais  TOtre 
indignation,  tos  gémissemens  eussent  retenti 
comme  la  foudre  parmi  ces  hommes  qui  osent  se 
dire  civïUsës ,  tandis  que  les  miens  n'auront ,  peut^ 
être,  d'écho  que  dans  l'âme  de  quelques  hom- 
mes aussi  sensibles,  mais  aussi  obscurs  que  moi* 

Il  y  a  cinq  églises  à  Porto-Alègre,  un  hôpital, 
une  maison  de  bienfaisance,  un  arsenal,  deux 
casernes  et  une  prison  nouyellement  construite. 
Il  y  a  d'autres  édifices  publics  en  prtjet;  un  plan 
a  été  proposé  pour  &ire  de  la  plaine ,  appelée 
Vargémj  une  basse-ville;  on  y  édifierait  un  mu- 
séum avec  un  jardin  botanique.  Porto-Âlègre, 
deviendra  certainement,  parla  suite,  une  des 
plus  belles  villes  du  Brésil  et  en  même  tems  une 
des  plus  importantes  sous  le  rapport  commercial. 

L'éducation  est  fort  négligée  dans  la  province 
de  Rio-Grande,  et  cela  se  reconnaît  tout  d'abord; 
les  jeunes  gens  destinés  au  barreau,  à  la  médecine 
ou  au  sacerdoce ,  sont  envoyés  à  l'iuiiversité  de 
5oo-Pai/io  (Saint  -  Paul).  Il  n'y  avait  que  des 
écoles  primaîres-élcmentaires  à  Porto-Alègre,  lors 


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~  489  — 

de  mon  passage  ;  cependant  un  Portugais  d'Eu- 
rope (M.  Gomez),  conjointement  avec  un  jeune 
belge  (M.  Giélis)  venait  d'établir  une  école  pri- 
maire-supérieure ;  les  talens  et  le  zèle  de  ces  pro- 
fesseurs contribueront,  je  Fespère,  à  répandre  le 
goût  de  l'instruction,  trop  généralement  étoufl^ 
par  une  passion  effi*énée  pour  le  jeu  et  la  dé* 
bauche  *. 

11  s'y  fait  quatre  ou  cinq  journaux  périodi- 
ques entièrement  consacrés  à  la  politique  :  les 
babitans  de  Porto- Alègre,  de  même  que  tous 
ceux  des  autres  villes  de  l'empire ,  sont  divisés 
en  deux  partis,  celui  des  Carcanurus* ,  compre- 
nant tous  les  partisans  et  défenseurs  du  gouverne- 
ment monarchique,  et  celui  AesfarrupilJias^ ^  ou 
sans-culottes*,  partisans  du  gouvernement  répu- 
blicain. Lesdernierssontenforce,  comme  partout; 
mais  cette  force  ils  ne  la  connaissent  pas  ;    néan- 

1  Le  vice  affreux  qoi  altira  jadis  la  colère  céleste  sur  Fimpudique 
Sodome  est  avoué  publiquement  par  les  Brésiliens  !!! 

s  Prononcez  caramourou^. 

5  Farroupillas  mouillé.  Les  Portuguais  d'Europe,  détestés  an 
Brésil,  à  cause  de  leur  opposition  à  la  maixlie  progressive  des  peuples, 
sont  appelés  pès  de  chumbo,  pieds  de  plomb,  et  à  leur  tour  ils  donnent 
aux  Brésiliens  le  surnom  de  pès  de  cabra,  pieds  de  chèvre. 

1  Ce  sont  les  patriotes  eux-mêmes*  qui  se  sont  donné  cette  épi- 
tliète. 


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—  490  — 

moins  j  la  majorité  des  Bréâliens  parait  être  pour 
la  république.  Malhenreufiement  ceux-ci  même 
sont  en  dissidence  entre  eux,  les  uns  voulant  adop- 
ter la  forme  itnitiurej  les  autres  la  forme/édéra' 
tipe;  ici  ï^oîsme,  fils  légitime  de  Tignorance  et 
des  petites  passions,  remplace  le  patriotisme.  La 
province  de  Rio-Grande ,  pouvant  se  passer  des 
autres  et  leur  étant,  au  contraire,  elle,  très-utile, 
voudrait  la  fédération,  c'est-à-dire  l'isolement  à- 
peu  -  près  complet;  les  autres  de  se  récrier!  ce 
qui  fait  qu'on  ne  s'entend  gu^.  Cette  difficulté 
de  s'accorder  sur  la/orme  retardera  peut-être  le 
terme  du  mouçemenij  et  amènera  probaUement, 
l'anarchie  entre  les  répubUcains  Bi'ésiliens.  Il  est 
à  craindre  que,  de  même  que  dans  la  confédé- 
ration du  Rio-de-la-Plata ,  l'isolement  ne  soit 
préféré ,  et  que  nous  n'ayons  à  compter  dix -huit 
républiques  au  lieu  d'une*...  Ce  n'est  pas  là  que 
gtt  le  mal  !  c'est  dans  l'anarchie  où  peuvent  être 
entraînés  long-tems  des  peuples  dont  l'éducation 
poUtique  n'estpas  très-avancée.  On  ne  doit  cher- 
cher d'autre  cause  à  ces  dissidences  que  celle  de 
rignorance  crasse  dont  la  politique  étroite  du 
Portugal ,  ou  du  système  colonial  ^  a  cherché  à 
envelopper  le  germe  dés  sentimens  généreux  qui 
perce  souvent  chez  les  Brésiliens,  malgré  leur 
manque  de  lumières. 


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—  49i  — 

Il  n  y  avait  pas  encore  de  théâtre  à  Porto-Alè- 
gre,  car  on  ne  peut,  sans  faire  rougir  Thalie  jus- 
qu'aux oreilles,  donner  ce  nom  à  un  vieux  ma- 
gasin ,  à  demi  souterrain,  où  Ton  joue,  de  tems 
à  autre,  des  comédies  bourgeoises.  Il  y  en  avait 
npi  en  construction ,  qui  sera  très-beau ,  m'a-t-on 
affirmé;  il  esta  regretter  seulement  qu'on  ait 
choisi  le  haut  d'une  rue  (a  rua  do  Om^idor)  de- 
venant une  véritable  cataracte  les  jours  de  pluie. 

Je  suis  £lché  de  le  répéter ,  mais  c'est  une  vé- 
rité qu'il  ne  m'est  pas  permis  de  taire,  les  Brési- 
liennes de  cette  province  ne  sont  ni  belles ,  ni 
gracieuses  ;  en  vain  elles  se  chargent  et  se  surchar* 
gent  de  bijoux,  de  clinquant,  de  fleurs,  de  ba- 
gatelles, tout  cela  n  anime  pas  leur  teint,  ne 
donne  pas  d'expression  à  leurs  yeux,  ni  enfin 
cet  air  de  liberté  dans  les  mouvemens  qui  séduit 
d'abord  chez  les  FortenM  \  On  cherche  en  vain 
à  lire  sur  leur  physionomie  1  état  de  leur  ame , 
elle  n'indique  rien,  pas  même  de  l'ingénuité; 
c'est j  en  public,  une  figure  à! automate^  rien  de 
plus;  voilà  ce  qu'en  ont  fait  les  Portugais! ...  On 
dit  qu'elles  sont  tout  feu  dans  l'intimité,  pas- 
sionnées à  l'excès,  mais  passionnées  pour  elles 

I  Les  femmes  de  Buénos-Ajres  ;  prononcez  partégnas,  mouillé. 


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—  492  — 

mêmes....  Ce  sont  des  dédommagemens  qu'dles 
cherchent  avidement. 

La  grande  parure  est  une  robe  de  salin  blanc, 
brodée  et  lamée  en  or  ou  argent ,  souliers  et  gants 
de  satin,  beaucoup  de  bijoux;  coi£Eure  en  che- 
▼eux  avec  de  dusses  fleurs.  Le  costume  ordi- 
naire est  différent;  quoiqu'elles  suivent  assez  vo- 
lontiers les  modes  fi-ançaises,  elles  aiment  surtout 
les  couleurs  tranchantes,  les  dessins  bizarres. 
Comme  elles  sont  fort  économes  et  sédentaires, 
elles  prennent  le  plus  grand  soin  de  leurs  effets, 
aussi  les  modistes  ne  font^elles  pas  plus  fortune  à 
Porto- Alègre  que  les  apothicaires  !  Un  chapeau 
dure  une  éternité.  Ce  sont,  au  surplus,  les  mo- 
des passées  chez  nous  depuis  six  ans  qui  font 
merveille  au  Brésil.  J'y  ai  vu  de  ces  énormes 
chapeaux  de  sparterie  et  de  taffetas,  surchargés 
de  nœuds  de  ruban  ;  des  manteaux  écossais  ou 
à  la  dame-blanche,  des  robes  rouges,  et  autres 
monstruosités  semblables. 

:  Les  hommes  suivent  aussi  les  modes  parisien- 
nes; ils  sont,  généralement  parlant,  mieux  que 
les  fenmies ,  dans  l'ensemble  de  la  physionomie , 
bien  qu'ils  aient  un  défaut  commun ,  celui  d'a- 
voir un  nez  très  long  et  pointu;  c'est  une  légère 


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—  495  — 

modification  de  celui  des  Portugais,  qui  l'ont, 
eux,  plus  gros  et  charnu.  Les  physiognomonistes 
sayent  déjà  ce  que  cela  signifie. 

Les  églises  sont  très-simples  et  peu  fi:^quentées. 
Il  n'y  a  plus  que  des  dévotes  {beatas)  ou  les 
courtisanes  qui  conservent  encore  le  costume 
noir  et  la  mantille  de  Portugal,  costume  d'église, 
de  rigueur  jadis....  jadis ^  vous  entendez?  Cest- 
à-dire  pendant  ces  beaux  jours  de  la  Sainte  In- 
quisition^ où  non  seulement  il  ËJlait  des  inter 
prêtes  pour  prier  Dieu,  mais  encore  un  costume 
particulier.  Connue  si  celui  qui  créa  Adam  et 
Eve  nus  comme  des  vers,  s'inquiétait  du  costume 
des  pauvres  humains  ! 

S'il  y  a  peu  de  luxe  dans  les  églises,  on  en 
conserve  encore  beaucoup,  par  compensation 
sans  doute ,  dans  les  processions  extérieures.  Les 
fêtes  do  Espiritu  santo ,  (Pentecôte)  se  célèbrent 
avez  pompe  :  c'est  comme  au  tems  du  concile 
de  Trente.  Les  balcons  sont  garnis  de  riches  ta- 
pis de  soie  brochée,  à  fi:*anges  d'or;  les  confise- 
ries bleues  succèdent  aux  confi:'éries  rouges,  celles- 
ci  aux  blanches,  celles-là  aux  grises  etc.,  cha- 
cune d'elles  porte  des  châsses  de  saints,  richement 
ornées;  et  puis,  pendant  trois  jours,  on  vend 


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~  494  — 

publiquement,  à  côté  die  Fëgliseï  AtAchapdeiSy 
des  scapiikures,  des  poules  rdiks,  des  péiisseries^ 
des  liqueurs  etc Vive  Rome  !  ! 

La  manière  dont  voyagent  les  femmes  dans 
cette  proyince,  ainsi  que  dans  tout  le  Brésil,  est 
assez  curieuse  :  elles  ne  se  font  aucun  scrupule 
d'aller  à  cal^ourchon  comme  les  hommes,  et 
pour  cela  elles  portent  de  larges  caleçons  sous 
leurs  robes;  de  plus  elles  sont  yêtues  d'ui^ie  lon- 
gue redingote,  espèce  d'amazone  quelquefois  en 
drap  bleu,  mais  ordinairement  en  indienne  à 
fleurs  où  à  larges  raies.  Elles  ont  pour  coiffiire 
un  immense  chapeau  de  taffetas,  de  feutre  ou 
de  castor,  orné  de  plumes  d'autruche  noires  et 
longues  formant  panache.  Affublées  de  la  sorte 
elles  ressemblent  assez  à  nos  hautes  et  puissantes 
dames  de  la  vieille  noblesse  de  campagne.  Et  ne 
croyez  pas  que  ces  Brésiliennes  des  champs  soient 
sans  une  sorte  de  dignité  naturelle,  au  contraire, 
quoiqu'elles  ne  soient  jamais  sorties  de  leur 
estanciaj  chacara  on/axenda^  qu'elles  n'aient  ja- 
mais abandonné  leurs  vaches,  leurs  plantations 
de  coton,  ou  àejegonsj  que  pour  aller  à  la  petite 
ville  la  plus  voisine ,  et  qu'elles  soient  d'ailleurs 
dans  la  plus  crasse  ignorance  j  elles  ne  laissent  pas 
que  d'avoir,  au  suprême  degré,  leurs  vanités, 
leur  sifsceptibilité ,  leurs  airs  de  hauteur. 


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—  498  — 

Quand  elles  se  mettent  enroyage,  soitponr  dUer 
à  la  ville,  soit  pour  visiter  quelque  voisine,  ce  qui 
arrive  rarement,  elles  affectent  un  grand  hne 
dans  le  enhamachement  de  leur  cheval.  La  bride, 
la  têtière,  le  racado,  les  éperons,  les  étriers  en 
forme  d'encensoir,  tout  cela  est  couvert  d'argent 
massif.  Il  faut  qu'une  femme  soit  bien  misérable 
pour  n  avoir  pas  au  moins  la  caheceira  (têtière), 
les  estnbos  (étriers)  et  les  esporas  (éperons)  d'ar- 
gent. 

Les  hommes  n'affectent  pas  moins  de  luxe  : 
leurs  chevaux  ont  des  croupières,  des  ventrières, 
des  coUiers,  ainsi  que  tout  le  reste  de  l'enhama- 
chement  couverts  de  plaques  d  argent  ;  ils  portent 
encore  à  la  main,  comme  les  Argentins ,  un  petit 
fouet  dont  le  manche,  très-court,  est  d argent 
massif.  Le  manche  et  la  gahie  de  leur  couteau- 
poignard  sont  aussi  d'argent*  Le  costume  des 
hommes  de  k  campagne  est  plus  riche  que  celui 
des  Gauchos  argentins  et  orientalistes  ;  il  consiste 
en  de  fortes  bottes,  un  large  pantalon  de  velours 
bleu-ciel ,  une  jaquette  de  drap  bleu ,  un  ample 
manteau  de  drap  et  un  chapeau  à  très-larges  bords 
relevés  sur  les  côtés,  et  attaché  sous  le  menton 
par  un  cordonnet  terminé  par  deux  glands.  Beau- 
coup portent  dans  l'été  des  jaquettes  d'indienne 


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—  496  — 

de  couleur  et  les  hommes  distingués  portent  une 
redingotte  d'indienne,  espèce  de  robe^e^ham- 
bre*  Tous  sont  armés,  en  voyage,  d'une  longue 
épée  comme  au  tems  de  la  conquête  et  d'une 
paire  de  pistolets,  accrochés  dans  un  ceinturon 
portant  une  petite  giberne. 

Voici  le  nom  des  cinq  rivières  se  réunissant  en 
face  de  Porto- Alègre ,  pour  former  le  fleuve  de 
Rio-Grande  :  le  Jacuy  * ,  le  Cay ,  le  Rio-dosSinas, 
le  Grai^atc^j  et  le  Aac^  (ruisseau).  Le  premier, 
à  l'ouest,  est  la  rivière  principale;  elle  forme 
comme  le  pouce  de  la  main  ouverte.  La  der- 
nière, au  nord-est,  forme  comme  le  petit  doigt; 
celle-ci  seule  n'est  pas  navigable  pour  les  grands 
bateaux. 

Le  commerce  est  actif  à  Porto-Alègre;  j*ai  tou- 
jours vu  une  cinquantaine  de  navires  tant  na- 
tionaux qu'étrangers  occuper  la  rade ,  indépen- 
damment d'une  grande  quantité  de  pirogues  de 
toutes  grandeurs ,  de  chalanas  destinées  au  trans- 
port des  marchandises  sur  les  cinq  rivières  fecili- 


I  On  a  déjÀ  va  que  dans  la  tongoe  des  Guaranis,  la  lettre  JK  signifie 
ri?ière  et  qu'elle  est  souvent  jointe  à  un  nom  caractéristique,  ainsi, 
Jactiy,  signifie  riTÎère  des  Jactis,  espèce  de  fcdsan  ;  Jaguary^  riTière 
du  Jaguar,  on  du  Tigre,  etc. —  Guasu  veut  dire  grand  et  Miri  petit. 


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—  497  — 

tant  si  admirablement  tes  communications  ayec 
rintérienr. 

Le  Jacuf  (prononces  Jacouï)  principalement, 
est  constamment  sillonné  par  des  allèges,  et  d'é- 
légantes gondoles  occupées  au  transport  des  in- 
nombrables productions  d'Europe,  de  rAméri* 
que  du  nord,  ou  des  autres  prûriâces  du  Brésil , 
à  Bh-Pardo  et  à  ^  Cacheirûy  petites  villefii  sus- 
ceptibles de  prendre  beaucoup  d'accroissement  ; 
la  première  surtout  peut  passer  pour  l'entrepôt 
du  nord  de  la  prûtince,  comprenant  la  Serra 
proprement  dite,  et  lès  Missions  de  lUruguay. 

Les  navires  Européens  au  dessous  de  deux 
cents  tonneaux ,  ne  tirant  pas  plus  dé  dix  pieds 
d'eau,  peuvent  venir  jusqu'à  Porto-Alègre* 

Il  n'y  ayait,  lors  de  mon  séjour,  que  trois  mai- 
sons françaises  établies  à  Porto- Alègre  ;  une  seule 
fesait  le  commerce  direct  avee  la  France;  une 
autre  tirait  les  articles  français  de  Buénos-Ayres 
et  de  Rio-Janeîro,  où  ils  sont,  par  fois,  à  meil- 
leur marché  qu'en  Êibrique.  La  troisième  maison 
Êdsait  un  commerce  étendu  avec  les  États-Unis; 
eUe  était  tenue  par  M.  Pradd,  agent  consulaire 
français,  homme  fort  estimable  et  généralement 

52 


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n 


—  498  — 

estimé,  ce  qui  est  plus  rare.  Il  est  yrai  de  dire 
(Puisse  ceci  servir  d'exemple  au  commim  de  nos 
agens  consulaires  !  )  qu'il  est  difficile  de  trouver 
un  homme  plus  désintéressé ,  plus  obligeant ,  plus 
diisposé  à  rendre  Service,  que  M.  Pradel.  U  n'a 
voulu  accepter  aucun  émolument,  trait  de  pa- 
triotisme trop  rare  pour  n'être  pas  divulgué  ;  il 
peut  ainsi  conserver  une  noble  indépendance. 
Mais  Qe  n'est  pas  là  son  plus  grand  mérite  ;  sans 
faire  parade  de  ses  sentimens  tout  patriotiques,  il 
pousse  le  désintéressement,  je  dirai  même  la.  li- 
béralité, jusqu'à  ne  percevoir  aucune  rétribution 
pom'  les  di£Férens  actes  ou  signatures  qu'on  ré- 
clame de  lui.  On  le  trouve  toujours  prêt  à  dé- 
fendre nos  droits  ou  nos  intérêts  près  de  l'auto- 
rité du  pays;  malgré  son  titre  modeste  d'agent 
consulaire ,  il  sait  se  Êiire  rendre  justice  et  Ton 
respecte  notre  pavillon. 

Voilà  les  hommes  qu'on  devrait  choisir  pour 
défendre  nos  intérêts  commerciaux  en  pays  étran- 
gers...... Si  tous  n'avaient  pas  son  désintéresse- 
ment ,  tous  pourraient  avoir  son  expérience  pra- 
tique de  la  législation ,  des  moeurs,  du  caractère 
de  la  nation  près  de  laquelle  ils  sont  appelés  à 
représenter;  ils  contribueraient  ainsi,  puissam- 
ment, à  prévenir  les  différens  entre  commer- 


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—  499  — 

çans  ou  entre  partîculieri,  en  conseillant,  mieux 
les  uns  et  les^tres  quand  ils  sont  consultés.  Cet 
hommage  rendu  aux  vertus  civiques  d'un  pa- 
triote distingué  ne  doit  pas  paraître  suspect  de 
ma  part ,  il  suffit  de  savoir  que  je  n'ai  pas  Thon- 
neur  d'être  connu  de  M.  Pradel. 

La  plupart  des  navires  allant  à  Porto-Âlègre 
sont  des  Américains  du  nord,  des  Brésiliens,  des 
Italiens  et  quelques  Anglais.  On  voit  de  tems  à 
autre  un  navire  français  venant  de  Marseille 
ou  de  Bordeaux ,  mais  il  est  rare  qu'ils  fassent  de 
bonnes  affaires,  parce  que  les  cargaisons  sont 
mal  composées,  les  articles  de  mauvais  goût , 
mal  assortis  ou  ne  convenait  point  au  pays.  C'est 
du  port  de  Marseille,  surtout,  que  sortent  les 
expéditions  les  plus  extravagantes,  les  plus  mal 

calculées Leurs  vins,  leurs  salaisons  sont  d  une 

qualité  détestable. 

Ce  n'est  pas  seulement  à  Porto-Alègre  qu'il  ar- 
rive des  cargaisons  extravagantes ,  il  en  est  de 
Viême  dans  tous  les  ports  du  Brésil  et  de  la  Plata  ; 
à  cet  égard  il  y  a  beaucoup  à  dire. 

On  connaît  assez  généralement  quels  sont  les 
articles  *  de  grande  consommation  française  •  au 


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—  800  — 

Brésil,  beaucopp  conviennent  à  Porto-Âl^;re; 
cependant,  le  voisinage  des  Orientalistes  et  des 
Argentins  fait  que  les  goûts  des  habitans  de  la 
province  de  Rio-Grande  sont  en  quelque  sorte 
mixtes  ;  il  &ut  donc  avoir  sëjonmé  qudque  tems 
dans  le  pays  pour  le  connaître  bien,  et  smtout 
ne  pas  conunettre  d'ordres  en  &brique  sans  être 
muni  d'échantillons ,  de  modèles  ou  de  mesures , 
car  les  meilleures  notes ,  les  détails  les  plus  minu- 
tieux ne  donneraient  qu'une  idée  imparfaite  des 
goûts  et  des  besoins  des  habitans. 

Ici ,  comme  dans  toutes  les  anciennes  posses- 
sions espagnoles  et  portugaises,  les  nègre»  et  fmh 
Mires  sont  les  gens  à'ôfficiOy  c*est-à,-direies  hom- 
mes laborieux ,  les  travailleurs,  ceux  enfin  qui 
ont  besoin  d'exercer  le  plus  leur  iniéBigence^  mais 
ils  ont  le  malheur  d*ètre  esclaves  et  surtout  tf  être 
noirs! — Ce  sont  nécessairement  des  truies^  de 
vils  usurpateurs  du  nom  d'hommes. — Et  pour- 
tant, ces  brutes  assurent  la  subsistance  et  toutes 
les  jouissances  de  la  vie  à  leurs  fainéans  de  maî- 
tres !  !  Savez-vous  comment  ces  maîtres,  si  supé^ 
rieurs^  traitent  leurs  esclaves? — Gomme  nous 
traitons  nos  chiens  î— On  commence  par  les  sif- 
fler de  même  ;  s'ils  n'arrivent  pa»à  point  nommé,  | 
ils  reçoivent  deux  ou  trois  soufflets  de  la  main              | 


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—  501  — 

«ielicate  de  leur  charmante  maltresse ,  métamoiS 
phosée  en  pie-grièche^  ou  bien  un  rude  coup  de 
poings  un  brutal  coup  de  pied  de  leur  grossier 
€uno\  s'ils  raisonnent,  ils  sont  liés  au  premier 
poteau  venu,  et  alors,  le  maître  et  la  maltresse 
viennent,  arec  une  grande  gaîté  de  cœur,  voir 
flageller  jusqu'au  sang  ceux  qui  n'ont  souvent 
d'autre  tort  que  celui,  bien  innocent,  de  n'avoir 
pas  su  deviner  les  caprices  de  leurs  seigneurs  et 
maîtres  !  !  ! .  Heureux  eûcore ,  le  malheureux  nè- 
gre ,  si  son  maître  ou  sa  maùresse  ne  prennent 
pas  eux-mêmes  une  corde ,  un  fouet,  un  bâton, 
une  barre  de  fer  et  ne  frappent  pas,  dans  leur 
fureur  brutale,  sur  le  corps  du  pauvre  esclave, 
jusqu'à  ce  que  des  lambeaux  enlevés  de  sa  peau 
laissent  ruisseler  le  sang  sur  son  corps  inanimé  !  • . . 
car,  le  plus  ordinairement ,  on  enlève  le  nègre 
sans  connaissance  pour  panser  ses  blessures  ; 
savez-vous  avec  quoi  ?  iu^ec  du  sel  et  du  piment  ; 
sans  plus  de  soin  que  pour  un  animal  attaqué  de 
quelque  plaie  qu'on  veut  préserver  des  vers!  On 
juge  que  ce  pansement  n'est  pas  moins  cruel  que 
les  coups  de  fouet?  Eh  bien!  j'ai  vu  ces  choses 
l'an  de  grâce  mil-huit-cent-trente-quatre  !  !  J'ai 
vu  plus  encore. — U  y  a  des  maîtres  assez  barba- 
res, principalement  dans  la  campagne,  pour 
£dre  des  entailles  aux  joues,  aux  épaules,  aux 


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—  502  — 

fesses ,  ou  aux  cuisses  de  leurs  esclaves,  afin  d*j 
introduire  du  ;9/men/.  D'autres  portent  leur  fu- 
reur firénétique  jusqu'au  point  d'assassiner  un 
nègre  et  de  le  jeter  connue  un  chien  dans  un 
ravin  ;  et  si  quelqu'un,  surpris  de  son  absence, 
s'informe  du  sort  du  nègre ,    on  répond  froide- 

ment  :  ce  il  estmort.  »  {JO  JUho  dap Murio), 

Et  jamais  on  n'en  reparle.  Il  y  a  cependant  des 
lois  sévères  pour  ces  sortes  de  crimes,  mais  comme 
l'observe  M.  de  Balzac  a  les  lois  n  arrêtent  jamais 
les  entreprises  des  grands  ou  des  riches,  mais 
elles  frappent  les  petits  qiUont€fu  contraire  besoin 
de  protection.  » 

Chaque  jour,  de  sept  à  huit  heures  du  matin, 
vous  pouvez  assister  à  un  drame  sanglant,  à  Por- 
to-Alègre.  Rendez- vous  sur  la  plage ,  du  coté  de 
l'arsenal,  en  face  d'une  église,  devant  l'instrument 
de  supplice  d'un  divin  législateur,  tous  verrez 
une  colonne  dressée  au-dessus  d'un  massif  de 
maçonnerie,  et  au  pied...  une  masse  infonne, 
quelque  chose  appartenant  certainement  au  règne 
animal ,  mais  que  tous  ne  poutez  plus  classer 
parmi  les  bimanes  etbipèdes...  c'est  unnègre!... 
un  nègre  condamné  à  deux  cents ,  cinq  cents , 
mille  ou  six  mille  coups  de  fouet  !  !  —  Passez , 
retirez-vous  de  cette  scène  de  désolation  ;  l'infor- 


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—  805  — 

tuné  n  a  plus  que  des  membres  mutilés  qu'on 
recomialt  à  peine  sous  les  lambeaux  sanglans  de 
sa  peau  flétrie. 

Et  Ton  s'étonne  que  les  nègres  se  révoltent 
contre  les  blancs  !  !.  —  On  a  remarqué  que  les 
législateurs  des  colonies  modernes  emploient  pour 
défendre  la  traite  des  nègres  les  mêmes  sophismes 
qu'ils  combattent  lorsque  les  Turcs  yeulent  légi^ 
timer  la  captivité  des  blancs ,  mais  tous  ces  so- 
phismes tomberont  à  force  d'absurdité...  L'aris- 
tocratie de  la  peau  tombera  comme  les  autres 
aristocraties ,  patience  ! 


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CHAPITRE  XIX. 


mmwmom  vb  iom«o«AX*«BB«  —  n&A 


'oté.  —  laô-Vraaoîfoo  de  VaaU.  —9e  le  provînoe  tn  géoéral. 


L 

Le  village  de  Viamon  * ,  situé  à  trois  lieues  sud- 
est  de  Porto- Alègre,  était  k  capitale  de  laprcmnce 

i  Qa  e  donné  à  CafêUa  (ctfBa)  le  aamoB  de  ^mw»,  pme  que 
des  hauteurs  sur  lesquelles  ce  TiUage  est  siCné,  oft  aperçoit  te»  cinq 


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—  506  — 

quand  Porto- Alègre  n'était  rien  y  on  fort  peu  de 
chose.  Primitiyementy  la  TiUe  de  Rio-Grande  fat 
lesiège  de  hicapitawerie  ;  elle  a  joui  de  cette  &Teiir 
jusquen  1763  ,  époque  à  laquelle  on  transféra 
le  gouvemement  à  CapeUa  do  Viamon ,  comme 
étant  un  point  plus  central  ^  U  n'y  à  pas  plus 
d'une  quarantaine  d'années  que  Porto- Alègre  est 
devenue  dèfinitiTement  capitale. 

  cette  époque,  Viamon  était  une  petite  ville 
assez  étendue,  mais  à  présent  ce  n'est  plus  qu'un 
village  que  désertent  les  habitans  à  cause  de  la 
difficulté  des  communications.  On  n'en  compte 
pas  plus  de  cinq  cents  dans  tout  son  district.  Il 
est  placé  au  milieu  d'un  groupe  de  montagnes 
dominant  nne  grande  étendue  de  pays.  On  y  ar- 
rive par  trois  routes  différentes,  en  passant  par 
une  suite  de  collines  élevées,  mais  peu  boisées. 
Le  terrein ,  composé  d'une  argile  rougeâtre,  est 
couvert  de  blocs  volumineux  de  ces  espèces  de 
brèches  dont  j'ai  déjà  parlé ,  formant  des  mas- 
ses de  figures  bizarres,  toutes  arrondies  parle 


rivières  qui  réunissent  leurs  eaux  en  face  de  Porto- Alègre ,  en  fomiant 
comme  une  main  ouverte  dont  le  Jacuy  serait  le  pouce  et  le  RiaxA»  le 
petit  doigt.  De  là  est  venu  le  mot  vi-a-^ma6 ,  j'ai  vu  la  main . 

I  Acette  époque  leslimileB  delà  province  étaient  un  peu  au-delà dn 
Jacuy  à  SamUhMariit^o^èrra. 


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—  807  — 

frottement  des  courans;  il  y  a  aussi  beaucoup  de 
fragmens  de  quartz ,  de  mica  et  de  gneiss.  L'in- 
dustrie principale  est  la  &brication  de  la  poterie, 
de  la  brique  et  la  culture  de  la  mandioca.  La 
chapelle  est  digne  d'être  Tisitée. 

J'ai  poussé  mes  excursions  jusqu'au-delà  de 
Boa-Vista  et  de  la  Barrucada ,  hameaux  situés  à  • 
environ  dix  lieues  dans  l'est  de  Porto-Âlègre. 
Boa-Y ista  est  une  estancia  appartenant  au  comte 
de  Rio-Pardo,  ancien  chambellan,  général,  et  mi- 
nistre sous  Don  Pedro  l^i*  ;  il  s'est  retiré  là  ayec 
son  épouse  depuis  le  départ  de  l'empereur.  Il 
possède  une  tannerie  de  cuirs ,  attenante  à  son 
habitation ,  dirigée  par  un  Français.  Jai  eu  oc- 
casion de  voir  le  comte  de  Rio-Pardo  ;  j'observai 
avec  plaisir  qu'on  ne  m'avait  point  trompé  sur 
son  caractère  aimable  et  bienveillant.  II  est  aris- 
tocrate enrouUléy  conmie  il  le  dit  lui-même  ,  en 
bon  français  ,  mais  il  prend  son  parti  en  philo- 
sophe; il  était  convenu  de  se  résigner  à  tout,  seu- 
lement il  attendait  en  silence  \e  Messie  «..,  A 
présent  il  en  est  réduit  à  dire,  avec  certaine  secte 
israélite  : 


I  En  juin  1S34,  les  partisans  de  don  Pedro ,  les  Catemurva  s^atten- 
daient  à  le  voir  débarquer  au  Brésil ,  aussitôt  qu'il  aurait  fini  en  Por- 
tugal. 


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—  SOS  — 
tt  Bfandits  scient  ceux  qui  supputeront  les 
teins  du  Messie  !  » 

Jai  remarqué  dam  les  ooUines  de  k  Borrucc^^ 
des  blocs  considérables  dihfdrate  de  fer  cellulaire, 
au  milieu  d'une  argile  jaune  sablonneuse. 

Tout  le  pays  s'étendant  à  Test  des  mornes  de 
y iamon  et  au  nord  de  Lagoa  dos  Patos  eA  en- 
tièrement plat  y  au  niTeau  de  la  mer  j  sauf  quel- 
ques petites  collines  sans  direction  déterminée, 
n  paraît  qu'il  n'y  a  pas  plus  d'un  siècle  que  les 
eaux  se  sont  retirées  de  la  plaine  marécageuse  de 
la  Barrucada. 


II. 


Pour  me  rendre  à  la  colonie  allemande  je  re- 
montai le  Bio'dosSinos  ^ ,  rivière  de  quatrième 
ordre ,  assez  profonde ,  mais  tellement  sinueuse 
que  la  distance  de  Porto-Âlègre  à  Saô-Leopoldo, 
qui  n'est  que  de  sept  lieues  par  terre ,  devient 
d'environ  vingt  lieues  par  eau.  De  même  que  le 
Jacuy  et  tous  les  autres  affluens  du  Rio-Grande, 
le  Bia^losSinos  coule  dans  un  lit  de  sable  et  de 
terre  limoneuse;  les  bords  en  sont  si  peu  élevés 

1  BÎTière  des  cloches. 


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~  509  — 

qu  ils  paraissent  sans  cesse  submergés.  Os  sont 
pourtant  habités  et  cultivés  ça  et  là,  mais  on  a 
eu  soin  de  bâtir  les  maisons  sur  pilotis ,  ou  sur 
im  écha&udage  en  bois  d'une  hauteur  de  cinq  à 
six  pieds.  Le  toit  de  ces  petites  habitations,  cons- 
truit en  relevant ,  leur  donne  Fapparence  d'un 
pavillon  chinois. 

Après  avoir  ramé  toute  la  nuit,  le  bateau  alle- 
mand dans  lequel  nous  étions  embarqués  s'arrêta 
dans  un  parage  appelé  Très  Portos  (les  Trois 
Ports  )  ;  ce  sont  tout  bonnement  trois  clairières 
au  milieu  des  bois,  sur  la  rive  gauche,  plus  éle- 
vée en  cet  endroit  qu'ailleurs.  On  est  déjà  dans 
la  colonie  allemande.  De  ce  lieu  à  Saô-Leopoldo 
il  n'y  a  pas  plus  de  deux  heures  de  marche  à 
pied,  tandis  qu'en  suivant  la  rivière  pour  arriver 
au  véritable  port  il  iaut  ramer  toute  la  journée. 
Nous  préférâmes  aller  à  pied,  en  chassant,  que 
de  respirer  plus  long-tems  les  exhalaisons  fétides 
du  bateau  couvert,  occasionnées  par  tme  demi- 
douzaine  de  nourrices  et  je  ne  sais  combien  de 
bambins  mangeant  des  oranges ,  des  bananes  et 
autres  bonnes  choses,  dont  on  se  fatigué  promp- 
tement. 

Nous  eûmes  à  parcourir  un  pays  charmant , 


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—  510  — 

montueuXy  couvert  de  bois,  de  prairies,  de  fer- 
mes allemandes,  de  champs  cultivés  et  arrosé 
par  une  multitude  de  ruisseaux.  Nous  gravîmes 
des  coteaux  élevés,  couverts  d'épaisses  forêts  à 
travers  lesquelles  on  a  frayé  des  chemins  de  voi- 
ture se  croisant  de  toutes  parts,  en  ouvrant  des 
communications  sur  tous  les  points  de  la  colonie. 

Après  avoir  monté  et  descendu  souvent  nous 
aperçûmes  enfin,  au  détour  d'un  chemin  cou- 
vert, le  village  de  Saô-Leopoldo ,  situé  au  milieu 
d'une  plaine  basse  pouvant  avoir  deux  lieues  de 
circonférence.  Nous  nous  crûmes  en  Allemagne. 
Je  ne  pus  me  défendre ,  à  la  vue  de  cette  popu- 
lation européenne,  d'un  sentiment  d'admiration, 
car  je  fîis  d'abord  firappé  du  contraste  que  m'of- 
fixaient  ces  lieux,  cultivés  avec  soin ,  ces  chemins 
ouverts  péniblement  à  travers  les  collines,  les 
mornes  et  les  forêts ,  ces  petites  propriétés  entou- 
rées de  fossés  profonds  ou  de  haies  vives,  cette 
activité  des  cultivateurs  et  des  artisans,  rivali- 
sant à  r«nvie  pour  la  ^prospérité  commune 

avec  l'abandon  absolu  dans  lequel  les  Brésiliens 
laissent  leurs  terres,  le  mauvais  état  de  leurs 
routes  ,  leurs  chaumières  délabrées,  enfin  ce 
manque  d'industrie,  cet  esprit  de  gaspillage  et 
de  destruction  qui  les  caractérise,  tout  aussi  bien 
que  les  Argentins. 


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—  511  — 

Mon  admiratkmnefut  pas  moindre  en  voyant, 
presque  sous  le  tropique,  une  nation  des  régions 
polaires  conservant  ses  habitudes ,  ses  moeurs,  sa 
vie  active  et  donnant  naissance  à  une  génération 
qui  doit ,  un  jour ,  changer  la  dàce  du  pays. 

Le  village  de  Saô-Leopoldo ,  appelé  aussi  la 
feitoria  (  la  factorerie  )  est  situé,  comme  je  viens 
de  le  dire,  dans  une  plaine  basse,  au  bord  et  sur 
la  rive  gauche  du  Bio-dosSnos^  à  sept  lieues  au 
nord  de  Porto-Alègre,  De  toutes  parts,  au  sud,  à 
l'est  et  à  Fouest,  la  plaine  est  dominée  par  des 
coteaux  couverts  de  forêts.  A  huit  ou  dix  lieues 
vers  le  nord,  passe  la  grande  chaîne  de  monta- 
gnes ,  la  Serra  do  Mary  se  dirigeant  à  Fouest ,  et 
à  travers  laqueQe  les  Allemands  ont  fiayé  des 
routes  admirables ,  en  surmontant  des  difficultés 
extraordinaires.  Indépendamment  de  la  chaîne 
principale,  il  existe  encore  quelques  mornes  isolés 
dans  le  sud  et  au  centre  de  la  colonie  même. 

On  n  a  pas  trop  consulté  Fhygiène  publique 
en  fondant  la  ville  dans  un  emplacement  très- 
marécageux,  qui,  aux  moindres  pluies,  s'inonde 
et  rend  les  rues  mêmes  impraticables.  On  n'a  eu 
sans  doute  en  vue  que  Favantage  du  commerce 
et  aussi  sa  grande  commodité  du  voisinage  de 


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^  SI9  ^ 

Teau.  Au  reste,  cela  prouve  que  les  Allemands 
ne  reculent  devant  aucun  dwtaole  et  que  le  mot 
impossible  n'a  pas  plus  d'équivalent  dans  leur 
langue  que  dans  la  nôtre;  ils  s'occupaient  d'ail- 
leurs ,  journellement,  d'élever  le  teiTein,  d'assé- 
cher les  marais  et  de  détourner  les  eauic  par  les- 
quelles ils  sont  alimentés. 

n  y  avait  alors  à  Saô-Leopoldo ,  environ  cent- 
cinquante  maisons  en  charpente  et  en  brique  y 
renfermant  une  population  d'un  miDier  d'ames, 
laquelle  doit  s'augmenter  progressivement^  puis- 
que ce  village  ne  comptait  encore  que  cinq  an- 
nées de  fondation.  D  est  habité  principalement 
par  des  artisans  allemands,  teb  que  menuisiers , 
fi>rgerons,  charrons,  cordonniers,  tailleurs,  sd^ 
liers,  ferblantiers  etc. ,  et  par  des  marchands ca- 
baretiers,  merciers,  brocanteurs,  tant  allemands 
qu'étrangers;  il  y  avait  plusieurs  commerçans 
français  fidsant  d'assez  bonnes  aflbir^. 

La  colonie  Allemande,  dont  ce  village  est  déjà 
le  marché  principal,  n'occupe  encore  qu'un 
territoire  de  quinze  lieues  carrées,  mais  elle  peut 
s'étendre  beaucoup  vers  le  nord,  au^elà  de  la 
Serray  parce  qu'il  ne hii  a  été  tracé  d'autres  limites 
de  ce  côté  que  celles  mêmes  de  la  province. 


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—  513  — 

La  plupart  des  colons  allemands  sont  agricul- 
teurs. On  leur  distribue  une  portion  plus  ou 
moins  considérable  de  terrein ,  au  milieu  des  fo- 
rêts dont  le  pays  est  couvert ,  arec  obligation  de 
leur  part  d'abattre  les  bois  et  d'en  cultiver  rem- 
placement. S'il  y  a  des  pâturages  autour  de 
leur  propriété,  ils  en  réservent  une  partie  pour 
élever  des  vaches  et  faire  du  beurre  ou  du  fro- 
mage, qu'ils  vendent  &cilement  à  Porto*  Alègre. 

D'autres  Allemands,  possédant  quelques  capi- 
taux, ont  formé  des  établissemens  plus  ou  n^oins 
importans  tels  que  tanneries,  distilleries,  scieries 
de  planches,  briqueteries,  poteries  et  autres  fabri- 
cations, comme  celle  de  la  farine  de  mendioca  et 
du  sucrje  produisant  déjà  un  revenu  assez  fort  à 
la  colonie^  indépendamment  du  bénéfice  des 
rapports  conunerciaux  que  l'activité  des  Alle- 
mands entretient  avec  Porto- Alègre.  Le  mardi  de 
chaque  semaine  est  le  jour  désigné  pour  porter 
à  la  capitale  les  comestibles  et  les  produits  de 
l'industrie  de  cette  petite  république. 

Beaucoup  de  Brésiliens ,   consultant  plus  leur 

intérêt   privé  que  leur    inclination,  natureUe- 

ment   jalouse  de  la   prospérité   des   étrangers, 

commençaient  à  s'établir  dans  la  colonie,    en 

33 


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—  814  — 

achetant  assez  cher  des  terrains  concédés  anx 
Allemands  et  que  ceux-ci  leur  cèdent  volontiers 
par  Fespoir  de  former  ailleurs  de  plus  grands 
établissemens.  L'émulation  finira  par  naitre  chez 
les  Brésiliens,  à  la  vue  de  tant  de  difficultés  Tain- 
cues  par  des  hommes  industrieux ,  ou  du  moins, 
VorgueU  national  se  trouvant  intéressé  par  les 
progrès  de  la  colonie ,  cela  doit  amener  d'heu- 
reux résultats  pour  le  pa^s.  Déjà  une  société 
d'actionnaires  s'est  formée  pour  la  construction 
d  un  pont  sur  le  Rio-chs^Sinos  ;  déjà  il  était  ques- 
tion de  bâtir  des  édifices  publics ,  d'ouvrir  de 
nouvelles  routes,  de  construire  un  bateau  à  va- 
peur, d'entreprendre  enfin  des  travaux  capables 
de  fomenter  l'industrie,  de  &voriser  le  com- 
merce, véritables  sources  de  richesses  et  de  civi- 
lisation des  peuples. 

Il  y  a  dans  le  village ,  une  chapelle  desservie 
par  un  prêtre  catholique,  et,  à  une  demi-lieue 
au  sud-est,  dans  un  hameau  appelé  la  Feùoria 
(parce  qu'autrefois  on  y  vendait  des  nègres)  il  y 
a  une  autre  chapelle,  desservie  par  un  ministre 
de  la  religion  réformée. 

Les  autorités  sont  brésiliennes;  elles  se  compo- 
sent d'un  juge-de-paix  donnant  audience  une 


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—  515  — 

fois  la   semaine,    et    d^un    commandant    mili- 
taire. 

Nous  fômés  reçus  par  le  docteur  Jean  Daniel 
Hillebrand,  jeune  honune  fort  instruit,  joignant 
à  beaucoup  de  modestie  les  manières  les  plus  ci- 
viles, les  plus  obligeantes.  Hambourgeois  de  na- 
tion, mais  possédant  fort  bien  les  idiomes  fran- 
çais et  portugais,  exerçant  avec  succès  la  médecine 
et  la  chirurgie  depuis  plusieurs  années ,  le  doc- 
teur Hillebrand  a  gagné  la  confiance  des  habitans 
de  la  colonie  et  ils  ont  pour  lui  la  plus  grande 
considération.  H  la  mérite  certainement ,  à  tous 
égards,  par  ses  connaissances  yariées  et  son  hu- 
manité. M.  Hillebrand  s'occupe  aussi  beaucoup 
d'histoire  naturelle,  principalementd'omithologie 
et  d'entomologie  ;  il  a  acquis  ce  goût  presque  pas- 
sionné près  du  docteur  Sillo^w  (ouSelo)  qu'il 
accompagna  quelque  tems.  Il  nous  montra  ses 
collections ,  déjà  nombreuses ,  d'oiseaux ,  d'insec- 
tes et  de  bois  utiles;  ainsi  que  beaucoup  d'objets 
curieux  tels  que  des  armes  de  Bougres  y  des  va- 
ses etc.  Très-bon  dessinateur,  il  s'occupait  à 
peindre  la  collection  des  lépidoptères  de  la 
colonie  ;  je  fus  frappé  de  l'exactitude  du  dessin  et 
de  la  fraîcheur  du  coloris  de  ces  charmans  insectes. 

La  colonie  Allemande  doit  être  visitée  par  les 


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—  S16  — 

naturalistes  et  les  amateurs  de  la  beUe  nature  : 
on  trouye  là  toutes  les  productions  de  la  pro- 
vince ,  dans  le  règne  organique  ;  jolis  oiseaux , 
insectes  rares,  mammifères  étranges,  plantes 
précieuses;  tout  se  réunit  dans  cette  localité  pour 
exciter  l'admiration  des  curieux.  De  nombreux 
chemins,  frayés  au  milieu  des  forêts,  permettent 
au  chasseur  de  parcourir  les  environs  de  Saô- 
Léopoldo  sans  être  incommodé  par  la  chaleur, 
jouissant  au  contraire  du  frais  ombrage  d'une 
multitude  d'arbres  touffus  et  d'espèces  très-va- 
riées. 

Presque  tous  les  arbres  de  ces  forêts ,  encore 
bien  peu  connus  des  botanistes,  ont  une  pro- 
priété particulière  ;  il  en  est  même  fort  peu  d'in« 
utiles  * . 

Le  terrein  de  la  colonie,  entrecoupé  de  hau- 
tes collines,  de  mornes  escarpés,  de  vallons  et  de 
plaines  marécageuses,  est  argileux  sur  les  hauteurs 
et  sablonneux  dans  les  fonds.  Les  carrières  en 
exploitation  ne  fournissent  encore  que  des  grès 
tendres ,  s' employant  à  la  construction  des  mai- 
sons, n  parait  qu'il  y  a  du  calcaire  dans  quelques 

1  Vojei  la  note  N j 


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—  51T  — 


forêts,  mais  on  n'a  pu  encore  en  découvcir  une 
carrière  susceptible  d'exploitation. 


III. 


Le  fleuve  connu  sous  le  nom  de  Rio-Grande 
commence  à  Porto- Alègre  ;  il  est  formé  de  la 
jonction  des  cinq  rivières  étalant  si  majestueuse- 
ment leurs  eaux  devant  cette  jolie  ville.  Pendant 
l'espace  de  huit  à  dix  lieues,  il  coule  dans  un  lit 
variable  en  largeur  (depuis  trois  jusqu'à  une 
demi-lieue) ,  encaissé  par  des  mornes  affectant 
la  forme  conique  et  composés  de  fi^gmens  plus 
ou  moins  gros  de  roches  élastiques  ou  de  ces 
conglomérats  dont  j'ai  parlé,  lors  de  mon  excur- 
sion à  Capella  do  Vicarton;  ces  mornes  sont,  en 
outre,  boisés  jusqu'à  leur  sommet,  principale- 
ment du  côté  exposé  coâ  sud.  J'ai  déjà  fait  la  même 
remarque  à  Tégard  de  la  Serra. 

Avant  d'entrer  dans  la  Lagoa ,  le  lit  du  fleuve 
est  à  peine  large  d'une  demi-lieue;  les  pilotes 
redoublent  d'attention ,  car  il  faut  passer  si  près 
des  roches  que,  bien  souvent,  il  est  nécessaire 
de  défendre  le  navire  à  l'aide  de  forts  bambous. 
Ici  s'ouvre  le  grand  bassin  ou  lac,  assez  impro- 
prement nommé  laguna  ou  lagoa  dos  Patos.  Ce 


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—  518  — 

lac ,  séparé  de  l'Océan  par  une  plage  ou  des  du- 
nes de  peu  d'étendue  y  appelée  praia  do  estreito 
(plage  du  détroit),  forme  comme  une  petite 
mer  méditerranée  de  quarante-cinq  lieues  de 
long  sur  ime  largeur  yariable.  Les  mornes  abou- 
tissent à  l'entrée  da  lagouy  et  cet  endroit  porte 
le  nom  de  Punta  do  ltapuan\  ils  s'étendent  en- 
core im  peu  à  l'est  et  à  l'ouest,  mais  toujours  en 
s'abaîssant,  pour  ne  former  enfin  qu'une  plage 
ou  des  monticules  de  sable,  retenant  à  peine  les 
eaux,  souyent  agitées,  de  cette  yaste  lagune.  Les 
bords,  de  même  que  le  fond,  sont  de  saUe  pur, 
et  des  dunes  de  cette  substance  s'étendent  à  plu- 
sieurs lieues  dans  les  terres.  Plusieurs  riyières 
assez  grandes,  telles  que  le  (^tUTiociia,  le  Sad-Gonr 
zaho  etc.,  yiennent  augmenter  la  masse  des 
eaux.  U  est  probable  qu'à  \a^  époque  qui  n'est 
pas  très-reculée  ces  eaux  s'étendaient  dans  les 
grandes  plaines  basses  de  Viamon ,  de  Boa-Vista 
et  da  Barrucada. 

La  nayigation  est  &cile  sur  la  Lagoa  dos  Paios 
pour  des  bâtimens  ne  tirant  pas  plus  de  dix  pieds 
d'eau,  chargés  en  lourd.  Il  y  apparaît  quelquefois 
des  navires  de  deux  cents  tonneaux,  mais  ils  sont 
forces  d'attendre  de  hautes  marées  pour  naviguer 
sans  entraves. 


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—  519  — 

On  n'est  pas  bien  d'accord  sur  le  motif  qui  fit 
donner  à  ce  lac  le  nom  de  Lagoa  dos  Patos. 
Quelques  personnes  prétendent  que  ce  fut  à 
cause  de  Timmense  quantité  de  ces  palmipèdes 
qu'on  y  vit  d'abord;  d  autres,  que  ce  fut  en  mé- 
moire d'une  tribu  d'indiens  appelés  Paios ,  qui 
vivaient  sur  ses  rives  occidentales  et  dont  quel- 
ques géographes  ont  Êiit  mention  sur  leurs  cartes. 
Mais  l'opinion  la  plus  générale  et  la  plus  curieuse 
est  celle-ci  : 

ce  Les  jésuites  ayant  de  grands  établissemenl 
vers  l'Uruguay  et  sur  divers  points  de  l'intérieur, 
à  une  époque  où  le  gouvernement  Portugais  n'a- 
vait pas  encore  colonisé  cette  partie  du  Brésil , 
et  les  révérends  pères  se  trouvant  avoir  le  plus 
grand  besoin  d'un  port  de  mer,  tant  pour  facili- 
ter leurs  communications  avec  TEurope  que  pour 
procurer  un  débouché  aux  riches  produits  de 
leurs  Missions ,  ils  supplièrent  très  -  humblement 
le  puissant  roi  de  Portugal  de  leur  concéder  la 
propriété,  à  perpétuité,  de  cette  peqitemna  lagoa 
(  très-petite  lagune  )  pour  y  élever  des  canards. 
Us  obtinrent  &cilement  ce  qu'ils  demandaient; 
mais  il  arriva  que ,  quelques  années  après ,  le 
roi  de  Portugal  ayant  fait  examiner  les  lieux,  re- 
connut 9  non  sans  quelque  dépit ,  la  supercherie 


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—  520  — 

des  révérends. pères.  N'entendant  pas  du  tout 
être  la  dupe  de  Tastuce  des  jésuites  >  le  gouver- 
nement  [portugais  reprit  ses  droits  à  la  Lagoa , 
qui,  néanmoins  conserva  toujours  le  nom  donné 
par  la  sainte  corporation. 


IV. 


Nous  sommes  à  trois  lieues  et  demie  de  Fcm- 
bouchure  du  Rio-Grande,  et  à  soixante  de  Porto- 
Alègre,  c'est-à-dire  que  nous  arrivons  au  princi- 
pal port  de  la  province  connu  sous  le  nom  de 
RichGrande.  Il  y  a  deux  villes  réunies  sous  ce 
nom  j  (  auquel  se  rattache  en  Europe  l'idée  des 
durs  légers  )  partagées  par  le  fleuve ,  dont  la 
largeur  est  ici ,  d  environ  sept  quarts  de  lieue , 
L'une  porte  le  nom  de  Saô-José  ou  simplement 
do  Nortej  c'est  celle  de  la  rive  gauche ,  l'autre  le 
nom  de  Saô-Pedroj  ou  do  Sid^  c'est  celle  de  la  rive 
droite. 

La  situation  des  deux  villes  est  non  seulement 
triste  à  mourir,  mais  encore  insupportable  de 
toutes  manières;  l'appâtdu  gain,  une  déportation, 
ou  quelqu' intérêt  bien  puissant  peuvent  seuls  en- 
gager à  y  vivre.  Figurez-vous  qu  on  ne  palpe  là, 
par  tous  les  sens,  que  du  sable,  du  sable...   et 


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—  S21  — 

encore  du  sable  !  il  ne  peut  en  être  autrement^ 
car  ces  deux  villes  sont  au  milieu  des  dunes  et  le 
moindre  pampero  soulève  des  espèces  d'avalan- 
ches qui  encombrent  les  rues  et  ensevelissent  par- 
fois les  maisons  basses  ! 

Cependant  ces  viUes  sont  conunerçantes,  prin- 
cipalement celle  de  la  rive  droite  ,  où  vont  plus 
ordinairement  les  navires  amvant  d'Europe,  à 
cause  des  débouchés  qu'offre  la  campagne ,  voi- 
sine de  la  Banda-Oriental.  On  juge  facilement , 
à  l'opulence  des  habitans ,  que  les  affairés  sont 
bonnes  dans  cette  partie  de  la  province.  Il  en  est, 
parmi  eux,  d'immensément  riches,  qui  ont  fait 
construire  des  maisons  et  des  magasins  spacieux. 
On  se  formera  une  idée  de  ce  que  ces  édifices 
ont  pu  leur  coûter  quand  on  saura  qu'il  faut 
tirer  tous  les  matériaux  de  Porto  -  Alègre  ou 
d'autres  points  plus  éloignés  de  l'intérieur.  Ce 
qui  contribue  le  plus  à  la  prospérité  de  Saô-Pc" 
dro,  c'est  Tesprit  d'association  de  ses  négocians, 
lesquels  emploient  une  grande  partie  de  leur 
fortime  dans  des  entreprises  d'utilité  publique  , 
tendant  à  attirer  le  commerce  étranger,  ainsi 
qu'à  modifier ,  par  des  travaux  importans ,  les 
graves  inconvéniens  d'une  situation  aussi  désa- 
gréable,  aussi  peu  conunode  que  celle  de  leur 


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—  52i  — 

ville.  Cest  ainsi  qu'une  société  d'actionnaires , 
dirigée  par  la  maison  Carrai  Forbes  et  C^,  s'est 
chargée  de  Êiire  (accuser,  au  moyen  de  coûteuses 
machines  à  yapeur,  un  canal  qui  permet  aux 
navires  de  deux  cents  tonneaux  et  plus,  de  venir 
à  quai  opérer  leur  chargement  et  déchar- 
gement. Avant  la  conclusion  de  ces  travaux, 
terminés  en  1833  ,  non  sans  de  grandes  pertes 
de  la  part  de  la  société  ,  les  navires  s'arrêtaient 
tous  à  San^Joséj  et  les  armateurs  ou  les  consi- 
gnataires  avaient  ensuite  à  supporter  des  frais 
majeurs  de  transbordement  et  de  transport. 

Une  douane  spacieuse  a  été  construite;  des 
quais  ont  été  laits;  un  théâtre  vient  d'être  achevé; 
un  hôtel  de  ville  est  en  construction,  et  tout  cela, 
auxfrcds  des  négocians  de  la  i^ûlei 

Une  autre  cause  de  prospérité  |RX>gressive  pour 
Rio-Grande  est  la  p:*oximité  àe.Sad-Francisco 
de  Pcaday  ville  toute  nouvelle,  à  neuf  lieues  en- 
viron vers  le  nord-ouest,  avec  hupielle  les  com- 
munications sont  rendues  promptes  et  faciles  au 
moyen  d'un  bateau  à  vapeur,  aDant  et  Tenant 
journellement  d'un  point  à  l'autre  et  transpor- 
tant des  marchandises  et  des  passagers.  U  y  a,  en 
outre,  beaucoup  d'allèges,  de  balandres  etc.  &i^ 


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—  525  — 

sant  constamment  ce  trajet,  ainsi  que  celui  Porter 
Alègrc, 

La  maison  Carrol  ForbesetC®  sollicitait,  Tannée 
dernière  (  1834  )^  du  gouvernement  Brésilien, 
un  privilège  de  dix  ans  pour  rétablissement  de 
trois  bateaux  à  vapeur  destinés ,  Fun ,  à  la  navi- 
gation du  Rio-Grande  jusqu'à  Pprto-Alègre  ,  un 
autre  à  celle  du  Jacuy  jusqu'à  la  Gacbeira ,  et  le 
troisième,  à  entrer  et  sortir  le$ navires  se  présen- 
tant à  la  barre  du  fleuve. 

Les  deux  villes  réunies  ne  contiennent  pas  au 
delà  de  six  mille  habitans  fixes  ;  celle  de  la  rive 
droite  quatre  mille  cinq  cents  et  celle  de  la  rive 
gauche  quinze  cents.  Dans  cette  dernière  il  y  a 
quatre  rues  principales^  garnies  de  trottoirs,  di- 
rigées nord  et  sud,  aboutissant  d'un  côté  au  fleuve 
et  de  l'autre  à  des  monticules  de  sable,  au  milieu 
desquels  on  rencontre  des  sources  d'eau  limpide 
et  potable. 

Dans  la  ville  do  Sul  il  y  a  trois  rues  principales, 
très-longues,  non  pavées,  mais  garnies  de  trot- 
toirs ,  dont  la  direction  est  d'est  à  ouest  afin  d'être 
garanties  autant  que  possible  del'invasion  dessa- 
bles. On  voit  avec  peine,  au  dehors  de  la  viUe, 


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—  524  — 

ces  grandes  dunes  menaçant  de  Tensevelir  comme 
une  autre  Hercnlanum.  Il  était  question  de  £iire 
des  travaux  de  ce.  côté  pour  arrêter  Fempiëte- 
ment  des  dunes,  mais  je  crois  que  le  meilleur 
moyen  sçrait  encore  d'y  planter  des  arbres ,  tels 
que  des  espinilloSy  des  nandubais,  descoro/uiaûoa 
tous  autres  se  plaisant  dans  les  terrains  sablonneux. 

Les  édifices,  publics  et  particuliers,  sont  bâtis 
dans  le  goût  et  la  forme  de  ceux  de  Porto- Alègre  ; 
il  y  a  de  superbes  maisons,  à  trois  étages >  avec 
balcons  en  fer  et  Êiçades  en  pierre  de  taille. 

La  douane  principale  est  à  Saô-Pedro ,  mais  il 
y  a  une  administration  subalterne  à  Saâ-José  où 
les  navires  peuvent  s'arrêter,  si  cela  les  arrange 
mieux.  Ceux  destinés  pour  Porto-AJègre,  ou  qui 
en  reviennent,  s'arrêtent  à  Saâ-José^  pour  j 
prendre  un  pilote.  Il  existe  de  nouveaux  régle- 
mens,  publiés  en  langues  nationale,  anglaise  et 
fi^nçaise ,  concernant  Tordre  de  station  à  obser- 
ver dans  les  deux  rades  ;  trois  navires  de  guerre 
sont  chargés  de  les  feire  exécuter. 

L'embouchm^e  du  Rio-Grande  est  obstruée  par 
une  barre  ou  banc  mobile  de. sable,  qui  en  rend 
l'entrée  assez  diflîcile  pour  des  navires  tirant  plus 


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—  525  — 
de  dix  à  onze  pieds  d'eau.  Pendant  la  nuit ,  un 
feu  placé  sur  la  rive  droite,  et  s'apercerant  à 
quatre  lieues  de  distance,  indique  l'entrée  du 
fleuve.  Pendant  le  jour,  des  payiUons  de  diverses 
couleurs,  hissés  au  sommet  du  phare,  indiquent 
la  quantité  d'eau  dans  le  canal ,  et  la  direction  à 
suivre.  En  juillet  de  Tannée  dernière  cette  direc- 
tion se  trouvait  être  du  nord-est  au  sud-ouest^  pour 
entrer;  un  autre  canal  vient  de  se  former  ^nsud^ 
mais  il  ne  peut  encore  y  passer  que  des  bàtimens 
de  huit  pieds  d'eau  et  au  dessous.. Du  reste  il  y  a 
toujours  des  pilotes  expérimentés  à  l'embouchure 
du  Rio-Grande,  pour  conduire  les  navires  jus- 
qu'à l'une  des  deux  villes,  et  si  ces  navires  sont 
destinés  pour  Porto-Alègre ,  de  nouveaux  pilotes 
les  guident  à  travers  la  Lagoa  dos  Patos. 

Je  ne  dois  pas  omettre  de  dire  qu'il  y  a  à  Saâ- 
Pedro  deux  imprimeries,  deux  journaux  poli- 
tiques et  une  petite  bibliothèque,  composée  en 
grande  partie  de  livres  français.  En  fait  de  langues 
étrangères,  on  y  apprend  de  préférence  le/mwfow, 
comme  dans  tout  le  Brésil  et  les  provinces  de  la 
Plata. 

V. 

Sad-Francisco-de-Paula  est  une  charmante 


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—  «46  — 
petite  ville,  ne  comptant  pas  plus  d'une  dizaine 
d'années  d'existence,  et  qui,  pourtant,  riyalise 
déjà  avec  Porto-Alègre  par  l'activité  de  ses  habi- 
tans,  Fimportance  de  ses  transactions  commer- 
ciales et  le  grand  nombre  d'édifices  qu'on  y  âève 
journellement. 

Sa  situation  est  sur  la  rive  gauche  du  Rh-Saâ- 
Gonz€dm ,  à  une  lieue  et  demie  de  Fembouchure 
de  cette  rivière  dans  la  Lagoa  dos  Patos ,  entre  les 
ruisseaux  (arrcyos)  Pelotas  et  Pelado. 

La  position  de  Saâ-Fr€incwo-de-Paula  est  tout- 
à-Êût  agréable^  car  la  campagne  qui  Fenvironne 
est  très- fertile,  bien  cultivée,  arrosée  de  ruisseaux 
boisés,  et  cette  ville  est  précisément  bAtie  sur 
une  colline  dominant  tout  cela.  Les  rues  sont 
droites^  bordées  de  larges  trottoirs;  on  voit  fiici- 
lement  qu'il  y  règne  la  même  émulation  qu'à 
Rio-Grande  pour  Faccroissement  de  la  cité  nais- 
sante, la  construction  d'édifices  remarquables  et 
en  général  pour  tout  ce  qui  peut  contribuer  à 
embellir  la  Ville,  favoriser  le  commerce  et  attirer 
les  étrangers.  Il  y  a  un  fort  joli  théâtre,  vérita- 
blement élégant  et  commode.  On  ne  comptait 
encore  qu'une  imprimerie  Fannée  dernière,  mais 
il  y  avait  plusieurs  journaux  politiques.  La  popu- 


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—  5Î7  — 

latîon  s'âevait  déjà  de  sept  à  huit  mille  habi- 
tans. 

Il  est  facile  de  préroir  que,  dans  peu  d'années, 
ce  sera  la  seconde  viUe  de  la  province  et  peut-être 
aussi  la  plus  commerçante  ;  car ,  toute  la  partie 
sud,  depuis  Sad-Gabriel  (au  centre)  jusqu'à  la 
Plata,  et  même  la  frontière  nord-est  de  la  Banda- 
Oriental,  sont  approYÎsionnées  par  Sad-Francisco- 
de-PauIa,  tandis  que  Porto-Alègre  approyisionne 
le  nord ,  à  partir  du  Jacuy,  y  compris  la  Serra  et 
les  Missions  d'Uruguay  ;  mais  cette  partie,  quoi- 
que beaucoup  plus  peuplée  que  l'autre,  n'est  pas 
aussi  riche ,  les  estancias  tlj  étant  pas  aussi  mtd- 
tipliées  à  cause  de  la  mauvaise  qualité  des  pâtura- 
ges, le  grand  nombrede  forêts  et  Fînégalité  du  sol. 

Joignez  à  ces  élémens  de  prospérité,  pour  Saô- 
Francisco  -  de  -  Paula ,  l'ayantage  inappréciable 
d'être  située  sur  le  rio  San-Gonzalvo  faisant  com- 
muniquer la  laguna  Merimarec  celle  dos  Patoset 
permettant  ainsi  le  transport  par  ecoê  des  produits 
de  la  campagne  voisine ,  des  terrains  neutres  et 
de  la  partie  sud  -  est  de  la  Banda  -  Oriental.  Ite 
plus,  les  bords  de  cette  rivière  San-Gonzalvo  sont 
«couverts  de  charqueadas  ou  saladerosy  enrichis- 
sant leurs  propriétaires  à  tel  point  qu'ils  ont  formé 


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—  528  — 

le  projet  de  &îre  creuser,  à  leurs/rais,  un  canal 
plus  profond  que  la  rivière  (  dont  Tentrée  est 
obstruée  par  des  bancs  de  sable  ) ,  de  manière  à 
permettre  aux  navires  de  haute-mer  d'aller  di- 
rectement à  Saô-FranciscO'de-Paula. 

Un  bateau  à  vapeur,  construit  dans  l'endroit 
même  ,  parcourant  neuf  milles  à  l'heure  et  por- 
tant des  marchandises  aussi  bien  que  des  passa- 
gers, va  et  vient  journellement,  de  Saô-Francisco- 
de-Paula  à  Rio-Grande,  en  passant  par  laicidade 
do  Norie ,  ou  Saô- José.  Il  était  fortement  ques* 
tion  d'en  construire  un  second  pour  faire  la 
navigation  de  Porto-Âlègre. 

Saô-Francisco-de-Paula  est  à  cinquante-deux 
lieues  de  Porto- Alègre ,  neuf  de  Rio-Grande-do- 
Sul  et  à  douze  de  l'embouchure  du  fleuve. 

Maintenant,  jetons  un  coup-d'œil  rapide  surla 
province  en  général. 

VI. 

*  La  province  de  Bio^Grande  a  été  surnommée 
do-Sul  (  du  sud  )  pour  la  distinguer  d'une  autre 
province  du  Brésil,  appelée  Rio-Grande^o-Norte, 
laquelle  se  trouve  placée  entre  Parahyba,  Ceara, 


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6t  rOcéan.  •*—  An  Brésil,  on  donne  plus  particu- 
Uèrement  à  la  proyince  de  Rio-Grande-do-Sul  le 
nom^  plus  bref,  de SadPedro. — Ses  confins  sont, 
an  nord,  la  proyince  de  Saô-Paulo  (Saint-Paul) , 
autrefois  San-Vicente,  dont  elle  est  séparée  par 
le  Rio^Curùîba  ou  Yguazu\  à  Touest,  par  le  Par 
rana  qui  la  sépare  de  Fétat  du  Paraguay ,  et  par 
VUntgiugr,  seryant  de  limite  ayec  Corrientes, 
Tune  des  proyinces  de  la  confédération  Argen- 
tine; au  sud,  par  la  BandorOnental,  dont  les 
liimtessontleJaguaronetle  Cuarey^  et  parles  ter- 
rmns  neutres  s'étendant  au  sud  et  à  l'ouest  de  la 
Laguna  Merim;  enfin,  à  l'est,  par  l'Océan  atlan- 
tique et  la  petite  proyince  de  Santa-Catharina , 
laquelle  s'étend  fort  peu  au-delà  de  la  Serra-do- 
Mar. 

Le  territoire  de  Saâ-Pedro^  dont  la  superficie 
peut  être  éyaluée  à  quinze  mille  lieues  carrées, 
se  diyise  en  cinq  comarcas  ou  arrondîssemens, 
ayant  pour  chef-lieux  Porto- Alègre  (capitale) 
RiO'Pardo,  Bio-Grande^  Piratinim  et  Saô-Borja. 
Ces  cinq  comarcas  se  subdiyisent  en  onze 
districts ,  lesquels  comprennent  les  viUas  (pe- 
tites yilles)  de  Bio-Pardoy  Patrulha,  ViUa-Noi^a- 
dorCacheira^  Saô-Laiz-da-Leal-Bragança^  Saâ- 
Francisco  '  de  -Paula  ^   Piratinim^  Saô-José-do- 

5i 


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—  S30  — 

Norte,  OS^Bom-Jesiis-do'Triumpho,  Cassa-Pas^Hj 
Alégrétéy  et  Jaguardo.  Il  y  a,  outre  ces  viïlasy 
une  grande  quantité  de  pwos  (bourgades)  et  de 
freguesias  (paroisses)  dont  les  principales  sont  Sad- 
Leopoldo  ^  Viamon^  la  Barrucada^  Freguesia- 
Nway  Santo-Amaro  ;  Saâ-Gàbriel^  Bagé,  Sonia- 
Maria-daSerra^  Saô-Martinhoy  Itcujuy  et  lespeu* 
plades  des  Missions ,  dont  San-Borja  est  devenit 
le  che^lieu.  Ce  sont  autantde  Termo^  ou  justices. 

Dans  chacune  des  comarcaslXy  a  une camano 
(municipalité)  et  un  Owndor  ou  Oydor;  c*est  un 
juge  en  seconde  instance,  duquel  on  appelle  aux 
cours  souveraines  deBahiaou  de  Rio- Janeiro, 
nommées  Relaçoes.  Les  juges  de  paix  sont  plus 
spécialement  chargés  de  la  police  des  iermos. 

En  1834,  on  évaluait  la  population  totale  de 
la  province  à  160,000  habitans;  les  Allemands 
entraient  pour  un  dixième  dans  cette  évaluation. 
La  nouvelle  colonie  de  Saô-Léopoldo,  seule,  en 
comptait  huit  mille  ;  il  est  vrai  que  l'on  compre- 
nait sous  la  dénomination  d!  Allemands ,  des  émi- 
grés de  toutes  nations;  mais  quelque  faiUe  que 
soit  la  population  allemande,  eu  égard  au  nombre 
des  Brésiliens,  elle  a,  néanmoins,  une  grande  im- 
portance morale,  en  ce  que  son  eicemple  ne  peut 


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—  S31  — 

manquer  de  stimuler ,  tôt  ou  tard ,  le  caractère 
apathique  des  Brésiliens.  Dès  à  présent,  elle  a  fait 
tout  ce  qu'on  était  en  droit  d'attendre  d'elle ,  et 
les  améliorations  introduites  dans  les  arts  et  la 


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—  332  — 

lente  de  Fancieii  continent.  Les  plantations  de 
yignes  ont  eu  le  plus  heureux  résultat  dans  la 
colonie  allemande,  et  je  ne  doute  pas  qu'un  jour 
Tiendra  où  cette  heureuse  province  exportera 
d'excellent  yin  dans  les  autres  ports  du  Brésil.  Je 
suis  même  étonné  qu'on  n  ait  pas  déjà  tiré  parti 
des  collines  de  Porto-Alègre  pour  la  culture  de  la 
vigne.  Le  thé  devrait  aussi  dédominager  ample- 
ment des  essais  qu'on  pourrait  tenter  pour  le 
propager  sous  ce  parallèle ,  puisque  le  sol  est  ici 
moins  élevé  qu'à  Saô-Paulo  ' . — ^Le  thé  de  VAmé- 
rique  du  Sud  (l'herbe  du  Pai-aguay),  est  l'objet 
d'uji  grand  commerce  dans  lés  Hautes-Missions, 
surtout  depuis  que  les  relations  ont  été  interdites 
avec  le  dictatorat. 

J'ai  remarqué  que  les  nombreux  cactus-nopal, 
qui  croissent  naturellement. dans  les  plaines  sa- 
blonneuses de  y  iamon,  Boa-Vista  et  la  Barrucada, 
étaient  couverts  de  cochenille  sylvestre,  dont  on 
pourrait  tirer  parti;  mais  il  faudrait  qu'en  cela 


La  culture  du  thé  de  la  Chine,  fait  d'assez  grands  progrès  au  Brésil. 
Indépendamment  de  la  récolte  qui  se  fait  an  jardin  botanique  de  Bio, 
il  s'en  recueille  encore  dans  les  provinces  de  Minas ^  sao-Paulo  et  Santa- 
Catharina.  Mais  c*est  surtout  dans  celle  de  SnrVPaiiIo,  que  celte  culture 
a  pris  le  plus  d'accroissement;  il  en  a  été  récolté  en  i83S,  plus  de 
cent  arr^as.  (d472  kilog.) 


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—  535 


comme  en  tout  autre  chose ,  des  étrangers  don- 
nassent l'exemple. 


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—  534  — 

mandent  que  des  bras  et  des  capitaux  pour  être 
exploités  avec  utilité.  H  y  a  ensuite  une  foule 
d'industries  lucratives  à  créer,  soit  pour  le  coin* 
merce  intérieur ,  la  consonunation  locale ,  ou 
Texportation^  •  Les  artisans  laborieux  sont  certains 
d*y  être  bien  accueillis ,  et  pour  peu  qu'ils  aient 
quelques  fonds  et  de  l'intelligence ,  ils  peuTcnt 
compter  sur  un  brillant  avenir.  Malheureusement 
il  n'arrive  que  trop  souvent  qu'on  part  d'Europe 
avec  des  idées  d'ordre,  de  travail,  d'économie ,  et 
qu'une  fois  en  Amérique  on  se  dégoûte  trop  fiici- 
lement,  à  la  simple  vue  des  difficultés  résultant, 
nécessairement,  de  l'idiome ,  des  coutumes ,  des 
préventions  nationales,  de  l'ignorance  de  la  va- 
leur des  choses ,  du  ridicule  attaché  à  la  qualité 
à^étranger  nouvellement  débarqu^j  et  enfin,  de  la 
législation ,  des  mesures  de  police,  etc.  On  aime 
TcàeaiLJeterhTnancheaprèslacognéey  quechercher 
à  surmonter  ces  obstacles ,  très-naturds ,  mais  qui 
n'ont  qu'un  tems  ;  car  deux  ou  trois  années  suf- 
fisent à  un  homme  intelligent  pour  se  mettre  au 
courant  de  la  langue ,  des  usages  et  coi^umes 
d'un  pays ,  et  c'est  alors  qu'il  peut  espérer  d'hêtre 
amplement  dédonunagé  du  tems  perdu  ou  de 
ses  premiers  sacrifices. 

1  Voyez  la  note  O,  reUtire  aux  poids  et  mesures ,  aux  monnaies, 

aux  droits  de  douane  elc. 


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—  858  — 
La  province  de  Saô -Pedro  est  digne  defixer  l'at- 
tention des  capitalistes,  comme  de  tons  les  hom- 
mes qu'une  fortune  adverse  oblige  à  s'expatrier. 
Ses  destinées  sont  certainement  brillantes  et  si  les 
plans  de  navigation  au  moyen  de  la  vapeur ,  sur 
ses  principales  rivières ,  viennent  à  se  réaliser ,  )e 
ne  fais  aucun  doute  que  sa  population  ne  prenne 
an  accroissement  rapide  ;  le  gouvernement  bré- 
silien parait  d'ailleurs  fermement  résolu  à  proté- 
ger toute  espèce  d  association  étrangère  ou  na- 
tionale, ayant  pour  but  des  entreprises  com- 
merciales ,  des  colonisations  ou  des  exploitations 
industrielles  '. 

Quant  au  caractère  des  Rio-Grandenses  y  il  se 
ressent  naturellement  du  genre  d'industrie  au- 
quel ils  se  sont  adonnés;  il  est  chevaleresque 
conune  celui  des  Orientalistes  et  des  Paulistes  ; 


■  En  1834,  il  s'est  formé  des  sociMis  d'actionnaires  pour  la  naTÎga- 
tion  intérieure  sur  les  fleuTes  du  Maranhon  ou  Amazone ,  le  San- 
Francisco  et  le  Bio-Doce.  Des  lignes  ont  dû  s'établir  entre  Rio-Janeiro, 
les  divers  points  de  la  côte  du  Brésil  et  mène  la  Plata.  Une  circons- 
tance vient  encore  favoriser  ces  entreprises  ;  il  a  été  découvert  en 
1833 ,  par  un  Anglais ,  dans  la  province  de  Santa-Catharina ,  une 
mine  de  houille  (charbon  de  terre)  de  la  meilleure  qualité  et  d*une 
exploitation  facile.  Elle  se  trouve  à  dix  ou  douze  lieues  à  Touest  de  la 
petite  ville  Laguna.  — Je  crois  que  c'est  dans  les  environ*  de  cette 
mine  de  houille,  que  le  docteur  Frédéric  Sillow,  a  découvert  du  marbra 
rouge  compact  et  du  saccharoïde .  —  Cela  indiquerait  bien  des  terrains 
primitirs  ? 


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—  536  — 
leurs  longs  démêlés  avec  les  Ârgentiiis  les  ont 
rendus  guerriers,  et  ils  ont  donné  plus  d'une  £>is 
des  preuves  de  courage,  quand  ils  ont  eu  le  ha- 
sard d'être  commandés  par  des  généraux  expé- 
rimaités.  Ce  sont,  certainement,  avec  les  Pau- 
listes,  les  meilleurs  cavaliers  du  Brésil.  Ds  sont 
également  amis  des  institutions  libres  et  endiou- 
siastes  de  la  cause  des  peuples.  L'hospitalité  est 
encore,  chez  le  plus  grand  nombre,  une  Tertu 
qu'ils  pratiquent  généreusement. 


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—  540  — 

j*ai  visité  Montéyidéo,  Rio-Grande,  Porto-Alè- 
gre;  j'ai  entretenu  des  relations  avec  Valparaiso, 
Rio- Janeiro,  la  Véra-Cruz  et  la  Havane  ;  j'ai  suivi 
la  marche  de  nos  a£&ires  à  rextërieur,  et  j'ai 
acquis,  non  sans  rougir  de  pudeur  nationale, 
l'humiliante  certitude,  que  notre  commerce  est 
infiniment  inférieur  à  celui  des  autres  nations 
maritimes,  nonseulement  dans  les  lieux  que  f  ai 
yisitës,  mais  encore  (et  je  ne  crains  pas  un  dé- 
menti) sur  tous  les  points  du  continent  améicainî 


On  ne  conteste  plus ,  ou  l'on  n'o^e  plus  contes- 
ter l'utilité  du  commerce  en  général,  c'est  déjà 
un  grand  point ,  un  commencement  de  progrès 
en  économie  politique  i  aussi,  lagriculture  et  Tin- 
dustrie  manu&cturière  commencent-elles  à  res- 
sentir les  heureux  eflFets  de  la  pix>tection  que  le 
gouvernement,  et  les  capitalistes^  ont  accordée, 
dès  ces  dernières  années ,  à  celles  des  branches 
du  commerce  qui  ont  semblé  devoir  hâter  le  bien- 
être  et  la  prospérité  nationale  :  je  veux  parler  du 
commerce  intérieur  et  d'importation.  Mais  il  est 
deux  autres  branches  non  moins  intéressantes , 
essentiellement  liéesau  progrès  des  manu&ctureSi 
et  vice  versé ^  le  commerce ezrf^neur  et  èLCxpor- 
tation. 


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—  541  — 


Les  économistes  et  les  meilleurs  publicistes  de 
notre  siècle ,  ont  reconnu  que  le  commerce  exté- 
rieur est  \e  grand  pwot  des  richesses  publiques, 


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—  542  — 

encore  de  la  sagacité  j  du  jugement  et  de  Yins^ 
truction. 

Quelquefois ,  à  yoîr  les  immenses  préparatifi 
qu'on  iait  en  France  au  moment  d'expédier  un 
nayire  pour  l'Amérique,  on  croirait  vraiment 
qu'il  s'agit  de  l'expédition  des  Argonautes,  et.que 
quelque  nouvelle  toison  d'or  doit  être  le  résultat 
in&iUible,  le  prix  attaché  à  l'audace,  au  courage, 
au  génie  d'un  moderne  Jason.  —  On  pourrait 
croire ,  du  moins,  que  l'armement  et  l'opération 
sont  montés  d'après  des  données  positives  y  des 
connaissances  approfondies  du  pays  qu'on  veut 
explorer.  —  Point  du  tout  :  un  intrigant ,  de  ceux 
dont  fourmille  l'Amérique,  est  arrivé  avec  des 
notes  fraîches;  il  a  presque  vendu,  dit-il,  le  char- 
gement à  l'avance,  avec  bénéfice  de  cinquante, 
de  soixante ,  de  cent  pour  cent  même,  sur  &c- 
ture;  les  retours  sont  prêts,  c'est  une  affiôre  ma- 
gnifique ! ...  Du  secret,  messieurs  !  !  !  Mais  surtout 
hâtez-vous. 

Un  honnête  armateur^  trop  crédule ,  auquel 
l'intrigant  voyageur  a  bien  voulu  accorder  la 
préférence  de  ses  notes  ^  donne  dans  le  panneau. 
Il  n'est  pas  bien  sûr  (l'armateur)  que  le  point 
indiqué  soit  dans  l'Amérique  du  nord  ou  celle 


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—  543  — 

du  sud,  mais  peu  importe,  c'est  VàSEàire  du  capi- 
taine et  du  subrécargue. 

L'armateur,  plein  d'espérances,  Ta  donc  en- 
voyer son  nayire  dans  un  pays  qu'il  connut  tout 
au  plus  pour  l'avoir  vu  sur  la  carte  que  lui  a  ou- 
verte le  vofctgeur;  il  va  &ire  une  école  dont  il 
ne  profitera  pas,  parce  que,  si  l'opération  tourne 
à  mal,  comme  on  peut  s'y  attendre,  il  se  gardera 
bien  de  renvoyer  son  navire  sur  le  point  où  il  a 
essuyé  des  pertes.  Si  son  bâtiment  revient  de 
Buenos- Ayres  ou  de  Rio,  avec  cinquante  pour 
cent  de  perte,  il  l'enverra  peut-être  en  Califor- 
iiie  ;  s'il  revient  de  Valparaiso  ou  des  ports  du 
Pérou,  il  l'enverra  au  Brésil  ou  bien  au  Mexique, 

ou  bien  encore,  à  la  pêche  de  la  baleine! 

Nouvelles  écoles.  — Dites -moi,  de  bonne  foi,  si 
ce  n'est  pas  là  ce  qui  s'est  pratiqué,  ce  qui  se 
pratique  encore  le  plus  généralement  en  France? 
—  Pourquoi  ne  pas  suivre  un  pays?...  Pourquoi 
ne  pas  profiter  de  l'expérience  acquise?...  Quel- 
que mauvais  que  paraisse  un  marché ,  après  en 
avoir  pris  une  connaissance  certaine,  s^it  par  soi- 
même,  soit  par  son  capitaine  (qu'il  est  toujours 
bon  d'intéresser),  soit  par  le  géreur  ou  subrécar- 
gue, ou  même  par  ses  correspondans,  il  est 
impossible  que  ce  navire  ne  &sse  pas  des  affaires 


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—  ut  — 

passables.  Les  navires  dont  les  armateurs  ont 
montré  de  la  constance  ^  ont  fini  par  enrickir 
leurs  propriétaires,  en  même  tems  qu'ils  ont 
fomenté  nos  rapports  avec  les  divers  points  qu'ils 
exploitaient.  Voyez  la  Claudine  à  Rio-Janeiro,  le 
Phaétouy  de  Saint-Malo,  à  Montevideo,  YHermir 
nie  et  le  Parûgr/oy-àBuénos-Ayres,  leurs  capitai- 
nes se  sont  acquis  une  réputation  justement  mé- 
ritée dans  ces  contrées.  —  Qu'en  est-il  résulté?  — 
Leurs  cargaisons  se  sont  vendues  à  l'arrivée,  à 
de  très  -  bons  prix ,  parce  que  c'était  presque 
toujours  des  conunandes  faites  à  l'époque  du 
départ.  Les  passagers  attendaient  avec  impa- 
tience leur  retour,  afin  de  leur  accorder  la  préfé- 
rence. 

Mais  d'ailleurs ,  sachez  bien ,  qu'intérieur  ou 
extérieur,  d'importation  ou  d'exportation,  le 
commerce  spécial  est  le  plus  utile ,  le  plus  profi- 
table. Les  marchandises  sont  meilleures ,  mieux 
assorties ,  moins  chères  lorsque  chaque  commer- 
çant se  consacre  à  une  seule  branche  de  covranerce 
et  quû  mit  tm  pays.  Cette  spécialité  est  aussi 
utile  au  commerçant  qu'au  consommateur  ;  plus 
facilement  familiarisé  avec  une  seule  branche 
d'industrie,  il  connaît  mieux  les  chances  de  gain 


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—  o45  — 

et  de  perte ,  les  prix ,  les  qualités ,  les  lieux  où  il 
faut  s'approyisionner,  les  lieux  où  il  peut  rendre. 
Comme  il  achète  et  Tend  davantage,  et  plus  fré- 
quemment, il  peut  acheter  et  Tendre  à  meilleur 
marché ,  le  bénéfice  pétant  le  même  ;  et  comme  il 
▼end  plus  vite ,  il  n  a  point  à  craindre  les  pertes 
qu'entraînent  l'avarie  des  marchandises,  les  chàn- 
gemens  de  saison,  les  variations  du  goût  et  de  la 
mode,  aie  commerce  sptfciid augmente  les  chan- 
ces  de  gmn  et  diminue^  s'il  ne  les  détruit^  les 
chances  de  perte.  » 

Les  expéditions  les  moins  aventureuses  qui  se 
soient  faites,  sont  celles  de  Bordeaux  pour  le  Mexi- 
que ,  le  Pérou  et  le  Chili,  parce  qu'elles  ont  été 
dirigées  par  d'anciens habitans  de  ces  pays;  aussi 
ont-elles  été  couronnées  de  quelque  succès.  Mais 
du  Hùire  et  de  Marseille,. on  ne  voit  arriver  au 
Brésil  et  à  Buenos- Ayres,  le  plus  ordinairement, 
que  de  pauvres  pacotilleurs ,  lesquels  se  ruinent 
en  partie;  parce  que,  d'une  part,  ils  achètent 
fort  cher  et  à  terme,  et  que  de  l'autre  ils  sont 
obligés  de  vendre  au  plus  vite  pour  remplir  leurs 
engagemens  et  conserver  leur  crédit.  11  arrive 
que,  tôt  ou  tard,  ces  infortunés  le  perdent  et 
sont  réduits  à  végéter  en  Amérique,  jusqu  à  ce 

35 


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—  546  — 
que  le  sort  prenant  pitié  de  leur  triste, existence, 
y  mette  enfin  le  terme  '. 

Il  n'est  pas  moins  yrai  que  c  est  à  cette  classe 
d'iiqmmes,  qu'on  peut  appeler  malheureux^ 
puisqu'ils  passent  la  moitié  de  leur  yie  dans  les 
privations  inouïes  de  longs  et  pénibles  voyages,  i 
travers  les  déserts  les  plus  sauvages ,  ce  n  est  pas 
moins,  dis-je,  à  cette  classe  infortunée,  mais 
active,  que  la  France  doit  le  peu  de  commerce 
qu'elle  a  fait  jusqu'à  présent  dans  l'Amérique  du 
Sud. ...  Ce  sont  les  pacotilleurs  qui ,  les  premiers, 
y  ont  transporté  nos  marchandises  manu&ctu- 
rées  ;  ce  sont  encore  eux  qui  entretiennent  et 
alimentent  ces  vastes  contrées....  Ah!  combien 
de  grâces  ne  doit-on  pas  à  ces  pauvres  Français , 
exportateurs  de  nos  articles  de  luxe,  de  nos  su- 
perfluités,  de  nos  drogues  ^  dans  les  provinces  les 
plus  intérieures,  les  plus  reculées  du  Brésil,  de 
la  Banda-Oriental  et  du  Rio-de-la-Plata!...  11  en 
est  de  même  de  ceux  qui  parcourent  les  divers 
points  de  la  cote  ;  les  uns  et  les  autres  sont  expo- 

1  «Les  Français,  dit  J.  J.  Rousseau, ont  presque  toi^ours  qnrique 
▼ue  dUntérètdans  leurs  voyages  ;  mais  les  Anglais  ne  vont  point  cher- 
cher fortune  chez  les  autres  niions ,  si  ce  n'est  par  le  comment 
et  le8  mains  pleines  ;  quand  ils  voyagent ,  c'est  pour  y  verser  leur  ar- 
gent', non  pour  irivre  d'industrie  ;  ils  sont  trop  fiers  pour  aller  ramper 
hors  de  chez  eux.  m 


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—  547  — 

Ses  à  mille  dangers ,  miUe  privations  qui  ne  sont 
certes  pas  compensés  par  les  modestes  bénéfices 
qu'i 


1  ils  font  f 


C'est  du  port  de  Marseille  que  sortent  les  ex- 
péditions les  plus  mal  calculées;  rien  n'égale  l'ex- 
travagance des  armemens  de  la  Provence.  Là , 
on  a  la  facilité  de  pouvoir  se  faire,  instantané- 
ment, un  fond  de  chargement  avec  les  vins; 
aussi,  on  en  use  hardiment!  Mais  tout  ce  que  les 
Pix)vençaux  exportent  au  Brésil  est  d'une  qualité 
détestable:  leurs  vins  ne  sont  point  potables; 
leurs  salaisons  (cornichons  ,  anchois,  olives  etc.) 
sont  mal  soignées,  se  gâtent  promptement,  parce 
qu'ils  économisent  jusque  sur  la  force  du  vinai- 
gre; les  bouteilles  ou  pot-hans ,  contenant  leurs 
fruits  à  leau-de-vie,  sont  fidts  de  manière  qu'à 
peine  ils  peuvent  se  tenir  debout,  il  est  même 
assez  rare  qu'en  les  débouchant  le  goulot  ne  casse 
point,  tant  le  verre  est  faible  et  mince.  En  un 
mot,  tout  sent,  dans  ce  pays,  la  parcimonie  ; 
aussi ,  sur  cinquante  pacotilleurs  de  Marseille  al- 
lant au  Nouveau-Monde,  il  en  reste  au  moins 
quarante-huit  qui  n'ont  plus  les  moyens  de  re- 
tourner dans  leur  patrie.  Pour  peu  qu'on  ait 
séjourné  quelque  tems  dans  l'Amérique  du  Sud, 
on  doit  reconnaître  l'exactitude  de  ces  assertions. 


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—  548  ~ 
—  Bordeaux ,  s'il  n'y  prend  garde,  s'attirera  bien- 
tôt un  pareil  reproche,  car  on  yoit  journellement 
diminuer  les  bouteilles  de  ses  vins  en  -caisse. 

Je  suis  obligé  d'établir  uu  fait  positifs  quelque 
humiliant  qu'il  soit,  pour  pouvoir  arriyer  à  une 
conclusion  péremptoire  :  c'est  qu'on  ne  compte 
presque  pas  de  maisons  respectcAks  *  parmi  le 
commerce  français  dans  toute  l'Amérique  du  sud, 
tandis  qu'on  en  compte  un  gi^nd  nombre  de 
toutes  les  nations....  Cela  yient,  probablement, 
de  ce  que  les  capitalistes  français  aiment  trop  à 
voir  leur  argent  autour  d'eux,  et  que  s'ils  se  dé- 
cident à  s'en  séparer ,  ce  n'est  qu'à  une  prime 
exorbitante.  Chez  nous,  il  est  encore  des  gens 
qui  se  figurent,  bêtement,  que  tout  ce  qui  est  sur 
mer  est  perdu. — Il  faut  alors  renoncer  aux  af- 
faires; car  sans  capitaux,  point  de  crédit,  et 
sans  crédit  point  à*€iffaires  possibles.  On  pourrait 
peut-être  trouver  l'origine  de  ce  préjugé  dans  les 
grandes  pertes  que  les  armateurs  ont  éprouvées 
dans  les  opérations  mal  dirigées;  dans  celles  qu'ils 
ont  eu  à  supporter  quand  leurs  navires  ont  été 
pris  sans   déclaration  de  guerre,  et  aussi  dans  le 


i  Ce  mot  ne  fait  pas  aUii$ion  au  caractèi-e  privé  des  négocians;  3 
doit  s^en tendre ,  dans  le  sens  qtill  a  depuis  long-tenis ,  du  crédit  de 
leurs  ooMiMms,  lanlen  Fratice  qu'à  rétranger. 


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—  549  — 

peu  de  confiaoce  que  ,  géuëralement  pariant ,  le 
commerce  a  dans  notre  marine  militaire ,  la- 
quelle, au  reste ,  (soit  dit  en  passant)  ne  se  croit 
pas  toujours  obligée  enrers  les  marchands!...  Si 
ce  n'est  pour  le  setvice  du  roi!!!.  —En  un  mot , 
tous  les  détenteurs  de  fonds,  ainsi  que  les  nëgo- 
cians  riches ,  reculent  dcTant  les  grandes  opéra- 
tions maritimes  ;  s'ib  y  entrent ,  c'est  toujours 
ayec  la  certitude  que ,  quoiqu'il  advienne ,  ils  ne 
perdront  rien;  ils  s'arrangent  en  conséquence; 
mais  ils  s'arrangent  mal,  car  leurs  prévisionssont 
le  plus  souyent  déçues ,  par  une  consécpience 
naturelle  de  leurs  vues  étrcHtes. 

Le  vice  dcmiinant ,  en  France ,  est  de  rouloir 
jouir  du  prëaait.  En  principe  pliilosophique  on 
a  raison  ;  mais  en  matière  de  commerce  cm  a 
grand  tort.  Le  propriétaire  d'un  navire  nouvd- 
l^iient  lancé  à  la  mer  prétend  le  gagner  à  son 
premier  ou  deuxième  voyage  ;  des  bénéfices  de 
dix  à  quinze  pour  cent  sont  regardés  avec  dédain 
pour  une  affiûre  de  cabotage ,  et  si  Ton  parle 
d'une  âlFaire  de  long-cours ,  il  en  faut  de  plus 
considérables  !  Quand  des  armateurs  se  décident 
à  charger  un  navire  richement ,  ce  n'est  pas  tou- 
joursde  leurs  deniers  que  la  cargaison  est  achetée, 
ils  exploitent  souvent  la  crédulité  publique ,  ils  la 


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—  550  — 
font  par  actions.  Ken  entendu  qu  ils  se  re&enrent 
la  faculté  d'acheter  la  cargaison  en  France  et  de 
yendre  celle  de  retour,  toujours  moyennant  la 
conunission.  Notez,  de  plus,  qu'ils  fixent  le  fret 
de  leur  navire  au  taux  le  plus  âevé  !  —-Ces  gens- 
là  ne  devraient  jamais  perdre ,  dira-t-on  ?  U  est 
certain  que  tout  leur  passe  par  les  mains,  et 
quelques-uns  s'arrangent  de  telle  sorte  qu'il  leur 
reste  toujours  Xefret  de  lem*  navire,  liquide^  mal- 
gré toutes  les  pertes  possibles.  Cette  manière 
d'opérer  ne  peut  faire  que  des  dupes,  et  pourtant, 
ce  sont  là  les  grands  moyens  de  nos  principaux 

armateurs  français,  sauf  quelques  exceptions 

Quand  verrons-nous  donc  prendre  à  notre  com- 
merce extérieur  une  direction  plus  digne  d'une 
nation  aussi  instruite ,  Iscientifiquement  parlant , 
et  aussi  grande  que  la  nôtre  ? 

U  résulte  de  ce  genre  d'affidres ,  qu'on  se  dé- 
goûte ,  que  le  commerce  extérieur  languit  et  que 
les  articles  de  grande  consommation  sur  lesquels 
nous  avons  encore  l'avantage ,  conune  les  soieries^ 
finiront  par  être  réduits,  si  les  Lyonnais  n'y  pren- 
nent garde,  par  les  fabriques  établies  en  Suisse  et 
en  Allemagne ,  parce  qu'elles  travaillent  sur  une 
plus  grande  échelle  et  plus  méthodiquement  que 
nous.  Déjà  la  Suisse  et  l'Allemagne  font  beaucoup 


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—  541  — 

dans  cet  article  aux  Etats-Unis,  au  Mexique,  au 
Brésil,  à  Buénos-Ayres,  et  nul  doute  que  leurs 
afïaires  n  augmentent  dans  la  même  proportion 
sur  d'autres  points 


Il  est  incontestable  que  les  produits  de  indus- 
trie française  sont  variée  presque  à  Tinfini  et 
réunissent  la  qualité  de  la  matière  et  Y  élégance 
des  formes;  mais  beaucoup  de  ces  produits  ne 
peuvent  rivaliser  de  prix  avec  ceux  des  Anglais, 
des  Allemands^  des  Sardes  et  des  Américains  du 
Nord;  tels  sont  :  lafeuence  oomnmne,  làpoteriej 
la  tapisserie^  les  rubans ^  les  c/u^atÀx  de  paille  j 
les  drops,  les  étoffes  de  hmcj  les  cotons  JUésy  les 
^^ojfes  de  coton  pur  et  mélangé^  les  toiles  ^  ïhor- 
logerie^  Yébénisterie^  la  carosserie^  Isiboissellerie, 
la  vannerie  ^ne^  les  fers  et  ferrages^  la  couteUerie^ 
la  quincaillerie^  l^Jabricatiori  des  armes  blanches 
et  armes  à  feu ,  excepté  les  armes  de  luxe ,  les 
glaces ,  les  cristaux,  les  toUes.peintes ,  les  instru- 
mens  de  musique,  les  sai^ns  blancs  de  Marseille, 
les  papiers  à  écrire,  la  tabletterie  et  la  toumerie. 

Notez  bien  que  ce  sont  là,  précisément,  les 
articles  d'encombrement ,  et  conséquemment  les 
plus  favorables  à  la  navigcUiony-ei,  en  outre  ^ 


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—  Sd2  — 

ceux  qui  sont  les  phis  demandés^  les  plus  tuSes 
dans  r Amérique  du  sud,  où  les  besoins yôc/JCB^ , 
qui  ne  peuvent  naître  que  d'une  grande  civiUsâ- 
tiou ,  ne  se  font  pas  encore  spjDitir  suffisamment 
pour  procurer  de  bien  grands  débouchés  aux 
articles  suivans,  seuls  capables  de  soutenir  encore 
la  concurrence  étrangère  :  la  porceliùne  de  Sèvres 
et  de  Paris,  quelques  Aiticles  de  chapeSerie,  les 
soies  et  soieries  j  quelques  étoffes  Itères  en  laine, 
les  châles  de  Paris,  Lyon,  Nîmes,  Saint-Qocntia, 
la  bonneterie,  les  toiles  Jines,  les  hatisêesy  les 
Knans,  les  gazes ,  les  tulles,  la  broderie,  Ibb  ou- 
yrages  de  mode  de  Paris,  les  dentelles,  les  gomts, 
Vqffinage,  tirage  et  battage  d^orei  ^m^mt,  les 
o%iA^n%ges  en  bronze,  Yor/ètrerie  (en  plaqué),  la 
bijouterie  fine  et  Ênisse,  les  insimmens  de  phy- 
sique et  de  mathématiques  de  Porâ,  kyoâîBme, 
en  pierres  fines  et  en  strass,  le»  ^Htsgie»  de  Rngles 
et  de  Laigle  quand  eBes  sont  soignées,  les  pointes 
fines  de  Paris,  les  €xrmes  de  luxe,  les  pa|Meiis  de 
tenture  de  Paris>  la  typographie,  la  grwure,  k 
lithographie,  les  produits  €himi4pms,  la  tannerie, 
corroierie  et  mégisserie  {n^eeaœ  cirés  et  maaiOMs 
maroquinés)  de  Paris  et  de  Nantes,  Isl parfumerie, 
la  librairie,  enfin  les  vins  et  eaux^de-vie. 

Certes,  il  y -a  dans  celte  variété  de  produis 


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—  555  — 
d'industrie  française,  de  quoi  alimenter  un  com- 
merce d'échanges  assez. riche  et  assez  productif» 
mais  tout  cela  fait  peu  d'aaicomhrement  (sauf ' 
les  yins  et  eaux-de^rie),  et  sans  encombrement  » 
point  de  nat^igaiion  morcAourfe...  -^J'indiquerai 
plus  loin  les  ressources  du  Hayre,  de  Bordeaux 
et  de  Marseille  pour  procurer  instantanément  à 
leurs  navires  xmfomk  de  chargement  encom^ 
hrant  :  passons,  au  préalable,  à  lexamen  des 
causes  qui  ont  pu,  et  peuvent  encore  retarder 
Tessôr  de  notre  commerce  extérieur. 


II. 


C'est  dans  les  arts  et  les  sciences  «  surtout ,  que 
la  France  a  cru  trouver  ses  titres  de  gloire ,  les 
plus  solides;  c'est  par  eux,  en  efiPet^  qu'elle  est 
devenue  une  grande  nation  ^  qu'elle  a  réparé  ses 
pertes»  cicatrisé  ses  blessures,  et  qu'elle  se  oon« 
sole  de  ses  malheurs;  mais  ne  pourrait-elle  pas 
aspirer  à  d'autres  succès  ?.••  Son  immense  popu-- 
lotion^  s'accroissant  rapidement,  dans  une  pro» 
gression  étonnante,  se  nonrrira-t-elJe  de  gloire?. .  • 
—  On  n  a  vu  jusqu'à  présent  que  des  écrits  chan- 
tant, prônant  les  louanges  des  Français,  soit  sous 
le  rapport  des  armes,  soit  sous  celui  des  sciences 
et  des  arts!  !  ! ...  Je  veux  bien  croire  que  sous  ces 


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—  5»4  — 

rapports  nous  sommes  ou  moins  les  égaux ,  si  nous 
ne  sommes  point  supérieurs  aux  autres  nations  ; 
'  mais  il  ne  &ut  pas  que  l'encens  nous  enivre  jus- 
qu'au point  de  nousfaire  croire  ^upérieursen/ou^. 
Sous  le  rapport  camunerdal^  du  moins,  ce  serait 
une  turpitude  que  vouloir  nous  mettre  au  rang 
des  autres  puissances  maritimes  :  les  Allemands, 
les  Sardes  même ,  sont  bien  au-dessus  de  nous!... 

On  s'étonne  peu,  du  reste,  de  la  lenteur  que 
met  notre  commerce  à  prendre  un  essor  digne 
de  la  France,  quand  on  vient  à  réfléchir  qu'une 
partie  des  préjugés  des  dix-septième  et  dix-hui- 
tième siècles  (existant  encore  parmi  ce  qu'on  ap- 
pelle la  noblesse)  ont  dû  nécessairement  exercer 
leur  influence  méphitique ,  sur  les  gouvernemens 
qui  se  sont  succédé  depuis  Louis  xiii  jusqu'à  ce 
jour ,  au  point  de  refuser  au  commerce  toute  es- 
pèce de  protection.  On  lit>  sans  en  être  trop  sur- 
pris, dans  les  Mémoires  «attribués  à  une  femme 
d'esprit ,  qui  hantait  les  boudoirs  et  les  salons  des 
cours  de  Louis  xiv,  Louis  xv  et  Louis  xvi ,  ces 
phrases  méprisantes  pour  le  commerce  et  Vindus- 
triej  et  qu'on  doit  pourtant  r^arder  comme  la 
traduction  mm^  des  idées  de  la  cour  de  France  : 

a  Les  Normands   sont   aux  autres 


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~  5^5 


Français  ce  que  les  Anglais  sont  au  reste  des  Eu* 
ropéens....  On  me  dira  tout  ce  qu'on  voudra  sur 
les  bienfaits  du  négoce  et  le  génie  du  commerce^ 
c  est  tout  ce  que  je  connais  de  plus  vil  et  de  plus 
bas/  >> 


«  Je  disais  toujours  à  ce  bon  M.  Turgot  que 
Joseph  vendu  par  ses  frères  arait  été  le  premier 
exemple  et  le  modèle  de  toutes  les  transactions 
commerciales  ^  ». 

Sans  chercher  à  venger  les  Normands  d'un 
rapprochement  qui  leur  ferait  honneur ,  suivant 
moi,  s'il  était  exact  ^  je  répoudrai  à  la  noble 
marquise,  pour  faire  un  contraste  avec  les  idées 
rances  qu'on  ose  encore  reproduire  au  dix-neu- 
vième siècle  : 

Que  la  gloire  des  armes  ne  donne  à  l'analyse 
du  philosophe,  que  du  sang  innocent^  du  sang  de 
pauvre,  versé  à  grands  flots  pour  assouvir  la  so^ 
de  gloire  des  rois,  dfes  conquéranset  des  grands; 

i  Souvenirs  de  la  marquise  de Créquy.  —  Tome  1,  p«§;e  44»  édition 
de  d$34.  —  Je  relève  ces  phrases  insolentes  et  ridicules ,  parce  qu'on 
ne  peut  trop  signaler  au  mèpria  des  hommes  sensés  ^  les  maximes  ré- 
trogriides  qui ,  présentées  avec  esprit ,  ont  une  induenœ  funeste  dans 
la  1  te  lancée  et  s'étendent  bientôt  à  la  vie  politique. 


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—  856  — 

Que  la  gloire  Itttémire  n'offre  qu'encens,  fa- 
mée qui  s'évapore  ; 

Mais  que  celle  de  Vindusirie  et  du  commerce 
laisse  dans  le  creuset  la  vraie  pierre  philosophsde, 
avec  des  germes  féconds  de  çwUisaiion  ! 

Qu  on  y  pMnne  garde  !  X orgueil  est  un  mal 
contagieux  chez  les  nations  cmlisées-*^  Sous  ce 
rapport  seul  on  pourrait  dire  «  il  ny  a  plus  de 
Pyrénées  !  »  L'Espagne  et  le  Portugal  9  ces  deux 
pays  si  nuls  à  présent ,  ont  eu  comme  nous,  et 
bien  avant  nous,  leur  orgie  de  gloire  :  ils  se  sont 
reconquis,  en  expfulsant  les  Maurest  ils  ont  envalii 
leurs  voisins  et  une  partie  de  l'Allattagne; 
Charles^QuùU^  le  Napoléon  de  l'Espagne,  a  rempli 
le  monde  de  sa  gloire  et  de  sa  puissance^  >  !.... 
Mais  les  Espagnols  et  les  Portugais  oMjait  plus 
que  de  subjuguer  des  peuples ,  ils  ont  découvert 
des  mondes  l  Les  noms  d'Efnmamielj  de  Ferdi- 
nand et  d' Isabelle  retentiront  étemdOement,  des 
bords  fertiles  du  Gange,  jusques  sur  le  fient  sour- 
cilleux des  Andes  !  — Comme  nous,  les  Espagnols 
se  sont  enivrés  de  leurs  succès  ;  ils  ont  voulu  en 
jouir  comme  un  grand  seigneur  jouit  de  sa  for- 
tune   ils  ont  tout  dépensé  en  luxe,  et  n  ont 

»  Voyez  VHisioire  de  Charles-Quint,  par  Bobertson. 


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—  557  — 

rien  réparé  par  l'mdustrie.  —Qu'en  est-il  résulté  ? 
-—  La  misère,  V abjection,  ï avilissement ,  et,  par 
dessus  tout,  un  orgueil  démesuré,  d'autant  plus 
ridicule,  qu'inspiré  par  les  succès  de  ses  ancêtres j 
la  génération  actudle  établit  dle-mênse  un  con- 
traste qui  iait  ressortir  sa  nullité. 

N'a-t-il  pas  été  reconnu,  en  principe  philoso- 
phique et  politique,  que  les  fik  n'héritent  pas  plus 
des  yertusque  des  crimes  de  leurs  pères?.».  Eh 
Inen  !  ce  même  principe  est  applicable  auT  na- 
ttons :  une  nation  n'est  qu'une  grande  &miUe  ; 
or ,  les  générations  actuelles  ne  peuvent  pas  re- 
vendiquer la  glotrç  de  leurs  ancêtres,  si  ellet  n'ont 

rien  £dt  elles-mêmes  pour  la  justifier cette 

gloire  appartient  à  l'histoire  géi^iérale  des  peuples, 
le  grand  juge  des  héros ,  des  princes  et  des  na- 
tions. La  génération  nouvelle,  prétendant  à  l'hon- 
neur de  figurer,  en  lettres  brillantes,  sur  le  livre 
des  immortels  doit  elle-même  tailler  la  plume  qui 
enregistrera  Ses  titres  ii  l'admiration  des  races 
fotures!  Ce  principe  admis,  on  avouera,  avec 
moi,  la  main  sur  la  conscience ,  que  notre  géné- 
ration n'a  pas  lieu  de  &ire  ostentation  de  sa 
gloire.... 

Les  progrès  de  la  raison,  delà  philosophie ,  les 


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—  558  — 

Tues  philantropiques  des  peuples  font  espérer 
qu'ils  chercheront  enfin ,  désonnais  j  leui's  titres 
de  gloire  ailleurs  que  dans  Vexterrnination  de 
leurs  frères  :  une  palme  inunort^Ue ,  un  hymne 
de  louanges,  entonné  par  tous  les  peuples  du 
globe ,  doit  être  la  sublime  récompense  de  la  na- 
tion qui  aura  contribué  le  plus  à  la  civilisation 
de  FAfrique  et  des  Deux-Indes.  Pour  palrrenir  k 
ce  noble  but ,  le  commerce  et  un  puissant,  un 
irrésistible  auxiliaire  :  les  Nord- Américains,  les 
Anglais ,  ne  font-ils  pas  des  miracles  avec  cet 
agent  ciTilisateur?  Les  regarderons  -nous  avec 
la  stupidité  de  l'Espagne  et  du  Portugal  ?  Mar- 
cherons-nous  toujours  à  leur  remorque?  .... 


Cest  en  Tain  qu'on  perd  son  tems  à  crier 
contre  les  ministres^..*  vainement  on  objecte- 
rait éternellement  que  le  gouvernement  gène 
ou  n'encourage  pas  le  commerce  et  Findustrie , 
qu'il  ne  les  ^utient  point  au  dehors.  —  Ce 
ne  serait  pas  ime  nouvelle!  —  On  peut  répondre 
à  cela  <(  qu'il  n'a  paru  au  Brésil ,  au  Mexique  ou 
à  Buénos-Ayres  aucune  frégate  de  guerre  de  Ham- 
bourg ,  qu'il  n'y  a  jamais  eu  de  station  suédoise , 
ni  piémontaise,  ni  hollandaise,  et  que,  cependant, 
ces  nations  font  plus  d'af&ires  que  nous ,  tandis 


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—  559  — 

que  nous  avons  certainement  plus  de  facilités 
quelles  pour  étendre  et  ramifier  notre  com- 
merce. »  —  Qu  on  ne  se  méprenne  pas  sur  mon 
intention  ! — Je  ne  prétends  point  disculper  le  gou- 
vernement des  torts  qu'on  peut  avoir  à  lui  re- 
procher ;  je  ne  veux  qu'établir  unjaù  incontes- 
table ;  mais  je  vais  établir  aussi  un  autre  &it  non 
moins  positif:  c'est  que  notre  nation  ne  connaît 
pas  encore  la  valeur  des  mots  industrie^  corn- 
mercey  navigation,  et  que,  conséquemment,  il 
faut  travaiUer  activement  à  lui  fidre  comprendre 
ce  qu'ils  peuvent  sur  sa  destinée^  au  lieu  de 
perdre  son  tems  en  remontrances ,  qu'on  est 
convenu  de  dédaigner.  Il  fiiut  lui  persuader ,  k 
cett  ation  spirituelle,  mais  trop  Jutile^  que 
^  jtrie  sera  désormais  la  métropole  réelle  des 

^nies,  le  commerce  le  seul  roi  des  mers  ; 
i<  que  la  meilleure  confection  et  le  meilleur  mar- 
«  ché créeront  un  monopole  commercial,  contre  le- 
(c  quel  viendront  se  briser  irrésistiblement  tous 
fc  les  monopoles  politiques  de  Tunù^rs. 

L'expérience  a  dû  prouver  que  les  gouverne- 
mens  paternels  qui  se  sont  succédé  depuis  Fem- 
pire,  n'ont  jamais  compris,  non  plus,  nos  intérêts 
commerciaux  ;  l'un  a  accordé  une  protection 
spéciale  à  l'agriculture,  un  autre  a  essayé,  en  td- 


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—  560  — . 

ionnani,  de  donner  l'imptilsion  à  rîndiistrîe, 
mais  aucun  n'a  paru  comprendre  que  le  com- 
merce extérieur  et  à^exportation  pouvait  seul  as- 
surer le  succès  de  leurs  tcntatiTCS.  Ainsi  au  lieu 
de  meridfer  auprès  du  gouTemementune  protec- 
tion qu'il  a  toujours  refusée,  je  crois  que  le  com- 
merce doit  y  mettre  plus  de  digniié:  il  est  tems 
que  le  monde  mdiutriel^  en  France,  sorte  des 
langes  dans  lesquels  On  le  retiendrait  toIod- 
tiers  jusqu'à  l'âge  de  décrépitude.  La  marine  la 
plus  naturelle  à  suivre  pour  obtenir  du  pouvoir, 
des  lois,  ou  des  mesures  propres  à  dcnmer  l'im- 
pulsion, serait  de  charger  les  ckamhreg  de  com- 
merce d'attirer  inceêsamment  et  ausn  ënargiqœ- 
ment  qu'il  est  donné  de  le  fidre  dans  l'état  actuel 
de  notre  organisation  politique,  Tattention  des 
chambres  législatwes  sur  ce  grand  agent  de  pros- 
périté puUique.  Si  nos  législateurs  comprennent 
bien  toute  Tétendue  de  leur  mandat,  3s  sauroni 
jGûre  connaître  Au  pouvoir  exécutif  leur  vohnté 
ferme  et  constante^  de  protéger  noire  com- 
merce à  Textérieur ,  par  tous  les  moyens  mis  en 
usage  (avec  tant  de  succès)  par  les  autres  grandes 
nations  maritimes  y  et  le  pouvoir  exécutif  se 
verra  bien  forcé  de  &ire  des  traités  de  commerce 
et  de  navigation  avec  les  peuples  qu  il  a  trop 
loog-tems  méprisés  j  au  détriment  de  nos  intérêts 
les  plus  chers. 


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—  861  — 
Le  vu%aire  n'a  pas  précisément  tort  qnaind  ii 
répète  qoe  F  Aiigleterre  est  le  pe^s  des  im^entions  : 
û  est  fûndé  dans  son  jugement  par  le  résultat 
briHaiU;  qui  Fâiloiaità  Juste  titre.:.  Que  hxi  mu- 
porte,  au  &iit,  que  tel  chimiste,  tel  mécœm^ 
cien  y  tel  ingénieur  français  ait  fait  une  découverte 
carpdbled'opérer  une  révolution  dans  Findustrie , 
le  commerce  ou  la  navigation  si>  par  défaut  d'ap- 
ptication  y  par  Fincurie  d'un  gouvernemiSBft  qui 
n  a  pasi  su  comprendre  toute  son  impoftance , 
cette  découverte  doit  rester  ensevelie  dans  Fou* 
Uî  le  plus  complet....  Que  lui  importe!  du  mo^ 
ment  qa'mn  axrtre  gouvernement^  ou  une  autrt 
natiofiy  ee  qui  revient  au  même,  (puisque  les  na* 
tiens  sont  devenues  solidaires  des  fidts  et  g^tes 
de  leurs  gouvememens)  accueille  avec  enthonn- 
siasme  et  reconnaissance  cette  découverte  utile, 
ne  doit-elle  pas  acquérir  des  titres  à  Fadmiration, 
k  la  gratitude  de  tous  les  peuples  de  la  terre?... 
Et  n^a-t^e  pas  Inen  mérité  la  gloire  de  Fintveii-* 
tion?.* .  "^  L'inventeur  àppartient-il  au  pays  qui 
Ta  renié?^. .  -«-^  Td  est  le  bon  e^it  du  gouverne- 
ment de  la  Grande-Bretagne,,  qu'il  Êivorise  toute 
innopaiion  utile  à  tindustrie...  et  tel  est  le  génie 
des  Anglais,  tel  est  celui  des  I^ord*Américains 
qu'ils  laissent  rarement  sans  application ,  sans  enr 
eofurugementy  les  heureuses  découvertes  que  font 

56 


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—  862  — 

accidentellement  Un  autres  peuples,  soit  dans  les 
arts,  soit  dans  les  sciences...  Ces  réflexions  pour* 
raient  nous  conduire  loin ,  car  elles  font  naître 
de  profondes  méditations!...  Mais  revenons  à 
notre  spécialité. 

Dans  les  ports  du  nord  de  la  France,  on  man- 
que d'objets  d'encombrement  ;  pour  &ciliter  le 
prompt  chai^ement  de  nos  navires,  le  gouTer- 
nement  et  surtout  le  commerce  devraient  encou* 
rager  les  fabriques  deJajrencCf  de  chapeaux^  de 
hière^  àeferrtiges^  les  verreries  y  etc.,  etc  ,  encore 
&udrait-il  que  ces  fiibriques  fussent  rapprochées 
des  points  d'embarquement ,  car,  comment  pour- 
rions-nous jamais  lutter  avec  les  Anglais,  pour 
tous  ces  articles ,  si  leur  fabrication  a  lieu  loin  des 
ports,  lorsque  chez  nous  les  moyens  de  transport 
sont  si  coûteux,  et  que  chez  nos  voisins  ik  ont 
de  â  grandes  &cilités,  s(Ht  par  leurs  canaux,  soit 
par  leurs  chemins  en  fer,,  leurs  machines  à  va- 
peur?   Voilà  un  des  points  principaux  sur 

lequel  on  doit  jeter  les  jeux  attentwemeni.  Je  1  ai 
déjà  dit:  sans  articles  di  encombrement  y  point  de 
nwigation  marchande.  Voyez  les  Nord- Améri- 
cains, ils  apparaissent  sur  tous  les  points  du  globe, 
parce  que  leursyonise^,  leurs  cotons ,  leurs  meur 
blés,  leurs  genièinres  sont  des  articles  précieux 


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—  S63  — 

pour  former  à  l'instant  vaij&nd  de  cargaison; 
la  promptitude  avec  laquelle  s'opère  une  expédi- 
tion leur  évite  de  grands  frais  d'armement,  et 
leur  permet  de  renouveler  plus  souvent  leurs 
opérations  "* 

Il  faut  bien  se  persuader  que  des  articles  d'en- 
combrement ne  doivent  donner  qpLjmfret ,  dans 
ce  siècle  où  tant  de  monde  navigue;  mais  quel 
autre  pays  que  le  Midi  de  la  France  devrait 
avoir  un  commerce  de  navigatioil  plus  étendu , 
plus  actif?  lui  qui  possède  les  vins,  eaux-de-i^ie, 
huUe,  sai^on^Jhâts  secs  j  et,  à  sa  portée,  tous  les 
produits  de  l'Italie ,  de  la  Grèce,  de  la  Turquie 
et  même  de  la  Russie!..  — La  grande  exporta- 
tion de  nos  vins  de  Cette  et  Marseille  se  fait  plus 
particulièrement  par  navires  étrangers  notam- 
ment anglais  et  sardes.  —  Pourquoi  nos  arma- 
teurs n  exploitent-ils  pas  ce  genre  de  commerce  ? 
Leur  serait-il  plus  difficile  qu'aux  Anglais  de  le 
faire  ?.  —  C'est  encore  une  suite  de  notre  ainditéj 
qui  fait  qu'aucun  d'eux  ne  veut  se  contenter 


1  Bordeaux  et  Marseille  ont  des  vins  et  des  eaux-de-viê  pour  facili- 
ter un  chargement.  Le  Havre  a  des  carreaux,  des  vinaigres^  àesplan», 
ches  de  sapin  du  Nord  ,  dont  on  tire  un  bon  parti  à  la  rivière  de  la 
Plata.  Mais  Dieppe,  Dunkerque,  Nantes,  Saint-Malo,  etc.,  on|  peu 
de  ressources. 


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—  364  — 

d'un  simple  fret  j  tandis  que  les  étrangers  s*en  con- 
tentent. Les  Anglais  ont-ils  les  Tiyres  à  meilleur 
marché  que  nous  ?-*«-  Non.  —  Paient-ils  moins 
leurs  matelots  ?~-  Au  contaire.-^  Mais  ils  sasfeni  se 
contenter  d  un  fret.  Aussi  ^  qu'arrive-t^il?  onles 
Toit  Êdre  une  grande  partie  de  la  navigation  et 
des  expéditions  de  la  Méditerranée ,  pour  oe  qaï 
est  de  liquides  et  finiits  secs,  tandis  que  nous  y 
qui  sonuues  sur  les  lieux ,  nous  ne  frisons  rien.*. 
O  doloe  farniente  m  Croyez -moiA  ne  nous  en 
prenons  qu'à  notre  extrême  incurie ,  et  surtout 
au  manque  ^esprit  d'association;  c'est  à  cdft, 
principalement,  qu'on  doit  attribuer  le  peu  d'ac- 
tivité de  notre  commerce  maritime. 

Voyons  quels  peuvent  être  les  moyens  d'agran- 
dir nos  afiEàires  à  rextériem*. 


III. 


Je  ne  dirai  pas  que  pour  obtenir  un  résukat 
avantageux,  pomr  augmenter  l'exportation  de 
nos  marchandises  manu&cturées,  il  devient  ur- 
gent de  mettre,  spontanément,  nos  fabriques  sur 
un  plus  grand  pied,  ce  qui,  cependant,  aurait 
d'heureux  résultats  ;  mais  rimperfcetion  de  nos 
machines ,  la  routine  de  nos  artisans ,  le  défiiut 


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—  565  — 

d'une  éducation  spéciale  potir  l|i  da^seindusIneUe^ 
en  général ,  seraient  autant  d'obstacles  à  un  pro- 
grès im/it^£iar;  c^  Tiendra^  il  &ut  ï  espérer^  Q»ec 
le  reste.  Ce  qu'il  y  a  de  mieux  à  fiûre,  dans  Fétat 
actuel  de  notre  &brication ,  est  de  s^appliquer 
darantage  à  fiibriquer  au  goût  du  pq^s  pour 
kqud  nous  exportons ,  et  ne  pas  nous  entêter  ^ 
suivant  notre  sotte  coutume,  k  Tonldir  soumettre 
les  nations  à  nos  goûts. 

En  fiât  de  fidirication  les  Anglais  sont  grands 
wuàtres  :  on  Ta  d'ailleurs  juger  que  k  génie  du 
eomunerce  n'exclut  pas  chez  eux  la  ruse  mercaU'» 
file....  une  étoffe,  un  dessin,  unelbmie  inveiités 
par  des  febricans  français ,  allemands  on  italiens 
fixnt-ils  fortune  en  Amérique  ?  -— .  Les  anglais  les 
imitent  anssitât.  *-«  Une  nation  obfcîent-^le  une 
TOgue  méritée  dans  un  genre  de  Mnrication?  -*« 
Les  anglais  emjdoient  tous  leur»  moyem  àla  sap 
planter;  ils  vont  plus  loin,  ils  poussent  l'exactitude 
et  la  prévoyance,  jusqifà  iàiprimer  sur  leurs 
pièces  de  ntoussetîne  le  nom  de  nos  meilleures 
fibricans  français,  tds  que  KoechUn  Jrires, 
SMumberger^Grosfean ,  Ch.  Mieg  et  O.  *^  Les 
Anglais  ont  vraiment  un  tact  étonnaiit  en  aflEôres*  » 

t  Au  Brésil  et  k  Buénos-iAyres  on  appelé  cela  entendre  la  Bibla. 


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—  866  — 

Je  ne  les  en  blAme  certes  pas  !  Je  demanderai 
plutôt  pourquoi  nous  ne  les  imiterions  pas ,  et 
pourquoi  nous  serions  plus  scrupuleux  à  Fégard 
de  leurs  Êdnicans  les  plus  connus  ?..  Il  est  certain 
qu'en  afiaires ,  en  fabrication  surtout ,  on  doit 
mettre  de  coté  Foi^eil  national  et  ne  pas  s'a- 
charner à  encombrer  un  pays,  comme  cela  nous 
loriye  trop  souyent,  d'articles  qui  ne  lui  plaisent 
pas.  Ce  n'est  pas  toujours  le  bon  qui  Êdt  fortune; 
les  peuples  ont  des  goûts  bizarres,  originaux,  des 
caprices  j  si  Ton  yeut,  qu'il  faut  sayoir  flatter; 
aussi  les  anglais  ont-ils  le  bon  esprit  d'imprimer 
de  très^riches  dessins  sur  des  étoffes  excessit^emeni 
communes  f  parce  qu'ils  sayent  bien  que  le  dessin 
fera  yendre  l'étoffe. 

J'ai  déjà  fait  remarquer  que  les  nouyeaux  états 
de  l'Amérique  du  Sud,  le  Brésil  et  les  prorinces 
^i/?»e^duRio^e-la-Plata,  principalement,  n'a- 
yaient  pas  fsiit  encore  assez  de  progrès  dans  la 
ciyilisation  européenne  pour  assurer  xm.  grand 
débouché  à  nos  articles  de  luxe  et  d'industrie 
parisienne.  Les  Anglais  ont  parÊiitement  compris 
cela,  aussi  sayez-yous  ce  qu'ils  ont  fait  ?  Ils  se  sont 
emparés  de  l'industrie  des  indiens  Pampas  et 
AraucanoSj  de  celle  des  habitans  du  Tucuman  et 
de  Corrientes ,  en  fabricant  et  perfectionnant  les 


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—  567   — 

ponchos  A  lesgergas  * ,  dont  il  se  fiât  lux  si  grand 
commerce  dans  rA^oërique  du  Sud !••.  et  ilsont 
si  bien  réussi  qu'on  ne  veut  phis  porter  que  des 
ponchos  inglese^. 

11  se  fait  à  Buénos-Ajres  et  au  Brésil  une  très- 
grande  consonunation  dé  satKm  ;  on  aurait  le 
droit  de  s'attendre  à  Toir  Marseille  approyision- 
ner  ces  pays-là,  surtout  depuis  que  Finvention  de 
la  soude  fiictice  permet  de  fid>riquer  à  meilleur 
compte;  eh  bien ,  point  du  tout ,  nos  scu^ns  de 
Marseille  ne  peuvent  pas  riyaliser  de  prix  arec 
ceux  d'Esp€igne  !  et  les  Anglais  ,  les  Nord-Amé- 
ricains trouvent  encore  le  moyen  d'introduire 
d'immenses  quantités  de  savons  jaunes^  àesu^et 
ée  résine  a... 

n  y  a  des  gens  en  France,  de  ces  gensoimêglés 
par  la  prévention,  de  ces  gens  stationncures  qui 
s'extasient  encore  devant  nos  draps  à'Elbet^y  de 
Sedan  et  de  Loimers;  eh  bien!  qu'ils  apprennent, 
qu'à  l'étranger  on  nen  i^eiU pAs.  —'Pourquoi? — 
On  a  comparé  les  draps  firançais  et  anglais ,  à- 
peu-près  de  prix  égal,  et  Ton  a  toujours  trouvé 
que  les  nôtres  n'avaient  pas  le  moelleux  ^  la  sou- 

I  \€jez  au  clKiMtre  XIV  de  mon  Voyage  TexpUcation  de  ces  tennca^ 


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—  868  — 

pkêse  des  auib^s,  et  de  ptus»  une  griouk  diffi- 
renoe  dans  le  poil.  Le  dmp  angiw  est  parftîiff 
ment  bie»  fowft#  et  le  n^tre  a  le  poil  trop  long. 

Mais  en  admettant  que  nos  draps  soient  sufi- 
rieurs  ^  ou  en  est  donc  TaTanlage  pour  la  Fiance, 
si  leur  Àbricatiou  ne  doit  fournir  qa'4  la  oqii- 
senoMtîon  intà^eunif..*  Appliquon^iapus,  avant 
Unit)  il  rmdi$^  de  prix  awec  ïétrmgcr» 

Quoiqu'il  soit  bien  érid^nt  qn^  les  diapi 
anglais  aient  l'avantage  du  mo&kmif  de  hlég^ 
retéf  delasouplesse  et  de  Vi^j^arenoe^  nous  pour 
rions  peitt-étre  lutter  dans  c^oitaines  qualités^ 
se  &bnqueat  en  Picardie;  mais  il  fiMt  hmm 
nos  prix;  mais  il  &ut  des  couleurs  oonéViiflMn 
pour  lepcrjfs  dans  lequel  on  les  exporte.  Pour  cek 
comme  pour  tous  les  articles,  en  geiiëndt  oa  ne 
doit  se  présmter  en  £ibrique,  que  muni  d'QdbMir 
tiUons.  '^^  Arrivons  au  fait. 

Le  moyen  qui  me  paraîtrait  le  plus  sûr,  poar 
lutter  avec  avantage  contre  Tëtrangert  smût,  » 
je  ne  trompe,  d'établir,  à  l'instar  des  Anglais  «t 
des  autres  nations  commerçantes,  des  nuisons 
succursales  dans  les  différens  ports  de  T Amérique 
dépendantes  de  celles  de  France ,  lesquelles  se- 


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—  560  ~ 

raient  tenues  de  faire  passer  coatinisdlemeiit  des 
échamiMont  et  des  modHes  de  marchandises  à 
ùtmqaer  dans  le  goùi  et  les  besoins  duntomerU^ 
De  leur  côté,  les  maisons  de  France  derraient 
fiûre  une  avance  de  fosds,  aa^oinbevif ,  demoi* 
tié  ou  deux  tiers  à  un  taux  modéré  (3  ou  4  p.  % 
par  exemple)  avec  la  condition  expresse  que  les 
marchandises  fassent  convenables  pour  tel  ou  td 
point  del'Amértqne.  D  résnltenât  de  cette  &cilité 
ao6(xdée  au  figJirieant  que  celui-ci  augmenterait 
'  son  traTaS,  que  notre  exportation  s'augmenterait 
aussi  et  qu'alors  on  s'ap[diquerait  davantage  à 
fidre  les  marchandises  au  goût  de  Tétraiiger,  Les 
fiifarioans,  en  outre,  seraient  libres  de  cette  nral* 
titndede(pTianj^O(>ifiinÛM9it]Mv«9,  qui  exigent 
d'eux  des  remises  énormes  lorsqu'ils  leur  procu- 
rent la  vente  de  quelques  marchandises,  des 
escomptes  de  huit^  de  dix  pour  cent  pour  les 
soieries  et  d'un  tas  de  petites  vcderies  auxquelles 
il  leur  eât  assez  difficile  de  se  soustraire,  tant  que 
les  ailaires  continueront  à  se  traiter  en  France 
sur  le  pied  actueL  Je  crois  que  si  capitalistes» 
banquiers  ou  armateurs  fiançais  ne  prennent  pas 
ce  parti,  on  ne  doit  pas  espérer  d'améliorations 
importantes  dans  nos  affidres  à  Yextérieur. 

Les  pacotSIeurs ,  tout  en  rendant  service  à 


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—  8Ï0  — 

quelques  fiduriques^  sont  réellemenft,  et  par  le 
fiât  de  leur  peu  de  moyens,  \ejîéau  de  notre 
commerce.  Bien  qu'on  doi^e  leur  rendre  grftoes 
pour  les  efforts  qu'ils  ont  fidts,  les  services  qu'ik 
ont  rendus,  on  ne  peut  s'empêcher  de  reconnaitre 
qu'ils  sont,  dans  l'état  actuel  des  choses^  im 
obstacle  au  progrès  y  à  l'impulsion  qu'on  doit 
s'attendre  à  yoir  prendre  au  commerce  fiançais. 
Comment,  en  effet,  pourrions  -  nous  préteadce 
jamais  lutter  avec  les  nations  riyales  qui  &hri- 
quent  nos  mêmes  articles ,  si,  diez  ces  nations,  ' 
ils  sont  euToy es  directement  parlefiihricant?On 
conçoit  que  ce  dernier  peut  se  contenter  de  son 
bénéfice  comme  fabncani ,  tandis  que  nos  pa- 
cotilleurs  sont  obligés  d'dïtenir  à  la  fois  le  béné- 
fice dufàhricant.i  celui  âa  commissionnaire  j  et 
le  leur  en  sus  !  U  résulte  tout  naturellement  de 
ce  mode  d'opérer  que  le  pacotilleur  doit  Tendre 
au  moins  yingt  pour  cent  plus  cher  que  le  fiJuri- 
cant  pour  obtenir  un  léger  bénéfice ,  et  qu'une 
nation  étrangère  qui  fabriquerait  dix  pour  cent 
plus  cher  que  nous  pourrait  cependant  vendre  au 
même  prix,  le  fid>ricant  envoyant  directement. 

Une  des  grandes  plaies  >   de  notre  commerce 

1  Je  dis  «110  des  grandes  plaies  de  notre  commerce ,  car  la  princi- 
pale ,  la  plos  considérable  de  tontes ,  est ,  sans  contredit ,  notre  mam- 


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~  871  — 

est  donc  dans  rexportation  de  nos  marchandises 
parles  pcÊCOiUleurs y  et  le  remède ,  qui  parait  le 
plus  sûr,  serait  dans  raiponce  qu'on  ferait  aux 
fahîicansy  sons  là  garantie  que  la  marchandise 
s^a  coT^orme  aux  modèles  ou  échantillons  cane-- 
ricains.  An  nioyen  de  cette  avance,  le  fabricant, 
àssiuré  d'un  prompt  débouché,  se  contentera 
d'un  bénéfice  moindre,  et  la  &cilité  que  lui  ac- 
corderont, nécessairement,  ces  capitaux  étran- 
gers, fera  que,  très^probablement,  il  s'intéres- 
sera lui-même  dans  les  opérations  dont  le  succès 
serait  peu  douteux  de  cette  manière» 

Comment  d'ailleurs  pouTons-nous  espérer  d'a- 
grandir nos  affiiires  en  Amérique,  si  nos  envois 
ne  sont  pas  continus?  Au  Brésil,  à  Montevideo , 
à  Buénos-Ajres ,  il  se  passe  souvent  trois,  quatre 
et  même  six  mois  sans  qu'il  arrive  un  navire 
français  *  ;  de  manière  que  dans  l'intervalle  des 
arrivages,  s'il  existe  quelques-uns  des  articles  Êi- 
briqués  par  les  autres  nations,  ils  les  écoulent 
nécessairement,  quoique  inférieurs,  et  les  mar- 

v€ns  sygtèiM  de  douanes,  qui ,  en  multipliant  les  restrictions ,  les  pro- 
hibitions  à  Tinfini ,  met  nécessairement  des  entraxes  aux  progrès  des 
manufactures. 

1  Ou  bien,  tout-à-coup,  il  apparaît  à-la-fois  quatre  ou  six  navires 
du  même  port,  se  faisant  la  concurrence  et  encombrant  les  'Hendtu 
d^articles  qu*ils  offrent  au  rabais,  par  la  'nécessité  de  faire  les  retours. 


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—  572  -- 

chands  et  les  oDnsommateiin  s'huhituent  k  lenr 
usage;  ce  qui  fiât  qw  les  nôtres  ne  sont  poinfc 
aussi  recherchés  quand  ils  amrent  de  noo^ean , 
et  qu'enfin  nous  perdons  la  vente,  parce  qu'il  n'y 
a^  pas  eu  d'envoi»  successifii.  Le  remède  à  cet  autare 
mal  serait  daas  les  dépôts  cantitmeb^  bien  a{çit>- 
yisionnës,  bien  assortis,  moyemâint  des  avances 
au  &faricant. 

Voilà  pour  la  part  des  diligatioiis  des  anna- 
teurs;  examinansmaintenanttbrièveaient,  qa'dles 
peuvent  être  celleii  du  gowfememeiU  et  qud  »s^ 
téréi  puiss€mi  il  peut  avoir  à  fisnrmîser  notre  com- 
merce dans.  l'Amérique  du  Sud. 

On  sait  déjà  que  \Aménque  a  sur  Xlnde  l'avan- 
tage d'avoir  fourni  à  l'Europe  un  commerce  actif; 
elle  a  contribué  plus  que  toute  autre  partie  du 
monde  à  augmenter  sa  population ,  à  accroître 
sa  inchesse  et  à  développer  sa  puissance,  tout  en 
recevant  de  l'Europe  les  germes  féconds  de  la  ci- 
vilisation, les  lumières  bienfesantes  de  sa  religion 
et  les  prodiges  de  son  industriel  Mais  c'est  peu 
que  tout  cela ,  l'émancipation  des  anciennes  co- 
lonies espagnoles  et  portugaises,  leur  constitution, 

I  Voyez  la  Nouvelle  Géographie  de  M.  Adrien  Balbi  :  du  a 
en  Amérique. 


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—  573  ~ 

de  fait  et  de  droit ,  en  Aats  r^iMicains ,  doit 
exercer  une  bien  antre  influence  sur  les  états 
monarchiques  de  l'Europe  !  La  décrépitude  de 
de  cdle-ci  ne  lui  permet  plus  d'imposer  des  lois 
aux  jeunes  nations  qui,  à  peine  dani^Fâge  de  pu* 
berté,  prétendent  déjà  paraître  virUes...  EOesne 
fondent  plusieurs  droits  au  respect  des  uatioiDsdu 
▼ieux-monde,  leur  puissance  politique^  sur  Tap- 
pareilimposantde  la/brce,  trop  souvent  employée 
en  guise  de  bonnes  raisons  par  nos  vieilles  mo- 
narchies ;  elles  invoquent  leur  droit ,  et  si  leur 
droit  est  méconnu,  eDes  protestent  haute- 
ment, à  la  face  du  ciel  et  delà  terre,  contre  la 
violence  qui  leur  est  feite...  Lliistmre  enr^stre 
fidâement  leurs  protestations  énergiques^  et  le 
tems  se  charge  de  la  vengeance  ! 

Dès  1831  le  gouvernement  de  Buénos-Ajres  a 
déclaré  formellement  qu*ïl naccueillerait  aucune 
cammunicaiion  dipJontatique ,  ou  commerciale , 
ds  lapart  dun  n^ociateur  qui  se  présenieraii  à 
mainamtéef  ousanslesformàUiésçouhiesparh 
droii  des  gens.  »  L'Angleterre  et  les  États-Unis 
ont  respecté  cette  déclaration!  ils  se  sont  em- 
pressés de  reconnaître  la  validité  des  principes 
qui  Font  dictée,  en  fidsant,  \e&premierSj  un  traité 
d^amihéj  de  ctnmnerce  et  de  na$ngaHon  avec  la 


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—  574  — 

République  Argentine.  Ils  ont  traité  cette  nation 
A' hier  ayec  la  même  dignité,  les  mêmes  égards 
qu'ils  eussent  employés  enyers  la  nation  la  plus 
bkisonnée  la  plus  aristocraiisée  par  les  siècles. 
Leur  politique  admirable  ne  s'est  pas  bornée  à 
cette  seule  alliance,  ils  en  ont  &it  aussi  avec 
d'autres  états  républicains. 

La  conséquence  la  plus  immédiate  de  cette 
sage  politique  a  été  d  acquérir  un  droit  incon- 
testûbleklsL  protection  de  leiir  marine  marcliande 
par  la  manne  militaire.  Les  étrangers  ayant  un 
prétexte  plausible  pour  se  présenter  à  main  armée 
dans  les  stations  de  l'Amérique  du  Sud,  cekdàe 
veiller  à  Vexécution  des  traités  y  ces  nations  amies, 
que  leur  fiûblesse  matérielle  rend  ombrageuses, 
ne  se  croient  plus  offensées  de  la  présence  des 
bàtimens  de  guerre. 

Mais  qu'est-il  arrivé  de  l'obstination  du  gou* 
yemement  firançais  à  ne  vouloir  pas  reconnaître 
ïindépendance  des  nouveaux  États,  ou  à  le  fiiire 
tardivement?  —  On  s'est  aliéné  peu-à-peu  l'affec- 
tion, l'esprit  sympathique  de  ces  peuples;  leurs 
gouvememens  ont  exercé  des  vexations  envers 
les  commercans  français;  des  mesures  arbitraires 
ont  été  adoptées  envers  nos  compatriotes,  et  nos 


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—  575  — 

considsf  nos  agens  d'affaires  n'ont  rien  pu  dire, 
rien  pu  fiûre  pour  s'y  opposer,  ils  n'ayaient  pas 
comme  les  Anglais  nn  traité  de  'commerce  à  irwo- 
4pMer!....  Alors,  nos  officiers  de  marine  militaire, 
obligés  d mtervenir,  ou  l'ont  fidt  brutalement^ 
ou  Font  ùit  maladroitement^  sauf  quelques  ex- 
ceptions, comme  dans  l'afiaire  de  VHerminie  où 
nos  agens  diplomatiques  ont  montré  de  la  dignité. 
Toutes  ces  mesures  yiolentes ,  l'espèce  de  mépris 
qu'on  paraissait  affecter  pour  des  peuples  déjà 
aigris  par  leurs  luttes  intérieures,  ont  singulière* 
ment  refix)idi  le  vif  désir  qu'ils  pouvaient  avoir 
de  fiàire  un  traité  d'alliance  avec  nous.  M.  Man- 
derille  a  vainement  tenté  de  disposer  les^  esprits  à 
la  sanction  d'un  acte  si  important  pour  le  pro- 
grès de  notre  commerce  à  Buenos- Ayres;  il  n'a 
pu  y  réussir. — M.  Vins  de  Pessac  sera  peut-être 
plus  heureux. 

Quand  une  perspective  de  prospérité  continue 
s'ouvre  pour  Mor^ei/ie,  par  les  nouvelles  cultures, 
la  civilisation,  les  progrès  mercantiles  de  l'Bgypte 
et  d'Alger  ; 


t.  En  18S29,  M.  Cornette  de  Venancourt,  à  Tinstigation  de  M. 
Mandeville,  brûla  en  une  nuit  tous  les  navires  de  guerre  appartenant 
à  la  République  Argentine! 


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—  576  — 

Quant,  aa  contraîre^  celle  du  Bmnre  est 
cée  de  âe  rétrécir  par  le&  pas  gigiGintesque  deFûi^ 
dusttk  deê  Nord- AméncaiiiSj  yisaùL  à  s'afiBranchir 
de  ce  qu'îk  appellent)  à  tort  ou  k  taison,  un 
frîbi^  â  Pàrûnget;  que  nos  cofomef  ne  foonii- 
ront  pins  un  aliment  il  notre  Davigation  par  le 
transport  eHcombnmi  des  soctes. 

Quand  Bordeaux  a^touJi  espoir  de  voir  loigmeit- 
ter  ses  riches  transactions  avec  les  Indes-Orientales 
et  le  Mexique.  —  Ne  deTÎent-il  pas  urgent  pour  le 
Hm^  de  former  de  longue  mèdn  des  rekiôons  ami- 
cales avec  les  peu{des  de  f  Amérique  du  Sud?.^.  Ia 
nullité  de  leur  industrie  mamifacturière,  les  pro* 
grès,  au  contrairey  de  leur  industrie  agricole  et 
pastorale, que noii^;ioiiPoiMeiic(>i<riagie^  nousas- 
sureraient  long-temi  des  débouchés  ayanlageuxj 
si,  à  l'exemple  d'autres  nations,  nous  avions  le 
bon  esprit  de  flatter  leurs  goûts ,  Jaire  rwStre 
leurs  besoins,  les  aider  par  nos  capitaux  et  mért^ 
ter  leur  préférence  par  des  traités  di  amitié.  Nous 
sympathisons  déjà  par  nos  mœurs,  nos  modes, 
nos  usages,  nos  idœs^  pourquoi  ne  pas  mettre 
en  jeu  ces  puissans  véhicules  pour  établir  des  re- 
lations profitables  aux  uns  et  aux  autres?  En  por- 
tant sérieusement  nos  vues  de  ce  côté ,  nous  pou- 
vons contribuer  puissamment  à  rétablissement 


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—  377  — 

d'institations  propres  à  défelopper  les  principes 
fondamentaux  d^ économie  politique^  cette  belle 
science  née  de  la  civilisation  et  ignorée  encore 
des  anciens  colons  espagnols. 

<c  Ily  a,  en  commerce  comme  en  politique j 
des  révolutions  à  étudier  ou  à  prévoir,  a  dit,  il 
y  a  peu  de  tems,  un  écrivain  ';  des  progrès  à 
faire,  comme  conséquence  ou  comme  préi^oyance 
de  ces  révolutions.  Autrement  on  se  laisse  accu- 
ler^ et  quand  viendrait  le  moment  de  se  re- 
mettre en  ligne  avec  les  nations  les  plus  avancées 
on  tromperait  toutes  les  places  prises .  Les  princi- 
paux peuples  commerçans  marchent  rapidement, 
et  si  l'on  en  était  encore  à  ces  vieilles  jalousies , 
à  ces  haines  d'une  autre  époqpie ,  il  y  aurait  à 
croire  que  les  idées  de  liberté  commerciale  et  de 
J'ratemité  dintéréts  ne  sont  jetées  sur  la  voie  que 
pour  amuser  les  moins  clairvoyans  pendant  que 
les  autres  cheminent.  »  Ces  réflexions  judicieu- 
ses s' appliquent  parfaitement  à  mon  sujet,  et 
j'aime  à  croire  qu'on  ne  m'en  voudra  pas  de  les 
avoir  reproduites. 

Eniin  je  termine  ces  considérations  en  laissant 

\  Voyez  le  Journal  du  Havre,  du  25  juin  1836,  ou  le  Moniteur  du 
Commerce  de  la  veille. 

37 


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—  578  — 

à  une  plume  plus  eittvcée,  plus  instruite  que  la 
mienne ,  le  soin  de  rectifier  ce  qu'elles  peuvent 
contenir  d'erroné ,  ou  de  suppléer  à  ce  qu'elles 
ont  d'incomplet.  En  finissant  ^  j'invite  les  négo- 
cians  à  ne  point  perdre  de  vue  que  le  œmmerce 
repose  sur  trois  grandes  bases ,  dans  l'état  de  ri- 
▼alitë  où  Fa  placé  la  civilisation  :  la  meilleure  con- 
fectiony  h  meilleur  prix ,  et  les  débouchés  Us  plus 
nombreux. 


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NOTES. 


A.  page  5. 

A  l'occasion  de  cette  espèce  d'horoscope  tiré  d'après  les 
signes  certains  de  ce  qu'on  appelle  vulgairement  la  eràmoi' 
copie ,  on  ne  sera  pas  fâché ,  je  pense ,  de  cette  note  sur  la 
philosophie  du  docteur  GaU. 

Elle  diffère ,  dit  l'auteur  du  précis  analytique  du  système 
de  ce  savant  physiologiste,  de  celle  des  autres  philosophes 
tels  que  Kanty  Condillac^  Loche,  Malbranche,  etc,  en  ce  qu'elle 
est  toute  empirique,  qu'elle  repose  immédiatement  sur  des  fiiits 
fournis  par  l'ohservation  et  l'expérience ,  et  qu'elle  n'est 
nullement  le  produit  de  l'imagination,  ni  le  résultat  d'hy- 
pothèses gratuites.  Il  démontre  par  des  faits  incontestables 
et  admet  comme  principes ,  les  propositions  suivantes  : 

i^  Que  les  penchans  et  les  facultés  des  hommes  et  des 
animaux  sont  innés, 

29  Que  leur  exercice,  quelque  soit  d'ailleurs  le  principe 
auquel  on  les  rapporte,  est  soumis  à  l'influence  des  condi- 
tions matérielles  eiorganiques» 

30  Que  chacun  de  nos  penchans ,  de  nos  sentimens,  de 
nos  talens  et  de  nos  facultés,  a,  dans  le  cerveau,  un  siège 
particulier  et  déterminé,  et  que  le  développement  de  ces 
diverses  parties ,  qui  forment  comme  autant  de  petits  cer- 
veaux ou  d'organes  particuliers,  se  manifeste  à  la  surCaioe 
de  la  tète  par  des  protubérances  visibles  et  palpables  :  de 


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—  5«2  — 

sorte  que,  par  Texamen  de  ces  protubérances,  on  peot  re- 
connaître les  dispositions  propres  à  chaque  individu. 

4''  Enfin ,  que  les  diverses  combinaisons  et  les  différens 
degrés  d'énergie  qu'admettent  ces  organes  donnent  lieu  à 
l'immense  variété  des  aptitudes  que  nous  observons  dans 
les  êtres  sensibles  ;  et  que  la  liberté  morale  dans  l'homme 
est  d'autant  plus  forte ,  que  les  fiicultés  supérieures  sont 
plus  actives  et  qu'elles  ont  été  flw  perfeeUotmées  par  nos 

AÎMh  rhowme  ne  naît  pa«  table  ras$,  suivant  que  l'avaient 
pensé  plusieurs  philosophes ,  mais  avec  des  CicaUés  déter^ 
minées  susceptibles  de  recevoir  par  Véé»$at¥m  des  déve- 
loppemeps  considérables.  Ces  facultés  «ont  mm$  an  rap- 
port avço  le  monde  extérieur  par  les  sens ,  qui  ne  sont 
qu'qn  moyen  de  communication  ;  elles  seules  peuvent  ap- 
précier, jugw  0t  connaître  les  oliôets ,  nous  en  fournir  des 
idées  et  )qs  soumettre  à  l'empire  de  la  raison.  La  plupart 
de  ces  facultés  sont  communes  aux  animaux  et  à  l'homme. 
Quelque»  unes  appartiennent  plus  spécialenient  4  ce  der- 
nier ,  et  relevait  éminemment  au-dessus  des  premiers. 
Chei  les  uns  et  chez  l'autre»  ces  Acuités  sont  toujours  en 
rapport  avec  l'énergie  du  cerveau ,  et  il  importe  de  ne 
point  négliger  cette  circonstance  lorsque  l'on  veut  appré- 
cier leurs  effets.  Par  ces  facultés,  l'homme,  comme  les 
animaux ,  est  soumis  à  Tempire  immuable  des  lois  de  la 
eréation  ;  mais  chez  lui  la  raison  »  qui  est  hi  conséquence 
nécessaire  de  quelques  unes  qui  lui  sont  propres*  commu- 
nique à  la  plupart  de  ses  actions  une  moralité  qui  les  rend 
plus  ou  moins  punissables  ou  méritoires^  selon  les  circons- 
tances qui  les  accompagnent  et  les  moi^ens  snyloyô  par  le 
U^iMevr  pour  Us  perfectionner. 


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—  88S  — 
B.  p.  39. 

Il  y  a  peut-être  moins  de  pratiques  ridicules  dans  la  re- 
ligion Anglicane  que  danslaaOtre,  mais  le  peuple  Anglais 
est-il  moins  superstitieuiL  que  les  autres  peuples?— -Et 

qui  entretient  cette  supertition? —  Leurs  élections 

sont  plus  populaires  qu'en  France  ;  le  vote  est  plus  étendu; 
mais  comme  Taristocratie  des  nobUs  (je  dis  aristocratie 
des  nobles ,  parcequ'il  en  existe  une ,  aUleun ,  des  fUbéim»^ 
non  moins  dangereuse) ,  est  puissante  en  richesses  et  en 
droitff,  qu'elle  a  de  grandes  prérogatives,  elle  exerce 
toujours  assez  d'influence  pour  que  le  fea^U,  proprement 
dit  9  ne  domine  pas  dans  la  chambre  basse.  — La  presse 
est  libre ,  il  est  yrai,  c'est  aussi  la  plus  grande  liberté  des 
Anglais  ;  mais  encore ,  la  puissance  des  Tories  achète 
souvent  les  journalistes,  vrais  guides  de  l'opinion.  — 
Enfin  le  droit  abominable ,  immoral ,  de  primogénitare , 

n'existe-t'il  pas  encore? Le  clergé  anglican  n'est-il  pas 

tout-puissant?  Ne  prélôve-t-il  pas  des  taxes  et  des  dîmes? 

Qui  vojadrait  jouir  à  présent  en  France  de  cette  liberté  si 
prônée  des  Anglais  I...  Ce  que  nous  avons  à  envier  à  l'An- 
gleterre, ce  n'est  plus  $a  liberté ,  c'est  le  trident  de  Nep- 
tune ,  c'est  son  étonnant  génie  du  commerce. 

G.  p.  67. 

On  commence  à  reconnaître  les  eaux  de  la  Plata  à 
vingt-cinq  lieues  au  large  (  celles  de  l'Amazone  vont  à 
quarante.  ) 

a  Lorsqu'on  a  atteint  le  parallèle  de  34®  et  qu'on  n'est 


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—  384  — . 

n'est  pas  bien  sûr  de  sa  latitude,  il  est  prudent  de  recoD- 
naitre  le  cap  Santa- Maria;  on  peut  le  faire  sans  danger.  On 
aperçoit  alors  une  côte  moins  basse  que  celle  dn  Rêo- 
Grande-de  Saô-Pedro,  et  l'on  dislingue,  dans  rëloignemenf , 
des  terres  assez  élevées.  En  prolongeant  cette  côte,  on 
prend  connaissance  des  CastiUos^  flots  très-découpés  et 
arides,  au  sud  desquels,  à  petite  distance,  se  trouve  l'îlot 
de  Palmarones ,  couvert  de  cactus.  On  peut  mouiller  avec 
des  vents  de  sud-ouest  à  Fabri  des  Castillos ,  mais  il  faut 
remettre  à  la  voile  dès  que  les  vents  passent  à  Test  ou  au 
sud-est. 

((  Entre  les  Castilios  et  le  cap  Santa-Maria  (entrée  du 
Rio  de  la  Plata],  est  une  grande  plage  terminée  par  deux 
autres  ilôts  et  un  grand  nombre  de  rocbers,  ces  flots  for- 
ment avec  le  cap  un  mouillage  pour  les  petits  navires.  On 
en  trouve  le  plan  sur  la  carte  de  la  côte  méridionale  du 
Brésil,  dressée  par  M.  Barrai,  commandant  la  gabare 
l'Emulation, 

«  L'Ilot  de  la  Pahma  (un  de  ces  flots),  est  sans  végéta- 
tion, et  l'Ilot  de  Jtiiui,  le  plus  rapproché  du  cap,  est  couvert 
de  cactus  comme  celui  de  jPa/morofie^;  cette  ressemblance 
a  fait  prendre  quelquefois  la  Bahia-Falsa  (la  grande  plage 
en  question),  pour  l'entrée  du  Rio  de  la  Plata,  et  a  causé 
des  naufrages. 

cr  Le  cap  SantOrMaria  est  reconnaissable  aux  îlots  de  la 
Paloma  et  de  Tuna  et  à  une  dune  de  sable  située  à  peu  de 
distance  dans  le  sud-ouest.  On  voit,  dans  le  nord,  à  quatre 
milles  environ,  sur  une  légère  élévation,  une  estanda 
(grande  ferme  du  pays  où  l'on  élève  des  troupeaux  de 
bœufs  et  de  chevaux),  entourée  de  plusieurs  parcs ,  formés 
par  des  pieux  élevés  (corrales). 


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—  58S  — 

or  Pour  peu  que  les  vents  soufflent  de  la  partie  du  sud- 
est,  la  mer  est  très-grosse  sur  toute  cette  côte.  Cela  provient 
autant  du  gisement  de  cette  terre  que  de  Tinégalité  des 
profondeurs  de  la  mer,  surtout  sur  les  parallèles  de  SS^  et 
de  33^30'. 

«r  Pour  éviter  les  dangers  que  présente  la  côte  située  au 
sud  du  Rio-Grande,  il  convient  de  s'en  tenir  à  une  dîxaine 
de  lieues,  et  de  s'assurer ,  par  la  sonde ,  qu'on  est  sur  des 
fonds  portés  sur  la  carte.  On  remarquera  qu'à  mesure 
qu'on  s'approche  de  terre,  la  sonde  rapporte  des  coquilles, 
du  sable  et  peu  de  vase  *. 

Si  l'on  est  certain  de  sa  latitude  on  peut  entrer  sans 
crainte  et  chercher  à  reconnaître  File  de  Lobos ,  située 
presque  en  face  de  Maldonado.  Ayant  reconnu  cette  ile , 
ainsi  nommée  à  causé  de  la  quantité  de  loups  marins 
qu'on  y  trouve,  on  se  dirigera  sur  celle  de  Flores  située  par 
3Ap  57'  sud  et  58°  16'  34."  ouest.  Elle  est  à  onze  mille 
nord-ouest  1/4  ouest  de  la  pointe  saillante  du  banc  an- 
glais, écueil  trés-dangereux  ,  qui  nécessiterait  un  feu  flottant 
de  nuit  et  un  pamllon  de  jour.  On  a  établi  dans  l'île  de  Flo- 
res un  phare,  dont  le  feu  tournant  et  à  éclipses ,  est  allumé 
depuis  le  i^  janvier  1828.  La  partie  la  plus  élevée  de 
l'île ,  sur  laquelle  est  placé  ce  phare  est  de  63  palmes 
(47  pieds  1/4)  au-dessus  du  niveau  de  la  mer.  La  hauteur 
delà  lanterne ,  plus  celle  de  la  tour,  forment  ensemble 
75  palmes  (56  pieds  1/4) ,  si  l'on  y  ajoute  la  hauteur  du 
point  le  plus  élevé  de  l'île ,  on  aura  la  hauteur  totale  de 
l'édifice,  qui  est  de  138  palmes  **  ou  103  pieds  1/2. 

*  Annales  maritimes.  1833. 

**  La  palme  a  neuf  pouces.  —  Voyez  le  Guide  des  Marine  pendant 
la  natyigation  nocturne* 


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—  586  — 

Le  feu  de  Flore$  s'aperçoit  à  douze  mOlefl  de  dûtance, 
lorsque  le  tems  est  clair.  Ces  diverses  recounaissaBoes  sont 
très-nécessaires  pour  éviter  le  banc  Àngktà ,  sur  lequel  ou 
peut  être  porté  par  les  courans  »  ou  la  dérive  du  navire  p 
si  l'on  marche  au  plus  près  du  vent  d'ouest  ou  de  nord* 
ouest.  Dans  ce  cas ,  ainsi  que  dans  celui  où  les  vents  de 
nord  et  nord-est  régnent  9  il  est  plus  prudent  de  passer 
entre  les  deux  îles  et  la  c6te.  Si ,  au  contraire ,  le  vent 
souffle  du  sud-ouest,  du  sud,  du  sud-est  ou  de  Test,  on  peut 
passer  entre  les  lies  et  le  tuinc  Anglais. 

Le  vent  de  sud-ouest ,  connu  sous  le  nom  de  pompera, 
se  trouvant  par  trop  violent»  il  est  prudent  de  ne  pas  entrer 
dans  le  fleuve  et  l'on  doit  même  en  sortir  si  Ton  n'a  pa 
gagner  le  mouillage  de  Montevideo  ou  du  Maldonado  *. 

Do  reste  les  capitaines  européens,  praticiens  de  oe 
fleuve,  le  redoutent  bien  moins  que  la  Manche  ;  car  depuis 
son  embouchure  jusqu'à  Montevideo ,  il  n'y  a  que  le  banc 
Anglais  à  craindre  et  encore  est-il  très-Caicile  à  éviter  en 
reconnaissant  les  îles  de  Lobos  et  de  Flores  ** . 

Il  se  trouve  souvent  des  pilotes  à  Tile  de  Lobos  on  à 
celle  de  Flores  pour  conduire  les  bàtimens  à  Montevideo. 
Mais  ces  pilotes  de  Montevideo  sont  pearesseux  ;  ils  aiment 
mieux  toucher  un  demi-pilotage,  qui  leur  est  toujours  dû, 
que  d  en  gagner  un  entier  en  s'exposant. 

Après  avoir  passé  Flores  on  aperçoit  le  C^rro  de  Monté- 
vidéo.  C'est  un  morne  de  forme  conique,  situé  en  face  de 
la  ville,  de  l'autre  c6té  de  la  baie ,  à  la  cime  duquel  on  a 

*  Cette  dernière  rade  est  sûre ,  même  pour  des  vaisseaux  de  ligne. 

**  U  faut  cependant  beaucoup  de  sunreiliaace  de  la  paît  des  officiers 
parte  que  les  coiu^ns  portent  sur  le  banc. 


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—  587  — 

pincé  un  fm9l,  élevée  de  450  pieds  au-dessus  du  niveau 
de  la  mer:  ce  fanal  était  garni  de  lampes  avec  réflecteurs; 
il  était  mal  entretenu  et  ne  s'apercevait  pas  d'aussi  loin  que 
celui  de  Flores  ;  mais  il  parait  que  le  gouvernement  a  fait 
demander  un  appareil  pour  le  remplacer. 

Pour  se  rendre  à  Buénos-Ajres ,  il  £aiut  plus  de  précau- 
tions, mais  encore  il  n'y  a  pas  plus  de  risques  à  courir,  si 
Ton  a  soin  de  prendre  un  pilote  à  Montevideo. 

Presque  en  &ce  de  Montevideo ,  sur  la  côte  de  Buénos- 
Ayres»  commence  un  banc  qui  va  jusqu'à  la  petite  rade 
de  cette  dernière  ville  ;  on  le  nomme  Banco  Indh.  Un  autre 
banc  occupe  le  milieu  du  fleuve  •  en  laissant  un  canal  pro- 
fend entre  lui  et  Ylndio^  puis  un  autre  canal  entre  sa  partie 
nord  et  la  côte  de  la  Banda-Oriental  ;  c'est  le  Banco  OrUz. 
On  suit  l'un  ou  l'autre  canal  selon  les  vents.  Un  autre 
petit  bane  existe  encore  au  milieu  du  canal  formé  par 
Vlnih  et  VOrtiz  ;  c'est  le  banco  Ckico. 

La  carte  i'Aizpuruaj  ainsi  qne  celle  de  M.  Barralj  indi- 
quent parfieiitement  tout  cela ,  avec  les  rumbs  à  suivre, 
suivant  les  vents ,  et  les  brasses  d'eao  en  baute  et  basse 
mer.  Mais  le  plus  sdr  est  toujours  de  prendre  un  pilote  à 
la  pointe  est  du  banco  Indio  (si  on  ne  l'a  pas  pris  à  Monté- 
vidéo),  où  se  tient  constamment  mouillé  un  petit  bâtiment 
appartenant  à  la  société  des  pilotes  de  Buenos* Ayres,  lequel 
aert  aussi  de  feu  flottant. 

D.  p.  68. 

Parana-Goazu  (prononcez  gouaçou).  Le  root  forana, 
dans  la  langue  guarani,  signifie  grande  rivière^  et  n'est  sans 
doute ,  qu'un  diminutif  de  para,  mer.  Ce  mot  se  retrouve. 


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—  588  — 

sous  la  forme  un  peu  corrompue  deparacay  dans  les  ha- 
gaes  maypure  et  tamanaque,  qui,  comme  le  prouvent  beau- 
coup d'autres  analogies ,  ne  sont  que  des  dialectes  da 
guarani  (Al.  D'Orb.  Voyage  dans  VAmécique  méridkmaii). 

E.  p.  IH. 

a  JaséÀrtigmf  dont  la  vie  entière  n'a  été  qu'un  tissa 
d'horreurs,  fut  la  cause  principale  des  malheurs  qui  ont 
accablé  pendant  dix  ans  les  provinces  du  Rio  de  la  Plata. 
Issu  d'une  bonne  famille  de  Montevideo ,  il  passa  sa  jeu- 
nesse parmi  les  contrebandiers  et  les  brigands.  Le  gou- 
vernement espagnol,  afin  de  détruire  ces  bandes,  prit  le 
parti  de  le  nommer  lieutenant  de  chasseurs,  et  ce  fut  en 
cette  qualité ,  qu'il  poursuivit  ses  anciens  camarades.  Lois 
de  la  révolution  il  se  fit  patriote,  et  se  signala  dans  la 
guerre  contre  les  Espagnols  et  au  siège  de  Montevideo. 
Elu  chef  de  la  Banda<Oriental,  il  alluma  le  feu  dévorant 
de  la  guerre  civile.  Il  attaqua  Buénos-Ayres ,  envahit  TEn- 
tre-Rios,  souleva  Santa-Fé,  arma  les  Indiens  sauvages  du 
Grand  Chaco ,  et  désola  le  Paraguay,  par  des  actes  inouïs 
de  cruauté.  Ses  drapeaux  étaient  le  refuge  de  la  lie  de  l'es^ 
pèce  humaine.  Brigands ,  assassins ,  pirates ,  voleurs , 
déserteurs  étaient  également  bien  venus  de  lui;  aasri  la 
marche  de  ses  troupes ,  était-elle  marquée  par  le  carnage 
et  la  désolation.  11  provoqua  les  Brésiliens  qui  ne  deman- 
daient pas  mieux  que  d'entrer  en  guerre  ;  enfin  le  résultat 
deneuf  années  de  son  gouvernement,  fut  la  ruine  com- 
plète de  la  Banda-Oriental,  pays  jadis  si  florissant,  la 
dévastation  des  autres  provinces  et  la  démoralisation  de 
tout  un  peuple  ;  sans  compter  les  suites  plus  éloignées  de 


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—  589  — 

ce  régime  désastreux,  parmi  lesquelles  on  peut  compter  la 
guerre  de  Buénos-Ayres  ayec  le  Brésil.  Ou  doit  cependant 
à  la  vérité  d'ajouter,  qu'abandonné  à  lui-même,  Artigas 
n^ eût  jamais  poussé  aussi  loin  la  férocité;  mais  il  était 
entouré  de  scélérats  dont  il  dépendait  en  partie.  Le  plus 
infâme  de  tous,  était  un  moine  de  la  Merci,  nommé 
Manierosa  ,  qui  faisait  auprès  de  lui  les  fonctions  de  secré- 
taire et  de  conseiller  privé,  et  qui  étoufEaiit  dans  son  ame 
tout  sentiment  d'humanité...  Et  que  dire  de  ces  hommes 
qui,  spectateurs  tranquilles,  ont  fomenté  de  loin  ces 
troubles,  uniquement  pour  satisfaire  leur  cupidité!  C'est 
ainsi  que  des  négocians  de  Buénos-Ayres,  anglais,  fran- 
çais et  américains  du  nord,  ont  coopéré  efficacement  à 
tous  ces  désastres,  en  pourvoyant  Artigas  d'armes  et  de 
munitions,  et  qu'ils  ont  fondé  leur  fortune  sur  la  destruction 
de  plus  de  vingt  mille  familles*! t.. 

«  Vers  le  milieu  de  Tannée  1820 ,  un  des  lieutenans 
d' Artigas,  (non  moins  Camneux  par  ses  crimes)  nommé 
Ramirez,  qui  se  trouvait  dans  la  province  d'Entre-Rios , 
marcha  contre  son  chef  à  la  tête  de  huit  cents  hommes  de 
cavalerie ,  des  plus  intrépides  ;  il  le  battit  dans  plusieurs 
rencontres,  le  força  de  se  retirer  avec  les  débris  de  son 
armée  dans  les  Missions  détruites  et  s'empara  du  gouver- 
nement. 

<K  Artigas,  suivi  d'un  millier  d'hommes,  se  présenta, 
en  septembre  1820 ,  sur  la  rive  gauche  du  Parana ,  vis-à- 
vis  de  la  Mission  d' Ttapua,  occupée  par  un  poste  de  Para- 

*  Ces  détails  sur  la  vie  politique  d' Artigas  sont  empruntés  à  Tinté- 
ressant  ouvrage  de  MM.  Rengger  et  Lonchamps ,  ayant  pour  titre  : 

Essai  historiqvê  sur  la  révolution  du  Paraguay,  etc. 


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—  590  — 

guays ,  et  fit  demander  au  dictateur  un  refuge  pour  lui  et 
toute  sa  troupe.  Celui-ci  y  envoya  aussitôt  un  escadron  de 
cavalerie,  ayant  ordre  de  faire  passer  la  rivière  aux  fugî- 
tifs,  avec  la  précautiott  néanmoins  de  n'en  admettre  qu'on 
certain  nombre  à  la  fois.  Artigas  passa  le  premier ,  et  une 
partie  des  siens  le  suivit;  l'autre,  composée  d'Indiens, 
anciens  habitans  des  Missions  détruites  ,  préféra  se 
retirer  dans  ces  ruines  pour  s'y  établir  de  nouveau.  Le 
général  fut  conduit  sous  escorte  à  la  capitale ,  tandis  qu'on 
dispersait  ses  compagnons  d'armes  dans  les  campagnes. 
Plusieurs  de  ces  derniers,  ayant  perdu  l'habitude  du  trt- 
vail ,  voulurent  continuer  leur  genre  de  vie ,  c'^t-A-dire  le 
brigandage  ;  mais  il  ne  tardèrent  pas  à  être  saisis  et  fusil* 
lés.  Artigas,  après  avoir  passé  quelques  jours  dmis  une  cel« 
Iule  du  couvent  de  la  Merci ,  où  le  dictateur  l'avait  fiut 
loger ,  fut  envoyé ,  sans  avoir  pu ,  malgré  ses  vives  solli- 
citations ,  obtenir  une  seule  audience  ,  dans  le  village  de 
Curuguaiy  »  à  quatre-vingt-cinq  lieues  au  nord-est  de  l'As- 
somption t  d'où  il  ne  pouvait  s'échapper  que  par  on  désert 
du  cètédes  Portugais,  fuite  qu'on  n'avait  nullement  à 
craindre,  après  les  cruautés  qu'il  avait  commises  enven 
cette  nation.  Le  dictateur  lui  assigna  une  maison,  de 
terres  et  32  piastres  par  mois  (168  fr.),  cequi  était  son  an- 
cienne solde  de  lieutenant  de  chasseurs ,  et  donna  ordre 
au  commandant  du  cercle  de  lui  fournir  du  reste  tout  ce 
qui  pourrait  lui  être  nécessaire ,  ou  seulement  agréable  ; 
et  de  le  traiter  avec  la  plus  grande  considération.  Il  sem- 
ble que,  depuis  lors,  Artigas  ait  voulu  expier ,  do  moins 
en  partie  ,  les  forfaits  dont  il  s'était  souillé.  A  l'âge  de 
soixante  ans  il  cultiva  lui-même  ses  champs ,  et  devint  le 
père  des  pauvres  de  Guruguaty;  illeur  distribuait  lamajeort 


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—  591  -r 
partie  de  ses  récoltes ,  épuisait  sa  solde  à  les  soulager ,  et 
prodiguait  aux  malades  tous  les  secours  dont  il  pouvait 
disposer.  Le  dictateur ,  de  son  côté»  en  admettant  au  Pa- 
raguay un  de  ses  plus  grands  ennemis  »  et  en  lui  assurant 
une  existence  honorable ,  voulait ,  comme  il  s'est  exprimé 
lui-même ,  respecter  les  droits  de  Thospit^ité ,  si  bien  | 

connus  des  babitans  du  Paraguay.  Ainsi  finit  la  carrière  I 

politique  d'Artigas  *.  d 

F.  p.  155. 

L'organisation  scientifique  de  TUniversité  de  Buénos- 
Ayres  est  celle-ci. 

1^  Les  études  sont  divisées  en  Études  préparaUAreê  de 
UUret  et  sciences  et  en  Études  de  hmUeS'facultés. 

2o  Les  études  préparatoires ,  dénommées  de  lettres  et 
sciences ,  embrassent  seulement,  quant  à  présent ,  les  ma- 
tières suivantes  :  idiomes  latin  ,  français  et  anglais  ;  phi- 
losophie; les  sciences  physico-mathématiques  et  les  élémens 
de  physique  expérimentale.  On  remet  à  un  autre  tems 
l'établissement  d'une  chaire  de  chimie,  d'histoire,  de  litté- 
rature et  de  rhétorique. 

3^  Les  études  détiommées  hautes-facultés  sont  celles  des 
sciences  sacrées ,  de  jurisprudence  ,  de  médecine ,  de  chi- 
rurgie et  des  sciences  exactes. 

La  faculté  des  sciences  sacrées  comprend  les  matières 
suivantes  :  théologie  purement  dogmatique  ;  droit  canoni- 
que public  et  privé,  concilié  avec  le  civil  ;  écriture  sacrée; 
histoire  ecclésiastique. 

*  Voyez  TouTrage  déjà  cité. 


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—  592  — 

La  faculté  de  jurisprudence  comprend  le  droit  civil;  le 
droit  publie  et  des  gens  ;  le  droit  public  et  privé  ecclésias- 
tique ,  concilié  avec  le  civil ,  et  les  élémens  d'économie 
politique. 

Les  facultés  de  médecine  et  de  chirurgie  embrassent  les 
matières  smTantes  :  répétition  de  physique  expérimentale  ; 
préparations  pour  Tanatomie  et  la  physiologie  ;  hygiène  ; 
pathologie  générale  ;  thérapeutique  et  matière  médicale  ; 
médecine  et  accouchemens  ;  infirmités  d'enfans  et  de 
femmes;  principes  de  médecine  légale. 

La  haute  faculté  des  sciences  exactes  comprend  les  ma- 
thématiques, la  physique  expérimentale  et  la  chimie. 

Les  ouvrages  adoptés  pour  renseignement  des  diflerentes 
sciences  sont  les  suivans-^  études  préparatoires — latin,  dans 
les  trois  classes  :  conférence»  de  'Valdme$o ,  grammaire  de 
Homero ,  Nepotœ^  Quinte-Curce ,  Omde  et  Selectœ  de  Cicéron. 

Français  :  grammaire  de  Chantreau;Fénékn. — ^Anglais  : 
la  nouvelle  grammaire  de  WiUiagn  Caeay  —  Philomethp  et 
le  nouveau  testament  anglais. 

Philosophie  :  le  cours  A'Alcortay  ou  de  Pena. 

Physico-mathématiques  :  don  AveUno  Diaz, 

Physique  expérimentale  *  :  Despretz  et  le  traité  d'élec- 
tricité dynamique,  par  Denon-Ferrand, 

Sciences  Sacrées, 

Théologie  dogmatique  :  Gmeiner» 
Ecriture  Sacrée  :  Wouiers. 

*  Uestimable  M.  Mossotti,  professeur  de  physique  k  Buénos-ÀyRs , 
et  de  plus  astninome ,  s'est  vu  forcé  d'abandonner  comme  les  autres 
ce  malheureux  pays.  11  est  maintenant  à  Bologne. 


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^  _  593  — 

Droit  public  et  privé  ecclésiastique  :  Gmeiner, 
Histoire  ecclésiastique  :  Chneitier. 
Eloquence  Sacrée  :  le  cardinal  Maury, 
Morale  pratique  :  Echarri. 

•  Jurisprudence. 

Droit  civil  :  Alvarez.  Instructions  du  droit  royal  d'Espagne. 
Droit  public  et  des  gens  :  ReynevaL 
Droit  public  et  privé  ecclésiastique  :  Gmeiner. 
Economie  politique  :  MUl. 

Médecine. 

Anatomie ,  Maigrier.  —  Physiologie ,  Magendie.  —  Ma- 
tière médicale,  Alibert. — Hygiène,  Rostand.  —  Pathologie 
générale.  Caillot.  — Nosographie  chirurgicale,  Richerand. 
—  Nosographie  médicale,  Pinel.  —  Accouchemens ,  ma- 
ladies d'enfans  et  de  femmes ,  Capuron.  —  Médecine  lé- 
gale ,  Foderé. 

Sciences  exactes. 

Géométrie  descriptive  et  ses  applications,  V(Uet. 

Principes  d'architecture,  topographie  et  ses  applica- 
tions. Hachette. 

Calcul  infinitésimal,  Lacroix.  —  Mécanique,  Poisson. 
— Composition  de  machines,  Hachette, 

Physique  expérimentale,  Despretz,  et  le  Traité  d'électri- 
cité» par  Denon-Ferrand.  —  Chimie,  Thénard, 

Un  article  spécial  du  règlement  de  l'Université  porte 
que  les  maîtres  obligeront  les  jeunes  gens  à  acheter  ces  ou- 

38 


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—  594  — 

Yrages,  et  que  seulement  dans  le  cas  où  ils  ne  pourraient 
pas  les  obtenir»  il  leur  sera  permis  de  recourir  à  récritufe, 
parce  que  les  leçons  se  donneront  tw  les  ouvragei  imprimét. 
La  commission  qui  fut  chargée,  en  1833 ,  de  proposer 
le  nouveau  plan  d'organisation  de  TUniversité  était  com- 
posée du  docteur  Zawdeta,  de  VtUenHn  Gomez  et  de  Vicente 
Lopez,  trois  citoyens  honorablement  connus  des  personnes 
qui  ont  suivi  les  phases  de  la  révolution  de  Buénos^Ayres. 

G.  p.  166. 

Draiis  d'ItnporUUion  à  Buenos- Ayre$. 

Toutes  les  marchandises  non  désignées  ci-dessous  paient 
17  pour  cent  de  leur  valeur  sur  place. 

Le  vif-argent.  — Machines. — Instrumens  d'agriculture, 
de  sciences  et  d'arts.  —  Livres.  — Gravures. —  Peintures. 
—  Statues. — Imprimeries.  — Laines  et  peaux  pour  fabri- 
ques, —  Étoffes  de  soie.  —  Broderies  d'or  et  d'argent  avec 
ou  sans  pierreries.  —  Montres.  — Joaillerie  de  toute  es- 
pèce—  Charbon  de  terre. — Plâtre.  —  Chaux.  —  Pierre  à 
bâtisse.  — ^Briques.  —  Planches  et  bois.  — Joncs  et  roseaux 
paient  5  pour  cent. 

Les  armes.  —Pierres  à  Fusil. —  Poudre.  -«-  Goudron.  — 
Brai.  —  Cordage.  —  Soie  brute  et  manu&cturée. — riz, 
paient  10  pour  cent. 

Le  sucre.  —  Herbe  maté.  —  Thé.  -«-Cacao.  — Caft.— 
Et  comestibles  en  général ,  paient  M  pour  cent. 

Les  meubles.  -^  Glaces.  —  Voitures.  *-  Cabriolets  et 
leur  garniture.  —  Selles  et  harnais.  —  Hardes  et  habits 
confectionnés.  •—  Liqueurs.  —  Baux  -de  -  vie.  — -  Vins.  -* 


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—  595  — 

Vinaigres.  —  Bière.  —  Cidre  et  tabac,  paient  35  pour 
cent. 

Quand  la  valeur  du  blé  n'excède  pas  6  piastres  par  fa- 
nègue ,  les  droits  sont  de  4  piastres  par  fanègue  ;  n'excé- 
dant pas  7  piastres,  sont  de  3  piastres;  et  quand  elle  est 
de  plus  de  7  piastres ,  2  piastres  ; 

La  farine  paie  9  piastres  de  droits ,  quand  sa  valeur 
n'excède  pas  45  piastres  par  quintal;  7  pia^es,  quand 
elle  n'excède  pas  60  piastres  et  5  piastres  quand  sa  valeur 
est  de  plus  de  60  piastres. 

Le  sel  paie  une  piastre  par  &nègue  ;  les  chapeaux  de 
laine ,  soie,  ou  poil ,  chacun  13  piastres.  Outre  les  droits 
ci-dessus  mentionnés ,  chaque  colis  de  toute  espèce  paie 
4  réaux  de  magasinage  à  la  douane ,  et  les  marchandises 
de  gros  poids  4  réaux  par  arroba, 

N.  B.  Sur  les  cargaisons  de  liquides  provenant  de  l'au- 
tre côté  de  la  ligne ,  la  douane  fait  un  rabais  de  10  pour 
cent  pour  coulage  ,  et  de  6  pour  cent  sur  celles  provenant 
de  ce  côté-ci  de  l'équateur. 

Toute  cargaison  à  consignation  paie  pour  contribution 
directe  4  piastres  par  mille  sur  valeur  de  place  »  dont  le 
montant  est  augmenté  sur  les  lettres  que  tire  la  douane 
pour  le  remboursement  des  droits.  Le  règlement  se  fait 
partie  à  3  mois ,  partie  à  6  mois  de  terme. 

I>roiU  de  transit. 

Les  articles  d'importation  paient  à  leur  débarquement 
la  cinquième  partie  des  droits  qu'ils  auraient  k  acquitter 
pour  leur  introduction  dans  la  province. 

Les  articles  réembarqués  paient  deux  pour  cent  sur  les 
valeurs  de  la  [)Iace. 


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—  596  — 

On  accorde  vingt-cinq  jours  pour  le  débarquement  et 
six  mois  pour  la  réexportation ,  qui  se  comptent  l'un  et 
l'autre  depuis  le  jour  de  l'arrivée  du  navire. 

DrùU9  ^EœportaHan. 

Tous  les  produits  de  la  province  de  Buénos-Ayres  et 
de  celles  de  l'intérieur  qui  ne  sont  point  désignés  ci-des- 
sous y  paient  4  pour  cent  sur  leur  valeur  de  place. 

Les  cuirs  de  chevaux. — Mules.  —  Vaches.  —  Bœu&et 
veaux  mort-nés,  une  piastre  chacun. 

Les  viandes  salées  qui  s'exportent  sur  navires  natio- 
naux. —  Les  grains.  —  Vivres  et  biscuit.  —  Farine.  — 
Laine  et  peaux  de  mouton. --<  Toute  peau  corroyée.— 
Les  ouvrages  manufacturés  du  pays,  ne  paient  aucun 
droit. 

L'or  et  l'argent,  1  pour  cent. 

Ceux  des  droits  ci-dessus  qui  se  paient  à  la  valeur,  sont 
calculés  d'après  le  prix  des  marchandises  estimées  par  des 
personnes  à  ce  qualifiées  et  assistées  de  deux  négocians  im- 
partiaux. Il  existe  un  tarif  où  les  articles  sont  plus  dé- 
taillés. 

La  marchandise  est  estimée ,  et  les  droits  se  perçoi- 
vent en  monnaie  courante  de  Buénos-Ayres ,  laquelle  est 
en  ce  moment  en  piastres  de  papier  et  en  réaux  de  cukrt. 
8  réaux  de  cuivre  valent  une  piastre  papier;  7  piastres 
3  réaux  1/2  papier ,  valaient,  en  juillet  1834,  une  pias- 
tre forte  d'Espagne,  et  120  piastres  de  papier  équivalaient 
à  une  once  d'or  ou  quadruple  d'Espagne  ;  ce  qui  donnait  à 


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—  597  — 

la  piastre  papier  une  valeur  de  69  cent.  16  centièmes  de 
centime.  (  L'once  évaluée  à  83  francs.  ) 

La  monnaie  effective  est  de  17  piastres  le  quadruple 
d'or  et  de  8  réaux  argent  la  piastre. 

Les  comptes  se  tiennent  en  billets  de  banque  nationale , 
qui  sont  la  monnaie  courante.^ 

Rapport  des  poids  et  mesures. 

La  pesée  de  cuirs  salés  est  de  soixante  livres,  et  celle  de 
cuirs  secs  de  trente-cinq  livres.  —  Le  quintal  est  de  cent 
livres,  ou  quatre  arrohas  de  vingt-cinq  livres  espagnoles. 
— Cent  livres  égalent  cent  quatre  livres  anglaises  et  quatre- 
vingt-douze  françaises.  —  Cent  vares  égalent  quatre-vingt 
douze  jardes  anglaises  et  soixante-douze  aunes  françaises. 
—  Une  vare  contient  trente-six  pouces  espagnols  et  trente- 
deux  pouces  français.  — Il  existe  une  différence  de  3  pour 
cent  entre  la  vare  espagnole  et  celle  de  Buenos- Ayres.  — - 
Le  pied  anglais  est  de  9  pour  cent  de  plus  que  celui  de 
Burgos,  et  le  pied  français  de  15  pour  cent. 

H.  p.  274. 

FRAIS  DE  PORT  A  BUÉNOS-AYRES. 
A  l'bntbée. 

Navires  Étrangers.  Nationaux  et  Anglais. 

P«.     n.  P».     rx. 

Par  tonneau 1  »      Par  tonneau.  ...»     6 

Visite  de  santé.  ...  12  »  Visite  de  santé.  .  .  6  » 
Règlement  du  port.  .      1  x>      Règlement  de  port.     1     j» 


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—  598  — 

A  LA  80AT1B. 


Par  tonneau 1  j» 

Visite  de  santé  ...   12  b 


Par  tonneau.  ...»  6 
Visite  de  santé  .  .  6  » 
DroiU  de  rôle ...  12  • 
N.  B,  Les  navires  qui  ne  chargent  ni  déchargent  ne 

paient  que  la  moitié  des  dro'ls»  et  déplus  la  visite  de  santé 

à  l'entrée  et  le  certificat  à  la  sortie. 

%l9*  AddUion  depuii  le  i^  août  1833.  —  Les  navires 
qui  entreront  et  sortiront  de  la  rade  intérieure ,  payeront 
90  piastres  de  pilotage ,  ceux  à  trois  mâts ,  et  50  pias- 
tres, ceux  à  deux  mâts ,  quand  même  ils  ne  demande- 
raient point  de  pilote. 


TAHIP  »B  n&OTAOS 

Poor  la  rivière  de  la  Plata. 

Depuis  le  cap 

Depniile  cp 

Depuii  Hn- 

de  Ste- Marie 

Ste-lUri.«tle 

UfiU»    ju- 

sssiî."'"- 

capStA.toiDe 
iuqa'à   Bd<- 
noi-Ayrei. 

qa'i  U£Me 
.M-Ajre. 

r.  t. 

».    ». 

f.  I. 

Tirant  20  p. 

de  Burgos. 

720 

900 

1140 

19 

600 

780 

1050 

18 

544) 

660 

960 

17 

480 

570 

840 

16 

430 

480 

750 

15 

360 

420 

660 

U 

300 

360 

570 

13 

240 

270 

m 

12 

» 

210 

240 

4S0 

11 

D 

180 

210 

360 

10 

» 

150 

180 

300 

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—  599  — 

N.  B,  Tout  navire  tirant  plus  de  dix  pieds  sera  oblifé 
de  prendre  un  pilote  à  la  sortie ,  et  dans  le  cas  où  il  ne 
voudrait  pas  l'admettre  ,  il  paiera  la  moitié  du  pilotage 
désigné  dans  le ,  tarif  ci-dessus.  Il  paiera  de  même  la 
moitié  du  pilotage  à  l'entrée  quand  sur  la  proposition  d'un 
pilote,  et  après  la  manifestation  du  tarif  ci-dessus»  il  aura 
refusé  de  le  recevoir  à  son  bord. 

Prix  deifreU  en  iSH' 

France  80  f.  et  10  p.  0/0  par  900  kilog. 
Angleterre  liv.  st.  4  1/2  et  5  p.  0/0  par  2240  liv. 
RioJaneiro,  3  réaux  et  5  p.  0/0  par  quintal. 
Havane  7  réaux  et  5  p.  0/0  par  quintal. 
Méditerranée,  ps.  f.  17  et  10  p.  0/0  par  2000  liv. 
Les  Etats-Unis ,  3/4  cent  et  5  p.  0/0  par  livre. 
Pacifique,  psf.,  15  et  5  p.  0/0  pour  2000  livres. 
N.  de  l'Europe,  liv.  st.  5  et  5  p.  0/0  par  2240. 

MARCHANDISES  DE  GRANDE  EXPORTATION 

A  BUENOS- ATRES. 


Cuirs  de  bœuf,  salés. 

Crin  long. 

.    »    secs  de  30  liv. 

a     mélangé. 

D       »    de  28    » 

Cornes  de  bœuf. 

»      ]>    de  22  à  25 

0       de  Tache. 

D  de  cheval. 

Mules. 

»  de  veau  mort-né. 

Viande  salée. 

»  de  mouton  avec  laine. 

Plumes  d'autruche. 

»  de  veau. 

D       noire  longue 

Peaux  de  loutre. 

D      blanche. 

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—  600  — 

Plumes  courtes.  Sel  de  Patagooie. 

0      de  chinchilla.  Suif  brut. 
Laine  de  mouton.  »  fondu. 

Peaux  de  vigogne. 

/.  p.  375. 

Les  Brésiliens  ont  enlevé  à  la  Banda-Oriental,  Ion  de 
l'occupation  injuste  du  territoire  de  cette  république  par 
leurs  troupes ,  plus  de  4»000,000  de  têtes  de  bétail,  qu'ils 
ont  introduites  dans  la  province  de  Rio-Grande,  cominele 
constatent  les  registres  de  la  firontière.  Voici  à  cet  égaid 
deux  faits  curieux  :  avant  1817,  la  aq^iùmerie  géiiérdi  ie 
Rio-Grande,  appartenant  au  Brésil,  n'avait  que  treiie 
établissemens  de  salaisons  {duarquead(u)  et  maintenant  elle 
en  a  plus  de  2001  Avant  l'occupation  des  Portugais,  la 
Banda-Oriental  abondait  en  troupeaux  plus  que  tout  autre 
province  de  TAmérique ,  maintenant  les  Brésiliens  qui 
l'habitent  sont  forcés  d'amener  du  bétail  de  leur  territoire 
pour  former  des  estaneias. 

{Esquineê  Mêtoriques  et  tfolîM^.) 

K.  p.  430. 

Les  Brésiliens,  habitans  de  la  campagne,  ne  boivent 
jamais  en  mangeant.  Après  le  repas,  l'un  des  convives,  à 
défaut  d'esclave,  va  puiser  de  l'eau,  avec  une  corne 
(  cMfre),  dans  un  baril  ou  dans  une  source  placés  à  proxi- 
mité de  Fendroit  où  Ton  mange;  il  boit  d'abord,  puis, 
remplissant  la  corne  ,  il  la  présente  à  un  autre  convive 
qui,  à  son  tour,  doit  la  remplir  et  la  faire  passer  à  ub 


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—  601  — 

autre.  S'il  y  a  des  esclaves ,  ou  des  domestiques ,  ce  sont 
eux  qui  remplissent  la  corne  »  dans  laquelle  ils  boivent 
eux-mêmes.  Cette  coutume  de  boire  seulement  après  avoir 
mangé ,  était  générale  parmi  les  tribus  indiennes  de  tout 
le  Brésil ,  du  Paraguay  et  de  Buenos- Ayres. 

L.  p.  322. 

Les  soldats  en  campagne ,  tant  dans  les  provinces  de  la 
Plata  que  dans  celles  de  Rio-grande ,  Santa-Catharina  et 
Sa6-Paulo  »  sont  à  la  fois  fantassins  et  cavaliers  ;  c'est-A- 
dire  que  l'infanterie  peut  devenir  cavalerie  et  mce-verêâ. 
Mais  il  est  vrai  d'ajouter  que  la  eaoalerie,  forcée  de  devenir 
infanterie^  n'est  plus  à  redouter ,  car  ces  hommes  qui  ma- 
nient le  cheval  avec  tant  de  dextérité ,  qui  sont  capables 
de  tout  brtioer  à  cheval ,  ne  peuvent  s'habituer  à  marcher 
et  deviennent ,  à  pied ,  les  plus  vils  soldats  du  monde. 

Les  soldats  de  cavalerie  n'ont  pas  comme  en  Europe , 
un  cheval  à  l'allure  duquel  ils  s'habituent  et  qui  devient 
bientôt  docile  par  les  manœuvres  qu'on  lui  fait  répéter 
souvent.  Dans  ces  immenses  plaines  où  les  chevaux  abon- 
dent y  on  en  prend  fort  peu  de  soin ,  et  l'habileté  des  ca- 
valiers [ginetee]  a  bientôt  dressé  un  cheval  à  la  manœuvre, 
queiqu  indomptable  quU  soit.  Un  corps  de  cavalerie  a  tou- 
jours deux  troupes  de  chevaux  à  sa  disposition,  celle 
qu'on  monte»  et  celle  qui  est  destinée  aux  relais;  celle-ci 
est  deux  ou  trois  fois  plus  nombreuse  que  celle  du  corps 
de  cavalerie;  elle  marche  en  avant. 

Quand  on  veut  faire  changer  de  cheval  aux  soldats ,  on 
rassemble  les  chevaux  ëpars ,  on  forme  un  cercle  autour 
d  eux ,  quelques  soldats  s'avancent  un  lazo  à  la  main,  des 


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—  602  — 

officiers  déûgnenl  les  chevaux  qu'on  doit  enlacer,  puis ,  à 
mesure  que  cette  opération  se  fisit,  chaque  soldat  vient, 
la  bride  et  le  mors  en  main ,  prendre  le  cheval  qu'on  lai  a 
destiné.  Il  arrive  qudqurfois ,  le  général  étant  de  bonne 
humeur,  qu'on  les  laisse  choisir  au  mflieu  du  roito.  Cest 
souvent  un  cheval  indompté,  fiiisantdes  sauts  effirayans. 
donnant  des  ruades,  se  cabrant  et  mettant  le  désordre 
parmi  la  troupe  ;  mais  le  soldat ,  sans  s'émouvoir ,  saute 
dessus,  le  fait  galc^ier  jusqu'à  le  Citigoer,  le  ramène,  le 
fait  manœuvrer  avec  les  autres  et  ne  lui  donne  de  r^Kis 
que  lorsqu'il  se  laisse  guider  sans  impatience. 

Ce  qu'il  y  a  de  curieux  encore  c'est  que  tous  les  che- 
vaux, quelque  nombreux  qu'ils  soient,  portent  un  nom 
caractéristique,  et  quoique  beaucoup  paraissent  se  res- 
sembler ,  il  y  a  pourtant  des  différences  de  teintes  dans 
le  poil ,  des  taches  y  une  attitude ,  un  regard  particulier 
qui  suffisent  au  gmêcho  pour  désigner  et  nommer  son  che- 
val au  milieu  d'une  troupe  de  vingt  mille  autres.  11  y  a 
plus ,  il  le  reconnaîtra  à  distance  d'une  lieue ,  et  il  dira , 
même  en  voyant  des  cavaliers  poindre  à  liioriaon:  celui-ci 
est  un  étranger ,  celui-là  est  un  paiêano  (  compatriote.  ) 

M.  p.  448. 

L'industrie  des  animaux  parait  croître  en  raison  de  la 
paresse  et  de  la  nonchalance  des  humains  ;  c'est  ainsi  que 
dans  ces  grandes  contrées  de  l'Amérique  du  sud ,  où  les 
hommes  croupissent  dans  une  apathie  intolérable,  des 
myriades  d'abeilles ,  de  fourmis ,  d'insectes  de  toute  es- 
pèce se  forment  des  habitations  étonnantes  par  la  bizarre- 
rie de  leur  structure ,  par  leur  grandeur  et  leur  solidité , 


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—  605  — 

eu  égard  à  rextréme  petitesse  des  êtres  qui  les  construi- 
sent. Les  pyramides  d'Egypte ,  les  tours  de  Babylone ,  les 
murailles  de  la  Chine,  les  monumens  de  TAmérique  cen- 
trale ,  ne  sont  rien  en  comparaison  des  édifices  des  four- 
mis I  II  m'est  arrivé,  la  première  fois  que  j'ai  tu  des  plai- 
nes immenses  couvertes  de  grandes  buttes  d'argile,  hautes 
de  trois ,  de  cinq  et  même  dix  pieds,  de  croire  que  je  me 
trouvais  au  milieu  d'un  camp  d'Indiens;  c'était  tout  sim- 
plement une  république  de  fourmis  I 

Combien  de  fois  me  suis-je  arrêté,  frappé  d'admiration, 
en  considérant  Tordre ,  la  régularité ,  l'industrie  que  dé- 
ploient ces  atomes  de  la  création  pour  parvenir  à  leur  but, 
s'assurer  une  subsistance  qu'eux  auui  paraissent  condam- 
nés A  gagner  à  la  êuewr  de  leur  froni!....  Qui  pourrait  voir 
avec  indifférence ,  sans  interroger  sa  rainm ,  une  fonrmil- 
lière  occupée  tout  entière  à  transporter,  souvent  k  des 
distances  considérables,  les  comestibles  qui  doivent  com- 
poser l'approvisionnement  d'hiver  de  cette  nombreuse  &- 
mille?  Que  d'harmonie  I  que  de  poésie  1 1  dans  rette  longue 
procession  de  molécules  organisées  transportant,  sur  une 
route  frayée  par  elles  au  milieu  des  pierres,  des  broussail- 
les et  de  mille  obstacles ,  les  unes ,  des  fragmens  de  pé- 
tales de  roses,  les  autres ,  des  lambeaux  de  parenchyme 
de  feuilles  de  liseron ,  dix  fois  plus  grands  qu'elles  ,  et  les 
déposant ,  avec  un  ordre  admirable,  dans  leurs  souterrains, 
pour  recommencer  de  nouveau  !... 

N.  p.  516. 

J'ai  vu  chez  le  docteur  Hillebrand  plus  de  trente  espè- 
ces de  bois  utiles,  tous  de  la  colonie  allemande  ;  il  ne  m'a 


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—  604  — 

été  possible  d'en  réunir  que  dix-huit  échantillons ,  que 
M.  Benjamin  Delessert  n'a  pas  jugés  indignes  de  figurer 
dans  son  cabinet  botanique.  Je  vais  indiquer  leurs  noms  bré- 
siliens et  leurs  propriétés  connues.  M.  Aug.  St-Hilairepouire 
peut-être  les  reconnaître  et  les  rapporter  à  la  classification 
scientifique. 

VIpèprHo  ou  noir,  ïfyè  branco  ou  blanc,  et  l'J^  propre- 
ment dit .  sont  des  bois  très-durables  et  d'une  utilité  géné- 
rale. Le  Tajuba  ressemble  au  citronnier  ;  il  teint  en  jaune 
et  s'emploie  en  ébénisterie  à  cause  de  sa  légèreté  et  des 
beaux  reflets  de  son  vernis. 

La  Ctmellaburra,  la  CatMa  do  brqo ,  la  CanMînhaf  sont 
des  bois  légers  s'employant  en  menuiserie  et  en  charpente. 

Le  Gvaiabeira  est  un  joli  bois  d'une  teinte  rose ,  à  tex- 
ture lisse  et  compacte,  un  peu  léger,  très-propre  à  l'ébénis- 
terie. 

Le  Cedro  termMo  ou  rouge,  le  Ceiro  fpranco  ou  blanc , 
sont  des  Cèdres  d'Amérique  dont  on  connaît  déjà  les  qua- 
Utés. 

L'Uba  est  un  bois  à  tissu  serré»  dur ,  pesant,  très-dura- 
ble :  propre  au  charronnage  et  à  la  construction  des  na- 
vires. 

Le  Sobreji  est  un  bois  asseï  joli ,  d'un  blanc  tirant  sur  le 
jaune  et  d'une  utilité  générale. 

VAtiçiea  est  brun ,  assez  léger,  recherché  principale- 
ment pour  la  charpente. 

Le  Canjerana  est  rouge,  léger,  d'un  tissu  poreux ,  mais 
cependant  convenable  à  Tébénisterie  à  cause  de  sa  cou- 
leur ;  il  reçoit  d'ailleurs  assez  bien  le  vernis. 

Le  Cabriuba  improprement  surnommé  amarMa  (  jaune  )^ 
puisqu'il  est  d'une  teinte  grisâtre ,  est  d'un  excellent  usage 
en  charpente  et  en  menuiserie. 


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—  605  — 

VAnieira  est  jaune  ,  veiné  de  noir,  prenant  très-bien  le 
vernis  y  mais  employé  plutôt  en  charronnage  et  en  char- 
pente qu'en  ébénisterie  à  cause  de  sa  pesanteur. 

Le  Santa-RUa  est  encore  un  beau  bois,  propre  à  Tébé- 
nisterie.  Son  écorce  fournit  un  tan  très-estimé  des  tan- 
neurs. 

VAraçaj  l'un  des  meilleurs  bois  d'ébénisterie  est  aussi 
recommandable  par  son  écorce  servant  aux  tanneurs ,  et 
par  son  fruit  savoureux. 

Le  Toauba,  est  un  arbre  de  moyenne  grandeur  dont  l'é- 
corce  est  un  drastique  très-fort,  expérimenté  par  le  doc- 
teur Hillebrand. 

Le  Pmheiro  (sapin  araucaria)  dont  le  fruit  est  appelé 
pinhao  (prononcez  pignaon)  ,  a  été  décrit  par  Azara.  J'en 
ai  rapporté  des  graines  qui  ont  très-bien  développé  leur 
germe  singulier  ;  j'ai  Tespoir  de  les  voir  croître  dans  plu- 
sieurs jardins  des  environs  du  Havre. 

J'aurais  voulu  donner  un^aperçu  des  plantes  phanéro- 
games, les  plus  communes,  composant  la  flore  de  la  pro- 
vince de  Rio-Grande-du-sud;  j'avais  pour  cela  compté  sur 
la  complaisance  de  M.  Guillemin ,  conservateur  des  col- 
lections botaniques  de  M.  Delessert ,  mais  ce  travail  labo- 
rieux n'a  pu  être  prêt  à  tems  ;  je  me  contenterai  de  faire 
connaître  les  genres  et  les  espèces  de  cryptogames  rap- 
portés par  moi  et  classés  par  le  savant  M.  Bory  de  Saint- 
Vincent  : 

FOUGERES.  (Pterû  Juss.  Filices  Smith). 

Anemaphyllitidis,  Sw.  Pterispedaiaf  Lin. 

Anémia  Hirsula,  Sw.  Pteris  coUma,  Raddî. 


»% 


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—  606  — 

Anémia  ftUva  j  Spr.  BUehnum  BroiUiense,  Spr. 

PoUffodiumcrasiiiolium,  Lin.     BUehnuim  OeddenUUe,  Lin. 
Polypodwm  oUies ,  Lin.  CheiUmiei  dmgaia,  Sw. 

PUapeUif  anffmtifolia ,  Humb.  Ckeiiantes  mierofieri$ ,  Sw. 
AtpiiÎMm  cortoommi»  Spr.         Adkmthum cofittiuvenerii^  L. 
Aspiémm  molle ,  Sw.  Adianthum  affine ,  Spr. 

D^fiarium]l^antagineum,  Bory. 

MOUSSES  {Politnchum  Juss.:  JMuict  div.  aut.) 

Brium  iruncorum,  Brid.  Nékeera  miâedata,  Brid. 

Lona  frtcAomy(rtan,  Brid.      Jun^ermonûi  teot{^,Schreib. 
lêoiikeewim  petUasHehum,  Br.    /un^amumitia  cooiluftafa,  Hook 

LICHENS  (Usnea,  Juss.  Licheneœ Hof/). 

Hypochnus  rubrocinctus,  Per.  Borrera  kamtchoHcay  Spr. 
/rà{ttim[esp.  méconnaissab.  ]  Borrera  thrulUtf  Aeh. 
Cenomyce  cinerea,  Ach.  I/imM  strigosa,  Pers. 

Pcsrmelia  perkUa,  Acb.  CT^mea  ««mtntMiay  Bory. 

Parmelia  caperata^  Ach.  l/<n«a  Barbota,  Ach. 

Les  lichens  et  les  mousses  sont  des  environs  de  Porto- 
Alègre  et  de  San-Leopoldo  ;  les  fougères  sont  de  toute  la 
province,  depuis  l'Uruguay  jusqu'à  la  capitale. 

Les  animaux  de  Rio-Grande-du  sud  sont  les  mêmes  que 
ceux  du  Paraguay,  de  l'intérieur  du  Brésil  et  de  Cayenne; 
il  devient  donc  inutile  de  &ire  connaître  tous  ceux  que 
j'ai  rapportés.  Je  vais  seulement  donner  la  nomenclature 
des  lépidoptères ,  comme  pouvant  intéresser  quelques  en- 
tomologistes. On  en  sera  redevable  à  l'estimable  docteur 
Bois-Duval. 


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—  607  — 
ORDRE  DES  LÉPIDOPTÈRES. 


Famille  des  Diurnes^. 

Papilio 

Lycophron. 

HélîcoDÎa 

Phlycto. 

— 

Pirithous. 

Danais 

Gilippus. 

— 

Cleotas. 

Argynnis, 

VaniUœ. 

^ 

Pandrosus. 

Cethosia 

Julia. 

— 

Protodamas. 

Cybdelis 

Maja. 

— 

Polydamas. 

— 

PhsBsila. 

— 

Agavus. 

Nympbalîs 

Isidora. 

— 

Perrhebus. 

— 

Seraphina. 

— 

Evander. 

— 

Blumfieldii. 

Pieris 

Limnoria. 

— 

Traija. 

Callidryos 

Cypris. 

— 

AmphiiDOche 

— 

Evadne. 

Pavonia 

Batea. 

— 

Eubule. 

— 

Cassis. 

— 

Argante. 

Morpbo 

Laertes. 

Erycioa 

Morissei  *. 

— 

Menelaus. 

— 

Paridion. 

Biblis 

Thadana. 

Eubagis 

ArtemoD. 

Cethosia 

Pherusa. 

Thecla 

Arrogeus. 

MeliUea 

Janthe. 

— 

Sîmaethis. 

— 

Fia  via. 

Peridromia 

Feronia. 

Libithea 

Carioenta. 

— 

Ferentina. 

Hesperia 

Xaotîppe. 

Héliconia 

Phylis. 

— 

Phidios. 

— 

Lysimnia. 

— 

Amiclus. 

— 

Eucrate. 

— 

Polygius. 

— 

Olesto. 

— 

Orion- 

— 

Callo. 

— 

Tarchoii. 

1  Espt»ce  nonTetle,  B.  D. 

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—  608 


Uesperia. 


Corbulo. 

Hesperia. 

Lafrenayi. 

Thrasibolus. 

Cethosia 

Dido. 

Proteus. 

Vanessa 

Lethe. 

Rhizophaga. 

— 

Huntera. 

Mercator» 

— 

Larinia. 

Myg. 

— 

Amaldiea. 

Exadeus. 

Heterechroa 

IsabeUina  * 

Phyleas. 

— 

Cytherea. 

Palpalis. 

Catogramma  Pyramas. 

Zephodes. 

— 

Gandrena. 

Xanthaphes. 

— 

Irma. 

Bonfilsii. 

— 

Hydraspus. 

FamiUe  des  Créjpuieulairet, 

Sphinx  Viiis.  Macroglossa    Tantalus. 

—  Labniscœ.        Glaucopis       Stictica. 

—  Ello.      ,  —  Incendiara. 

FamiUê  des  Nochames. 


Crossus 

Tigrinas. 

Lithosia 

Omatrix. 

Bombix 

— 

Jadas. 

Jo 

Hameralis. 

Erebus 

Hypnoîs. 

Homoptera 

Ditrila. 

— 

Odora. 

Ophnisa 

Geometra 

Pardalaria 

Callimorpha. 

Dichroa. 

Boarmia 

Brasiliaria 

— 

Cruenta. 

Tinea 

^  Espèce  nouTelle,  B.  D.  —  De  San-Leopoldo,  comme  la  première. 


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—  609  — 
O.  p.  534. 

1  quinial  brésilien  est  composé  de  4  arrobas  de  32  liv., 
Boit  128 liv.,  équivalaat  à  117  démi-kilog.  français»  ou 
129  1/2  liv.  anglaises.  —  Le  rapport  des  livres  françaises 
aux  livres  brésiliennes,  est  de  8  &  9  p.  ^/o. 

1  €arroba  de  32  liv  équivaut  à  U 1/2  kilog,  ou  30  1/3  liv. 
de  Hambourg. 

1  alqueire  de  blé  pèse  65  à  75  livres  brésiliennes. 

i  pîpe  de  Lisbonne  contient  128  galons  anglais. 

Les  étoffes  se  vendent  à  la  yarda  anglaise,  à  la  vara  por- 
tugaise ou  au  covado. 

i06  varoê    )  ^00  aun.  deFr.  ou  128yardas. 

[  donnent  \  170  d»  de  Brab.  ou  207  aunes 
172  ««««to.)  (     l/4deHamb. 

100  varas  équivalent  à  92  aunes  françaises. 

100  covados         a      à  58  1/7         a 

Tous  les  draps  de  laine  et  soierie^  se  vendent  au  covado. 
Les  articles  anglais  et  cotonnades  se  vendent  à  la  tforda  ou 
à  la  vara,  suivant  convention. 

N.  B.  On  vend  sur  170  covados,  et  on  paie  les  droits 
de  douane  sur  172. 

La  monnaie  courante  est  en  ce  moment  en  cuivre  : 

1  Fatagon^  (Patacao,  piastre  ou  dollar  du  Brésil  )  en  cui- 
vre ,  de  960  reis ,  se  compose  de  3  pataeas  ,  la  pataca  de 
4  reaies ,  le  réal  de  4  vinlen$  et  le  vintem  de  20  rets. 

On  compte  encore  en  cmxadas  et  en  UsUms,  La  cruzada 
vaut  400  rets.  — Le  Ust(m  100  reis.  VnedoNa  vaut  12,800 
reis. 

n  circule  des  vintens ,  des  deux  et  des  quatre  vintens. 

Le  change  varie  souvent ,  il  était  à  mon  départ  de 

39 


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—  610  — 

Porto-Alëgre  à  66  pour  cent  de  prime  ;  c'est-^-dire  qu'an 
patagon  argent  de  960  reit ,  coûtait  1584  reis  en  cuivre. 

Les  meei  (quadruples)  valaient  26,600  reis  les  Espa- 
gnoles ou  de  roêtro ,  et  S&»800  les  Chiliennes  ou  de  la  Pa- 
Irta. 

Une  loi  venait  d'abolir  le  cuivre  »  pour  le  remplaeer  par 
des  coupons  de  banque  ;  mais  la  manière  de  coaqpter  sera 
toujours  la  même  et  il  circulera  long-tems  des  2  et  4  Am- 
iens en  cuivre  pour  fiiciliter  le  change  des  monnaies. 

L'or  et  l'argent  monnayé  sont  d'une  sortie  libre. 

L'or  en  poudre ,  calculé  de  22  à  23  karats  valait  de  3000 
à  3>200  reis  l'octave  (  1/8  d'once  ou  gros.  ) 

Les  droits  de  douane  sont  les  mêmes  dans  la  province 
de  Rio-Grande  que  dans  les  antres  provinces  du  Brésil  ; 
c'est-à-dire  15  pour  cent  sur  évaluation  fixée  par  la  Pauta, 
avec  un  pour  cent  d'accessoires.  Il  est  £icile  d'ailleurs  deae 
procurer  un  tarifa  Paris. 

A  Porto-AIègre ,  les  cuirs  se  vendent  à  la  livre.  Les  plus 
légers  pèsent  78  liv.  ;  les  plus  lourds  29  à  30  liv.  ;  et  le 
poids  commun  est  de  23  liv.  ;  mais  à  Rio-Grande,  ils  sont 
plus  lourds  ,  on  peut  même  s'en  procurer  d'aussi  beaux 
qu'à  Buéoos-Ayres ,  en  donnant  des  ordres  à  l'avance. — 
Le  prix  était ,  en  juin  1834 ,  de  53  à  55  cent.,  la  livre 
portugaise. 

Les  ventes  se  £ont  généralement  au  comptant  »  mais  on 
ne  doit  calculer  les  rentrées  intégrales  que  dans  la  courant 
de  deux  mois. 

L'usage  des  earreoÊMC  (pavés)  commence  à  s'introduire 
dans  cette  province.  Il  en  a  été  apporté  à  Rio*Grande  par 
YÉUêô  de  Saint-Malo  et  ils  se  sont  vendus  promptement. 
€e  serait  d'une  bien  grande  ressource  pour  le  Hai>re  si  cet 
article  prenait  là  autant  défaveur  qu  àBuénos-Ayres. 


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—  611  — 

Pour  la  Dayigation  de  RioGrande  ou  de  Porto-Alègre , 
comme  pour  celle  de  BoéDOs-Ayres ,  il  faut  des  navires 
dont  le  tiranC  d'eau  n'excède  par  10  a  il  pieds,  ehargém 
hurd.  Il  &ut  encore ,  si  Ton  tient  à  ne  pas  perdre  de  place 
dans  l'arrimage^  que  la  cale  ait  23 1/3  à  23  pieds  de  large, 
afin  de  pouvoir  y  placer  deux  longueurs  de  cuirs  en  tra- 
vers. 

Je  vais  donner  un  dernier  conseil ,  par  supplément  à 
mes  eontidératùmi  sur  l'état  de  notre  commerce  en  Amé- 
rique: 

On  se  plaint  beaucoup,  avec  raison ,  de  la  manière  dont 
se  font  nos  emballages,  et  en  cela  même ,    nous  sommes 
contidérablsmmi arriérés;  en  voyant  arriver  un  eolù  de  Pa- 
ris ,  on  ne  se  douterait  jamais  qu'il  sort  de  chez  une  grande 
nation,  qui  opérait  naguères  sa  deuxième  révolution  glo- 
rieusel  Ceux  qui  transmettent  des  ordres  en  fidiriques n'ont 
pu  encore  faire  comprendre  aux  &bricans ,  ou  aux  eommii- 
sûmnaires  chargés  de  l'emballage ,  que  les  eolù  ne  sont  pas 
arrivés  à  leur  destination  quand  ils  ont  débarqué  à  Rio ,  à 
Buénos-Ayres,  à  la  Vera-Cruz  ou  à  Valparaiso  ;  ils  ont  sou- 
vent un  espace  de  cinquante ,  de  cent ,  de  deux  cents ,  de 
cinq  cents  lieues  à  parcourir  par  terre ,  à  travers  des  mon- 
tagnes, des  marais  fangeux  ou  des  fleuves  débordés;  ils 
ont  à  passer  alternativement  d'une  charrette ,  dans  une 
étroite  pirogue ,  ou  dans  un  simple  cuir,  delà  sur  le  dos 
des  mules ,  ou  sur  la  tète  des  hommes,  ou  sur  des  bran- 
cards.... Il  faut  donc  qu'à  la  zoUdité,  les  caisses  ou  colis  , 
joignent  encore  le  mérite  d'être  portatifs  et  d'un  arrimage 
facile ,  quelque  soit  le  moyen  de  transport  employé.  Il 
y  a  déjà  un  siècle  que  les  Anglais  ont  compris  cela. 
11  faudrait    donc  que  les  étoffes  fussent  pliéés  en  long 


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—  612  — 

pour  faciliter  les  emballages  et  les  transports.  Il  faodrait 
encore  que  les  pièces  fussent  iouUs  égàUs ,  d'une  même 
mesure ,  non  pas  en  otnies  (encore  moins  en  firaeÉûmt  Jt au- 
nes, comme  il  arrive  maladroitement  à  nos  fabricau 
routiniers)  mais  en  yarda$  (yards  Anglais)  mesure  adop- 
tée dans  toute  l'Amérique*.  Ceci  s'entend  desétoflfesde 
laine  et  de  coton  ;  car  les  soieries  doivent  être  mesurées  ea 
awnes'y  mais  tocyours  d'un  aunage  égal  et  sans  fractions. 
De  cette  manière ,  les  pièces  se  trouvant  toutes  d'une  ma- 
sure égale ,  toutes  pliées  en  long  et  les  caisses  contenant 
toutes  le  même  nombre  de  pièces ,  avec  la  carte  d'édian- 
tillons  au-dessus,  il  est  clair  qu'on  obtient  déjà  le  grand 
avantage  d'être  expédié  promptement  en  douane ,  et  d'y 
pouvoir  vendre  si  cela  convient.  Ensuite  on  satisfiiit  l'a- 
cheteur ,  qui  voit  d'un  seul  coup-d'œil ,  sans  être .  forcé  de 
£iireun  calcul  minutieux  y  quelle  peut  être  l'importance 
d'une  facture.  Enfin  en  expédiant  des  caisses  solides,  de 
petite  dimension,  plutôt,  tondues  que  larges,  on  rend  on 
véritable  service  aux  négocians  de  l'intérieur,  en  leur 
procurant  les  moyens  de  transporter  avec  beaucoup  plus 
de  facilité  et  d'économie ,  des  marcbandises  qu'ils  hésitent 
souvent  à  acheter ,  à  cause  de  la  difficulté  du  transport. 
Et  d'ailleurs  on  donne  une  plus  haute  idée  de  la  sagacité 
de  nos  fabricans  ou  de  nos  commissionnaires  en  mati^ 
d'emballage. 


*  dOO  yards  équivalent  k  78  i/4  aunes. 
100  aunes  équivalent  k  12S  yards. 


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TABLE. 


Introduction  , 


Départ  du 
de  la  PI 


Le  Rio  de 


Monté  vidé 


La  Banda- 

CHAPITRE  V. 

Revue  chronologique  des  évènemens  si 
la  Banda-Oriental,  depuis  la  découv( 
1834 


/^«T   A  V^VPV^Vk'n     «TV 


Départ  de 
en  rade ( 
cette  vill( 


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—  616  — 
CHAPITRE  Vn. 

BuÉNOs-ÀYUts.  —  Description  de  la  viU«. —  Ses  édi- 
fices publics  et  particuliers. —  Sa  population.  .  •     137 

CHAPITRE  VUI. 

Buénos-Atbbs.  —  LaBoca.  —  Barracas.  —  Les  Pam- 
pas.— Suite  de  la  description  de  la  ville 173 

CHAPITRE  IX. 
Buenos- Atees.  —  Police.  —  Gouvernement 197 

CHAPITRE  X. 
Buknos-Atrbs. — ^Etatsocial.-r Mœurs. — Coutumes.    233 

CHAPITRE  XI. 

Buenos- Atbbs.  —  Industrie.  —  Commerce.  — Na- 
vigation  263 

CHAPITRE  Xn. 

Hevue  chronologique  des  événemens  survenus  à  Bué- 
nos-Ayres ,  depuis  sa  fondation  jusqu'en  1835 .  .    279 

CHAPITRE  Xni. 

Ubuguay.  — Ile  de  Martin-Garcia.  —  La  colonia  del 
Sacramento.  —  Las  Vacas.  —  Las  Higueritas. — 
Las  Vivoras.  —  Santo-Domingo-Soriano.  —  El 
Gualeguay-chu.  —  El  riocon-de-las-GalIinas.  .  •    295 


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—  617  — 
CHAPITRE  XIV. 

Ukdgday.  —  Paysandu.  —  La  Calera-de-Barquin. 
—  ElSalto 311 

CHAPITRE  XV. 

U 


-  ^j%M.mM-M^\fmj%H9 Ajvo  vtii^/mvKa* 


nés  Missions.  —  Départ  pour  l'intérieur.  —  La 
Guaïaraça. — Alegreté.  —  Le  Boqueron  de  Santia- 
go.— Cima-da-Serra. — ^Le  Jaguary. — Le  Toropy. 
— L'Ibicuy-Miri. —  Santa-Haria-da-Serra. —  Saô- 
Martinho.  — Cassa-Pava.  — Arrivée  au  Jacuy  .  .     391 

CHAPITRE  XVn. 

Intêbieur  de  Sao-Pedro.  —  Le  Jacuy.  —  La  Ca- 
cheira.  — Le  Butucarahy.  —  La  Cniz-Alta.  — 
Rio-Pardo. — Le  Jacuy  jusqu'à  Porto- Alègre .  .     441 

CHAPITRE  XVIII. 

Porto-Albgrb. — Description  physique  et  politique.     473 

CHAPITRE  XIX. 

ENVIRONS  DE  PoRTO-AlÈGRB. —  Db  LA  PROVINGE  EN  GÉ- 


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—  618  — 

NiAAL.  —  Capella-do*ViaDioii.— La  colonie  alle- 
mand de  Sa6-Leopoldo.— La  Lagoa  dos  Patos. 
—  Riofirande  oa  Saô-Pédro. — Sa64o8é.  —  Sa6- 
Francifico  de  Paida.  —  Province  en  g^iéral.  .  .    605 

CoNSiBÉEATiONS  guF  Félat  du  eommerce  français  à 
l'extérieur ,  et  principalement  au  Brésil  et  au  Rio 
de  laPlata.  — Etat  de  notre  commerce  extériem*. 
— Causes  contraires  à  ses  progrès.  — Moyens  (tto- 
pres  à  lui  donner  un  nouvel  essor 539 

Notes 581 


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tfrrota. 


Page    22,  ligne  21,  listx  :  Saô-Pedro. 

—  â3,    —    47,  Uses  :  des  Brioschi. 

—  43,    —    18,  {m0x  .*  les  addes ,  les  fruits  juteux  etc. 

—  48,    —     5,  lises  :  pat  une  biiaiTe  disposition  de  nuages. 

—  id.     —    24,  lises  :  Paridité  disparaît. 

—  73,    —      4,  lises  :  arroyo  de  Solis. 

^  85,  —  il,  lises  :  ou  des  nuages  de  poussière  salissent  tout 
dans  l'intérieur  des  maisons ,  on  des  doaques  affectent 
Podorat. 

—  87,    —    23,  lises  :  est  évaluée  à  15,000  âmes. 

—  93,    —    26,  lises  :  Tacwtrembo, 

—  96,    —      6,  lises  :  si  je  dois  en  juger. 

—  97,    —    13,  lises  :  ainsi  que  les  vents  de  nord  et  de  nord- 

ouest. 

—  101,     -*-      4,  lises  :  San-Carlos. 

—  id.,    —    13,  lisez  :  quelques  ranchos. 

—  112,    —      6,  lises  :  bourg  de  Mercedes. 

—  id.,     —    18,  lisez  :  elle  évacua  le  pays. 

—  125,     —     19,  lises  :  el  practieo. 

_    139,  <_      4^  lises  :  el  Fuerté,  el  CaHldo. 

—  142,    —    27,  lises  :  guerra  de  recursos. 

—  163,    —      2,  lises  :  et  du  paso  de  Burgos. 

—  161,    —    21,  lises  :  M.  Cadmio  Ferraris. 

—  235,    —    27,  lises  :  en  gros  et  en  détail. 

—  243,    —    13,  lises  :  Montevideo. 

—  267,     —    12,  lises  :  Quinoa  et  de  yuyo  Colorado. 

—  269,    —    24,  lisez  :  faire  le  tassao. 

—  id.,     —    25,  Zi«0£  .' langue  quichua. 

—  id.,    —    26,  lises  :  corrompu  de  Chharqui. 

—  273,    —    25,  lises  :  Bermejo. 

—  302,    —    20,  lises  :  à  dix  lieues  de  las  Higuéritas. 

—  305,     —      6,  lises  :  jusqu*à  VA  rénal. 

—  314,     —    25,  Usez  :  et  Valcaldia. 

—  317,    —      4,  lisez  :  Paysandu  est  le  chef-Ueu  d'un  des  neuf 

départemens. 

—  323,     —    18,  lisez  :  sur  Tépaule  gauche. 


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330,  —  24,  lisez  :  d'animanx  antèdiluTiens. 

333,  —  24,  liseM  :  de  U  classe  des  aqua^ûfères. 

334,  —  6,  liêêM  :  Le  Yataï  est  etc. 
id.,  —  9,  2m0s  .*  Le  Garoiidaï. 

id.,  —  29,  liseg  :  fonné  par  contraction. 

337,  —  15,  lisêz:  El  Tigre  (le  Jaguar.  ) 

339,  —  27,  Usez  :  le  jacana  commun. 

345,  -^  i,  lisez  :  islas  del  herrero  ^. 

id.,  — -  15,  lisez  :  {caemarynchos  nudicollis). 

349,  —  17,  lisez  :  les  gallinacés. 

360,  —  3,  lisez  :  des  gallinacés. 

362,  —  15,  lisez  :  En  sortant  de  chez  lui  nous  vîmes  etc. 

375,  —  24,  lisez  :  J. 

382,  —  28,  lisez  :  genre  tatou. 

387,  —  25,  lisez  :  { Crotophague^major  ) . 

388,  —  11,  lisez  :  dairiére  escarpée. 

406,  —  24,  lisez  :  des  géoles ,  rognons  cristallins  etc. 

414,  —  19,  lisez  :  sur  une  colline 

415,  —  6,  lisez  :  Quant  aux  jeunes  mAles  de  moins  de  don 

ans ,  ils  variaient  en  couleur  depuis  le  brun  jas<iu*aa 

marron-roux. 

417,  —  1,  lisez  :  d*eau  cristalline. 

442,  —  23,  lisez  :  Butucarahy. 

452,  —  Tt,  lisez  :  ce  qui  fait  produire  etc. 

461,  —  13,  lisez  :  la  partie  ouest  et  sud-ouest. 

544,  -*  2,  lisez  :  les  lieux  où  il  peut  vendre. 


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